‹ Les vignobles et les arbres a fruits a cidreChapitre 24 sur 74 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Travaux d'entretien du vignoble.

Toutes les oi)ératiohs dont nous nous sommes occupé jusqu'à présent ont eu pour but la création du vignoble.

Nous allons examiner maintenant les travaux d*entretîen, et cela dans Tordre où on les exécute. Nous avons été amené à traiter de la taille en décrivant la formation des ceps ; arrêtons-nous donc tout d'abord à la culture annuelle du sol.

Le sol qui nourrit la vigne a besoin, comme tous les terrains auxquels on demande des récoltes, d'être ouvert à l'action fertilisante des agents atmosphériques. On doit aussi y empêcher le développement de toute espèce de plantes parasites. Enfin, il est utile de le soustraire, autant que possible, à Faction de la sécheresse pendant Tété. Ces divers résultats sont obtenus à l'aide de labours et de binages. Ce sont ces deux opérations qui constituent la culture annuelle du sol dans les vignobles.

liRbours* — Deux labours sont généralement nécessaires pour la vigne bien cultivée. — L'un est pratiqué de janvier en mars, suivant le climat, après la taille et l'attache des ceps lorsqu'ils sont pourvus de supports. Le second est exécuté à la fin du printemps aussitôt que les bourgeons ont atteint une longueur de O'^Oô à CK)6.

La profondeur de ces labours doit être telle qu'on ne puisse atteindre, en les pratiquant, les racines principales des ceps. D'où il suit que cette profondeur devra varier suivant le climat et la nature du sol. Dans le Midi, où les racines s'enfoncent plus profondément, ces labours pourront atteindre 0"*15 à 0"'20. Dans le Nord, ils ne devront pas dépasser 0"»10 à 0"*12.

Lors du premier labour, on doit faire en sorte de déchausser le pied des ceps en ramenant la terre au milieu de l'intervalle qui sépare les lignes. C'est par suite de ce mode d'opérer qu'on donne à cette première façon le nom de labour de déchaussement. Ce labour ainsi exécuté offre un double avantage : le sol, découvert sur une partie de

son étendue, est plus facilement pénétré par les agents atmosphériques ; puis, et surtout, il en résulte la destruction des radicelles qui se développent vigoureusement sur les ceps près de la surface du sol, sous Tinfluence de l'humidité de Tautomne et de Thiver. Or, ces radicelles étant conservées, leurs fonctions actives diminuent bientôt la vitalité des racines plus profondes des ceps, et ces racines deviennent languissantes. Mais les chaleurs de l'été détruisent bientôt une grande partie des racines superficielles, ou au moins suspendent leurs fonctions, puis, ces racines sont souvent mutilées par l'action des instruments. Il en résulte alors une grande souffrance pour les ceps ; car les racines profondes ne sont plus en état de remplacer efficacement celles de la surface. Le déchaussement que nous venons de recommander a précisément pour résultat de détruire chaque année ces racines superficielles et de forcer les ceps à vivre de leurs racines profondes. On comprend que ce déchaussement est nécessaire partout, mais qu'il est d'autant plus indispensable que le sol est plus exposé à la sécheresse.

Le second labour, auquel on donne le nom de i^chaussèment ou rabattage^ a pour effet de détruire les petits billons formés dans l'intervalle des hgnes et de niveler le sol en rechaussant les ceps.

La dose plus ou moins grande d'humidité du sol au moment du labour influe beaucoup sur le succès de cette opération. Si la terre est très-sèche, le travail est plus pénible et plus coûteux ; si elle est très-humide et qu'elle soit de nature argileuse, elle se détache par grosses mottes, qui se dessèchent bientôt, se divisent difficilement et laissent la surface en mauvais état pour longtemps. H convient donc d'avancer ou de reculer cette opération de quelques jours, pour profiter du moment où le sol, n'étant ni trop sec ni trop humide, se divise et s'ameublit facilement. L'expérience a également démontré

qu'il convient d'attendre, pour le second labour, que les gelées tardives ne soient plus à craindre ; car une vigne dont le sol a été récemment cultivé gèle plus facilement que celle dont le sol n*a pas été remué.

