‹ Les vignettes emblématiques sous la révolutionChapitre 8 sur 42 · FRATERNITÉ · texte numérisé non relu

FRATERNITÉ

Pl. n» 57.

la JrUauDuaue. ■

(fiab. des Estampes.)

D'autres vignettes avaient un caractère franchement révolutionnaire. On en trouvera trois particulièrement intéressantes sous les n"* 58, |59 et 60.

(i) Bibliothèque nationale, Cabinet des Estampes, coll. Hennin, n» i2o38, vol. i36, pl. 5a. Cette vignette fut employée sous tous les régimes qui se succédèrent depuis l'an II. Nous l'avons trouvée sur des documents de l'Empire, mais, bien entendu, sans aucune devise.

LES VIGNETTES MILITAIRES

Dans les deux premières, avec l'arbre de la Liberté et le Lion, symbole de

Pl. s» 58. — L'adj. général Malet.

Pl. n» 59. — L'adj. général Garobaau. (Coll. [f. Charauay.

la force, se rencontrent les divers attributs ordinairement employés; mais la troisième présente un détail nouveau : la tyrannie écrasée sous le poids de la Montagne sur laquelle est assise la Liberté tenant d'une main la pique surmontée du bonnet et de l'autre les tables des droits de l'homme. Celte vignette du général Michaud, général en chef de l'armée du Rhin, nous semble une des plus caractéristiques de cette époque.

Suivre la vignette dans toutes les armées serait une tâche impossible ; il serait d'ailleurs sans intérêt de cataloguer ou de reproduire les innombrables en-têtes qui furent employés dans les correspondances militaires pendant les premières années de la Révolution. Si les administrations centrales à Paris s'attachèrent, comme nous l'avons vu, à commander leurs vignettes aux artistes les plus renommés, les officiers et les corps de troupes dans le reste de la France n'employèrent en général que des en-têtes fort simples. Il ne semble

Pi., n" Oo. — Michaud, général en chej de l'armée du Rhin. (Coll. Bowgeot.)

pas que les artistes de la province aient été appelés à illustrer les papiers des

Pl. no 6i. — Général Hardy.

correspondances militaires; seuls, Lepagelel, à Douai, el Poize, à Marseille, se

Pl. k° 62. — Commissaire civil Radier.

firent une spécialité de ce genre de travail ('). Dès l'an III, nous voyons le

(1) Poize (Pierre), né à Beaucaire en 1765, mourut en 1846 à Marseille, où il était professeur à l'École des beaux-arts. Le i5 messidor 1799, il fut élu membre de l'Académie de Marseille, qui conserve son portrait à l'huile. Poize fit pour elle un sceau qui est encore en usage. Nous devons ces renseignements à M. Barré, bibliothécaire de la ville de Marseille. Outre la vignette reproduite sous le numéro 64, nous pouvons citer parmi les œuvres de l'artiste provençal, l'en- tête de l'adjudant général Lecourt-Villiers, et plusieurs en-têtes en forme de trophée, employés notamment par le général Cervoni et par le général L.-J. Saint-Hilaire. M. Cottreau possède dans sa collection un brevet de congé dessiné par Poize à Marseille en l'an II. Enfin, c'est à Pierre Poize qu'est dû l'un des plus beaux documents de cette époque ; l'en-tête du brevet de congé du régiment des Dromadaires. On en retrouvera la reproduction plus loin.

LES VIGNETTES MILITAIRES

général Garteaux se servir d'un en-têle de Poize (pi. n° 64), représentant la Liberté debout au milieu de trophées, de drapeaux, d'armes et de divers attributs guerriers. Ce type de vignette fut un des plus usités dans les armées; on le retrouve avec cent modifications différentes depuis le début de la Révolution jusqu'à l'Empire. Les planches 61, 62 et 63 indiquent quelques-unes de ces transformations.

La vignette fleurit surtout dans les armées de conquêtes : parmi les armées du Nord, de Sambre-et-Meuse, du Rhin, et parmi les armées d'Itahe. Les généraux s'en servirent pour exciter l'enthousiasme de leurs troupes, autant que pour répandre dans les pays envahis les sentiments qui les animaient. Des artistes locaux leur prêtèrent leur concours ; les œuvres si curieuses et presque inconnues de ces artistes belges et italiens sont étudiées dans les chapitres suivants.

Pl. n" 63.

Général Mainoni.

(fioll. NoH Charavay.)

