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LES GREFFAGES d'ÉTÉ ET d' AUTOMNE.
Quelques viticulteurs ont essayé et même réussi l'opération du greffage, en fente ou à l'anglaise, non seulement en mai et juin, mais encore pendant tous les autres mois de l'été ; la principale difiBculté consiste alors à conserver les greffons jusqu'à cette époque reculée, et l'on sait que la chose n'est pas toujours commode. Mais dès la fin d'août et pendant tout le mois de septembre, l'opération peut se
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faire plus facilement parce que le bois des rameaux de Tannée est déjà suffisamment aoûté et mûri. Dans ce cas, le bois du greffon cueilli au moment même de remployer, une fois qu'il est mis en place et que la soudure est complète, recevra la sève du portegreffe, qui finira de nourrir ses tissus en les mûrissant complètement.
Ces greffages, quand ils sont trop h&tifs, c'est-àdire, pour notre région, quand on les effectue avant le milieu du mois d'août, présentent un double inconvénient : c'est d'abord celui de dépouiller trop tôt le sujet de toutes ses feuilles, et ensuite de ne pas laisser au greffon, si parfois il commençait à pousser, le temps de nourrir le bois de ses jeunes rameaux avant les premières gelées.
Toutefois, quand on opère à partir du 10 septembre dans notre Languedoc, ce qui correspond à la fin d'août pour la Gironde ou pour la région lyonnaise, ces inconvénients n'existent plus et le greffage se fait alors dans de bonnes conditions. La soudure s'effectue très bien ; elle est même complète quand surviennent les froids de l'hiver. Si ces froid3 ne sont pas trop rigoureux, si l'humidité du sol n'est pas trop grande, si enfin il n'arrive aucun accident aux greffages ainsi pratiqués, tout sera pour le mieux, le greffon se développera au printemps: à peu près aussi bien que s'il appartenait déjà au pied sur lequel il a été inséré. Cette opération, prçttiquée à l'automne, est donc un véritable greffage à
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œil dormant, au môme titre que la greffe en écusson, la plus usitée dans les pépinières pour le greffage des arbres fruitiers, et qui se fait généralement pendant le mois d'août.
Le Comice agricole de Béziers a propagé ce mode de greffage, et dans les vastes plaines de vignobles de cette partie du département de l'Hérault, c^est par milliers qu'on compte les plants américains greffés à l'automne depuis deux ou trois ans. Le greffage automnal ainsi pratiqué dans toute cette région pendant ces dernières années paraît avoir donné jusqu'à présent d'assez bons résultats, quoique pourtant on signale quelques échecs sérieux.
En principe donc, les greffages d'été et d'automne ne sont pas impossibles, et il paraît même que dans les îles d'Hyères, où il ne gèle presque jamais, on greffait les vignes avec succès pendant toute la saison d'hiver. Quoique nous ne nous trouvions pas ici tout à fait dans des conditions climatériques aussi favorables, il est facile de comprendre cependant combien il serait avantageux d'avoir ainsi à sa disposition une seconde époque pour opérer le greffage. Avec le même nombre de greffeurs, on pourrait opérer dans la même année sur des surfaces le double plus grandes, et de cette manière on utiliserait les ouvriers après les vendanges, c'est-à-dire à une époque où les travaux agricoles sont beaucoup moins pressants qu'au printemps.
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Ces divers avantages ne sont pas à dédaigner dans les conditions économiques où se trouve actuellement notre viticulture ; il est à craindre néanmoins qu'ils ne soient pas suffisants pour que le greffage d'automne soit adopté de manière à entrer largement dans la pratique, au moins dans les conditions où il est effectué.
Les diverses causes d'insuccès qui nuisent parfois à la réussite des greffages printaaiers existent à plus forte raison pour les greffages d'automne ; toutefois elles ne sont pas les seules et il vient encore s'en ajouter de nouvelles. L'opération se pratiquant en septembre, les greffons devront attendre nécessairement, pour développer leurs rameaux, jusques au mois d'avril suivant, tandis que ceux placés au printemps se développerontpresqueimmédiatement; ils resteront donc cinq ou six mois de plus sur le porte-greffe, exposés pendant tout ce temps aux vicissitudes atmosphériques ainsi qu'au danger d'être ébranlés par les passants ou par les ouvriers préposés aux cultures. Indépendamment des pluies, souvent fréquentes en hiver et qui pourront leur être nuisibles, il est à craindre aussi que les fortes gelées, en soulevant la terre du buttage, ne déplacent en même temps le greffon.
