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RELATIF A LA FORME DE SA VIGNETTE ET DE SON TIMBRE

(Du 4'"' Jour complémentaire an VI)

Le Directoire exécutif, vu le sujet du dessin dont le programme suit :

« La République française sous la figure d'une jeune femme est assise, revêtue d'une (unique, d'un manteau, d'une cotte d'armes, et coiffée d'un bonnet phrygien, symbole de la liberté.

Elle est appuyée sur une table où sont gravés ces mots, République Française, Constitution de l'an III, et un niveau, symbole de l'égalité.

D'une main elle tient des couronnes de chêne et de laurier, symbole des récompenses

(i) Préface du Salon de l'an VU.

(2) Voir page i48.

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que le gouvernement décerne aux citoyens de tout état qui se distinguent par de grandes actions ;

De l'autre main elle tient un gouvernail armé de cinq chevilles ouvrières, symbole du gouvernement ;

Devant elle est le faisceau de l'unité, lié par des guirlandes de chêne et de laurier; ce faisceau, étavé par une égide, symbole de la sollicitude paternelle des magistrats, est surmonté d'une grenade, emblème du peuple uni et par conséquent du régime démocratique; de cette grenade sort une victoire, fruit de la force, de l'union et de la volonté du peuple, portant un étendard où sont gravées ces deux lettres P. F., qui signifient Peuple français.

A côté de la table sur laquelle elle est appuyée, l'oiseau des Français, le coq, symbole de la vigilance et du courage, tient dans ses serres la foudre, emblème du sort que la République a fait subir et qu'elle prépare à ses ennemis.

Cette figure allégorique du régime républicain foule à ses pieds des monstres qui représentent la tyrannie sacerdotale, monarchique et anarchique.

Elle est environnée des attributs des sciences, des arts, de l'agriculture et du commerce que le gouvernement protège et encourage et d'une corne d'abondance, symbole du bonheur des Français qui est le but de ses travaux. »

Arrête que ce sujet sera, à compter du i" vendémiaire an VII, celui de la vignette el du timbre du Directoire exécutif.

Cette composition, si minutieusement décrite, dans laquelle tant de symboles sont enfermés, est une des plus belles de la Révolution. Avec des modifications diverses, que nous signalerons en passant, elle fut employée jusque sous l'Empire.

La vignette du Directoire a pour auteurs officiels ses deux signataires : Naigeon l'aîné pour le dessin, B. Roger pour la gravure, mais d'excellents connaisseurs, à cause de sa beauté, l'ont rangée, sans discussion, dans l'œuvre de Prud'hon.

Edmond de Concourt, en dépit de la mention : Dessiné par Naigeon l'aîné, met l'en-lête du Directoire au compte de Prud'hon ('). Il dit à ce propos : « Cette estampe présente tellement le caractère d'une gravure faite d'après un dessin de Prud'hon qu'elle ne peut être enlevée à l'œuvre de Prud'hon. » M. Charles Clément, le biographe le plus complet du maître, n'avait pas hésité non plus dans son ouvrage paru quatre ans auparavant. Il décrit la pièce et s'extasie devant sa beauté (') : « Cette figure de la République est d'une invention

(i) Edmond de Concourt, Catalogue raisonné de l'œuvre peint, dessiné, gravé de P. -P. Prud'hon. Paris, 1876, in-8, p. 200.

(2) Charles Clément, Prud'hon, sa vie, ses œuvres et sa correspondance. Paris, 1872, in-8, p. 226.

DIRECTOIRE ET CONSULAT

grandiose, d'un dessin sévère et puissant, qui lui donne une place distinguée dans l'œuvre de Prud'hon. L'arrangement de la composition est excellent, et on pourrait l'agrandir dans un tableau sans y rien changer. Quelques-unes de ces petites pièces me représentent ces camées et ces médailles qui reproduisent les œuvres des plus grands peintres de l'antiquité. Eh bien, lorsque Prud'hon fit ce dessin, il était si peu connu et si peu apprécié, qu'il le signa d'un nom d'emprunt, celui de son camarade Naigeon. »

Et voilà comment on a dépouillé Naigeon l'aîné au profit de Prud'hon.

