VARIÉTÉS A FRUITS BLANCS
Mûrier à flocs, d'Espagne. Fruits blancs; feuilles larges, épaisses, cordiformes, d'un yert foncé, bosselées, souvent accompagnées latéralement de deux feuilles plus petites; rameaux d'un gris cendré. Climat chaud, terraiç substantiel.
Mûrier romainry pommoêie pomaoû (Cévennes)« Fruits blancs; feuilles grandes, luisantes, fermes, épaisses ; variété peu éloignée de la première. Climat cbaud; terrain peu substantiel, élevé. Résiste bien aux gelées blanches.
Mûrier reine-Hanche, grosse-reine, colombat. Fruits d'un blanc cendré, petits; feuilles très-grandes, d'un brun vert, luisantes, un peu plissées, . minces et fermes, cx)rdiformes, un peu allongées, peu rapprochées; rameaux très-longs, nombreux; variété très- vigoureuse. Sols riches.
Mûrier petite-reine, colombassetle. Ne diffère de la variété précédente que par ses feuilles plus petites d'un tiers.
Mûrier fleurdelisé, fourche, trident^ fourcada (Gévennes). Fruits blancs, peu nombreux. Feuilles fermes, de grandes dimensions, d'un beau vert, rappro^ chées, longues, lisses, divisées en trois lobes, craignant peu la rouille et les gelées tardives. Rameaux très- vigoureux, d'un gris foncé. Sols substantiels et frais; résiste bien aux gelées tardives.
Mûrier multieaule^ des Philippines. Considéré comme une espèce par quelques auteurs, et désigné sous les noms de morus muiticaulis, Perrot., morus cucullata, Bonaf. Fruits blancs; feuilles très -larges, longues, cordiformes, très-minces, molles, bosselées, pendantes ; tige peu élevée développant à sa base un grand nombre de rejetons. Végétation vigoureuse très -précoce. Cette variété, originaire des Philippines, d-où M. Perrotet Ta rapiportée en -1821, exige uu sol frais, substantiel, et abrite des grands vents qui déchirent ses feuilles délicates. Elle exige un climat chaud, et redoute surtout les gelées tardives.
Mûrier rebalaira, mût ter traînant (Gévennes). Fruits blancs, abondants; feuilles larges, entièreis, épaisses abondantes, sujettes à la rouille et crat-
gnant les gelées tardives; rameaux vigoureux et nombreux. Lieux éloYés.
Mûrier hybride. Fruits blancs; diffère du multlcaule, dont il parait être une sous-variété, par ses feuilles plus solides, qui résistent mieux au vent, et par sa faculté de bien supporter les froids de l'hiver. Obtenu par M. Audibert.
Marier Lkou. Obtenu par M. Camille Bauvais vers 1825, de semences qu'il reçut de la Syrie.
VARIÉTÉS A FRCITS COLORÉS.
Mûrier Moreiti. Fruits d*un violet foncé, abondants ; feuilles grandes, cordiformcs, terminées par une pointe aiguë, d'un vert foncé, lisses en dessous, rudes etftpresen dessus ; rameaux longs et vigoureux; obtenu, il j a une trentaine d'années, par le professeur Moretti, de Pavie.
Mûrier rose^ feuille rose. Fruits d'un gris violet, peu abondants : feuilles entières, oblongues, de grandeur médiocre, minces, rapprochées sur les rameaux, d'un beau vert luisant, terminées en pointe aiguë: celles du sommet de chaque bourgeon, d'un rouge sang de bœuf; redoute les engrais très-abondants et les gelées tardives. Climat tempéré ; lieux élevés.
Mûrier reine-bâtarde, mûrier de Toscane, Fruits presque noirs, peu abondants; feuilles grandes, divisées en trois lobes, d'un vert foncé, luisantes, fermes; rameaux d'un brun foncé, longs et vigoureux. Se développe bien dans les contrées les moins chaudes.
Mûrier grit, gaugeùle. Fruits gris, peu abondants ; feuilles de médiocre grandeur, oblongues, cordiformes, offrant la couleur de celles du mûrier rose; fermes, épaisses, serrées sur les rameaux. Rameaux verts d'un côté, rouges de l'autre. Sols riches, bien aérés.
Mûrier côte rouge (Gévennes). Fruits rouges; paratt très-supérieur aux précédents, mais craint les gelées blanches plus que tous les autres.
En général, on préfère, parmi les diverses variétés de mûrier, celles qui présentent les qualités suivantes : 1" abondance de feuilles; 2* feuilles très-étendues, fournissant, pour un poids donné, la plus grande quantité de soie de bonne qualité ; 3» que ces feuilles soient fermes, pour ne pas être déchirées par les vents et pour conserver plus longtemps leur fraîcheur ; 4** que les arbres résistent bien aux froids de l'hiver et aux gelées tardives du printemps ; 6"" que les rameaui^ soient longs et vigoureux, afin de rendre la cueillette plus facile et plus prompte.
JiffuUiplieatioii. — On multiplie les mûriers au moyen des semis, des greffes, du marcottage et des boutures. Ces diverses opérations sont faites dans une pépinière établie comme celle décrite page 308.