Dans quelques localités, les labours dans le vignoble ne sont pas pratiqués comme nous venons de Tindiquer. On rechausse le pied des ceps par le premier labour, et* le sol est ensuite nivelé au moyen du second. Le pied du cep résist^nt parfaitement aux froidç de l'hiver, nous pensons qu'il conviendra de déchausser par le premier labour, afin de profiter des avantages qui résultent de cette opération et que nous avons indiqués plus haut.

Labours à bras. — Sur les pentes rapides, les labours ne peuvent être exécutés qu'au moyen d'instruments à main ; la charrue ne peut y fonctionner. La forme des

instruments en usage pour ces labours varie beaucoup suivant les localités. Dans les terres substantielles, non caillouteuses, on fait usage, dans l'Hérault, de la houe pleine (ûg. 124), du raibassie(/zg^. 125), de laAécAe ou louchet [fig. 126 et 127) ; ail- Fig. 124.— Trinqua Fig. 125. Icurs dos houcs indiquées par ou houe pleine. Rabassié. j^g figures 129 et 130 ; dans le Bordelais, de \a pelle ferrée (fig, 128). Dans les sols compactes et pierreux on se sert, dans l'Hérault, du bigot (ûg. 123), dans le Bordelais, de la houe fourchue (fig, 131), dans la Bourgogne, de la pioche à dents (fig, 134) et de la meigle (fig, 132 et 135).

Le prix de revient de ces labours, exécutés à bras d'homme, varie un peu suivant les contrées. En Champagne, on ne donne qu'un seul labour avec la houe fourchue, ce travail coûte 75 francs par hectare. En Bourgogne, on pratique deux labours, le premier

coûte 48 francs par hectare; le second 36 francs, ou pour les deux 84 francs. Dans les palus du Bordelais et sur la

Fig 126. Fig. 127.

Bêche. Autre bêche

Fig. 130.

Autre houe.

Fig. 13<. — Houe fourchue.

Fig. 132.

Houe triangulaire

ou meigle.

côte, depuis Bordeaux jusqu'à Blaye, ces labours sont aussi exécutés à bras d'homme. On en pratique deux. Le

premier coûte 60 francs par hectare, le second 52 francs, ou pour les deux 112 fr.

Enfin, dans THérault, le premier labour exige 25 jour-

Fig. <33. — Bigot.

(XiO Fig. 134.— Pioches à dents.

Fig. 135.

Nouvelle meigle.

nées à 3 francs ou 75 francs, et le second 20 journées à 3 fr. 50 ou 70 francs. Ce qui donpe lieu à une dépense totale de 145 francs.

Le labour à bras d'homme bien exécuté est, sans contredit, le meilleur et le plus parfait ; mais il est beaucoup plus coûteux que celui fait à la charrue, et, dans Thypothèse où la dépense serait la même, il faudrait encore s'efforcer d'y substituer la charrue, par ces motifs cjue le manque de bras est arrivé à ce point que cette culture devient impossible, même au prix des sacrifices les plus onéreux, et, en outre, pai'ce que le travail étant exécuté beaucoup plus rapidement, cela permet de pouvoir profiter du temps le plus favorable pour cette opération. Examinons donc le mode d'emploi de la charrue dans les vignobles.

Labours à la charrue, — Pour que les vignobles puissent être cultivés au moyen de la chan*ue, il faut pouvoir remplir les conditions suivantes :

1® Il faut d'abord que rinclinaison du sol ne s'oppose pas à l'action de la charrue. D'où il suit qu'il faudra renoncer à celte amélioration pour une partie notable de nos vignobles. Toutefois, si l'on a le soin, en plantant, de

diriger les lignes de ceps perpendiculairement à la pente du terrain ou au moins obliquement, remploi de la charrue pourra être étendu à un grand nombre de terrains où elle ne pourrait pas fonctionner s*il fallait la diriger parallèlement à la pente.

2* Il faudra encore que la pièce de vigne à labourer à la charrue présente une certaine étendue et surtout qu'elle ne soit pas enclavée au milieu des autres. Autrement, on ne trouverait pas l'espace suffisant pour tourner avec l'instrument à chacune des extrémités de la pièce.

3° 11 est rigoureusement nécessaire, on le comprend, que les ceps forment des lignes parfaitement réguhères. Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit à tet égard en parlant de la plantation.