L'argument le plus fort c'est la beauté du dessin et qu'il rappelle la manière de Prud'hon ; le reste n'est pas sérieux. D'abord le nom de Naigeon l'aîné n'est pas un nom d'emprunt. Cet artiste était fort connu et apprécié ; il avait exposé au Salon de 1 791 deux tableaux estimés; il avait eu la plus grande part au sauvetage des objets d'ju-t que la Révolution avait fait sortir des églises et des châteaux ; en 1801 il fut chai'gé d'exécuter deux grands bas-reliefs en grisaille pour le plafond de la galerie du Luxembourg et, en 181 3, il eut la direction du Musée du Luxembourg.

Naigeon n'est donc pas un homme à dédaigner. D'un goût très sûr, il était capable de bien faire. Ajoutons qu'il fut le condisciple de Prud'hon à l'école de Dijon, que tous deux reçurent la forte éducation du même maître, François Devosges, dont l'empreinte puissante (') se retrouve dans la conception et dans l'exécution des œuvres de ses élèves. De plus, nous savons que Naigeon ne dédaigna de travailler à la petite estampe. Il exécuta pour le parfumeur LabouUée, qui demeurait rue de la Loi, au coin de la rue Feydeau, une carte

entourée de feuillage, d'un goût exquis, que Roger reproduisit avec tout le charme que l'on retrouve dans la plupart de ses œuvres, qu'il ramène souvent au type prud'honien.

"'-4iJt.i^f'li<:'tvRV."' ■^ tôTfi n'Oa. -

Pl. n» 23o. — Préfecture du département de la Côle-d'Or. (Fr. Devosges.)

(i) Pour s'en convaincre il suffit de comparer la planche n» 280, œuvre de Fr. Devosges, aux quatre vignettes de Prud'hon reproduites pages 161 et suivantes.

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Roger exposa, au Salon de l'an VII, en des cadres qui voisinaient, à côté de gravures d'après Prud'hon, une Allégorie de la République « d'après le dessin de Naigeon ». Ce n'est pas être téméraire que de supposer que cette « allégorie » est le dessin que Naigeon composa sur le programme du Directoire.

On fait encore remarquer, pour attribuer à Prud'hon une œuvre signée Naigeon l'aîné, que le maître de Cluny était poursuivi par la haine de David et de ses disciples, en particulier Gérard; que ceux-ci firent retirer à Prud'hon des commandes de l'éditeur Didot et qu'on obtint même la suppression du nom de Prud'hon sur une planche de la Thébaïde (Renouvier, p. 102).

Cet argument n'est pas plus probant que les précédents. L'exemple de grattage est unique et sa raison mal connue. Dans la suite Prud'hon donna au même éditeur les dessins de Daphnis et Chloé, de VArt d'aimer et à'' Edouard et Stellina, de Lucien Bonaparte. L'ostracisme fut donc de courte durée et ne put être imposé, s'il le fut, qu'à un particulier. Le gouvernement ne s'en préoccupait pas puisque, en l'an IV, il attribua à Prud'hon un prix de 5.ooo francs et un autre de 2.000 francs à la suite du concours de l'an III, où la Convention avait invité les artistes à représenter, à leur choix, les époques les plus glorieuses de la Révolution (Renouvier, p. loi). Un artiste ainsi récompensé par le gouvernement n'était ni méconnu, ni maltraité ; il n'avait aucune raison de ne pas avouer un travail qui tendait à la glorification de ce même gouvernement. Au surplus, quelques années plus tard, Prud'hon dessina pour plusieurs administrations des en-têtes admirables que nous reproduisons ; ceux-là sont signés de son nom. Pourquoi n'aurait-il pas avoué le bel en-tête du Directoire ?

Il nous semble juste de laisser à cette œuvre, malgré l'avis de Clément et d'Edmond de Concourt, les signatures que les artistes y ont inscrites.

La vignette du Directoire, comme la plupart des belles œuvres que nous avons rencontrées précédemment, fut utilisée pour divers emplois; sa grandeur variait suivant le format du papier.

Edmond de Concourt (p. 25 1) donne les divers états qui se trouvent dans l'œuvre de Roger :

i'' ÉTAT. — - Eau-forte pure. Le feuillage qui entoure le coq, non encore mordu ou mal mordu, a été repris au crayon.

DIRECTOIRE ET CONSULAT

2°" et 3"° ÉTAT. — Sans coq, sans victoire volante, sans serpent et portant : Gouvernement français, an VIII (PI. n°23i).

Concourt ajoute que cette planche a été gravée en trois grandeurs.