Les inconvénients simplement signalés ici ont été décrits avec détail dans le chapitre que nous avons consacré aux causes d'échecs du greffage (voir pag. 417). Il serait donc inutile de les reproduire, d'au-
tant plus qu'on pourra y recourir pour avoir des renseignements plus complets.
Le greffage en fente ou même à l'anglaise, pratiqué à la fin de Tété ou au commencement de Tautomne, pourra donner d'assez bons résultats quaod l'hiver sera doux et sec ; mais si au contraire il est froid et humide, on sera exposé à de nombreux dangers, dont quelques-uns, il est vrai, ne se produiront pas tous les hivers é^lement, mais qui pourraient, selon les cas, compromettre le succès de l'opération,
La plupart de ces inconvénients seront évités ou n'existeront pas au même degré avec le greffage en fente de côté sans suppression de la tête du sujet, tel qu'il est pratiqué, à Cadillac (Gironde). Nous essayerons, dans le chapitre suivant, de décrire avec détails cette nouvelle manière de greffer qui nous semble fort ingénieuse. Aussi avons-nous pensé devoir y consacrer un chapitre spécial, en signalant les avantages de diverses natures qu'elle nous paraît pouvoir présenter.
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Les nombreux modes de greffage des vignes tels qu'ils sont pratiqués un peu partout présentent tous un grave inconvénient : celui d'obliger à la déca-
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pitation du sujet au moment même où celui-ci est en pleine végétation. En eflfet, l'opération se pratique généralement vers le mois d'avril, souvent môme jusqu'en plein mois de mai, c'est-à-dire à uoe époque où la plante est déjà garnie de ses feuilles portées par des rameaux quelquefois même déjà longs.
Or, on sait que les feuilles sont justement le siège des fonctions vitales de la plante, puisqu'elles ont pour mission d'élaborer les sucs nutritifs que leur envoient les racines et qui doivent nourrir chacune de ses parties. On comprendra dès lors facilement ([uelle perturbation doit amener dans Texistence de la Vigoe cette suppression radicale, faite justement au moment où la végétation extérieure est déjà très active.
Il faut vraiment que la Vigne soit d'une constitution bien robuste pour résister assez bien, comme elle le fait, à un pareil traitement. C'est en effet une opération absolument contraire aux lois physiologiques. Et cependant on n'avait guère eu à se pla'mdre de cet inconvénient tant qu'il s'était agi de greffer entre eux nos divers cépages européens. Mais on a observé qu'il n'en était pas toujours de même par le greffage sur vignes américaines, et cela se comprend facilement, parce qu'alors, comme j nous l'avons vu dans un chapitre spécial, l'affinité l spécifique est beaucoup moins grande entre le sujet } el le greffon.
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Ainsi, on a remarqué par exemple qu'en greffant sur sujets de Riparia déjà forts, cet inconvénient existait réellement, et qu^alors la réussite laissait souvent beaucoup à désirer.
Il n'y aurait rien l'impossible d'ailleurs à ce que cette opération, pratiquée d'une façon aussi intempestive, ne vienne accélérer encore davantage le développement de cette funeste Chlorose spéciale, caractéristique d'une mort prochaine et si justemeol redoutée maintenant de tous nos vignerons.
D'ailleurs, ce n'est pas d'aujourd'hui que les viticulteurs intelligents ont observé les faits de cette nature et cherché le moyen de les éviter. D'autres observateurs s'en sont préoccupés à diverses époques. Dernièrement encore, M. Ferdinand Gaillard, l'habile pépiniériste de Briguais qui a étudié avec beaucoup de dévouement les diverses questions relatives à la reconstitution des vignobles, avait fait des expériences de cette nature qui sont décrites dans le numéro de'décerabre 1885 du Lyon hor^ Nicole, journal de l'Association horticole lyonnaise.