4® Les ceps devront être soumis à une forme telle qu'ils présentent le moins de saillies possible entre les lignes. Les formes que nous avons recommandées plus haut remplissent complètement cette condition.

5® L'intervalle à laisser entre les Hgnes de ceps doit aussi être calculé de façon à permettre le passage de la charrue. Cet intervalle doit être de 1 mètre au moins, ainsi que nous l'avons expliqué précédemment.

6*» La charrue destinée à ce travail doit être construite de façon à pouvoir remuer et renverser une bande de terre de 0n»40 de largeur ; elle doit pénétrer au besoin jusqu'à 0'"20 de profondeur ; n'exiger que la. force d'un cheval, d'un bœuf ou d'un mulet pour fonctionner pendant toute une journée de travail ; enfin, elle doit pouvoir passer facilement entre deux lignes de ceps séparés seulement par un espace de 1 mètre.

L'emploi de la charrue dans la culture du vignoble n'est pas un fait nouveau. Dans la région du Midi, où la vigne est plantée à grandes distances, où les produits, moins recherchés que ceux du Nord, n'avaient pas les débouchés dont ils profitent aujourd'hui, on a depuis longtemps

cherché à diminuer les frais de culture au moyen de la charrue. Mais on s*est servi pour cela de Taraire que montre la figure 136, et qui n'est autre chose que Tinstrument introduit par les Romains dans la Narbonnaise. Cet araire est tantôt concjuit par deux bêtes au moyen

Fig. 136. — Araire plat.

d'un timon ou axe (%. 136), tantôt il est attelé d'uhe seule

bête placée dans un brancard {fig. 137).

Cet araire agit d'une manière assez énergique et ouvre un sillon de 0"»15 à 0«»20 de profondeur. Il est très-solide et exi^e peu de réparations; son prix est peu élevé (22 fr.); il convient à tous les terrains. Mais cet araire est dépourvu de versoirs ; il ne fait que déplacer latéralement la terre sans la renverser, d'où résulte un travail assez médiocre. Les raies doivent être assez rapprochées pour obtenir un labour passable, et, pour que tout le sol soit remué, il est nécessaire de labourer une seconde fois dans une direction perpendiculaire aux premières raies. Aussi ne peut^on labourer qu'environ 16 ares par jour. Malgré ces graves défauts, c'est encore l'instrument le plus répandu dans le Midi.

Pour les vignes de la même région, plantées en terre profonde, où les pierres ne sont pas un obstacle, on préfère avec raison

les charrues à vcrsoir. M. Barrai, d'Agde, en construit

Fig. 137. — Brancard de r araire plat.

une en fer, qui est très-solide et fait un bon travail (%. 138 et 139). — Elle coûte 40 francs.

Fig. iZS, — Charrue vigneronne de M. Barrai, d*Agde ; côté gauche.

Dans la région du Midi, où la charpente des ceps occupe une certaine largeur, on préfère en général les charrues

Fig. ^39. — Charrue vigneronne de M. Barrai, d'Agde; côté droit.

pourvues de brancards. On évite ainsi les palonniers, qui accrochent les bourgeons, les coursons ou les bras des souches ; on tourne aussi plus facilement à Textrémilé des raies. On tient aussi à ce que la charrue soit pourvue d'un seul manchon, afin de pouvoir rélever plus fa-

Fig. 140. — Charruet du Médoc,

cilement au-dessus des ceps.

Toutefois, nous avons vu chez M.. Portai de Moux, qui était un des agriculteurs et des viticulteurs les plus distingués des environs de Carcassonne, tous les instruments pour la culture de ses vignobles attelés au moyen d'un

palonnier, et il en était fort content. Il les faisait fonctionner à Taide d'un bœuf harnaché comme le montre la figure 141.

Dans le Médoc, où la culture à la charrue est en usage depuis longtemps, instrument qui tend à se généraliser

est celui indiqué par la figure 140 et qu'on y connaît sous le nom de charruet, — On fait fonctionner cette charrue à l'aide d'une seule bête. Le soc présente la forme de celui de Taraire de Provence. Le cep a 0™15 à 0™16 de largeur. L'oreille monte perpendiculairement au cep et offre 0"*33 dans sa plus grande largeur. Cet instrument est pourvu d'un seul manche.