Au bas d'une épreuve de format in- 12, après les mots de : Liberté, Egalité, la lettre gouver- p,„^...= ^,,.'î«, ^.#

nementale commence par ces mots : P^-- »• 281

Pans le an de la République française, une et indivisible.

Pl. n° 282.

Une autre, du même format, qui portait : Gouvernement français, nivôse an VIII et où le coq et la Victoire avaient disparu, trouvait déjà preneur pour 7'5o, à la vente Alphonse David, en iSSg.

L'en-tête du Directoire trouva des imitateurs et le tribun Rose avait orné son papier à lettre d'une gravure rappelant très intimement celle que le Directoire s'était donnée. L'artiste auquel Rose s'adressa, s'inspira sans vergogne du

dessin de Naigeon. C'est la même femme assise, sans bonnet, ni cuirasse ; elle tient dans sa main droite le gouvernail; dans la gauche une couronne. Elle appuie son coude gauche sur la tjible de la loi, laquelle supporte des balances au lieu du niveau. A ses pieds on voit également le caducée, le globe, l'ancre, la corne d'abondance avec les mêmes dispositions. Le coq et la foudre qui se trouvent à droite dans l'œuvre de Naigeon sont remplacés pai* les attributs des arts; la Victoire qui surmonte le faisceau dans l'en-tête du Directoire est absente dans celui de Bosc. Cette gravure n'est pas signée mais l'exécution ne rappelle en rien l'association des talents de Naigeon et de Roger, qui avait produit l'œuvre admirable placée au début de ce chapitre.

Pl. no 233.

L'en-tête du Directoire, simplifié, dégagé de tous ses attributs servit au début du Consulat. La Liberté est toujours la même, tenant d'une main le gouvernail et de l'autre une couronne, mais le coq, la foudre, le faisceau, ont disparu pour laisser seule la belle figure symbolique de la France républicaine ; il faut remarquer qu'elle est seulement signée : Roger, d'après Naigeon, dans le catalogue de l'œuvre de Roger (n" 220). C'est cette même figure, accommodée à divers formats, qui sera en usage pendant une partie du Consulat et de l'Empire.

DIRECTOIRE ET CONSULAT

Le premier Consul l'employait avec rinscriplion : Au nom du peuple français ; on en trouve de signées : Roger, nivôse an VIII. Un spécimen, également de l'an VIII, porte cette inscription sur la table qui soutient le bras gauche de la République: Au nom du peuple français.

Berthier, ministre de la guerre, employa également cette vignette, ainsi que Lemarois, chef de brigade ; Benezech, l'ancien ministre, chargé de l'adminisiration intérieure du palais du gouvernement; Maret, secrétaire d'Etat; Belliard, commandant de la 24'' division militaire (') ; ce fut la vignette officielle comme, au début de la Révolution, la Liberté debout, qui se retrouve sur tous les cachets et sur la majorité des en-têtes, symbolisa la France nouvelle.

Pl. n° 234. — Brevet pour l'Ecole Saint-Ci/r.

{Cuil. Ilennet.'j

En l'an XI une modification essentielle apparaît. Le gouvernail avec ses « cinq chevilles ouvrières » est effacé ; on lui substitue une épée dans la main

(i) Son usage s'est prolongé jusqu'à nous puisque cette vignette est encore imprimée sur les couvertures des Livres jaunes.

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de la République ; le bonnet, emblème de la Liberté, est remplacé par le casque. Ces changements sont significatifs: un autre esprit anime le gouvernement; ce n'est plus la Liberté qui veille à ses destinées, mais une Minerve casquée, l'épée en main.

Il est probable que ce n'est pas l'auteur de la vignette-type qui fit cette modification essentielle. De Concourt, dans son catalogue de l'œuvre de Prud'hon, p. 267, décrit ainsi la vignette du Ministère de la guerre :

P. -P. Prud'hon Roger sculp.

Paris, le an de la République française

Le Ministre de la guerre

Tête de lettre représentant la France coiffée d'un casque surmonté d'un coq, une épée nue dans une main, une couronne dans l'autre.

Cette tête de lettre a plusieurs formats et plusieurs états. L'un des premiers états porte en tête : République française. Un autre a inscrit sur le socle : Au nom du peuple français, et sur le soubassement : Bonaparte, 1" consul de la République. Un autre : Département de la guerre, avec, dans le soubassement : Gouvernement français.