Sans savoir que la greffe de côté était déjà pratiquée à Cadillac depuis quelques années, M. Gaillard avait imaginé un mode de greffage très ingénieux et qui porte son nom : il consiste en une greffe en fente simple établie sur le côté du sujet. Grâce à ce nouveau procédé de greffage, on conserve toute la charpente de la Vigne, et par conséquent Fintégralité de sa récolte, jusqu'à ce que le nouveau
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greffon puisse donner du fruit à son tour et remplacer de celte façon le sujet sur lequel il aurait été inséré.
M. Gaillard m'a montré sa manière de greffer, qui m'a paru devoir rendre dans certains cas quelques services, étant déjà elle-même une heureuse application d'un principe qu'on peut sans crainte proclamer excellent, celui de ne pas sevrer brusquement le sujet de toute sa charpente aérienne.
Sous ce dernier rapport, le mode de greffage pratiqué à Cadillac depuis quelques années m'a paru présenter des avantages considérables et mériter une mention toute spéciale. Mon attention avait été appelée sur ce fait par M™ la duchesse de Fitz- James, et je dois à son obligeance toujours bienveillante d'avoir pu apprécier ainsi un nouveau mode de greffage qui me paraît appelé à rendre de véritables services.
C'était le 4 septembre 1886. Le Congrès national viticole de Bordeaux, sous Thabile présidence du sympathique M.Régis, venait depuis la veille de clôturer sa laborieuse session. Malgré une chaleur vraiment insupportable, même pour des méridionaux, les séances avaient été suivies régulièrement par un grand nombre de viticulteurs venus de tous les pays ; mais le public ne se doutait pas des difficultés qui s'étaient présentées sans nombre avant l'ouverture du'Congrès. Pour les surmonter, il n'avait fallu rien moins que Tabnégation très grande et le
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dévouement toujours infatigable des organisateurs, qui avaient à cœur de mener cette entreprise à boooe fin. Tous les esprits impartiaux leur rendront celte justice qu'ils ont réussi dans la limite du possible ; si même Ton tient compte des conditions émiaeinment défavorables dans lesquelles ils se trouvaient, ou pourrait ajouter sans exagération qu'ils ont réussi au delà de toute espérance.
Répondant à une gracieuse invitation, M°" la duchesse de Filz-James, MM. Aug. Godet et Marchand, viticulteurs distingués de la Charente -luférieure, et moi, nous nous rendîmes dès le matin à la gare du Midi, et le train nous déposait une heure après à la station de Gérons, Nous étions attendus par plusieurs membres du Comice agricole de Cadillac, qui nous accueillirent avec beaucoup de courtoisie et nous conduisirent immédiatement à travers une région maintenant veuve des splendides vignobles qui faisaient autrefois la richesse de toute la contrée.
Ici malheureusement, et comme en beaucoup d'autres lieux, le Phylloxéra avait accompli son œuvre dévastatrice en anéantissant ces beaux vignobles qui produisaient jadis de si excellents vins. Hatons-nous de dire toutefois, il était facile de s en apercevoir, que ce veuvage n'avait pas été de longue durée. Grâce à la complaisance de leurs cousins originaires du Nouveau-Monde qui leur avaient prêté leurs racines résistantes, les riches cépages des coteaux de Cadillac et de Loupiac, renaissant de leurs cen-
dres, étalaient maintenant à nos yeux leurs plus belles parures de feuilles et de fruits, et montraient une végétation vraiment luxuriante.
On voyait en effet, chemin faisant et un peu partout sur notre passage, de magnifiques vignobles dont les sujets vigoureux, disposés en longues rangées, avaient leur charpente palissée sur des fils de fer qui servaient en même temps à fixer leurs rameaux. Nous admirions tous le développement rapide de ces vignes, qui était assurément fort remarquable.
Nous étions accompagnés dans celte visite par le Président si distingué du Comice agricole de Cadillac , TéniditM, R. Dezeimeris, correspondant de l'Institut et fils du célèbre agronome de ce nom. Continuant une tradition qui lui est chère, il se montre lui aussi plein de dévouement pour tout ce qui intéresse le progrès agricole et viticole de la contrée ; il a été pour nous un guide aussi aimable que précieux, répondant à nos questions, qui se succédaient sans interruption, avec une complaisance qui ne s'est jamais démentie.
