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CHAPITRE VIII

LENORE

L'Allemagne fut, vers 1828, un des côtés du triangle sur lequel s'appuyaient volontiers les romantiques. Ils croyaient qu'avec l'Angleterre et l'Espagne la nation germanique devait ouvrir des voies nouvelles au théâtre et le régénérer; mais comme trois ou quatre drames de Gœthe et de Schiller ne suffisaient pas à faire oublier Corneille, Molière et même Marivaux, ce fut au tour des poètes de se tourner vers leurs confrères d'outre-Rhin.

L'Allemagne abondait en auteurs de ballades, de lieds et les richesses germaniques parurent inépuisables^ ; mais quand il fallut choisir parmi ces petites pièces et décider quelles étaient celles qui s'adaptaient le mieux à l'esprit français, deux poésies : la Fille de V Hôtesse d'Uhland, la ballade de Lénore, restèrent à peu près seules de cette chrestomathie qui correspondait au lugubre à la mode.

« Bûrger, avait dit M*"* de Staël, est de tous les Allemands celui qui a le mieux senti cette veine de superstition qui conduit si loin dans le fond du cœur^. »

Nous ne sommes plus aujourd'hui tout à fait dans le même courant d'idées et il est peut-être utile d'examiner de près la ballade du poète Bûrger.

Le soldat Guillaume a combattu à Prague sous Frédéric. La

1. Voir Sébastien Albin [M-« Cornu], Ballades et Chants populaires anciens et modernes de V Allemagne, Gosselin, 1841. In- 18.

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