Semjs. — Par les semis on obtient, mieux que par les autres modes de reproduction, des sujets vigoureux,
d'une longue durée, qui s'enracinent plus profondément, et résistent ainsi plus facilement à la sécheresse de Tété.
C'est au commencement de juillet dans le Midi, et un peu plus tard dans les autres parties de la France, que l'on recueille les mûres pour en extraire les graines. On les récolte, autant que possible, sur la variété feuille rose, et sur des arbres qui n'ont pas été dépouillés de leurs feuilles depuis le printemps. Les sujets qu*on en obtient sont plus vigoureux, ont plus d'analogie avec les diverses variétés qu'on y greffe, et beaucoup d'entre eux pourront être conservés sans être greffés.
Pouf recueillir la graine, on réunit les mûres dans un vase oîi on les laisse fermenter pendant deux ou trois jours ; puis on les écrase dans un baquet plein d'eau, et Ton sépare la pulpe des semences par plusieurs lavages successifs. Les mauvaises graines restent à la surface de l'eau, et les bonnes tombent au fond. Les graines ainsi nettoyées sont séchées à Tombre, puis on les mélange avec du sable, et on les conserve jusqu'au printemps dans une cave ou un cellier bien sec. Quelques cultivateurs préfèrent, avec raison, faire sécher les mûres à l'ombre, les écraser ensuite, puis conserver le tout comme nous venons de le dire. L'expérience a démontré que ces graines germent mieux que celles qui ont été lavées. Ces graines ne conservent leurs facultés germinatîves que pendant une année.
Vers la fin d'avril, après avoir bien défoncé et fumé les plates-bandes de la pépinière, on sème en lignes distantes de0"»,08 à 0^,10. Les plates-bandes ont 1 mètre de largeur et sont séparées par des sentiers de 0"*,30. La graine, répandue dans la proportion de 0^20 par are, est recouverte d'une couche de terreau d'un centimètre d'épaisseur.
Dès que les jeunes plants ont développé quatre feuilles, on les éclaircit de façon à laisser un intervalle de 0",05 environ entre chacun d'eux. Le sol est maintenu frais
pendant Tété, soit à l'aide d'irrigations pratiquées en introduisant Teau dans les sentiers plus bas que les plates-bandes, soit au moyen d'arrosements faits après le coucher du soleil. On sarcle fréquemment pour détruire les plants nuisibles, et Ton pratique de nombreux binages. Enfin, pendant l'hiver, on couvre les jeunes plants de feuilles sèches, de balles de céréales ou autres matières analogues.
Vers le mois de mars de l'année suivante, les plants ont atteint une hauteur de 0'^,30 à 0,"60. On procède alors à leur repiquage sur un carré de la pépinière également défoncé et bien fumé. Ils sont placés en quinconce à 0™,80 les uns des autres. On n'extrait des semis que les plus beaux plants ou pouretteSy ceux qui présentent la grosseur d'un tuyau de plume. Ceux qu'on conserve dans la plate-bande de semis profitent de cette éclaircie et deviennent assez forts pour être également repiqués l'année suivante. Nous renvoyons à la page 319 pour les soins que réclame ce repiquage.
Après une année de développement, en avril, au mor ment du bourgeonnement, toutes les pourettes sont coupées à 0™,06 à 0°»,08 du sol. On recèpe également celles qu'on a laissées dans les plates-bandes de semis. Dès que les bourgeons de toutes ces pourettes ont atteint une longueur de 0'*',12 ou G™, 15, on ne conserve que le plus beau, destiné à former la tige (p. 323). Enfin les binages multipliés leur sont appliqués pendant Tété.
Greffe. — Les jeunes sujets obtenus des semis portent le nom àe sauvageons et tendent à se rapprocher, par leur caractère, de leur type primitif, le mûrier blanc. Leurs feuilles sont petites et souvent très-divisées. Elles sont un peu plus favorables â la nutrition que celles des diverses variétés de mûrier décrites plus haut; elles donnent aussi à poids égal une soie un peu plus abondante et un pen plus belle ; leur eristence est généralement plus longue;
mais les bonnes variétés de mûrier fixées par la greffe, les marcottes et les boutures, remportent de beaucoup par les avantages suivants : Un arbre d'une étendue donnée produit beaucoup plus de feuilles en poids qu'un sauvageon de même dimension. Il faut moitié moins de temps pour en cueillir le même poids. Enfin, ces variétés atteignent beaucoup plus tôt que le sauvageon leur maximum de développement. Il y a donc avantage à fixer ces variétés sur les jeunes sauvageons au moyen de la greffe. On exceptera toutefois de cette opération ceux des sauvageons qui présenteront un feuillage ample sans découpure, et des rameaux gros et vigoureux. Ce sont là les indices d'une bonne variété qu'il faudra conserver. Ils offriront les qualités des mûriers greffés et la rusticité et la durée des sauvageons.