L'âge a 2 mètres de longueur et présente une déviation de gauche à droite. Tandis que son talon ou base vient toucher la ligne de ceps, pon extrémité correspond au

Fig. 142. — Charrue vigneronne de M. de la Loyère.

milieu de Tinlervalle des lignes. Cet*e extrémité est rectiligne dans une étendue d'un mètre. Cet âge porte à sa partie antérieure un sabot mobile qui règle l'entrure, et un régulateur pour modifier latéralement la ligne de tirage et amener l'extrémité de l'âge à 0'»50 de la ligne des ceps. La tête de l'âge reçoit un palonnier concave, sur lequel les traits sont fixés.

A l'aide de cette charrue, on peut labourer 50 ares de vignes en un jour. — Son prix est de 24 francs.

M. le comte de la Loyère, grand propriétaire de vignes à Savigny, près de Beaune (Côte d'Or), a récemment imaginé une autre charrue vigneronne que nous avons vue fonctionner et qui lui donne de bons résultats (iig, 142). En voici la description sommaire. C'est un petit araire

tout en fer, pourvu de deux socs E. Ces deux socs avec les versoirs comprennent ensemble une largeur de O™40 et labourent à la fois par conséquent une largeur égale. Une roue placée* en avant donne de l'assiette à cette charrue. Les trous qui traversent la tige verticale G permettent d'élever ou d'abaisser Tage et de faire varier ainsi le degré de profondeur du labour ; un régulateur D fixé à l'extrémité de la tige de tirage permet aussi de rapprocher le plus possible le labour de la ligne de ceps.

Les deux socs sont mobiles. On peut les remplacer par un contre-buttoir destiné à déchausser le pied des vignes, ou par un buttoir pour les chausser.

M. de la Loyère n'attelle qu'un seul cheval à cette charrue, et cet instrument fonctionne parfaitement entre les lignes de ceps placées à 1 mètre de distance.

Le prix de cette charrue est de 90 francs ; le buttoir de rechange et le contre-buttoir coûtent 40 francs chacun.

M. de la Loyère laboure avec cet instrument 1 hectare par jour.

M. Messager, viticulteur à Chanvre, près de Joigny (Yonne), a aussi imaginé une charrue vigneronne d'une

Fig. 143. — Charrue Messager.

très-grande simplicité et que nous avons vue fonctionner avec le plus grand succès chez M. le vicomte Armand de la Loyère, au château de }a Lqyère, prè^ dp Cjiïiloarsur-

Saône. La charrue Messager (//gr. 143 et 144) présente les dispositions suivantes :

Elle est toute en fer. Les manchons A sont pourvus d'un garde-main B, destiné à empêcher les mains d'être atteintes par le frottement sur les sarments ou les sup-

Fig. 144. — Plan de la figure 143.

ports. Le versoirG et le soc D sont fixés à la base de Tage au moyen d'une tige verticale E qui est mobile dans la mortaise où elle est engagée. Elle est maintenue dans cette mortaise par une vis de pression F. Cette tige est coudée, afin de rejeter à droite le soc et le versoir et de les faire approcher le plus possible de la ligne de ceps. Le soc opère sur une largeur d'environ 0™40. Une roue H, placée à l'extrémité de l'âge, est fixée sur une tige verticale qui traverse un œillet où elle est retenue par un boulon transversal. Le sommet de cette tige reçoit une autre tige horizontale G dont l'autre extrémité est terminée par une vis d'appel et une manette H. Cet agencement permet de relever plus ou moins la roue et de faire varier ainsi le degré d'entrure du soc. L'extrémité de l'âge est terminée par un régulateur J qui permet de labourer plus ou moins près de la ligne de ceps. C'est sur ce régulateur qu'est fixée la chaîne de tirage.

On n'attelle qu'un seul cheval sur cette charrue et elle opère facilement entre les lignes placées à 1 mètre d'intervalle. Son prix est de 100 francs, y compris les dents de houe à cheval et le buttoir dont nous parlerons plus loin/Elle peut labourer au moins un hectare par jour.

