LES FEMMES ROMANTIQUES DE MIL-HUIT-CENT-TRENTE
Il est vrai que Shakespeare avait dit : « Dix baisers seront aussi courts qu'un seul, et un seul aussi long que vingt. » Et luimême, Milton, le grave poète du Paradis perdu^ s'était écrié :
Imparadised in each otker's arms,
(En paradis dans les bras l'un de Tautre.)
De semblables citations contribuaient à calmer bien des consciences féminines. Aussi, plus d'une femme, laissant vibrer sa chair, fit entendre alors des cris voluptueux qui rappelaient les lettres de Mirabeau à Sophie :
De la honte, à toi, mon angcl Mais pouvais-tu, dis-moi, échapper à mon amour? Pouvais-tu, toi, si bonne et si tendre, te soustraire à cette passion qui t'arrivait avec mes regards, avec mes soupirs, avec Tair que tu respirais? ^
Ce n'est pas M™* Sand qui parle ainsi , non , c'est une inconnue, M"* Sophie Pannier, une oubliée d'un siècle qui produisit tant d'élans passionnés qu'il négligea d'en faire connaître les auteurs.
Quel est le pleutre qui a dit que les femmes d'alors s*ennuyant avaient amené la venue de M"^ Sand et contribué à ses succès ?
Voulez-vous un échantillon des occupations de la femme entre 1828 et 1834 ?
Elles* regardaient la lune, et la lune d'alors, personne ne rignore, était une autre lune que celle d'aujourd'hui;
Les femmes plongeaient leurs yeux nacrés dans des lacs;
Des seigneurs sans courtoisie les traînaient par les cheveux;
Elles éprouvaient d'horribles angoisses de mères;
I. Sophie Pannier, Un et un font deux, nouvelle publiée par l'Artiste,
Des gens farouches leur meurtrissaient les poignets avec des gantelets d'acier.
a A votre tour, Ralph! Croyez-vous que le cœur de cette femme n'est pas assez large pour contenir deux amours à la fois? ' »
pour In Poélifi du caur. d« M«linic Wildor (iH33).
C'étaient des valses enivrantes dans les bras de jeunes
hommes. (Lui-même, Paul Foucher, était un beau jeune homme.)
Au théâtre, les actrices roulaient du haut en bas des escaliers.