Le mûrier peut être greffé en écusson et en flûte. On écussonne à œil poussant et à œil dormant (page 341 et suivantes). Pour l'écusson à œil poussant on choisit, au commencement de mars, de jeunes rameaux sur des arbres vigoureux qui n'ont pas été effeuillés l'année précédente, et qui appartiennent à la variété qu'on veut multiplier. On les couche dans du sable abrité du soleil, et on laisse sortir leur sommet de 0™,08 àO™,10. La végétation de ces rameaux étant ainsi retardée, on attend la fin de mai ; et, dès que la sève des sujets est dans toute sa puissance, chacun des boutons de ces rameaux est levé et posé comme autant d'écussons. On coupe immédiatement la tige du sujet à 0°*,10 ou 0™,12 du point où l'écusson a été ' posé, et celui-ci se développe. Si cette greffe ne réussit pas, on la remplace par un écusson à œil dormant pratiqué vers le mois d'août, et l'on ne rabat de nouveau le sujet qu'au printemps suivant. Nous pensons que dans le nord de la région du mûrier il sera préférable d'employer exclusivement cette dernière greffe. Les bourgeons développés par l'écusson à œil poussant n'auraient pas le
temps de s*aoûter suffisamment et souffriraient beaucoup des froids de Thiver.
La greffe en flûte est plus solide que celle en écusson : elle est moins exposée à être décollée ; mais elle demande plus de temps et d^habitude pour être pratiquée avec succès. C'est le procédé le plus généralement usité dans les Cévennes. Nous indiquons page 479 comment on pratique cette greffe. Toutefois^ il conviendra de prendre les greffons un peu moins près de la base du rameau que nous ne l'avons indiqué pour le noyer; puis les greffons seront aussi plus longs, de façon à porter quatre ou cinq boutons au lieu de un ou deux.
Reste à décider si les mûriers doivent être greffés en pie 1 ou en tête. La greffe en tête présente ce seul avantage que la tige, étant fournie par le sauvageon, est plus rustique et résiste mieux aux hivers rigoureux. Mais elle présente cet inconvénient que, la tête de Tarbre étant formée au moyen de plusieurs écussons ou d'une greffe en flûte posée au sommet de la tige, les branches sont moins solidement soudées avec cette tige que si elles étaient nées de boutons lui appartenant. De là les accidents fréquents qui résultent des branches qui se détachent du tronc par Teffet des vents ou par le poids des ouvriers qui font la cueillette des feuilles.
Les arbres greffés, en pied échappent à ces causes de mutilation. Leur tige, fournie par le greffon, est plus droite, plus vigoureuse, bien plus tôt formée que celle du sauvageon. Enfin le sommet de la tige n'est pas exposé à être successivement raccourci pour y remplacer les greffes qui n'ont pas repris.
Pour les greffes en pied, on choisira la greffe en écusson, et on la pratiquera vers la seconde année de repiquage. Quant à la greffe en tête, on choisira la greffe en flûte, plus solide que celle en écusson, et on la pratiquera
aussitôt que la tige des sujets aura acquis une grosseur suffisante au point où doit naître la tête.
Formation de là iige, — Les jeunes mûriers ainsi greffés reçoivent pendant les premières années les soins suivants, qui ont surtout pour but la formation de leur tige et de leur tête :
Les sujets qui ont reçu la greffe en pied ayant été rabattus à quelques centimètres au-dessus de cette greffe, on voit bientôt se développer Fécusson. D^autres bourgeons apparaissent également dans son voisinage ; on pince les plus vigoureux, et on les supprime tous complètement dès que celui de Técusson a atteint une longueur de 0'",12 à O'",15.0n attache alors celui-ci au prolongement de la tige laissé au-dessus de lui et qui lui sert de tuteur (p. 342). On coupe ensuite tous les bourgeons anticipés qui naissent à l'aisselle des feuilles, tout en conservant ces dernières. Ces jeunes arbres reçoivent plusieurs binages dans le courant de Tété, et surtout un labour à la fourche au commencement d'août, pour favoriser la végétation d'automne, et un au printemps. Ces binages et labours sont répétés chaque année.
Quant aux mûriers destinés à être greffés en tête, on coupe aussi de nouveau leur tige à quelques centimètres du sol, afin d'obtenir en un seul été une tige à la fois assez haute et assez grosse pour pouvoir être greffée en tête au printemps suivant. Cette tige est soignée, pendant son premier développement, comme les jeunes greffes dont nous venons de parler. Puis, au printemps suivant, on lui applique la greffe en flûte, au point oii doit naître la tête.
A la même époque, on coupe le petit prolongement de Fancienne tige qui a servi de tuteur au nouveau jet; puis on raccourcit les greffes à la hauteur oii la tête doit être formée, c'est-à-dire à 1™,75 pour former de hautes tiges, à 1 mètre pour faire des demi-tiges, et à 0"*,50 pour faire
des mûriers nains. Nous indiquons plus loin, en parlant de la plantation, les circonstances où Ton doit préférer Tune ou l'autre de ces sortes d'arbres. Aussitôt que les jeunes tiges ainsi raccourcies présen-
Fig. 347. — Mûrier de deux ans de greffe.
Fig. 348. — Mûrier de trois ans de greffe.
tent des bourgeons longs de 0™,10 environ, on procède à
rébourgeonnement. On coupe d'abord tous les bourgeons situés sur le tiers inférieur de la tige ; huit jours après, on enlève ceux compris dans le second tiers; enfin, quelques jours après, on termine Topération en ne conservant au sommet que les trois bourgeons les plus vigoureux et les mieux situés pour former la base de la tête de l'arbre.