Les critiques d'art ont affirmé à différents endroits que Roger était un mauvais dessinateur, et c'est peut-être à Prud'hon qu'il eut recours pour mettre au goût du jour la vignette directoriale. L'inspirateur de ce changement est probablement Berthier, car nous avons rencontré une lettre du ministre de la guerre ornée de la Liberté où, en quelques traits de plume, le bonnet se muait en casque. C'est alors, suivant de Concourt, car nous n'avons jamais rencontré une telle pièce avec le nom de Prud'hon, que la signature de ce dernier apparaît pour la première fois; il aura transformé la vignette du Directoire, déjà si remarquable, en ce magnifique en-tête du Consulat que nous reproduisons, p. i55. C'est une explication que nous proposons pour justifier les signatures Naigeon et Prud'hon sous des œuvres offrant une absolue similitude.

Dès ce moment la signature de Prud'hon figure au-dessous d'œuvres qui, sans conteste, sont bien à lui ; elles sont signées de sa grâce inimitable plus encore que de son nom. Ce sont là des œuvres qu'on ne peut confondre avec le reste, et, si l'on demeure perplexe devant la ressemblance absolue qui existe entre la Liberté de l'en-tête du Directoire, signée Naigeon, et la Minerve du

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Consulat, signée Prud'hon, on est tout prêt à rejeter l'une et l'autre de l'œuvre de ce dernier, tellement leur sévérité contraste avec le sourire, emprunté au divin Léonard, qui éclaire les figures, incomparablement gracieuses, de l'œuvre de Prud'hon. Que l'on rapproche et compare l'expression mystérieuse et tendre de ces merveilles avec le regard vague et banal de la Liberté du Directoire et de la Minerve du Consulat, on sentira alors qu'il est très possible que ces deux figures ne soient pas de l'artiste qui créa les en-têtes des brevets d'invention et des préfectures de la Seine et de la Louisiane. Prud'hon n'est peut-être que l'auteur de l'arrangement de la tête et de la substitution de l'épée au gouvernail.

Prud'hon est par excellence le peintre de la Révolution.

Dès sa jeunesse il avait eu du goût pour les abstractions. Son aspiration vers un avenir meilleur l'avait fait entrer dans une loge. Franc-maçon dès '777 (')' ^ accueillit la Révolution comme la réalisation de ses rêves humanitaires et généreux.

Il faisait partie du jury établi pour le concours des prix de peinture de l'an II, et ce jury, ayant terminé ses travaux, se forma en Club révolutionnaire des arts. Prud'hon en devint le secrétaire adjoint; il lut, « dans une de ses séances, un discours sur les arts dont le journal de Destournelles ne nous donne malheureusement qu'une mention; il les considérait, est-il dit, sous des rapports philosophiques et en parlait dans le genre de Rousseau » (Renouvier, p. 100). Au milieu de la plus grande effervescence révolutionnaire il composa un dessin symbolique représentant la Constitution, connu par la gravure de Copia, puis un dessin allégorique sur le 9 thermidor, signalé par Dauban (''). C'est une composition vengeresse contre le souvenir détestable de Robespierre ; plus tard, par un habile remaniement, le peintre sut y introduire la figure de Bonaparte. Évidemment l'artiste n'avait pas des convictions très rigides et sans doute qu'il adapta sa pensée aux circonstances, comme il le fit pour ses dessins et gravures lesquelles, au moyen de légères retouches, ont pu être employées sous des régimes successifs.

(i) Clément, Prud'hon, sa oie, ses œuvres et sa correspondance, p. SC-Sy. (a) Dauban, Paris en ijg4 el i7<)5. Paris, 1869, in-8, p. 478.

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Nous emprunterons au catalogue d'Edmond de Concourt la description des vignettes de Prud'hon reproduites au cours de ce chapitre. Nous y ajouterons des remarques qui nous ont été gracieusement signalées par M. Anatole France, ainsi que nos propres découvertes.

Département de la Seine-Inférieure

Prud'hon inv. B. Roger sculp.

Rouen, le an de la République

Le Préfet

Tête de lettre représentant une académie de femme, coiffée de roseaux, épandant les eaux d'une urne.

I*' ÉTAT. — Eau-forte pure dans l'œuvre de Roger.

