CHAPITRE I
Mûrier.
Deux espèces de mûriers sont employés à la nourriture des vers à
soie. ^^S' 343. — Mûrier noir.
D'abord le mûrier noir, mûrier lartare, mûrier des dames (morus nigra, Lin. %. 343). — Originaire de l'Asie Mineure, cet arbre acquiert de 6 à 7 mètres d'élévation, et porte une tête arrondie; ses feuilles, cordiformes, aiguës, dentées, sont rudes en dessus, pubescentes en
dessous ; ses fruits, plus gros que ceux des autres espèces, sont oblongs, d'un pourpre noirâtre, d'une saveur douce et agréable. Le mûrier noir fut d'abord le seul qu'on employa pour nourrir les vers à soie, maison l'abandonna dès qu'on connut le mûrier blanc. La lenteur de sa croissance, le peu d'extension de sa végétation annuelle, la nature plus grossière de la soie qu'on obtient des vers qui s'en sont nourris, le firent progressivement délaisser. C'est seulement comme arbre fruitier qu'on le rencontre encore dans quelques jardins, et encore ses fruits sont-ils assez médiocres. Nous n'avons donc à nous occuper que de la seconde espèce, le mûrier blanc.
MûHer blanc.
]le«criptioii. — Le mûrier blanc (morus alba^ Lin.) ûff. 344), abandonné à lai-même, peut s'élever jusqu'à 20 mètres; son écorce est grise, rude, gercée.
Non soumis à la culture, ses branches sont diffuses et éparses ; son bois est jaunâtre, ses feuilles sont alternes, minces, d'un vert clair, échancrées en cœur à leur base, dentées, découpées en lobes profonds et irréguliers. Les fleurs sont monoïques. Les fleurs mâles {ïiff. 345) et les fleurs femelles {fiff. 344) sont axillaires et portées sur de longs pédoncules. Les fruits (%. 346) sont petits, globuleux et blanchâtres ; leur saveur est fade.
Historique. — Le mûrier blanc paraît être originaire de la Chine et de la Perse. Il serait passé de là en Grèce, sous l'empereur Justinien, par le soin de deux moines. De la Grèce, le mûrier blanc fut transporté en Sicile et en Italie vers le milieu du quinzième siècle. On assure que les premiers pieds qui arrivèrent en France, sous le règne de Charles VII, y furent apportés par un certain seigneur d'Allan. Plus tard, des seigneurs (|ui avaient accompagné Charles VIII dans ses guerres d'Italie rapportèrent de nouveaux pieds de la Sicile en Provence et surtout aux
environs de Montélimart. François Taucat et Olivier de Serres furent les principaux propagateurs du nouvel arbre et de l'industrie dont il est la base. « Il est donc
?44. — Mûrier blanc" avec fleurs femelles.
Fig. 3i5. — Mûrier blanc avec fleurs mâles.
bien certain, écrit M. de Gasparin, que l'introduction du mûrier blanc suivit celle du ver à soie dans presque toute TEurope, et qu'on ne l'y connaissait pas avant le règne de Justinien, où cet insecte précieux fut importé à Constantinople (an 552). » Il est difficile, continue le Fig. 346. - Fruit du même auteur, d'exagérer l'importance de mûrier wanc. la conquête que fit l'Europe en s'emparant de cette industrie (industrie de la soie).
D'après la statistique officielle, la France a produit, en
i869, 5,984,643 kilogr. de feuilles ayant une valeur de 29,470,777 francs, qui sont augmentés de 56 millions lorsque ces feuilles sont transformées en soie brute. Le mûrier a donc donné ainsi en 1869 un produit agricole de 76,500,000 francs.
diniat. — Le mûrier blanc est un arbre du Midi.Tcutefois, il peut résister au climat du nord de la France et même à celui de la Prusse. On l'a vu supporter chez nous sans souffrir les hivers rigoureux de 1564^ 1571, 1608, 1658, 1684, 1709, 1740, 1767, 1789, 1820 et 1830. Mais au point de vue de la culture industrielle, le climat propre au mûrier doit remplir les conditions suivantes : 1** que la température moyenne reste, au moins pendant trois mois, à 12° au-dessus de zéro^ après la récolte des feuilles, pour que les nouvelles pousses aient le temps de s'aoûter avant rhiver; 2° que ses pousses ne soient pas fréquemment exposées à des gelées blanches qui détruisent les bourgeons et les feuilles; 3o que les feuilles reçoivent une lumière intense et un air vif, afin de fixer dans leurs tissus' les éléments d'une soie de bonne qualité; 4® qu'elles ne soient pas exposées aux brouillards, qui déterminent la rouille, ni soumises aux effluves marécageux , ou aux maladies miasmatiques, car elles contracteraient des propriétés pernicieuses pour les vers à soie. Ce qui précède indique que les feuilles de cet arbre seront d'autant plus riches en élément soyeux qu'on se rapprochera davantage du Midi, qu'ils seront plantés sur des points élevés et les mieux éclairés.
La planche V ci-contre indique ceux de nos départements qui sont en possession de cette culture.
Sol. — Considéré seulement au point de vue de sa végétation, le mûrier est un des moins exigeants quant à la nature du sol. Il se développe bien dans tous les terrains, pourvu qu'ils ne soient pas marécageux, qu'ils ne présentent pas à peu de profondeur une couche im-
in.v.
plus cultivé.
iperméable à l'eau, ou bien que Télément calcaire n'y domine pas en trop grande proportion. Mais on ne veut pas seulement obtenir une végétation vigoureuse, on veut aussi des feuilles de bonne qualité. Or, dans les terrains riches, profonds, un peu argileux on obtiendra Une grande quantité de feuilles très-amples, mais aqueuses et mauvaises pour la santé des vers à soie et pour la qualité des produits de cet insecte. Il faut donc tâcher de placer les mûriers dans un sol de consistance moyenne, perméable aux racines et plutôt sec qu'humide.
Tariétës. — Le mûrier blanc étant le plus souvent multiplié par semences, on en a obtenu un très-grand nombre de variétés résultant souvent de son croisement avec le mûrier noir ; les suivantes sont les meilleures :