Cet ébourgeonnement de la tige est également pratiqué sur les sujets greffés en tête, sur lesquels on ne laisse également se développer que trois bourgeons du greffon. Pendant Tété, pour queces trois bourgeons restentdemême force, on pince l'extrémité herbacée des plus vigoureux»
Au printemps suivant, les tiges des jeunes mûriers greffés en pied ou en tête portent à leur sommet trois rameaux vigoureux d'égale force et disposés en triangle (iîgr. 347). Lorsque la végétation commence à se manifester, chacun de ces trois rameaux est coupé en A, à 0"*,50 de sa naissance, au-dessus de deux boutons placés latéralement. Tous les autres boutons, moins ces deux derniers, sont enlevés ; on supprime également les bourgeons qui pourraient se développer de nouveau sur la tige. On obtient alors six bourgeons principaux, entre lesquels on conserve une égale vigueur au moyen du pincement. A l'automne suivant, c'est-à-dire à la fin de la troisième année de greffe, ces arbres, dont la tête est composée de six rameaux principaux circulairement disposés autour de la tige (%. 348), peuvent être plantés à demeure. Leur tige présente à ce moment un diamètre de 0"04 à O^Oô. Parfois cependant, lorsque les arbres sont destinés à voyager, on préfère les planter à la fin de la deuxième année de greffe, lorsque leur tête ne se compose encore que de trois rameaux. Quant à ceux qui doivent former des arbres nains, on les enlève de la pépinière après la première année de greffe, c'est-à-dire lorsqu'ils sont pourvus d'un seul jet ou baguette.
Boutures. — La multiplication par boutures -est loin d*être aussi prompte^ et aussi assurée que par le semis ^ la greffe. Les produits en sont moins vigoureux, moins rustiques; ils s'enracinent moins profondément, et résistent moins bien à la sécheresse du sol. Cependant ils présentent Tavantage de ne pas avoir besoin d'être greffés, et Ton peut les employer utilement pour former des mûriers nains ou à mi-tige, dans le nord de la région du mûrier, on cet arbre souffre moins de la sécheresse, el dans les terrains frais du Midi. Tx)utefois on ne peut multiplier ainsi avec succès que le mûrier multicaule et ses variétés, tels que le mûrier hybride et le mûrier Lhou.
Voici quels sont les soins principaux que réclame le bouturage du mûrier :
: Le sol le plus convenable pour les boutures doit être considéré sous trois points de vue : sa nature, son exposition et sa préparation.
. Quant à sa nature, il devra être en général d'une confeis tance moyenne. La meilleure exposition sera celle du Nord, .parce que les boutures y seront moins desséchées. .
- Enfin le sol sera ameubli à l'aide de labours, et bien fumé.
Le mode de préparation des boutures est le suivant : Les coupes devront être faites avec des instruments bien tranchants, afin qu'elles se cicatrisent plus facilement. La section delà partie inférieure de labouture devra toujours affleurer la base d'un œil ou boulon : on favorisera ainsi la sortie des racines.
Pour hâter l'enracinement, il conviendra de procéder ainsi pour les boutures qui doivent être plantées au printemps: préparer les boutures en décembre; en faire des paquets d'environ O^^jSO de diamètre, liés avec un osier; ouvrir dans le sol une trancliée large deX>",40 et d'une profondeur égale à la longueur des boutures ; placer
les paquets dans celtt? tranchée, dans une position verticale et la tête en bas; replacer par-dessus la terre extraite de la tranchée. Au printemps, au moment de la plantation, sortir les paquets du sol. On remarquera alors à la base des boutures qui est restée près de la surface du sol un amas de tissu cellulaire qui favorisera beaucoup leur reprise.
V époque la plus convenable pour effectuer les boutures est celle oîi la végétation est en repos: du mois de novembre au mois d'avril.
Si Ton opère dans le Midi sur un sol léger exposé à là sécheresse dès le printemps, il vaut mieux faire les boutures à l'automne; car la sécheresse est un obstacle grave à leur reprise. Dans un sol compacte, humide, il est mieux, au contraire, d'opérer au printemps, car la base des boutures serait exposée à pourrir pendant rhiver.
Lsi plantation des boutures exige les soins suivants:
Quant au degré de profondeur, ne pas dépasser 0™,15 dans les sols compactes et 0"*,25 dans les terrains légers. Au delà de ces limites extrêmes l'air atmosphérique arrive difficilement à la base de la bouture, et les racines s*y développent mal. Planter les boutures dans une direction verticale.
Ouvrir une tranchée continue, au degré de profondeur voulu et y distribuer les boutures en laissant un intervalle d'environ 0™05 entre elles et0"25 entre les Hgnes. La terre extraite de la seconde tranchée sert à combler la première et ainsi de suite. Un point important, c'est que la terre soit bien appuyée sur toute la longueur enterrée des boutures.
