PREMIÈRE PARTIE
Arbres et arbrisseaux à. fruits propres aux lioissons fermentées.
De tout temps, les diverses races humaines qui peuplent la terre, les plus civilisées comme les plus sauvages, ont eu un goût prononcé pour les boissons alcooliques. Ce sont les graines amylacées, les fruits et les racines plus ou moins sucrés, la sève de certains arbres qui, fermentes, ont donné lieu à ces boissons. En Europe, celles qui sont aujourd'hui le plus en usage sont le vin, la bière et le cidre. Comme nous n'avons en vue ici que les plantes ligneuses, nous ne nous occuperons dans là première partie de ce traité que de la viffne et des arbres à fruits à cidre, tels que le pommier, le poirier et le cormiei\
chapitrp: I.
Quelques notions historiques.
La vigne (vitis vinifera L.) croît à l'état sauvage dans toute la réffion inférieure du Causase, au nord et surtout au midi de cette chaîne, en Arménie et au midi de la mer Caspienne. On Ta aussi observée à Tétat spontané, et dès la plus haute antiquité, dans le sud de TEurope. Ainsi du temps d*Homère elle était indigène en Sicile et en Italie. De nos jours, elle croît spontanément sur des points nombreux de la Provence et du Languedoc, où Ton connaît ces vignes sous le nom de lambrusque. Mais on ne saurait affirmer que dans le sud de l'Europe, et surtout dans les dernières régions dont nous venons de parler, la vigne n'a pas été naturalisée par les animaux qui y ont disséminé les graines après que cette culture y a été Introduite.
Le professeur Regel, de Saint-Pétersbourg, ne croit pas que la vitis vinifera soit une espèce botanique. 11 pense qu'elle est le résultat d'une hybridation entre des espèces de vignes qui sont spontanées au Japon, dans la Mandchourie, dans l'Himalaya et dans l'Amérique septentrionale. Ces espèces sont la vitis vulpina L., la vitis labruscah. etlsL vitis œstivalis. Ces vigties ont donné lieu aux États-Unis à un certain nombre de variétés dont les plus remarquables sont: pour la F. vulpina : la V. à feuilles rondes, le scupernong, la Flower's, la Thomas; pour la V.sestivalis: le Lenoir, le Clinton, le Jacques, le Taylor, le
QUELQUES NOTIONS HISTOKIQUES. 3
waren; enfin pour la V. labrusca: leDelaware, l*Haptford prolific, rives, le catawba, le canby's august, Tlsabelle. Ces variétés sont cultivées soit pour la table, soit pour la cuve; mais le vin qu'on en obtient ne peut être comparé à nos vins français. L'hybridation dont nous venons de parler aurait eu lieu en Asie, et cela dès la plus haute antiquité. De tout ce qui précède il résulterait donc que TAsie occidentale tempérée aurait été le berceau de notre vigne à vin. On voit toutefois que la première origine de la vigne, comme celle de la plupart des plantes cultivées, ne peut qu'être présumée d'après des indications assez vagues.
Quant à Torigine de la culture de notre vigne à vin, elle remonte aux temps les plus reculés, et FAsie semble avoir été son berceau. Elle était déjà cultivée en Egypte du temps des Pharaons. De là, elle suivit les colonies qui civilisèrent successivement les bords de la Méditerranée. C'est ainsi que cette culture fut d'abord introduite en Grèce, puis en Italie et qu'enfin les Phocéens qui fondèrent Marseille l'importèrent dans cette région. — Ce sont les Romains qui contribuèrent d'abord à répandre la vigne dans les Gaules partout oii le climat a permis à ce précieux arbrisseau de donner des produits de bonne qualité. — Mais ce fut aussi un Romain, Domitien, qui arrêta cet essor en donnant Tordre barbare d'arracher et de détruire tous les ceps. Ils furent heureusement replantés vers 281 de notre ère, sur les indications de Probus. Encouragée par l'empereur Julien et plus tard par Gharlemagne, la culture de la vigne se développa dans presque toutes les parties de la France, même sous les climats qui lui étaient le moins favorables. Ce dernier fait s'explique, d'une part, par les besoins du culte catholique qui ne peut se passer de vin et, de l'autre, par les difficultés que présentaient au moyen âge les communications entre les diverses provinces. C'est ainsi qu'on explique la présence des vi-
gnobles qui ont existé en Normandie, dans TArtois, eto. A partir du moment où les communications furent régulièrement établies on vit les vignobles rentrer progressivement dans leurs limites naturelles.