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ENGRAIS ET AMENDEMENTS POUR LE VIGNOBLE

Les engrais proprement dits sont surtout les substances qui, confiées au soi, fournissent aux racines les principes nutritifs nécessaires au développement des plantes. Ce sont surtout des matières organiques. — Les amendements, composés de matières minérales, ont surtout pour but de modifier plus ou moins complètement la con)position élémentaire du sol, afin de rendre ses^propriétés physiques ou chimiques plus favorables à la végétation. Examinons ces deux opérations en ce qui concerne le vi^oble.

Eng^nifl* — Leur utilité, — La vigne a besoin, comme toutes les plantes, pour se développer, de ti*ouver dans le sol les principes nutritifs nécessaires à son accroissement. Presque tous les terrains renferment une certaine quantité de ces éléments sans qu'il soit nécessaire de les y ajouter. Ce sont de Tazote et certaines matières salines fournies par l'atmosphèfe et les eaux pluviales. Cette richesse naturelle du sol, qui se renouvelle

sans cesse, suffit pour que la vigne donne un certain produit, ainsi que le démontrent les vignobles de ceux de nos départements où la vigne n'est jamais fumée. — Dans ces conditions et lorsque la vigne est d'ailleurs bien cultivée, le produit des cépages vigoureux et fertiles du Midi, l)iantés dans les sols profonds, peut s'élever à environ 40 hectolitres par hectare. Dans les terrains secs le produit de ces mêmes vignes s'abaisse à 25 hectolitres. Enfin les cépages du nord et du centre de la région viticole, traités de la même façon, ne donnent pas plus de 13 hectolitres.

Or il convient d'examiner si ce rendement peut être augmenté par l'application d'engrais, et si cet engrais sera suffisamment payé par le produit.

D'après M. de Gasparin, chaque kilogramme d'azote appliqué à 1 hectare de vignes en bon état, mais qui n'ont jamais été fumées, donne environ 125 litres de vin. Les 1,000 kilogi*ammes de bon fumier de ferme dosant 0,40 pour 100 4'azote équivaudront à 4 kilogrammes d'azote et donneront par conséquent 500 litres de vin. En portant à 10 francs le prix des 1,000 kilogrammes de fumier et seulement à 75 francs les 5 hectoliti*es de vin, on voit que le fumier appliqué à la vigne est richement payé par le produit, en supposant même qu'on ne réalise que la moitié de cette récolte par suite des intempéries.

Les engrais nuisent-ils à la qualité du vin ? — Cette question a été très-controversée, et nous pensons que Ton se serait plus vite mis d'accord si, de part et d'autre, on eût été moins absolu.

Voici, d'après nous, quels sont les faits qui peuvent servir à éclairer cette importante question de viticulture. Le principe sucré, l'arôme que l'on aime à trouver dans les fruits en général, résultent surtout d'une élaboration convenable, dans le tissu cellulaire des fruits, des fluides se veux qui y sont amenés. — C'est sous l'influence de la

chaleur, et surtout d'une vive lumière, que cette élaboration s'accomplit.

Si l'arbre ou Tarbrisseau sont doués d'une grande vigueur, quelle qu'en soit la cause^ les fluides séveux arriveront dans les tissus du fruit en telle abondance qu'ils ne pourront y être complètement préparés. L'exhalation aqueuse, qui a lieu par la surface du fruit pendant son développement, deviendra insuffisante pour le débarrasser de son eau surabondante. Le principe sucré et le principe aromatique seront Relativement peu abondants et les fruits de médiocre qualité. Ces faits sont incontestables. Ils se produisent tous les jours sous les yeux des cultivateurs. Les fruits d'un vieil ai'bre sont, toutes choses égales d'ailleurs, bien plus savoureux que ceux d'un jeune arbre se développant vigoureusement. Les fruits d'un poirier greffé sur franc sont moins bons que ceux qui sont nourris par les racines d'un cognassier, etc.