IfSi §implicitg de cettp pha^ru^^ ça grande solidftéj 1§

possibilité de pouvoir la faire réparer partout, son prix relativement peu élevé, enfin la perfection de son travail nous la font considérer comme Tune des meilleures.

Quelles que soient les charrues employées pour la culture des vignobles il ne sera jamais possible, avec cet instrument, de cultiver le sol jusqu'au pied des ceps, sous peine de mutiler plus ou moins les souches. Il restera donc au pied des ceps et de chaque côté delà ligne une bande de terre qui ne pourra être atteinte par la charrue et qu'il faudra nécessairement faire cultiver à bras. Cette bande de terre sera d'autant plus large que la charpente des ceps s'étendra davantage sur Tintervalle qui sépare les lignes de plantation. Ainsi, pour les vignobles du Midi, l'action de la charrue sera arrêtée de chaque côté de la ligne de plantation à environ 0™30 du pied des ceps ; ce qui donnera à cette bande de terre une largeur d'environ 0™60. Pour les vignes soumises au palissage sur fils de fer cette bande ne sera en totalité que de 0"*20.

Les premières tentatives que l'on a faites pour . substituer la charrue aux instruments à main ont donné, dans quelques contrées, notamment dans le Midi, des résultats fâcheux. On a vu la vigne devenir languissante. Cette remarque a été faite partout où le labour à la charrue succédait à des façons à bras d'homme qui avaient été pratiquées trop superficiellement. Dès lors, les racines principales des ceps s'étant établies tout près de la surface du sol, la charrue en a mutilé un grand nombre. Pour éviter cet accident, il conviendra, pour les vignes primitivement cultivées à bras d'homme, .de faire les premiers labours à la cljarrue d'abord très-superficiellement, puis d'augmenter leur profondeur d'année en année jusqu'à ce qu'ils aient atteint la limite qu'ils ne doivent pas dépasser. On forcera ainsi les ceps à constituer peu à peu de nouvelles racines au-dessous de ce point. Cette précaution sera d'autant plus nécessaire que la vigne sera plus âgée.

CULTURE ANNUELLE DU SOL. in

Les labours à la charrue donnent lieu aux dépenses siuvantes, pour un hectare :

Dans l'Hérault, avec Taraire à versoir :

i^r labour, 4 journées à 7 fr. l'une 28 fr.

2« idem idem ., 28

Un sixième du prix de la culture à bras pour labourer à la main

la bande de terre réservée sur les lignes des ceps, soit 24

Total : 80 fr.

Dans tous les vignobles du centre et du nord de la région viticole, si les vignes sont plantées en lignes et les lignes espacées d'un mètre, et qu'on remplace les bras de l'homme par la charrue Messager, le prix des labours sera le suivant :

i •«■ labour, une journée d'un homme et d'un cheval 7 fr.

2« idem idem idem 7

Un cinquième du prix de la culture à bras pour labourer à la main

la bande de terre réservée sur les lignes de ceps, soit 20

Total 3'à fr.

Comparaison du prix de revient des labours à bras avec ceux à la charrue. — Nons avons vu plus haut le prix de revient des labours à bras d'homme et celui des labours à la charrue. Nous pouvons maintenant comparer ces deux méthodes quant à la dépense.

Dans l'Hérault, les labours à bras d'un hectare de vigne coûtent environ 145 francs. Si les bras sont remplacés par la charrue, ils ne donnent plus lieu qu'à une dépense de 80 francs, ce qui donne lieu à une économie annuelle de 65 frajics par hectare.

Dans la Champagne, on ne pratique*qu'un labour à bras qui coûte 75 francs par hectare.

Si on plante la vigne en allées comme nous l'avons exphqué plus haut et que l'on substitue la charrue Messager aux instruments à bras, on aura une dépense totale

de 34 francs parhectai»e pour les deux labours et la façon à bras d'hommedonnée sur les lignes. Ce qui donne un bénéfice de 47 francs par hectare au profit de la charrue.

En Bourgogne, le prix des deux labours est de 84 francs par hectare. Nous aurons avec la charrue 34 francs. Ce qui donne un bénéfice de 50 francs par hectare.