M. Dezeimeris nous expliqua avec beaucoup de lucidité les avantages et les inconvénients des modes détaille et de formation arborescente qui avaient été Coptes. Il signalait particulièrement à notre attention de beaux pieds de Cabernet-Sauvignon qui se montraient sensiblement plus fertiles une fois greffés qu'ils ne Tétaient auparavant quand les pieds de ce
cépage étaient cultivés à Tétat de franc de pied.
Sur les pentes du coteau, les vignobles commencent à se reconstituer par le greffage, qui se fait généralement sur Riparia. On a adopté le plus souvent pour greffon le Semillon blanc, cépage très estimé dans le pays et produisant les excellents vins de Sau terne, si renommé? dans le monde entier. Ce précieux cépage, dont les raisins ont un goût légèrement musqué et très agréable, composait d'ailleurs et compose encore la majeure partie des vignobles qui recouvrent les riches coteaux s^étendant parallèlement sur les doux rives de la Garonne.
Une fois arrivés sur la hauteur qui domine la belle église romane de Loupiac, nous admirions le magnifique panorama qui se déroulait devant nous. On nous montrait successivement, de l'autre côté de la Garonne, les hauteurs de Barsac, Sauterne» Gérons etPreignac; puis, sur la rive droite, Sainte-Croix du Mont, Gabarnac, Loupiac et Cadillac. Presque partout, là où le sable caillouteux est suffisamment ép<ùs et repose lui-même sur un sous-sol un peu plus perméable, on voit encore des vignobles assez bien conservés malgré le Phylloxéra ; mais dans les terrains argileux ou calcaires, ils ont déjà presque toujoure à peu près disparu.
Nous nous serions certainement oubliés à contempler la beauté de ce magnifique paysage, bien digne de tenter le pinceau d'un artiste, si nos aimables guides ne nous avaient rappelé qu'ils avaient
encore beaucoup de choses iDtéressanles à nous montrer. Je désirais surtout pour ma part examiner de près un nouveau mode de greffage qui m'a intéressé plus particulièrement encore que tout le reste ; aussi ai-je pensé devoir le décrire à celte place, afin d'appeler sur lui Tattention des viticulteurs qui voudront Texpérimenter.
C'est M. Constant Ballan, vigneron à Omet, localité du canton de Cadillac (Gironde), qui a eu l'idée en 1881 de pratiquer pour la première fois la greffe latérale d'été. Telle qu'elle a été imaginée fort ingéûieusement par cet intelligent praticien, cette greffe, à laquelle je propose de donner le nom de Greffe de Cadillac, me paratt être une heureuse innovation. ElleconstituOt à mon sens, un avantage considérable sur le mode de greffage ordinaire en fente ou mémo à l'anglaise, tel qu'il est pratiqué à l'automne et dont le succès en cette saison est loin d'être toujours assuré.
Les inconvénients du greffage automnal ont été mis en évidence dans le chapitre qui lui a été spécialement consacré (voir pag. 452), et il serait inutile d'y revenir ici. Disons seulement que la greffe de Cadillac présente sur tous les autres systèmes de greffage usités jusqu'à présent en viticulture cet avantage considérable de ne pas entraîner la décapitation du sujet. Les racines de celui-ci continuent, après comme avant le greffage, à envoyer la sève vers les feuilles. Là, cette sève est élaborée, et dans
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son mouvement descendant elle facilite la soudure de la greffe en même temps qu'elle continue à nourrir les racines.
Après avoir signalé sommairement les avantages
Fig. 38. — Greffe de Cadillac.
de ce mode de greffage, il convient de dire en quoi il consiste et de le décrire rapidement.
Étant donné un sujet C A ou LF (voir flg. 38) , soit d'un an, soit même de deux ans de plantation s'il n'a pu être greffé la première année, on le déchausse comme à Tordinaire, mais ici vers la fin d'août ou le commencement du mois de septembre, c'est-à-dire à répoque où se pratique la greffe d'automne, dont il a été parlé dans le chapitre précédent (voir pag. 452).