2"' ÉTAT. — Avant le pommier dont l'œuvre de Roger contient une épreuve (PI. 235). Il porte les inscriptions suivantes :

Préfecture de la Seine-Inférieure Liberté Egalité

Le Préfet du département de la Seine-Inférieure

3°" ÉTAT. — Avant l'en-tête. Une épreuve de cet état était vendue 21 francs à la vente Alphonse David, 1869; 45 francs à la vente Soleil, 1872. 4"° ÉTAT. — Celui que nous reproduisons (PI. 236). 5me ^j^Y^ — Avec : Le Préfet du département de la Seine-Inférieure.

Il existe, de l'épreuve avec le pommier, un bois signé à droite : Besnard. Une épreuve figure sur un catalogue de marques typographiques ; elle est indiquée sous le n° i38 et tarifée 5 livres. Les épreuves gravées sont très rares, et la préfecture de la Seine-Inférieure elle-même employa la réduction de Besnard. M. R. de Beaurepaire, le savant archiviste de la Seine-Inférieure, ne put nous montrer qu'un spécimen de la gravure sur bois de Besnard ; il ne possédait dans ses archives aucune épreuve de Roger.

Prud'hon n'était pas arrivé du premier coup à l'œuvre décrite plus haut. Il avait imaginé un autre dessin, qui appartient à M. le comte Beugnot. Ce dessin, a figuré à l'exposition de 1900, salle des préfets de police; il représente une Liberté assise, tenant dans sa main droite un gouvernail, dans la gauche un rameau d'olivier. Au bas et à gauche un buste, une palette, les emblèmes des

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arts ; à droite une ancre et les attributs du commerce. Sur un cube de pierre : Honneur au Commerce, au bas : Département de la Seine-Inférieure. Nous ne connaissons aucune reproduction de ce dessin.

Ae,i?^»dim^

Pl. s» 235. — Département de la Seine-Inférieure. Pl. no 23(). — Département de la Seine-Inférieure.

Pl. no 287. — Préfecture de la Seine.

" B H^jer Jt-

Pl. n° 238. — Préfecture de la Louisiane.

Préfecture de la Seine

P. P. Prud'hon B. Roger se.

Sur la colonne on lit : République française, et en bas : Préfecture de la Seine. Le Préfet du département de la Seine

Tête de lettre. Figure allégorique entourant d'un bras la statuette de la Liberté et regardant dans le miroir de la Prudence ; un lion, emblème de la force, est à ses pieds; elle est entre les mots : Liberté, Égalité.

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i'^ ÉTAT. — Eau-forte pure dans l'œuvre de Rocjer.

2™° ÉTAT. — Avec les mots Liberté, Egalité et l'en-tête de la lettre. Une épreuve de cet état était vendue 36 francs à la vente David, en 1859.

3me ÉTAT. — Celui que nous reproduisons (PI. 287); une épreuve fut vendue 12 fr. 5o à la même vente(').

^mc ÉjAj — Sur un tirage postérieur, on lit, en typographie, sous la vignette :

Paris, le an de la République française, une et indivisible

Le Secrétariat général de la Préfecture du département de la Seine.

Le dessin de la préfecture de la Seine appartenait à M. Eudoxe Marcille. Il a o" 09 de haut et o" 06 de large. M. Marcille l'avait acheté 1 84 francs chez Danlos et Delisle en 1874' Un autre dessin de la même composition, au crayon noir et à la craie sur papier verdàtre, appartenait à M. Marmontel. La tête est tournée de profil à droite.

A propos de ce dessin, Renouvier (p. 43o) signale que, dans une des fêtes symboliques si fréquemment organisées par la Révolution, une actrice nommée Antoinette Mirande, élève de Lays et fameuse par sa grande beauté de blonde, avait représenté la nymphe de la Seine; elle figurait sur un char, entourée de nymphes et de tritons. Peut-être un souvenir de cette personnification est-il resté dans l'heureuse figure que Prud'hon dessina pour la préfecture de la Seine.

République française, Colonies Louisiane

Prud'hon del. Roger se.

Le Préfet colonial de la Louisiane A

Tôte de lettre représentant une figure allégorique, tenant un caducée et une bourse ; un vaisseau dans le lointain.

i" ÉTAT. — Eau-forte pure dans l'œuvre de Roger. Il existe un état avec l'en-tête ainsi changé :

Nouvelle-Orléans. An

(i) Roger, dans le catalogue manuscrit de son œuvre, dit que cette planche a tiré à 8.000 exemplaires sans qu'un seul trait ait disparu.

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Une réduction existe avant la lettre et l'en-tête. Dans l'œuvre de Roger le vaisseau n'existe plus.

