‹ Les vignettes romantiquesChapitre 9 sur 104 · AVANT-GARDE DU ROMANTISME · texte numérisé non relu

AVANT-GARDE DU ROMANTISME

qui, parlant des siècles qui succéderont au xix% s'exprimait ainsi à propos dés arts décoratifs de son temps ^ :

Jetant un crepe noir sur notre faux trésor, Ils broîront sans rancœur nos colifichets d'or, Tentures de papier, pâtes et cartonnages. Ornements faits en moule, affreux badigeonnages Que la gouge réprouve et que renonce Tart. Tout ce fatras qui luit sera mis au rancart.

Et nous! Nous les témoins de tant de rapsodies, Nous, zélateurs fervents des bonnes prosodies, Comment, dès aujourd'hui, blessés de tant d'écarts, Ne pas traiter tous ces artisans de bâtards? *

Pour en revenir aux livres, après les pères d'un romantismç encore timide devait surgir Victor Hugo, dont les poésies et les romans appelaient le crayon de Devéria. Quoique dénaturées et embourgeoisées par le burin des graveurs sur acier, ces œuvres doivent compter dans un historique de l'illustration des livres. A la suite de Victor Hugo, de 1824 à ^1827, paraissent les Essais poétiques de Delphine Gay, ornés de lithographies, les Poésies de M*""^ Amable Tastu, le poème de la Fiancée de Philarète Chasles, les satires héroï-comiques de Barthélémy et de Méry, la Peyronéide, la Ville liade, que je groupe malgré leur peu d'analogie avec les œuvres ci-dessus, à cause de la part d'ornementation que prit à toutes Devéria,

Je voudrais déblayer le terrain avant d'arriver à 1828, année pendant laquelle la librairie planta résolument le drapeau d'une nouvelle illustration; mais n'est-il pas utile de citer encore des curiosités dues à deux hommes qui se cherchaient et dont on ne

I. Siméon Chaumier. Les Dithyrambes. Paris, Le Gallois, 1840. In-8\

pouvait prévoir l'avenir, c'est-à-dire le dithyrambe de Canaris par Alexandre Dumas, orné du portrait du héros grec, puis Balzac se débattant contre la forme à laquelle il livre de rudes combats et la vignette à la manière noire d'un certain Choquet pour Annette et le Criminel, avec la sombre légende : a II y a de la mort dans notre union. »

Mais, pour ne pas fatiguer le lecteur de cette nomenclature de cabinet de lecture, j'arrive à deux personnages de transition, qui me paraissent avoir cherché un gué propice pour traverser la rivière ott se mêle un double courant classique et romantique; je veux parler de Baour-Lormian et d'Edouard d'Anglemont, récalcitrants jusqu'à un certain point aux tentatives nouvelles, ne sachant trop s'ils appartiennent à l'avant ou à l'arrière-garde, bien décidés toutefois à ne pas mouiller les cordes de leur lyre dans un courant impétueux et trouble.

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