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LES FEMMES ROMANTIQUES DE MIL-H UIT-CENT-TRENTE

les missionnaires à cheveux bouclés et la force brutale, symbole des idées bourgeoises.

On vit moins fréquemment la femme suivre l'enseignement moyen-âgiste d'alors; les vieux bibliophiles, avec leur langage gothique et leurs manuscrits poussiéreux, apportaient avec eux une odeur de renfermé qui n'était rien moins que galante. S'ils

nCNETTE DE TELLIER,

:S brochure poMtiquc lur Alger (r83i)

parlaient de filles, c'était de truandes du dernier degré, et ils s'oubliaient sans vergogne dans des logis de bas étage tenus par d'horribles vieilles ; cependant on leur pardonnait parce qu'ils avaient adouci ce vilain mot de police correctionnelle : adultère, par avulterie^, qui n'avait pas la sécheresèe et le coupant du terme juridique.

Les archéologues non plus ne paraissent pas avoir fortement attaché la femme.

Oh 1 je voudrais la voir, sur Tantique ruine, Assise et son beau front appuyé dans sa main !

est un conditionnel qui montre que a l'antique ruine » n'était pas très fréquentée par les dames.

L'amour des jeunes hommes poitrinaires était d'un meilleur placement. Tout un groupe de poètes, à la faveur d'une poitrine débilitée, poussa hardiment sa pointe. Ils étaient jeunes, mélanco-* liques, et la pâleur de leur front ne recouvrait pas moins des passions brûlantes. Cette veine, Sainte-Beuve l'exploita avec infiniment d'astuce.

Pour trois ans seulement, oh ! que je puisse avoir Sur ma table un lait pur, dans mon lit un œil noir !

sont deux vers qui feront sourire les séducteurs de 1880. Ce lait pur sur la table de nuit, cet œil noir brillant dans la ruelle, le poète les sollicitait pendant trois ans « seulement ». Voilà un tempérament faible qui se donnait de la marge; mais les femmes savaient bien que celui qui ofi'rait un bail semblable était un poitrinaire pour rire qui s'engagerait volontiers pour trois, six, neuf.

Partout les romantiques cherchaient des congénères, surtout à l'étranger. Dans cette ardeur de recherches en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, en Italie pour former des alliances, les romantiques poussèrent jusqu'à l'antiquité et le roi Salomon luimême devint un puissant auxiliaire en matière d'amour. En effet.

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cet Oriental savait parler aux femmes un langage qui était déjà une caresse !

Ecce dUecfus meus ioquitur mihi : Surge, propera, arnica mea, columba mea, /ormosa mea, et venx.

(Voilà que mon bien-aimé m'a dii : Lève-toi, hâte-toi, mon amie, ma colombe, ma toute belle, et viens.)

VIGNETTE I>B TONY JOHANNOT, pour Réiignér, de Gusliv« Draainuu I lH3t |.

Le joli latin tendre et ^parfumé! Arnica mea, formosa mea, columba mea !

Tola pulchra es, arnica mea, et macula non est in le.

[Tu es toute belle, mon amie, et l'on ne Irouvernit pas en toi une tache.)

Ces mots, à demi voilés pour les oreilles féminines, ne semblaient-ils pas pleins de promesses?

Les romantiques ne se lassaient pas de citer le Canticus Canticorum :

Lectuius noster fioridus.

(Notre petit lit est tout de fleurs.)

La femme savait gré aux poètes et aux romanciers de plonger

VIGNETTE d'eUGÏNK I.AMI, pour (/m Nuit SaMomat, Nouvelle de M. le comte H. de Y. (D'Si).

dans l'Ancien Testament et d'en rapporter de pareilles perles! Sans doute, les prêtres qui débitaient de tels sermons du haut de la chaire de leurs livres étaient des démons tentateurs, des concupiscents, des serpents sensualistes ; mais ils disaient pour leur défense : — Tous les peuples ont parlé la même langue d^amour. La chair a frissonné pantelante en Occident comme en Orient; la race saxonne elle-même a ses moments d'entrai'nement comme la race latine.

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