Il existe trois dimensions avec des variantes dans la composition : I, hauteur 3 centimètres ; II, hauteur 6 centimètres ; III, hauteur 7 centimètres et demi; l'arbuste a été supprimé sur les deux plus petites compositions.

Cette planche a été gravée pour le préfet Lanssat; elle a été exécutée en quatre jours, y compris l'eau-forte. Nous n'avons jamais rencontré de lettres du préfet de la Louisiane avec cet en-tête; c'est dire à quel point ces épreuves sont rares. Il en existe une mauvaise réduction sur bois.

Ministère ue la Police générale Prucfhon inv. B. Roger se.

Paris, le an de la République française

Le ministère de la police générale de la République A

Tête de lettre représentant la Vigilance assise entre deux sphinx, qui rappellent que la police doit être aussi discrète qu'avertie ; un flambeau dans une main, un miroir dans l'autre; à ses côtés un coq et un serpent, symbolisant la vigilance et la prudence.

i" ÉTAT. — Eau-forte dans l'Œuvre de Roger.

2"" ÉTAT. — Celui que nous reproduisons (PI. 246).

jme lÉTAT. — Sur dcs éprcuvcs postérieures le texte gravé sur les côtés et au-dessous de la figure (excepté l'inscription de la base) a été enlevé. Un texte en typographie porte :

Paris, le

Le Sénateur, Ministre de la Police générale de l'Empire.

M. Villot dit que cet en-tête a été exécuté de trois grandeurs diflérenles. M. Anatole France nous précise qu'elles ont pour dimensions, i3 cent., 5 cent, et 2 cent, et demi. Les trois formats passèrent, en iSSg, à la vente Alphonse David où ils se vendirent i4 francs.

Il y a une eau-forte de la réduction moyenne dans l'Œuvre de Roger. Cet en-tête a été reproduit sur bois, comme tous les en-têtes gravés de l'époque. Prodhomme et C'" ont exécuté une lithographie de cette pièce. La figure est retournée et très agrandie, environ 3o centimètres. A gauche, Prudhon (sic/y, à droite, lith. Prodhomme et Q", 3, place du Doyenné.

La première idée de cet en-tête est dans un dessin au crayon noir et à la craie, sur papier jaune, qui se trouvait dans la collection Eudoxe Marcille.

L'en-lête de Fouché a été parodié par Chianale, Amati et Tela, artistes italiens, pour servir d'illustration au papier à lettres du commissariat général de la police, en résidence à Turin. C'est une petite gravure de 3 centimètres et demi de haut sur 2 et demi de large. La République est assise dans un fauteuil dont les bras sont terminés en têtes de sphinx. Elle tient, d'une main, une longue torche et, de l'autre, un miroir; un coq est perché sur un fût de colonne.

Carte des environs de Paris.

J.-B. Merlenf.

Petite carte où le département de la Seine est figuré avec ses limites

actuelles. On y voit indiqués Paris et les deux sous-préfectures de Saint-Denis et Sceaux, avec l'emplacement de nombreux villages. Cette carte est gravée sur une piédestal, au-dessus duquel on a posé une tête de Minerve et les attributs des trois arts : peinture, sculpture, architecture; en bas, à gauche, les emblèmes du commerce ; à droite, une urne qui s'épanche rappelle la Seine ; une sorte de gouvernail symbolise la navigation, qui créa Paris (').

Cette vignette est d'une extrême rareté, elle a figuré sous le n° i63 à la vente David. Notre reproduction est donnée d'après la pièce de la collection de M. Frédéric Masson; on en rencontre quelques spécimens gravés sur bois. Le préfet de la Seine, Frochot, l'employa ainsi que son secrétaire général Méjean ; elle paraît avoir remplacé la figure reproduite sous le n° 287. L'auteur de la gravure est Merlen, « graveur sur tous métaux », qui demeurait au Palais du Tribunal, galerie de pierre, n° [\o, du côté de la rue de la Loi. Prudhon avait dessiné pour Merlen une carte commerciale, qui se trouve dans l'œuvre de Roger;

Pl. no 289. — Préfecture du Département de la Seine. (Collection Frédéric Masson.)

(i) On peut rapprocher de la vignette du département de la Seine la belle composition de M""« Desparanches, gravée par Duplessi-Bertaux et Choffard, pour la préfecture du département de Loir-et-Cher (Pl. n" 240).