Enfin, les soins qu'exigent les boutures pendant leur reprise consistent, surtout, à empêcher l'action de la sécheresse. Il sera utile, pendant la première année, de pratiquer quelques arrosements pendant les grandes
500 ARBRES ET ARBRISSEAUX ÉCaNOMIQUES.
chaleurs de Tété et de couvrir la surface du sol avec un paillis. Les irrigations sont même nécessaires dans le Midi.
On peut employer, pour le mûrier, les trois sortes de boutures que nous décrivons ci-après :
1® Bouture par rameaux ifig, 349), — On choisit des rameaux nés Tannée précédente : plus âgés, ils s'enracinent moins facilement; on les coupe par fragments d'environ 0",20 ; chaque extrémité de la bouture doit être terminée par un bouton, afin que ceux-ci entretiennent la vie dans toute l'étendue de la bouture. Puis on les plante de telle sorte qu'il n'y ait que deux boutons hors de terre.
2® Bouture par rameaux avec talon {ûg. 350), — Ici, au lieu de couper le rameau à quelque distance du point où il s'unit à la branche, on le coupe tout près de cette partie et on l'enlève avec le talon qui se trouve à sa base. D'autres fois, au lieu de couper le rameau, on l'arrache avec effort, de manière à enlever une petite portion du corps ligneux de la branche sur laquelle il est né. Mais ce dernier moyen, qui est cependant le meilleur, offre de graves inconvénients pour les arbres sur lesquels on le pratique. Les plaies déchirées qui en résultent donnent lieu à des chancres qui entraînent la perte de l'arbre. Pour éviter ces accidents, il est bon de recéper entièrement les tiges sur lesquelles on a opéré; il naît alors des bourgeons vigoureux; et les souches peuvent ainsi fournir, tous les deux ans, une abondante récolte de boutures à talon. Les boutures à talon
s'enracinent plus facilement que les précédentes, parce que Tempâtement de la base offre une plus grande quantité de boutons rudimentaires qui favorisent la formation des racines.
3** Bouture semée [fîg. 351). — Toutes les parties suffisamment aoûtées d'un rameau de Tannée précédente sont coupées par petits tronçons d'environ 0"»,01 et munis chacun d'un seul bouton. Ces fragments sont semés en rigole, en terre trèslégère, au moment de la sève du printemps ; on les recouvre de 0™,01 de terreau, en ayant soin de tenir le sol suffisamment humide. Le bouton se développe bientôt, tandis que le Fig.351.— boucôté opposé émet un faisceau de racines. On ^"^e semée. peut employer ce mode de bouturage surtout dans le midi de la France où Ton peut joindre à Thumidité une température suffisante.
Quel que soit le mode de bouturage employé, les boutures sont repiquées dans la pépinière, après une année de végétation, comme les jeunes plants de semis ; on les recèpe en pied Tannée suivante ou deux ans après suivant la rapidité de leur développement, puis on procède à la formation de leur tige comme pour les pourettes.
Marcottes. — Les marcottes offrent un succès plus assuré que les boutures, mais on ne peut pas en obtenir une aussi grande quantité sur le même espace de terrain. Les sujets qu'on en obtient ne sont pas plus vigoureux, mais on peut employer ce procédé pour toutes les variétés. On peut faire usage des deux sortes de marcottages suivants :
1» Marcottage en butte ou en cépée (fig. 352).— Ce marcottage <5onsis te à rabattre, au printemps, la tige principale d'un jeune mûrier à 0™,16 environ du collet. Bientôt on voit apparaître, au-dessous de la coupe, de nombreux bourgeons (A). Au printemps suivant, on recouvre ce
tronc mutilé d'une couche de terre bien amendée , de 0",20 d'épaisseur et disposée en forme de cône tronqué (B) et creusée en godet, le tout recouvert d'une couche de litière pour y maintenir la fraîcheur. Tous les
Fig. 352. — Marcottage en butte ou en cépée.
rameaux qui se sont développés s'enracinent presque aussitôt à leur base, et peuvent être sevrés et plantés l'année suivante. Les souches restantes peuvent ainsi servir tous les deux ans à une nouvelle production.
2® Marcottage chinois \iîg. 353). — Ce marcottage consiste à coucher, lors de la sève du printemps, une ou plu-
Fig. 353. — Marcottage chinois»
Sieurs branches entières avec leurs rameaux (A). Ceux-ci sont assujettis par un nombre suffisant de crochets, de manière à former une surface horizontale dans une sorte de fosse (B) plate et peu profonde. Quand l'arbre entre en
végétation, chaque bouton donne lieu a un bourgeon qui s'élève verticalement ; on recouvre alors de quelques centimètres de terre toutes les branches et les rameaux couchés, en ayant soin d'arroser suivant les besoins. Chaque bourgeon développe, avant la fin de Tété, un certain nombre de racines ; de sorte qu'en pratiquant le sevrage à l'automne ou au printemps suivant, on obtient autant d'individus distincts qu'il s'est développé de bourgeons sur les rameaux de la branche couchée.^
Les marcottes, séparées de leur pied-mère au bout d'un an, reçoivent ensuite les mêmes soins que les boutures.
