‹ Les vignettes emblématiques sous la révolutionChapitre 9 sur 42 · HUM.I'IK · texte numérisé non relu

HUM.I'IK

Pl. N° 70.

(fiab. des Estampes.)

Au moment où le général Jourdan et ses généraux, en montrant leurs goûts

pour les en-têtes allégoriques, invitaient pour ainsi dire les officiers qui les

V , r, /> / y/Y entouraient et les administra-

teurs qui correspondaient avec eux, à employer des vignettes plus artistiques que celles dont ils s'étaient servis jusqu'alors, l'Imprimerie des armées, qui avait été établie à Bruxelles, permettait de satisfaire à ce désir.

La plupart des vignettes de l'armée du Nord, de l'armée de Sambre-et-Meuse et un grand nombre de celles des administrations locales portent en effet, à partir de l'an III, la marque de cette imprimerie et la signature de A. Cardon, à laquelle se joint quelquefois celle de Gorbet.

Les œuvres de ces artistes sont assez peu connues, si l'on en juge par une question posée il y a quelques années dans V Intermédiaire des Chercheurs et Curieux et à laquelle il n'a jamais été répondu ('). A propos d'un fleuron dessiné par Gorbet, gravé par A. Gardon, qui se trouve sur le titre d'un volume sorti de l'Imprimerie des armées, V Intermédiaire demandait si le peintre ou le dessinateur Gorbet était connu à Bruxelles, de quel Antoine Gardon il s'agissait ; il ajoutait que l'un des Gardon était peut-être imprimeur des armées du Nord.

Il existe de nombreuses brochures sorties de l'Imprimerie des armées. Les discours prononcés à Bruxelles par les représentants du peuple Perés et Portiez de l'Oise y furent tous imprimés ; ces plaquettes portent sur le titre : à Bruxelles, de l'Imprimerie des armées du Nord et de Sambre-et-Meuse, ou à la fin : de l'Imprimerie des armées, place de la Liberté.

(i) Tome XVI, i883, p. 677.

ARMEES DU NORD ET DE SAMBRE-ET-MEUSE

Nous n'avons pu trouver dans les archives aucun renseignement sur cette imprimerie établie à Bruxelles. Le rapport détaillé du représentant Haussmann sur l'état de la Belgique n'en fait pas mention. Nous savons cependant que le directeur n'en fut pas le graveur Antoine Cardon. Une lettre de la collection R. Bonnet, datée de Bruxelles le 8 fruc-

tidor an III, et portant avec la vignette ^^ . . ^"^yS.'î^

reproduite ci-contre (pi. n° 71) les mots imprimés : Le Directeur de VImprimerie des armées, est signée du nom de Gaborria, indiqué aussi sur une facture conser- ^''" **" 7'-

vée à la Bibliothèque nationale (pi. n° 72). Qui était ce Gaborria ? Il n'est cité dans aucune biographie.

Son collaborateur Antoine-Alexandre-Joseph Cardon, dit le Vieux ('), naquit à Bruxelles le 7 décembre '1789. Le peintre de l'impératrice Marie- Thérèse, de la Peyna, à qui ses parents l'avaient confié, emmena son élève à Vienne où, grâce à la protection du comte de Cobenzel, ministre d'Autriche dans les Pays- Bas, Cardon obtint une pension de l'Impératrice. Il put ainsi aller en Italie se perfectionner dans l'étude des arts. Il s'y adonna d'abord à la peinture, étudia trois années à Rome, puis alla s'établir à Naples, où il se consacra exclusivement à la gravure. Il exécuta des planches et des vues de Naples, d'un burin facile et gracieux, qui le firent remarquer par le célèbre d'Ancarville. Cet amateur le chargea de la gravure des planches du grand ouvrage qui parut à Naples en 1766 sous le titre : Antiquités étrusques, grecques et romaines, tirées du cabinet de M. William Hamilton, ambassadeur d'Angleterre à la cour de Naples. Rappelé ensuite à Bruxelles par le comte de Cobenzel, qui avait formé le projet de publier une histoire de l'ordre de la Toison d'Or, Cardon grava pour cet homme d'Etat différents tableaux tirés de sa galerie et de celle

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(i) Sur Cardon, voir Biographie nationale belge; Arthur Dinaux, Archives du Nord de la France et da Midi de la Belgique. Nouvelle série, 1842, tome III; Nagler, A'bucji ail. Kunstler-Lexicon ; les biographies Rabbe, Hœfkkr, etc., qui se complètent l'une par l'autre.