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Pl. no 04- — Général Carieaux.

Pl. no 05. — Le général de division chef de l'étal-major de l'armée du Nord.

ARMÉES DU NORD ET DE SAMBRE-ET-MEUSE

L'IMPRIMERIE DES ARMEES — L'ŒUVRE DE CARDON LES DÉPARTEMENTS RÉUNIS — LA RÉPUBLIQUE BATAVE

La Convention ayant décrété la victoire, le mot d'ordre des armées était devenu : « La Victoire ou la mort » Ce sont ces mots que l'on lit sur l'en-tête de Pichegru, général en chef de l'armée du Nord ('). Quelques généraux modifièrent la devise de la Convention afin, sans doute, de faire disparaître l'injonction menaçante qu'elle semblait contenir ; les mots « vaincre ou mourir » avaient peut-être un sens plus rassurant pour ceux que pouvait inquiéter le sort réservé par la Convention aux soldats malheureux. Quelle que fût la devise choisie, elle accompagnait à l'armée du Nord un médaillon au centre duquel était figurée une Liberté debout, s'appuyant sur le faisceau

(i) Cet en-tête est reproduit, page 775, dans les Historiques des corps de troupe de l'armée française.

et tenant la pique surmontée du bonnet (pi. n° 65). Cette vignette avait dû être fournie par le Comité de salut public ; on y retrouve en effet la forteresse caractéristique que Garneray et Quéverdo avaient dessinée pour la section de la guerre.

Il semble que les vignettes des généraux en chef des armées qui combattaient en Belgique et sur le Rhin aient toutes été gravées sur les indications du Comité de salut public. La première vignette officielle de l'armée du Nord fut remplacée par un autre en-tête que de nombreux généraux employèrent en mênie temps : la Liberté debout, appuyée de la main gauche

Pl. n» oc.

Pichegru, général en chef de l'armée du Nord.

sur le faisceau, tient de la main droite le drapeau national surmonté du bonnet; auprès d'elle, l'autel de la patrie sur lequel sont posées les Tables de la Constitution et la Déclaration des droits de l'homme ; autour de ce motif qui reste à peu près le même sur toutes les vignettes, et à côté de l'arbre de la Liberté, sont groupés les attributs les plus variés : trophées d'armes, canons, fusils, drapeaux, etc.; sur certaines épreuves on voit au second plan un camp, des soldats faisant l'exercice ; sur d'autres des scènes champêtres : les bienfaits de la paix accompagnent ainsi les travaux de la guerre.

La vignette de Pichegru n'est pas signée; plusieurs de ses imitations le sont par des artistes différents, l'une est gravée par Welwaerl en 1798; elle

ARMEES DU NORD ET DE SAMBRE-ET-MEUSE

Pl. k° 67. — Le chef de la 48' deini-brigade d'infanterie de lir/ne (an vi.)

servait encore en l'an VI au chef de la 4^' demi-brigade d'infanterie de ligne ; une autre est due à Cardon (').

Des vignettes à peu près semblables furent employées par le général Desaix , par l'adjudant général Garobuau, par le général Beurnonville et par le ministre près la Confédération helvétique, Bai-thélemy (f).

On pouvait alors appliquer aux vignettes ce que le député Loysel disait à la Convention en parlant des médailles Q : « Chaque

citoyen contemporain voit ainsi à tout instant l'image des scènes auxquelles il a participé. Le père de famille s'en sert pour apprendre à ses enfants les efforts qu'une génération a faits pour assurer la liberté aux générations suivantes. C'est une leçon gravée en caractères ineffaçables pour inspirer l'amour de la liberté, l'horreur des tyrans et faire passer aux siècles les plus reculés les époques éclatantes qui honorent la régénération des sociétés. »

La vignette du général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse est bien différente de celle qui avait été adoptée sous Pichegru pour l'armée du Nord. L'en-tête de Jourdan et ceux des généraux Montaigu et Ernouf, qui avaient été nommés avec lui à l'armée de Sambre-et-Meuse, furent dessinés à Paris par Garneray ou sous son inspiration et gravés par l'artiste que le Comité de salut public avait choisi pour répandre au milieu des armées ces images symboliques

(i) Vignette de Sabin Bourcier, commissaire, ordonnateur des armées du Nord et de Sambre-et-Meuse. Il y a dans la collection Uégis une variante de cette vignette : on y voit au dernier plan une montagne au lieu de la mer, et le camp de droite est dominé par un mât coiffé du bonnet. Beurnonville, commandant en chef de l'armée batave et de Sambre-et-Meuse, se servait en l'an V d'une vignette du même type, mais simplifiée, il ne restait plus autour de la Liberté que les gerbes et le canon.