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c'est une vraie merveille. Sa reproduction n'a pas sa place ici, on la trouvera dans le livre de Maillard à la page 79 (').

Pl. s" 240. — Préfecture du département de Loir-et-Cher.

Nous terminons ce catalogue de l'œuvre officiel de Prud'hon par la reproduction des trois étals de la vignette qui servait d'en-tête aux brevets d'invention. Nous empruntons la description au catalogue dressé par Edmond de Concourt :

Ministère de l'Intérieur. — Brevets d'invention, de perfectionnement et d'importation ÉTABLIS PAR LES LOIS DES 7 JANVIER ET 25 MAI I79I.

Prud'hon inv. B. Roger, sculp.

Sur la tablette que tient le Génie, on lit : Inventions nouvelles.

\" ÉTAT. — Eau-forte pure dans l'œuvre de Roger. Les changements de gouvernements ne permettent pas de préciser les nombreux états de cette planche. L'un porte : République française ; un autre : Empire français ; sur un troisième employé sous la Restauration, ces mots ont été remplacés par : France. On verra par les n°^ 2l\\, 242, 243, ijuels travestissements la coiffure a subis, ainsi que le faisceau qu'on transforma en un écusson à l'aigle, lequel, plus tard, (it place aux fleurs de lis. On remarquera que la coiffure de la République a subi le même changement que la vignette du Directoire.

Une copie en contre-partie de cette composition, avec une modification dans la tête de la République transformée en Hygie, a été faite. Elle porte au bas : M. de la Serrie delin. et sculp. amat. {ex Prudhon), et pour titre : Higia, déesse de la Santé, couronnant le Génie de la Médecine, gravure dédiée à M. Blin, doct. méd.

(i) Léon .Maillard, Menus et programmes. Paris, 1898, in-4.

DIRECTOIRE ET CONSULAT

Avec Prud'hon peut se clôturer cette revue des vignettes emblématiques ; s'il a accepté le goût de son temps pour les allégories, il a transformé les en-têtes vulgaires ou prétentieux en des compositions exquises, d'un charme unique, d'une marque très personnelle.

Il eut la bonne fortune de rencontrer en Barthélémy Roger (') un graveur qui sut comprendre ses œuvres et les reproduire sans rien laisser perdre de leur beauté. Si la gloire de Prud'hon a pu se répandre par la gravure, le mérite en revient un peu à Roger; en retour cet artiste, médiocre très souvent quand il travaille pour d'autres, verra son nom sauvé de l'oubli, parce que, pour les gravures, il sera éternellement cité à côté de celui de Prud'hon.

Pl. n» 244- — Grand Juge, ministre de la Justice.

Pl. n" 245. — Police de Bordeaux.

A côté des en-têtes dus à Prud'hon nous avons placé celui que le grand juge ministre de la justice (pl. n" 244)> employait pour sa correspondance et pour ses invitations. La pièce est signée du peintre Claude Gautherot Q). Malgré cette

(i) Roger (Barthélémy), né à Lodève, 1770, m. 1840. Son œuvre gravé, qu'il avait gardé pour lui, se compose de 282 pièces, avec un catalogue et une notice de sa main, est conservé aujourd'hui au cabinet des esUmpes de la Bibliothèque nationale. (E f 166 et Y c 164.) « Il travailla, ainsi qu'il nous l'a appris luimême, dans l'atelier de Copia, de 1789 à 1795, et, en l'an VU. il éuit logé au pavillon des archives, chez le citoyen Prud'hon. Le maître, dont il grava plus de vingt dessins, l'avait si bien façonné qu'on croit le voir encore dans les œuvres que le graveur a fait d'après d'autres, aussi bien dans une Vierge d'après Louis Carrache que dans les figures d'après Naigeon, et que ses plus humbles productions ont pu être placées parmi les trésors de nos portefeuilles. » (Renouvier, p. 219.)

(2) Gautherot (Claude), peintre, né à Paris, 1769, m. dans la même ville, 1820. Élève de son père, puis de David (1787). Ardent révolutionnaire, il suivit Le Peletier de Saint-Fargeau dans l'Yonne et propagea les mesures révolutionnaires. Blessé d'un coup de feu le 3 vendémiaire an IV en défendant la Convention. Sous le patronage de David il ouvrit une école qui produisit d'excellents élèves.

i68 LES VIGNETTES EMBLÉMATIQUES

signature, Clément, dans sa biographie de Prud'hon, est tenté de l'attribuer à Prud'hon; mais il suffît de la comparer avec les œuvres du maître pour renoncer à cette attribution.