U va sans dire que dans la fig. 38, les racines des deux sujets sont au-dessous des points G et L et que la tète, qui est conservée par ce mode de greffage, est placée au-dessus des points  et F.
On pratique ensuite sur le côté du sujet et à quelques centim. à peine au-dessus du sol, une fente latérale arrivant à la moitié ou presque à la moitié du bois, sans toutefois aller au delà, soit à peu près comme il est indiqué en fi de la fig. 38. On y insère ensuite le greffon E D, taillé à sa base en biseau comme on le pratique pour la greffe en fente, en se conformant aux explications déjà données à la pag. 351 (voir aussi fig. il) , et pour la description duquel on pourra recourir à ce qui en a été dit à la pag. 335. Il faudra avoir soin de ne pas prolonger outre mesure la fente B, mais de la régler aussi exactement que possible sur la longueur du biseau du greffon E D qui doit y être inséré ; il y aurait inconvénient à la faire plus longue ou beaucoup plus longue.
Dans la flg. 38, il a été donné au greffon IH la longueur normale, c'est-à-dire un œil franc audessus de Tœil du biseau, comme il est expliqué à la pag. 342. Ce greffon est taillé dans la cloison du troisième œil supérieur H, selon les principes développés à la pag. 343. Nous avons vu que celte manière était préférable à celle indiquée par la taille en D du greffon ED. C'est là en effet Tidéal théorique de la forme donnée au greffon, en se basant sur les lois physiologiques qui gouvernent cette opération ; mais la pratique a ses exigences et souvent on est bien obligé de lui faire des concessions. C'est justement ici le cas.
Aussi, et malgré les avantages physiologiques (jue procure la longueur normale du greffon, c'està-dire telle que nous venons de l'indiquer, il sera peut-être nécessaire de la réduire considérablement. Il y aurait à craindre en effet que le greffon IH, inséré en I et prenant nécessairement une direction divergente vis-à-vis du sujet LF, ne soit exposé à être heurté et dérangé par les ouvriers préposés à la culture du vignoble. Aussi se contente-t-on, à Cadillac, de lui donner une longueur beaucoup moindre en le coupant en V, c'est-à-dire à quelques centim. au-dessus de Tœil qui surmonte le biseau. Nous avons expliqué pag. 343 qu'il y aurait danger à opérer celte coupe trop rapprochée de cet œil el signalé en outre (voir pag. 345) les avantages de la recouvrir avec du mastic Lhomme Lefort.
De cette manière, le greffon n'aura qu'un seul œil au lieu de deux, et il sera coupé dans la partie inférieure du merithalle au lieu de l'être dans le nœud; mais malgré ces conditions assurément défavorables, on obtiendra néanmoins le succès de l^cSpération grâce aux précautions qui viennent d'être indiquées et pour la description desquelles il a été renvoyé chaque fois aux explications données dans d'autres chapitres, parce qu'il eût été superflu de les répéter.
Le greffon une fois posé, il faut ligaturer la greffe pour lui donner une solidité suffisante. On emploie de préférence des petits brins d'osier qui résistent très bien en se conservant pendant tout l'hiver.
Le zélé est très intelligent secrétaire du Comice agricole de Cadillac, M. G. Gazeaux-Cazalet, avait bien voulu exécuter devant nous quelques greffes semblables; il l'a fait avec beaucoup de dextérité et une très grande habileté de main, en démontrant par là que ce mode de greffage n'exige pas sensiblement plus de temps que les autres systèmes.
Mais ici, un inconvénient se présentait dans la pratique de l'opération : le couteau employé pour opérer la fente fi sur le sujet C A , quoique manié par une main habile, s'engageait souvent trop ou pas assez dans l'épaisseur de la tige, ce qui chaque fois nuisait nécessairement à la bonne manière de faire l'opération. Aussi a-t-on imagmé deux instruments représentés par la fig. 39 , qui évitent ce double danger. Gr&ce à ces deux instruments très simples,
ropération se pratique mécaniquement dans d'excellentes conditions et avec toute la précision dési-
Fig. 39. — Couteau et tenaille pour pratiquer la greffe de Cadillac.
rable .11 convient donc de les décrire ici en peu de mots.