(i) Ces deux dernières vignettes ont paru dans le Carnet de la Sabretache. — Bâcher, chargé des affaires de la République près la Confédération germanique à Ratisbonne, employa la vignette de Barthélémy. (Coll. Bégis.)

(3) Discours de Loysel i la séance de la Convention du 12 septembre 1798, au nom desco.-nités réunis des Assignats et monnaies et de l'Instruction publique. {Moniteur, i4 septembre 1793.)

qui devaient exciter à la fois l'ardeur guerrière et les sentiments républicains des soldats. Le talent de Quéverdo se prêtait bien à ces compositions un peu chargées et où l'allégorie était poussée jusqu'à l'extrême.

La Liberté y est représentée debout, agissant, et faisant mouvoir autour d'elle tous les attributs militaires qui l'entouraient dans la vignette du Comité de salut public. Elle a coiffé le bonnet qu'elle avait jusqu'alors porté au bout de la pique ; de ses mains devenues libres, elle tient la massue avec laquelle elle renverse les tyrans, et brandit la foudre qui terrasse ses ennemis. « La

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Pl. n» 68. — Jourdan, général en chef.

Commission, s'écriait Danton à la tribune de l'Assemblée en août 1793, a dans les mains les foudres populaires. Qu'elle en fasse usage et les lance à la tête des tyrans. » L'aigle à deux têtes d'Allemagne, le léopard d'Angleterre, s'abattent sous ses coups; la tiare, les couronnes, les sceptres gisent en morceaux à ses pieds. Dans certaines vignettes, cette figure de la Liberté se détache au milieu d'une composition qui forme un véritable tableau, où l'artiste a retracé les glorieuses actions de celui pour qui la vignette a été faite.

Nous reproduisons sous les n" 68, 69 et 70 les trois belles vignettes gravées par Quéverdo pour l'armée de Sambre-et-Meuse.

ARMÉES DU NORD ET DE SAMBRE-ET-MEUSE

!• — JouRDAN, GÉNÉRAI, EN CHEF DE l'armée DE Sambre-et-Meuse. Signé: Gaulle inv., QuÉVERDo del. et scalp. (Pl. n" 68.)

Gaulle, dont nous trouvons le nom sous la vignette n" 68, est sans doute le sculpteur Edme Gaulle, né en 1770, mort en i84i, le maître de Rude et l'un des artistes qui exécutèrent les bas-reliefs de la colonne Vendôme.

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Errunif Giiùrd iL D'wuwn Cluf jT L'ebU Myor . Pl. n» 0(). (Coll. Hennin)

2. — Ernouf, général de division, chef de l'état-major DE l'armée de Sambre-et-Meuse.

Dessiné par Garneray, gravé par Quéverdo, écrit par Le Cordier. (Bibl. nat.. Cabinet des Estampes. Coll. Hennin, n° 12180, vol. i38, p. 3o.) [Pl. n° 69.]

Le général baron Ernouf paraît s'être servi de cette vignette comme ex-libris.

3. — MoNTAiGU, GÉNÉRAL DE DIVISION A l'armée DE Sambre-et-Meuse. Signé : G. p. inv.,

QnÉvERDo scalp. {Bibl. nat., Cab. des Estampes. Œuvre de Quéverdo.) [Pl. n* 70.] Cette vignette dont nous ne connaissons qu'un exemplaire ('), celui qui est conservé dans l'œuvre de Quéverdo, appartenait au général Anne-Charles Basset de Montaigu, né à Versailles le 10 juin 1751. Général de brigade le i" novembre 1798, général de division le 21 mai 1794, Montaigu fut comme Ernouf un des lieutenants de Jourdan qui se distinguèrent avec le plus d'éclat à la bataille de Fleurus. Étant ensuite passé à l'armée du Rhin, il commandait en chef à Mannheim lorsque cette place capitula avec les honneurs de la guerre. Montaigu fut mis en réforme le 8 mars 1799.

(1) Nous en avons vu depuis plusieurs exemplaires dans la correspondance de Marceau, conservée à la bibliothèque de la ville de Chartres.

LIBERTE

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