IMfférenteii formes appliquées aux mûriers. — Les mûriers sont soumis aux quatre formes suivantes :
Hautes tiges, — Ces mûriers, élevés sur une tige haute de 2 mètres à 2"*, 30, présentent une tête en forme de coupe, évasée le plus possible, vide à l'intérieur, et composée de branches principales symétriquement disposées, et se bifurquant successivement, de façon que le sommet du vase soit composé de 48 branches environ.
Lorsque les circonstances locales, et surtout la fertilité et la profondeur du sol le permettent, on cultive des mûriers à haute tige. Leur produit en feuilles est plus considérable ; et ces feuilles, recevant un air plus vif et étant mieux éclairées que celles des mûriers à basse tige, donnent une soie plus abondante et de meilleure qualité. Enfin, leur tête, plus élevée au-dessus du sol, est moins exposée aux gelées blanches. Leur cueillette est, il est vrai, plus difficile, plus dispendieuse, et leur premier produit se fait longtemps attendre.
Jusqu'à présent les mûriers avaient été exclusivement plantés en bordures le long des champs ou en lignes dans ces mêmes champs. Mais le tort (jue font ces arbres aux autres récoltes par leur ombrage, par la présence des ouvriers dans le champ pour la cueillette des feuilles ; le
dommage qu'ils éprouvent eux-mêmes du voisinage des prairies artificielles et surtout de la luzerne et du sainfoin, de Tabsence de culture au moment où ils en auraient besoin, des contusions qu'ils reçoivent des animaux de labour et du choc des instruments aratoires, font successivement renoncer à cette disposition. On les plante aujourd'hui dans une sorte de verger qui leur est uniquement consacré, et auquel on donne le nom de mûraies,
Mi'tiges. — Ces arbres ne diffèrent des premiers que par leur tige, qui ne s'élève qu'à 1 mètre environ au-dessus du sol et par leur tête moins étendue. On les choisit pour les terrains moins substantiels, plus brûlants que ceux où l'on plante les hautes tiges.
Nains. — La tête des mûriers nains , formée comme celle des précédents, mais encore moins étendue, naît à une distance du sol qui varie entre 0™,20 et O^jôO. Ils présentent cet avantage de pouvoir être soumis à la cueillette beaucoup plus tôt que les premiers, et de faire attendre plus patiemment les produits de ces derniers. La récolte s'en fait aussi beaucoup plus facilement et d'une manière moins coûteuse ; enfin, ils donnent beaucoup moins de fruits que les autres, ce qui diminue les frais de triage des feuilles. Mais ils sont plus exposés aux gelées blanches ; et leurs feuilles, moins aérées et moins bien éclairées, ne sont pas d'aussi bonne qualité que celles des mûriers à haute tige. Aussi doit-on les planter dans les terrains légers des plateaux élevés.
Haies, taillis. — Les mûriers disposés en haies ou en taillis sont complètement privés de tige et sont plantés très-rapprochés les uns des autres, soit en lignes continues, de façon à former une haie, soit en quinconce. Ce sont surtout les sauvageons ayant un an de repiquage, et choisis parmi les meilleures races, qui se prêtent le mieux à celte disposition. Le multicaule et ses variétés, francs de pied, peuvent aussi être employés au même usage.
MURIEH. 505
Les haies et les taillis de mûriers présentent cet avantage que leur première récolte peut être faite plus tôt encore que celle des mûriers nains, et que, prenant moins de développement, ils peuvent servir à utiliser les parties* les plus ingrates du domaine. Ils se feuillent aussi plus tôt au printemps, et permettent d'avancer le moment où Ton peut commencer l'éducation des vers à soie. Toutefois, lorsque ces haies devront servir de défense exténeure, il faudra les défendre elles-mêmes de ce côté par un fossé destiné à en éloigner les bestiaux, qui sont trèsavides de ce feuillage. Si l'on veut planter plusieurs haies parallèles, il faudra laisser entre elles un intervalle de 6 mètres environ.
Flantation. — Distance à réserver entre les plants, — Les mûriers à haute tige doivent être placés à 7 mètres de distance, les mi-tiges à 5 mètres, les nains à 4 mètres, les taillis à 2 mètres. Nous supposons que ces diverses plantations sont faites en quinconce (p. 354 et suivantes) ; mais, s'il s'agit de hautes tiges plantées en bordure, la dislance devra être de 12 mètres, afin que leur ombrage nuise moins aux autres produits du sol. S'il s'agit enfin de la plantation d'une haie, on laissera seulement un espace de O^SO à 0"*50 entre chaque plant, suivant la disposition qu'on donne à la haie ; si le terrain est très-fertile, ces distances seront augmentées de 2 mètres pour les hautes tiges, de 1 mètre pour les mi-tiges et les nains, de 0">10 pour les haies.
Préparation du sol. — Le mode de préparation du sol pour la plantation varie suivant le développement que devront prendre les mûriers. Pour les mûriers à haute tige et à mi-tige, on fait un trou à chacun des points où les arbres doivent être placés. Pour les mûriers nains, en taillis et en haie, on ouvre une tranchée continue, large de 1 mètre et profonde de O'^ôO. Nous avons indiqué, à la page 358 et aux pages suivantes, la manière de creuser
506 AHBKES ET ARBRISSEAUX ÉCONOMIQUES, ces trous, leurs dimensions et l'époque à laquelle on doit les ouvrir.
Quand à l'époque la plus favorable pour la plantation, nous n'avons rien à 'ajouter à ce que nous avons dit page 366.
