I. Petit Poucet, i
INTRODUCTION ii
Sainte-Beuve sentit que l'école demanderait à son enthousiasme de ne jamais faiblir; plus critique que créateur, il se retira sous sa tente.
La vue de leurs ouvrages me fait rassembler ces écrivains par un fait bien menu. Tous trois publièrent leurs livres sans adjonc-
D APRES UNE EAU-FORTG INÉDITE UE CELESTIN KAKTEUIL pour le Spectacle Jani un /aultuil id'A1fr«d d< Muiset liK33).
tion de vignettes, et pourtant les motifs n'eussent pas manqué. Alfred Johannot, d'un talent plus alangui que celui de son frère Tony, eût prêté un concours utile pour le frontispice de Volupté. Mérimée, habile dessinateur et dont le crayon était presque aussi actif que la plume, pouvait, à défaut d'un peintre, dessiner luimême certaines scènes de la Chronique de Charles IX, et que de
sujets eussent fourni aux artistes les Poésies d'Alfred de Musset ou les scènes du Spectacle dans un fauteuil!
Musset se refusa absolument à cet honneur. Etaît-ce par caprice, dédain, désir de ne pas ressembler aux poètes ses contemporains? Je ne peux croire que Musset, qui dessinait un peu, trouvât ses propres crayonnages au-dessus de ceux des dessinateurs de profession*. Quoi qu'il en fût, l'éditeur Renduel avait commandé à Célestin Nanteuil trois eaux-fortes pour l'édition de i833 du Spectacle dans un fauteuil. Les vignettes furent livrées par le dessinateur toujours prêt. Musset n'en autorisa pas la publication; quelques épreuves furent tirées seulement pour le peintre, qui en fit hommage à ses intimes, et c'est 'ce qui en explique la rareté.
Ce n'est pas que le texte ait merveilleusement inspiré le dessinateur. Peut-être Célestin Nanteuil fut-il gêné par l'appréhension de ne pas plaire à un poète déjà blasé et qui se montrait volontiers dédaigneux de tels hommages. Avec Alexandre Dumas, avec Théophile Gautier, même avec Victor Hugo, Célestin Nanteuil se sentait plus à l'aise.
Ainsi Musset, Mérimée, Sainte-Beuve, par divers motifs qu'ils n'ont pas rendus publics, ne laissèrent pas la vignette s'introduire dans leurs ouvrages. Ils préférèrent se présenter seuls en face du public, sans ornements, ne craignant pas d'être comparés à des protestants; mais leur réserve ne fut pas imitée et le culte des images sembla redoubler d'autant.
I. Les dessins, que les curieux ont pu voir à Texposition d^une vente des autographes de Paul de Musset qui n^eut pas lieu, sont des indications, des souvenirs, des notes d'albums, des intentions plaisantes, mais de peu de valeur graphique.
Ocwin d* Tonj Johia
i6 LES VIGNETTES ROMANTIQUES
mies sur ces a tailles-douces », elles partaient de burins fort ordinaires.
C'est ainsi que nous voyons les premières œuvres de Charles Nodier se présenter à nous, avec adjonction de petites et plates gravures à la manière noire, ne répondant en rien au texte d'un des précurseurs du romantisme '.
A cette époque apparaissait M""'^ Desbordes- Valmore avec ses premières poésies. Ne serait-on pas bien d'accord sur le mélange des sentiments vrais et du ton factice de certaines pièces de ce recueil que les graveurs, par leur manière, fixeraient la véritable date de ces poèmes.
Esprit délicat, mais surtout âme blessée par les premiers combats d'une vie difficile, M"™^ Desbordes-Valmore mêlait à ses gémissements poétiques quelques romances d'un ton moins souffreteux :
Avec ta gcnte mie, Où vas-tu, troubadour?
— Je vais à ma patrie Demander un beau jour.
Ainsi fait-elle parler « le Troubadour en voyage*^ ».
M""* Desbordes-Valmore n'abusa pas des pastourelles, de la lyre et autres éléments chers aux versificateurs de son temps; cependant je note dans ses premières poésies le morceau suivant, tiré de l'Écho, qui a sa marque :
Tout pour Uamour 1 Chante le troubadour En préludant sur sa harpe sonore.
1. Voir les éditions originales des romans de Nodier : les Proscrits {1^2), le Peintre de Sal^bourg (i8o3), Jean Shogar (1820), etc.
2. Desbordes-Valmore, Élégies et Romances, Paris, 1818. In- 12.