du duc d'Arenberg; il se fixa définitivement dans sa ville natale, y devint professeur à l'Académie de dessin et de peinture et, en 1 8 1 5, membre de l'Institut royal des sciences et arts des Pays-Bas. D'après ses biographes, presque tous les livres illustrés qui parurent alors en Belgique furent ornés par lui de titres et frontispices, de vignettes et de culs-de-lampe. Le fils de Gardon, Antoine, avait un réel talent de graveur. Il quitta la Belgique au moment où les idées révolutionnaires françaises y firent irruption et il se fixa à Londres, où il acquit, sous le nom d'Antony Gardon, une certaine réputation ('). Gardon le Vieux, au contraire, prêta son concours aux administrateurs français et devint leur principal fournisseur de vignettes.

Antoine Gardon ne fit d'abord qu'imiter les graveurs français ; les Libertés dessinées par Gatteaux, par Quéverdo furent ses premiers modèles. Il trouva une autre source d'inspiration chez un artiste avec lequel il collabora quelque temps.

Né à Douai en 1758, Gharles-Louis GorbetQ avait étudié la peinture et la sculpture dans sa ville natale d'abord, puis à Paris. Il vint, vers 1780, se fixer à Lille. Ses œuvres étaient reçues avec faveur aux Salons de Lille, sur le livret desquels il figure de 1782 à 1788 avec les titres de : sculpteur, statuaire de l'Académie de Lille, médailliste de l'Académie royale de peinture et sculpture de Paris Q. Dès les premiers jours de la Révolution, Corbet joua un rôle; il fut l'un des orateurs les plus écoutés des réunions populaires et l'organisateur de toutes les fêtes publiques. Voulant consacrer son talent aux idées nouvelles, il présenta en 1790 l'esquisse d'un projet de monument qu'il proposait à ses concitoyens patriotes d'élever par souscription dans le champ de la confédération en l'honneur de la Liberté conquise. Nous ne croyons pas inutile de reproduire ici la description qu'il faisait lui-même de ce projet :

Sur un piédestal de huit pieds de hauteur s'élève un terme en pierre milliaire carrée, dont les anciens marquaient les limites des possessions et des pouvoirs particuliers. La Liberté, décorée des attributs qui la caractérisent, y attache les marques distinctives des différentes communes ainsi que des corps militaires confédérés. Ces objets, suspendus à

(i) Antony Cardon né à Bruxelles, i5 mai 1772, mourut à Londres, 16 avril i8i3.

(2) Sur Corbet (Charles-Louis), voir la notice du Catalogue du Musée de Lille et la très intéressante étude de M. Jules Hondoy, dans les Mémoires de la Société des sciences de Lille, 4° série, tome III. Lille, 1877.

(3) Livrets des Salons de Lille, 4' série, t. III. Lille, 1877.

ARMEES DU NORD ET DE SAMBRE-ET-MEUSE

l'écharpe nationale, sont enlacés de fleurs, afin de montrer que si nous avons encore des chaines, elles nous viennent de la nature et sont légères à porter; ce sont celles de l'obéissance aux lois, des devoirs envers la société.

Ni ce projet ni celui qu'il envoya au concours institué par David pour élever un monument destiné à commémorer la glorieuse défense de Lille, ne furent exécutés. Corbet fut d'ailleurs, pour quelque temps, détourné de ses travaux artistiques.

Il avait été, le 3 octobre 1793, nommé sous-bibliothécaire du district de Lille, puis, quelques jours après, par la mort subite de son chef, élevé au rang de bibliothécaire. Lorsque nos armées furent entrées en Belgique et qu'il fallut organiser le pays conquis, on fit appel à son concours. Le représenttmt Briez l'envoya en mission à Bruxelles; il y fut le chef du bureau de l'instruction publique de l'administration centrale de Belgique. Il prononça en cette qualité des discours que le Moniteur reproduisit avec éloges ('). Pour remplir exactement sa mission, Corbet fit à Bruxelles ce que les artistes encouragés par le Comité de salut public faisaient à Paris; avec la collaboration de Cardon et du directeur de l'Imprimerie des armées Gaborria, il fit répandre dans les administrations et les états-majors ces vignettes emblématiques destinées à exciter l'enthousiasme de tous. Les en-têtes qu'il dessina ont un charme particulier ; ce côté de l'œuvre artistique de Corbet méritait, croyons-nous, de ne pas rester ignoré.

