VIGNETTE DE TONV JOHANNOT
poOT la CoHicariucIt» d'Euginc Sue (iS33).
Par la description suivante du frontispice de la Coucaratcha d'Eugène Sue, on verra l'importance attachée à la gravure :
Cette vignette, qui est des bons faiseurs, Tony Johannot et Thompson, a quelque chose d'admirable, c'est le biiste de la jeune fille. Quelle molle langueur dans cette posel quel abandon dans cette étreinte! quels traits délicats et fins sont en contact dans ce long baiser I Et Crao le bossu, avec quel rire satanique il montre au sombre
Marcel le couple qui se croit sans témoins 1 Marcel a la main sur son poignard : ce geste présage et fait deviner la catastrophe K
Mais c'est dans l'Artiste, la véritable Revue romantique, qu'il convient de chercher des détails pour compléter cette étude.
Divers autres recueils, la Revue de Paris^ le recueil Bagatelle, le Ménestrel^ reproduisaient également les vignettes des romans et des poèmes à la mode ; de ces images , imprimées ainsi à de nombreux exemplaires, découlait un enseignement pour les yeux, une invite à lire des récits passionnés, traversés par des poignards, illuminés par des éclairs, au milieu desquels se traînaient des héros pantelants et des héroïnes meurtries.
Cependant tous les écrivains de cette époque ne se laissèrent pas influencer par l'appoint des vignettes.
On ne voit pas Alfred de Musset parmi les jeunes qui forment cortège à Victor Hugo; non plus Mérimée n'est pas un des vifs partisans de la nouvelle école, et Sainte-Beuve, quoique ayant donné des gages, se détache de l'armée, alors que les principales batailles ont été livrées. Ces trois écrivains sont pourtant marqués plus ou moins profondément du sceau romantique ; mais comme il ne restait de place dans le cénacle que pour des satellites de second ordre, les vives personnalités, les natures indépendantes préférèrent marcher seules dans le sentier qu'elles se frayaient, si étroit qu'il fût.
— Mon verre n'est pas grand, disait Musset, mais je bois dans mon verre.
Les mêlées bruyantes et tapageuses des défenseurs d^Hernani répondaient médiocrement à l'esprit sensé et sarcastique de Mérimée. Il préférait les études archéologiques sans phrases.