Pl. n° 2!\6. — Ministère de la Police générale.

Nous reproduisons encore (pl. n° 245) une vignette de même inspiration, employée à Bordeaux par l'administration de la police; son auteur, Jean- Baptiste Pallières, né à Bordeaux en 1706, mort dans la même ville le 17 décembre 1827, grava quelques portraits et un assez grand nombre de figures pour illustrer des livres publiés dans la région.

Gautherot et Pallières s'inspirèrent de Prud'hon comme le graveur Desmarets, pour sa médaille des sénateurs, le fit de la vignette du Directoire. Roger en tira un superbe en-tête, n° 288, digne d'être rapproché d'une des multiples transformations de la vignette de Naigeon.

A partir de ce moment, les vignettes deviennent plus rares et de plus en plus impersonnelles. Nous venons de citer la vignette du Sénat d'après Desmarets ( ). Il y en eut une autre qui représentait un miroir avec le serpent ; au bas, les tables de la loi, le livre de la Constitution et le faisceau. Plusieurs sénateurs. Clément de Ris entre autres, pour leur usage personnel, employèrent ce dessin gravé soit en taille douce, soit sur bois.

(i) Elle figure au catalogue de la Monnaie sous le n° 820.

DIRECTOIRE ET CONSULAT 169

Le Tribunal avait un petit médaillon gravé sur bois représentant une femme debout, devant l'autel de la Patrie sur lequel est posé le livre de la Constitution. Comme inscription, en exergue : République française, et au bas : Tribunal.

Le Corps législatif, en l'an IX, employait un en-têle représentant une petite Liberté dans un médaillon ; ce dessin avait servi antérieurement au ministère de la police, à celui des relations extérieures et à celui de l'intérieur, au début du Directoire, En l'an X, le même Coi'ps législatif prit pour emblème une femme assise dans une chaise curule, les bras pendants; la main droite tient un rouleau. Inscription, en tête : Corps législatif; au bas : République française.

La mode se prolongea encore quelque temps. On en trouvera quelques jolis spécimens dans l'ouvrage de M. Noël Chai-avay : Les Généraux morts pour la Patrie (i8o5-i8i5), tel celui du colonel L'Olivier de la garde impériale, qui, par exception, n'a pas fait figurer l'aigle dans son emblème, très peu guerrier d'ailleurs.

Le Bulletin des Lois n° 498 de l'an XIII contient le décret du 6 pluviôse

de la même année décrivant le sceau de l'Etat. « Il portera pour type, d'un côté, l'effigie de l'Empereur assis sur son trône, revêtu des ornements impériaux, la couronne sur la tête, tenant le sceptre et la main de justice ; de l'autre, l'aigle impérial couronné, reposant sur la foudre suivant le modèle joint à la présente loi. » Un autre décret, du 29 ventôse an XIII, revient sur le même objet et précise quelle sera la figure qui ornera les timbres et les sceaux des diverses administrations. Il y est dit qu'ils auront pour type l'aigle impérial et, afin d'établir l'uniformité, l'article III du même décret exprime le désir que les autorités n'emploient pour sa fabrication, s'il est possible, qu'un seul artiste.

Toute fantaisie, toute aspiration personnelle était, pour ainsi dire, interdite par ces deux décrets; l'aigle devait remplacer tous les autres emblèmes. Le bonnet, qui symbolisait depuis douze ans la Liberté, fut enlevé des rares figures qui subsistèrent; un casque le remplaça; le gouvernail de l'Etat devint une épée.

Née avec la Liberté, la vignette périt avec elle, et l'Empire, si fécond en brillantes victoires, n'a pas su inspirer le mouvement d'enthousiasme dont une

des manifestations fut l'illustration du papier révolutionnaire. On abandonna dans l'armée les vignettes aux aspirations généreuses, et l'on ne vit plus, comme illustration des correspondances militaires, que les aigles impériales ou le portrait de l'Empereur : le culte d'un homme avait remplacé l'amour de la Liberté.

Pl. n» 247. — En-tête de Cl. de Beauharnais, ambassadeur en Espagne.

LIBERTE

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EGALITE

Pl. n» 248. — En-tête dessiné et gravé par Lepagelet.

TABLE ANALYTIQUE

Abancourt, adjudant général, sa vignette en Italie, 85.

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