Corbet ne séjourna pas longtemps à Bruxelles. Dès l'an V, il avait repris sa place de bibliothécaire à Lille Q. Mais les relations qu'il avait nouées avec les représentants du peuple et les officiers généraux des armées du Nord et de Sanibre-et-Meuse allaient bientôt l'appeler à Paris. Dès son retour d'Italie, le

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L'agent général des hàpilaux de l'armée du Nord.

(i) Moniteur du 25 septembre 1796 (3 vendémiaire an IV).

(2) II adresse en cette ([ualité une Lettre au citoyen Lagarde, secrétaire général du Directoire exécutif sur les esquisses el projets de monuments pour les places publiques de Paris. M. Tolrneux, Bibliographie de f histoire de Paris pendant la Révolution, n» 19814, t- IH, p. 877.

général Bonaparte lui confiait le soin de faire son buste, et l'apparition de cette œuvre au Salon de 1798, puis à celui de 1800, fit de Gorbet un artiste célèbre (') et Boilly consacrait sa réputation en le faisant figurer dans son tableau, r Atelier d'Isabey, aux côtés du maître, en compagnie de Garle Vernet, de Gérard, de Girodet et de toutes les gloires de cette époqiie Q.

Charles-Louis Gorbet mourut à Paris, le 10 décembre 1808. Après que

Pl. n" 74. — Le commissaire-ordonnateur général Sabin Bourcier.

Gorbet eut quitté Bruxelles, Gardon continua seul k s'adonner aux vignettes et à illustrer, après le papier de correspondance de nos armées, celui des administrations belges. Il mourut le 10 septembre 1822.

Nous avons été assez heureux pour trouver un grand nombre de vignettes de Gardon et de Gorbet ; nous donnons ci-dessous la liste de toutes celles que nous avons pu voir.

I. — Le général Alexis Dubois, commandant militaire dans le département de Jemappes. Imprimerie des armées. Signé : A. Cardon sculp. (Pl. n° 70.)

Cette vignette, qui accompagnait une curieuse lettre du général Dubois, a paru dans le Carnet de la Sabretache; 1899, p. 575.

Général de cavalerie, Alexis Dubois (né à Guise le 27 janvier 1754) a été représenté par

(i) Sur ce buste de Bonaparte, voir l'article publié par M. F. Masson dans le Carnet de la Sabretache (avTÏI 1901).

(2) Ce portrait de Corbet est reproduit en tête de l'étude de M. J. Hondoy. Les figures peintes par Boilly pour son tableau l'Atelier d'Isabey se trouvent au musée de Lille.

ARMÉES DU NORD ET DE SAMBRE-ET-MEUSE

Pl. ko 75. — Le général Aleœis Dubois, commandant militaire dans le déparlement de Jemappes.

l'artiste chargeant à la tête de ses troupes dans les quatre actions où il se distingua particulièrement. Blessé mortellement à la bataille de Roveredo, le 4 septembre 1796, il adresse en expirant, au général Bonaparte, ces paroles devenues célèbres : « Je meurs pour la République; faites, général, que j'aie le temps de savoir si la victoire est complète ('). »

JME0B8.A11MBS.

Pl. n" 76. — Le général de division Tillij.

2. — Le général de divisio.n Tilly, co.mmandant les neuf départements réunis. Imprimerie des armées. Signé : A. Cardon sculp. (Pl. n" 76.)

Jacques Delaislre Tilly, connu depuis l'Empire sous le nom de comte de Tilly, était né à Vernon (Eure) le 2 février 1749; il servit de 1761 à 181 5. Parmi les souvenirs que rappellent les tableaux des principales batailles au.xquelles Tilly assista avant de recevoir le très éphémère commandement des départements réunis, celui de la prise de Gertruydemberg est un des plus honorables. .Vssiégé dans cette place, il fit une résistance héroïque et sortit avec tous les honneurs de la guerre. Tilly mourut à Paris le 10 janvier 1822.

(i) Voir la biographie du général .\lexis Dubois dans les Généraux morts pour la patrie, par Jacques Charavay, pp. 36-37, ^' l'article de .M. Léon Hesnet dans le Journal des sciences militaires; 1897.

Liberté. Égal^^tê. FR,rï^;^NiTÉ.

1^ la Ripubliqui.

LiPGE, le ^

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