Déplantation ^ habillage j mise en terre des arbres. — Nous renvoyons à la page 366 pour tout ce qui a trait à la déplantation des arbres dans la pépinière et à la page 369. pour ce qui se rattache à leur habillage avant leur mise en terre. Nous ajouterons toutefois les observations suivantes en ce qui touche cette dernière opération :
Nous avons vu plus haut que les jeunes arbres destinés à former des hautes tiges et des mi-tiges offrent à leur sortie de la pépinière soit une tête d'un an, c'est-à-dire une tête composée seulement de trois rameaux principaux (fiff. 347), soit une tête de deux ans, c'est-à-dire formée de trois branches portant chacune deux rameaux (%. 348). Lors de la plantation de ces arbres, et pour établir la proportion entre leurs racines et leur tige, il convient de couper les trois rameaux A (ûg. 347) ou les six rameaux {Iig, 348) à 0°»02 ou 0"*03 de leur naissance, au-dessus d'un bouton placé en dehors. Quant aux jeunes plants qui doivent former des nains, un taillis ou une haie, on rac- . courcit à moitié leur unique tige ou baguette.
Nous avons suffisamment décrit, aux pages 371 et 38U, les soins que réclame la mise en terre de ces arbres, ainsi que les moyens à employer pour les préserver de la sécheresse pendant les premières années qui suivent leur plantation. Nous renvoyons également à la page 380 pour, les procédés à l'aide desquels on peut défendre la tige de ces jeunes arbres de l'atteinte des bestiaux, du choc des instruments aratoires ou de l'ardeur du soleil.
Taille. — La taille du mûrier a pour but d'obtenir la plus grande quantité possible de feuilles riches en éléments soyeux, d'une cueillette facile et prompte, et
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cela sans diminuer sensiblement la durée de ces arbres.
Les principes qui servent de base à cette opération sont les suivants :
1" Concentrer, chaque année, Faction de la sève sur un nombr^ restreint de boutons, de façon à en obtenir des bourgeons longs, vigoureux, couverts d'un grand nombre de feuilles amples, substantielles, d'une récolte qui devient prompte et facile ;
2** Donner à la tête des arbres la forme d'une coujie évasée et vide, afin que les bourgeons vigoureux qui naissent sur les surfaces intérieures et extérieures reçoivent bien la lumière ;
3° Faire développer, entre chaque récolte de feuilles, des bourgeons vigoureux qu'on ne soumet pas à la cueillette, et qui, se transformant en rameaux, fournissent de nouveaux organes indispensables à la vie de l'arbre (couches du liber.et de l'aubier, prolongements radicaux, etc.); ce que n'ont pu faire que d'une manière très-imparfaite les bourgeons soumis à Teffeuillement.
La taille, qui est l'application de ces principes, se coni:pose de deux opérations bien distinctes, celle qui a pour but la formation des arbres et celle qu'on applique en vue de la production et de l'entretien.
Taille de formation. — Nous avons vu comment on forme la tête des jeunes arbres dans la pépinière avant leur plantation à demeure (////. 347 et 348). Pendant l'été suivant, on laisse développer un seul bourgeon sur la base (le chacun des rameaux qu'on a coupés, et autant que possible en dehors de la tête de l'arbre. Ces divers bourgeons sont maintenus également vigoureux au moyen du pincement ; de sorte qu'à la fin de l'autonme suivant les arbres ont repris de nouveau l'aspect des figures 347 ou 348.
L'année suivante, au prinlem|:s, on coupe chacun des six rameaux (%. 348) à 0'"50 de sa naissance, au-dessus
(le deux boulons latéraux. On conserve seulem^it les deux bourgeons déveloi»i)és par ces deux boutons; et tous
Fig. 35 i. — Plan de la tête d'un mûrier complètement Tormé.
les autres, quelle que soit la position qu'ils occupent, sont supprimés dès qu'ils ont 0™04 ou 0"06 de longueur, afin de concentrer toute l'action de la sève dans les bourgeons terminaux. On continue à maintenir l'équilibre de la végétation entre les derniers au moyen du pincement, et à la tin de l'année l'arbre est pourvu de douze rameaux terminaux. Pendant deux ans on bifurque de la même façon les rameaux terminaux, en sorte qu'à la fin de la septième année de la greffe la tête de Tarbre est complètement formée et offre à son sommet quarante-huit rameaux principaux [tiy, 354). Quant aux arbres plantés à leur première
MURIER. tm
année de greffe {/iff, 347), on les opère exactement de la même façon, seulement on fait bifurquer les branches une fois de plus après la plantation.
Ceci s'applique aux mûriers à haute tige ; pour les arbres mitigés, comme on les plante à une distance plus rapprochée, on leur donne moins d'extension, et Ton arrête la formation de la tête au moment oîi elle est pourvue de vingt-quatre rameaux principaux.