C'est d'abord la tenaille RS dont les deux parties se confondent presque complètement dans cette figure, mais qui peuvent se rapprocher en serrant les deux branches dans la main, comme on le ferait avec des tenailles ordinaires et comme elles le sont dans la figure, au moyen d'un fil de fer. On engage la partie de la tige N M du sujet, dont les racines sont au-dessous de N et dont la tète surmonte le point M entre les deux parties S de la tenaille, de &con à ce qu'elle passe à gauche du tenon 0 et à droite du tenon P. En serrant ensemble les deux parties de l'instrument de manière à ce que ces deux tenons, qui sont fixés sur l'un des bras de la leoaille, s'engagent dans les trous correspondants ménagés dans Tautre côté, la tige est ainsi assujettie solidement selon MOPN, On prend alors le couteau T et on l'engage dans les rainures qui se correspondent dans chacune des parties de la tenaille et qui partant d'à côté d'un tenon s'étendent jusque près de l'autre. Cet instrument toujours bien tranchant, en pénétrant en entier dans la rainure, opère une fente sur le côté du sujet N M, à peu près selon la direction indiquée par les tenons et très exactement jusqu'au milieu de la tige, comme on peut le voir en B delà fig. 38.
M. Cazeaux-Gazalet coupait ensuite l'extrémité de la languette I qui dépassait la ligature. Les sujets greffés depuis un, deux et trois ans qu'on nous a montrés, ne paraissaient laisser rien à désirer au-
tant comme perfection de la soudure que comme vigueur de la végétation.
Les deux figures 38 et 39 représentent du bois de Riparia iomenteux pris pour sujet, sur lequel il a été inséré en I un greffon à'Aramon, Il est évident que ce greffage peut se pratiquer avec toute autre Vigne américaine choisie comme* porte-greffe et tout autre cépage européen pris comme greffon. C'est d'après les photographies qui ont reproduit le tout qu'ont été exécutés les clichés de ces deux figures, qui sont par conséquent d'une exactitude rigoureuse comme reproduction. Les fentes pratiquées en B et en I (fig. 38) ont été exécutées par le couteau T, et la tenaille R S (fig. 39) est représentée ici également par le même procédé.
M. Cazeaux-Gazalet n'emploie aucun engluement, et néanmoins la réussite de ses greffes est très satisfaisante. Ce fait est d'autant plus remarquable que la soudure, quoiqu'elle se produise assez rapidement, doit se conserver néanmoins jusqu'au printemps d'après, c'est-à-dire pendant sept moisau moins, en attendant que l'œil unique du greffon se développe en rameau. C'est peut-être la laisser bien longtemps exposée aux intempéries, et il serait sans doute bon de la préserver par un engluement quelconque. Toutefois si, comme on l'assure, l'opération réussit ainsi tout de même et que cet inconvénient n'ait pas été reconnu, il n'y a pas à insister parce que la théorie, pour si absolue
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qu'elle soit, doit toujours s'incliner devant les faits constatés par la pratique.
L'opération du greffage une fois terminée, on pratique le buttage comme on le fait ordinairement. C'est ici qu'on aura souvent besoin d'utiliser le perfectionnement dans le buttage tel qu'il a été décrit à la page 370. A la fin d'août ou au commencement du mois de septembre, en effet, la saison est souvent pluvieuse, et alors on aura parfois à combattre, en pratiquant le buttage, les inconvénients que ce perfectionnement a pour but d'éviter.
Pour pratiquer avec succès la greffe de Cadillac, il faut évidemment l'opérer assez tôt pour que la soudure ait le temps de s'effectuer complètement avant l'arrêt de la végétation. De sorte que dans la Gironde, où la végétation s'arrête un peu plus tôt que dans l'Hérault, on devra greffer à la fin d'août ou au commencement de septembre, tandis que dans nos départements méditerranéens on pourra prolonger l'opération jusqu'au 15 ou même au 20 septembre.