La chaleur et la lumière jouent un rôle important dans cette question, ainsi que nous l'avons dit plus haut, en déterminant l'exhalation aqueuse et l'élabpration des fluides séveux qui arrivent dans les fruits. Aussi, les fruits récoltés sur des arbres palissés contre des murs à Texposition du sud sont-ils meilleurs que ceux développés à Texposition du nord. Les raisins mûris sous le climat de Paris sont moins sucrés que ceux du même cépage récoltés sous le ciel du Midi.

. Une autre conséquence de la vigueur des arbres, c'est le retard qui en résulte pour la maturité des fruits. En effet, les réactions chimiques qui ont lieu dans les tissus des fruits et qui déterminent la maturation, ne commencent à se produire qu'à partir du moment oii la végétation de l'arbre est à peu près arrêtée, c'est-à-dire lorsque les fluides séveux n'arrivent plus qu'en très-petite quantité dans les tissus du fruit. — Or la grande vigueur des arbres a pour résultat de prolonger la végétation et par

conséquent de retarder la maturation. — C'est par strite" de cette influence que, toutes choses égales d'ailleurs, les fruits des arbi^es peu vigoureux sont toujours plus précoces que ceux dont la végétation est plus abondante. C'est en partie pour diminuer la vigueur des ceps, pour arrêter leur développement, que les cultivateurs de Thomery procèdent à un effeuillement successif qu'on devrait appliquer plus fréquemment aux vignobles du Nord.

Ces mauvais effets de la vigueur des arbres sur la qualité du fruit seront d'autant plus grands que l'on s'éloignera davantage du Midi, c'est-à-dire que la chaleur et la lumière seront moins intenses.

Tout ce qui précède démontre donc que la vigueur des ceps, quelle qu'en soit la cause, nuit à la qualité du produit. Or, conpie les engrais n'ont d'autre résultat que d'augmenter cette vigueur, il semblerait raisonnable d'admettre que le vignoble doit vivre de la richesse naturelle du sol et qu'il faut s'abstenir de foute application de fumure. Il faudrait toutefois en excepter le cas oii le sol serait devenu si pauvre et la vigne si languissante que la qualité des produits serait altérée par suite de l'insufflsance des éléments nutritifs.

Cette conclusion serait certainement rationnelle si Ton n'avait à se préoccuper dans cette culture que de la qualité des produits; mais il faut aussi tenir compte de la quantité. Or, nous l'avons vu plus haut, le rendement moyen des vignes abandonnées à la richesse naturelle du sol varie entre 40 et 13 hectolitres par hectare, suivant la nature du sol et le degré habituel de fertilité des cépages cultivés, ou en moyenne 26 hectolitres. Si l'on se contente de ce produit dans les vignobles qui ne peuvent donner, quoi qu'on fasse, que des vins ordinaires vendus à raison de 15 francs l'hectolitre, on aura une recette brute de 390 francs par hectare complètement insuffisante pour payer les frais de cette culture. — Dans les crus les plus

renommés de la Bourgogne, de la Champa^e, du Bordelais et des côtes du Rhône, où le produit moyen des vignes non fumées ne dépasserait pas 13 hectolitres à l'hectare, ce rendement serait aussi considéré comme insuffisant. Aussi est-il porté, à Taide des engrais, à environ 22 hectolitres par hectare dans le Médoc, et à 48 hectolitres environ dans les crus les plus renommés de la côte de Bourgogne. C'est dans ces derniers vignobles que Fon fume le moins. Mais les marcs de raisins, les terres fertiles, les terreaux, etc. qu'on y répand, sont, quoi qu'on en dise, de véritables engrais.

Concluons de tout ce qui précède que, si les engrais exercent une influence fâcheuse sur la qualité du vin, la fumure du vignoble est cependant nécessaire dans l'intérêt de la quantité du produit ; que cette fumure devra être d'autant moins abondante que le haut prix des produits pourra compenser plus facilement leur peu d'abondance ; enfin que, toutes choses égales d'ailleurs, on pourra fumer d'autant plus abondamment qu'on se rapprochera du Midi.

ISmture des engrais à employer. — D'après M. de Gasparin, pour 100 kilogrammes de raisin, on a les matières suivantes :

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