‹ Les vignettes romantiquesChapitre 69 sur 104 · Marseille, i832. Grand in-S · texte numérisé non relu

Marseille, i832. Grand in-S

2. Joseph Autran. Ballades et Poésies musicales, — VAn 40, suivies de Marseille, par Méry. Marseille, 1840. Grand in-S".

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FRONTISPICE pour i'An 40, de Joseph Autran (1840).

DE QUELQUES CENTRES PROVINCIAUX aig

poètes. Dans cette province où la poésie ne cessa pas d'être cultivée depuis le moyen âge, les esprits touchés par l'aile de la Muse ne font jamais défaut aux séances magistrales du Capitole, et ce n'est pas là que « les lauriers sont coupés ». On naît poète à Toulouse comme on y respire, poète en langue d'oc ou en langue d'oiV, au choix.

pour la Revue 4u Midi litiïS).

Ce fut là que M. Granïer (il n'était pas de Cassagnac alors) débuta comme poète; malheureusement, il ne se contenta pas longtemps de lauriers inoffensifs. En même temps que lui, M. Latour (il n'était pas non plus de Saint-Ybars) datait de sa petite ville ses Noces d'un squelette. Le plumet triomphant d'une noblesse gasconne ne fut attaché que plus tard à leurs chapeaux.

Les deux poètes établirent leur camp dans la Revue du Midi.

Ils devaient y rencontrer des dessinateurs qui comprenaient d'autant mieux les aspirations des nouveaux venus, que certains d'entre eux sacrifiaient également à la muse. A cette époque, M. Bida illustrait la plupart des récits de ses compagnons en même temps que les siens, non pas le Bida consciencieux de la Bible de la maison Hachette, mais un Bida farouche, ultra-romantique et ne reculant devant aucunes noirceurs de crayon. (Voir la vignette de la page 45.)

Il semble qu'un souffle de mélodrame parisien, mêlé aux irritations du ce vent marin » toulousain, secoue les nerfs du dessinateur et lui fasse entrevoir des vertiges et des visions, des ciels noirs, des lunes cadavérîquement pâles et des voûtes sombres vaguement éclairées par des cierges blafards.

Mais, de même qu'en Normandie, ce mouvement excessif ne dura que quelques années. Ces rares volumes de la Revue du Midi, qui fut illustrée seulement de i833 à i835, n'ayant pas pénétré dans le centre, manquent malheureusement à la plupart des bibliothèques romantiques, car à les feuilleter, les curieux passeraient d'agréables moments.

Tel fut le mouvement romantique en province. Je ne le donne pas comme absolument complet; par les petites découvertes que j'ai faites dans quelques centres, il est permis de croire que, dans certaines villes préoccupées des idées nouvelles, d'autres artistes se trouvaient d'accord avec les poètes naissants. Les hommes ne manquèrent pas; mais les plus entreprenants, qui couraient se jeter dans la vie parisienne, creusaient trop de vides dans les rangs; ils ne laissaient, pour les remplacer, que des esprits modérés, fixés ou plutôt figés au sol et par là moins aventureux.

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