Dans les régions plus froides, celles par exemple qui sont situées au dessus de Lyon, il y aurait un double danger à pratiquer le greffage de Cadillac à l'automne. D'une part, eu effet, le bois du greffon ne sera pas toujours suffisamment nourri à la fin d'août. Il est vrai qu'on pourrait remédier à cet inconvénient en pinçant en juin les rameaux
destinés à fournir les greffons, qu'on ferait mûrir ainsi plus promptement. D'ailleurs, le bois du greffon, quoique même il ne soit pas absolument aoûté, pourra continuer néanmoins à se mûrir complètement une fois soudé . D'autre part, les gros froids qui pourraient survenir par un hiver tiop rigoureux pourraient aussi nuire à la soudure en ébranlant le greffon. Dans le cas d'un échec dû à cette cause, on aura toujours la ressource de reprendre l'opération au printemps.
La greffe de Cadillac peut aussi être pratiquée en avril ou mai. Gomme par ce mode de greffage od conserve la tête du sujet, les inconvénients dus à la suppression de cette tète n'existent plus. On pourra réduire progressivement la charpente de la tète et, de la sorte, sevrer peu à peu le greffon. C'est seulement quand celui-ci aura commencé à se développer que le sevrage pourra être rendu complet. De celte façon, il y aura toujours un appel de sève, et Tinconvénient des rejets comme aussi de Tenracinemenldu greffon sera en grande partie évité. Sous tous les rapports, cette nouvelle manière de greffer présente de grands avantages, autant pour les greffages d'automne que pour ceux pratiqués au printemps.
Grâce à ces avantages, que je n'hésite pas à qualifier de considérables, les conditions physiologiques de la plante ne sont pas ou presque pas modifiées, tandis qu'elles le sont radicalement, comme je l'ai déjà expliqué, avec les systèmes de greffage
qui obligent à décapiter le sujet au moment où il est en pleine activité de végétation.
Si donc, comme je l'espère, l'avenir vient consacrer dans la pratique les espérances que fait concevoir la greffe de Cadillac, ce système de greffage est appelé à rendre de grands services à la viticulture dans Tœuvre si laborieuse de la reconstituti jn de nos vignobles. Il n^est pas besoin d'en faire ressortir les avantages économiques, car ils oDt été signalés dans le chapitra consacré au greffage d'été et d'automne (voir pag. 452).
Le Comice de Cadillac, on peut lui rendre cette justice, quoique sous des allures fort modestes et sans faire beaucoup de bruit, est un de ceux qui travaillent le plus utilement. Son jeune secrétaire, M. G. Cazeaux-Cazalet, est l'un des exemples, malheureusement trop rares aujourd'hui, de travailleur sérieux dans la génération qui nous succède. On a justement remarqué le rapport si intéressant et fait avec le plus grand soin, dont la rédaction lui avait été confiée par Tune des Commissions chargées de préparer les travaux du Congrès de Bordeaux. Il a réuni là des observations fort intéressantes dont tous les viticulteurs peuvent faire leur profit.
Les membres du Comice de Cadillac, sous l'active direction de M. Dezeimeris, étudient mûrement, dans chacune des séances, les plus importantes questions agricoles et viticoles, celles surtout qui présentent un intérêt particulier d'actualité. J'ai
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pu 60 juger par la lecture des procès-verbaux qui m'oQt été communiqués ; ils sont remplis d'observations intéressantes et de remarques souvent très judicieuses sur chacune des questions mises à Tordre du jour de la séance. Il serait désirable que les nombreuses associations disséminées sur toute rétendue du territoire français comprissent aussi bien leur mission. Il en résulterait nécessairement une impulsion très active dans la voie du progrès, et il y a malheureusement en France, comme d'ailleurs un peu partout en Europe, beaucoup à faire encore sous ce rapport.
En viticulture, comme en toutes choses utiles, le véritable progrès n'a pas de limite ni de nationalité ; il doit être incessant et de tous les pays. C'est toujours une faute que de se cantonner systématiquement en se bornant à regarder seulement chez soi ou autour de soi. Il est nécessaire de porter les regards un peu plus loin en examinant ce qui se passe dans les autres pays, et c'est là un moyen d'instruction beaucoup trop négligé. On y trouverait à chaque pas des termes de comparaison toujours utiles à observer et un précieux enseignement non moins utile à méditer.