‹ Les Vignes follesChapitre 10 sur 28 · LA BACCHANTE APPRIVOISÉE · texte numérisé non relu

LA BACCHANTE APPRIVOISÉE

Antoinette, Nymphe athlétique , Aux regards lumineux, au corps Fait pour orner un temple antique , Beauté de formes et d'accords !

0 robuste fille des âges Où les dieux vivaient parmi nous , Au milieu des grands paysages, Rubens eût baisé vos genoux.

Toujours voire lèvre éloquente S'ouvre comme un fruit rouge et sain , De même qu'au temps où , Bacchante , Vous suiviez le cruel essaim

De ces créatures divines, Ivres de vin et de fureur, Qui bondissaient par les ravines Et les forêts pleines d'horreur.

Aujourd'hui calme et nonchalante.

Loin de vos bois qui sont coupés, Votre ongle frémissant se plante Sur le velours des canapés.

La mâle tigresse est domptée; Sa voix esl douce ; nous pouvons Prendre sa main fine cl gantée , Qui connaît l'emploi des savons.

Mais, pour éclairer les alcôves,

Vos grands yeux n'en jctU^il pas moins

Des hiciir.^ hrùlaiiles cl Iniives

Oui (oui l'cciilcr h's (('moins.

— o3 — Orphée auprès de vous s'ariiMe Sans peur, e( vos doigts mignonueis, En roulant une cigarette, Daignent chiffonner des sonnets.

Pour appareiller vers Cythère Vous êtes bien mieux maintenant, Toinette, et la peau de panthère Serait un voile inconvenant.

Donc, répandez les avalanches De vos sourires abondants, Tamisés par les perles blanches Que l'on nomme , je crois , vos dents.

Couvrez des plus riches étoffes Votre corps superbe et nerveux.

Et puis servez-vous de mes strophes Pour serrer le soir vos cheveux !

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