Dans les palus du Bordelais et sur les coteaux de la rive droite de la Garonne au-dessous de Bordeaux, les deux labours coûtent 112 francs par hectare. Si nous employons la charrue Messager, nous aurons une dépense de 42 francs, à cause de la plus grande profondeur du labour. Ce qui donne un bénéfice de 70 francs pai* hectare.

La substitution de la charrue aux bras de Thomme a donc cet immense avantage de suppléer à Finsuffisance des bras et aussi de diminuer les frais de la culture dans une très-forte proportion.

On a dit que la charrue ne présente d'avantage que dans les grands vignobles, parce que c'est seulement dans ces grandes exploitations qu'on pourra utiliser Tattelage * en dehors des travaux de la vigne. Cette observation paraît être juste. Toutefois, nous pensons que ces cultures pourraient être faites dans les petits vignobles par des entrepreneurs qui trouveraient facilement à occuper leur attelage pendant le chômage des façons de la vigne. Puis il convient de remarquer que ce travail n'exige qu'un seul cheval et qu'il sera bien rare que le vigneron ne trouve pas à l'occuper en dehors des travaux de la vigne.

Binaces. — Les binages sont des cultures beaucoup plug superficielles que les labours. Ils^ne dépassent pas 0"05 ou O^'Oô de profondeur. Ils ont surtout pour but la destruction des plantes nuisibles. Ils contribuent également à empêcher le sol de se dessécher aussi profondément pendant les fortes chaleurs de l'été.

Le nombre de ces opérations est proportionné à la

facilité avec laquelle le sol se couvre de mauvaises herbes. Ils doivent être plus fréquents dans les sols un peu frais, dans les années humides, dans la région du Nord que dans les terrains secs, dans les années brûlantes et sous le climat du Midi. On devrait donner au moins deux binages chaque année dans le courant de Tété. Le plus souvent on n'en donne qu'un seul, soit par des motifs d'économie, soit, comme cela a lieu pour les vignes privées de support, parce que les bourgeons, qui s'allongent de toutes parts, ne permettent plus de pénétrer dans le vignoble.

Le but principal de ces binages étant la destruction des plantes nuisibles, on conçoit qu'il convient de choisir, pour les pratiquer, un temps chaud et sec, afin que ces plantes, déracinées par l'action des instruments, périssent plus facilement. Il ne faudra pas attendre toutefois que la terre soit durcie par la chaleur. Le travail serait plus difficile et plus coûteux.

Les binages sont pratiqués à l'aide d'une petite houe à main légère, analogue par sa forme à celles indiquées par les figures 125 et 130 ou semblable à celles indiquées par les fi- pig. ^^^ et m. - Fesson de la gures 145 et 146, et connues en Bourgogne.

Bourgogne sous le nom de fessou.

Le prix de revient de cette opération est le suivant, pour les contrées ci-après, pour un hectare :

Dans l'Hérault, on. ne donne qu'un seul binage qui exige 14 journées d'homme à 3 francs, ou 42 francs comme dépense totale.

En Champagne, on donne les quatre binages suivants :

iSO CULTURE DU VJGNOBLE.

i» En mai ou juin 25 fr.

30 En juillet 35

3» Mi-septembre * 48

40 En hiver 12

lio fr.

En Bourgogne on ne pratique qu'un seul binage qui coûte 36 francs par hectare.

Dans les palus du Bordelais et sur les coteaux de la rive droite de la Garonne au-dessous de Bordeaux on ne pratique le plus souvent qu'un binage qui coûte 33 francs par hectare.

Les avantages que nous avons signalés plus haut et

qui résulteraient de la substitution de la charrue aux bras

de rhomme pour les labours sont les mêmes pour les

binages.

Dans la région du Midi, où Ton ne peut pratiquer qu'un

binage, on se sert pour cela, sur quelques points, d'une sorte d'araire dont le soc est remplacé par une lame triangulaire (Uff. 147) dont la base présente une ouverture d'environ 0"^70 ; celte disposition permet de biner le sol

-j^7<z...a — > jusqu'au pied des ceps. On

Fig. 147. -Soc du midi disposé pour P^ut biner ainsi au moins faire les binages. un hectare par jour, ce qui

donne lieu à une dépense d'environ 7 francs.

M. le comte de la Loyère, de Savigny, a aussi imaginé

une houe à cheval (%. 148) qui fonctionne bien et permet

de se passer des instruments à main pour l'exécution de

ces binages. En voici la description :

Cette houe à cheval est tout en fer. Elle est armée de

cinq socs F et d'un contre D placé en avant. Les deux pièces latérales sur lesquelles les socs sont fixés peuvent s'éloigner plus ou moins l'une de l'autre, .de façon à faire varier la largeur de la surface sur laquelle l'instrument peut opérer. La plus grande largeur est de O'^SO. La roue fixée en tête de l'âge sert à faire varier le degré de profondeur du binage au moyen des trous percés au sommet de la tige verticale C et' qui permettent de relever ou d'abaisser cette roue.

M. de la Loyère attelle un seul cheval sur cet instrument et peut faire biner un hectare et demi par jour dans

Fig. 148. — Houe à cheval la Loyère, pour les binages dans le vignoble.

une vigne dont les lignes sont placées à 1 mètre d'intervalle.

Le prix de cette houe à cheval est de 130 francs.

Cet instrument, attelé d'un cheval, pouvant biner une surface de un hectare et demi en un jour, et l'attelage et son conducteur coûtant 7 francs par jour, il en résulte une dépense de 4 fr. 66 o. par hectare pour chaque binage.

M. Messager a imaginé, pour faire ces mêmes binages, de fixer au corps de sa charrue, à la place du soc et du versoir, deux lames latérales qui agissent obliquement et qui sont précédées par une dent de houe à

cheval (%. 149). Cet instrument fonctionne parfaitement sur une largeur de 0"»50 ; d'où il suit qu'il faut passer deux fois pour biner entre les rangs de ceps séparés par un intervalle d'iin mètre. On peut biner ainsi un hectare par jour. — La dépense sera par conséquent de 7 francs par hectare et par binage.

Cette dépense est un peu plus élevée qu'avec la houe à

cheval de M. de laLoyère; toutefois la simphcité de l'instrument de M. Messager que nous avons vu fonctionner nous le fait préférer. D'ailleurs la houe à cheval de M. le Fig. 449. - Houe à cheval pour fixer sur comte de la Loyèro n'o-

la charrue Messager. père pas tOUJOUrS très-

bien dans les sols un peu salis par les herbes.

Dépenses comparées des binages à bras d*homme et de ceux à la charrue. — Les éléments qui précèdent nous permettent de comparer les prix de revient des binages à bras d*homme avec ceux à la charrue.

Dans l'Hérault le binage à bras qu'on y pratique coûte 42 francs par hectare. Exécuté à la charrue il ne revient quà 7 francs. D'où une économie annuelle de 35 francs.

En Champagne, les quatre binages qu'on y pratique coûtent ensemble, par hectare, 120 francs.

La vigne étant plantée en lignes à 1 mètre d'intervalle, l'emploi de la charrue donnera heu à une dépense de 7 francs par binage et par hectare, ainsi que nous l'avons démontré ci-dessus. — Cette opération étant répétée quatre fois, on a une dépense totale de 28 francs au lieu de 120 francs, ce qui donne un bénéfice de 92. francs.

En Bourgogne, on ne pratique qu'un seul binage qui coûte 36 francs par hectare. Exécuté avec la charrue, ce travail donnera heu à une dépense de 7 fraiics; c'est donc

ËNGRAlS Et AHÊNDËMÊNÎS. 183

une économie de 29 francs par hectare. On pourrait répéter cette opération une seconde fois, et il resterait encore un bénéfice de 22 francs par hectare.

Dans les palus du Bordelais et sur les coteaux de la rive droite de la Garonne, au-dessous de Bordeaux, on ne pratique ordinairement qu'un binage qui coûte 33 francs par hectare. Si on Texécute avec Ja houe à cheval, il reviendra seulement à 7 francs ; on aura ainsi un bénéfice de 26 francs par hectare, et si Ton binait deux fois au lieu d'une, il y aurait encore une économie de 19 francs.

Les binages à la houe à cheval diminuent donc beaucoup le nombre des bras nécessaires pour cette opération et permettent de réaliser une économie très-importante dans la dépense.

Page 1