Quant aux mûriers nains, on coupe la tige à 0">40 du sol environ, après une année de plantation. Pendant Tété suivant, on conserve au sommet de cette tige seulement trois bourgeons destinés à former la tête ; mais, comme ces mûriers sont plus rapprochés entre eux que les mitiges, on donne encore moins d'extension à leur tête. Au commencement de la sixième année de greffe, lorsque les jeunes arbres sont pourvus- de douze rameaux principaux, on n'établit plus de bifurcation que sur la moitié de ces rameaux, alternativement ; de sorte qu'à la fin de celte même année la tête est pourvue de dix-huit rameaux principaux.
Pour les mûriers en taillis, on coupe la tige à 0"K)6 ou O^^OS du sol, puis on ne conserve sur chaque pied, pendant l'été, que les trois ou quatre bourgeons les plus vigoureux et les plus régulièrement espacés autour de la tige. Ces trois ou quatre rameaux principaux sont aussi bifurques Tannée suivante.
Enfin, les haies de mûriers sont formées de deux manières. Dans la première, les plants étant placés à 0*"30 l'un de l'autre, on coupe la tige, l'année de leur plantation, à 0^20 du sol ; pendant l'été de l'année suivante, on opère la cueillette des feuilles ; puis on recèpe près de la tige au printemps suivant pour cueillir de nouveau Tannée subséquente, et toujours ainsi tous les deux ans. Le second procédé consiste à planter les jeunes mûriers de O^'ôO en 0"*50. On les recèpe immédiatement à 0'»i6 du
r.lO ARBRES RT ARBRISSEAUX ÉCONOMIQUES.
sol, et l*on ne conserve sur chacun que les deux bourp:eons les plus vigoureux, opposés Tun à Tautre dans la direction de la liaie, et placés de façon que le plus bas soit du même côté pour tous les plants. Au printemps suivant, les rameaux les plus bas sont coupés sur une longueur de O^SO, et les autres, placés au sommet de chaque tige, sont laissés entiers ; mais on les incline tous du même côté, parallèlement à la haie, et Ton attache leur extrémité au rameau inférieur, qu'on a raccourci. La haie forme alors une palissade en losange, haute de 0"70 environ. Au printemps, ces divers rameaux développent un grand nombre de bourgeons vigoureux, qui, transformés en rameaux, sont croisés en forme de losange, l'année suivante, et arrêtés à 1™30 du sol. C'est sur les deux faces et au sommet de cette haie qu'on laisse développer de nouveaux rameaux, sur lesquels on pratique la cueillette au bout de deux ans ; après quoi, on les coupe près de leur base pour les remplacer par de nouvelles productions, et ainsi de suite.
Toutes les plaies résultant de la taille de formation des mûners devront être recouvertes avec du mastic à greffer.
Il importe beaucoup de' ne pas commencer la cueillette avant que les arbres soient complètement formés. Car les bourgeons qu'on laisserait développer en vue d'augmenter-le produit nuiraient beaucoup à ceux qu'on a besoin de favoriser pour former la charpente de l'arbre.
Taille d'entretien ou de production. — La charpente (les mûriers étant formée, on coupe au printemps tous les rameaux terminaux de chaque branche principale audessus des deux boutons les plus rapprochés de la base et bien conformés. Cette taille a pour effet de refouler la sève et de faire développer assez vigoureusement un grand nombre de bourgeons sur toute l'étendue des branches principales. Ces bourgeons, que l'on avait suppri-
mes jusqu'alors avec le plus grand soin dès qu'ils commençaient à naître, sont tous conservés.
Au printemps suivant, on retranche sur chaque branche, parmi les divers rameaux qui se sont développés pendant Tété précédent, tous ceux qui sont trop faibles ou trop rapprochés les uns des autres, de façon que tous. les rameaux conservés garnissent également les deux faces de la tête de Tarbre, mais sans confusion. La figure 355 montre une branche ainsi préparée.
C'est pendant l'Ité suivant ^i«;«;r,rpt.tif ^^i^r" (ju'on pratique la première cueiiieiie.
cueillette de feuilles ; c'est-à-dire la neuvième année après la greffe en pied dos hautes tiges, la huitième pour les mi-tiges et les nains, et la cinquième pour les taillis. La fig. 356 montre la conformation de chacune des branches principales de Tarbre,
immédiate ment Fig. 306. — Branche de mûrier immédiatement , , / u^ après la première cueillette.
après la récolte. *^"*"' ^
Le mûrier doit-il être taillé tous les ans? C'est là un© des questions les plus importantes de la culture de cet
n\* ARBRES ET ARBRISSEAUX ÉCONOMIQUES.
arbre. Comme le laps de temps qu'on laisse écouler enti'e chacune des opérations de taille est surtout déterminé par la récolte plus ou moins fréquente des feuilles, il convient de rechercher d'abord quel est Tintervalle qu'on doit mettre entre chaque cueillette.
Dans les len*ains frais et substantiels du Midi, le mûrier, taillé immédiatement après la cueillette des feuilles, a le temps de développer et d'aoûter convenablement de nombreux bourgeons, qui remplaceront les feuilles que Ton vient d'enlever, et constitueront les organes essentiels à la vie de l'arbre. L'année suivante, ces rameaux développeront de nouveaux bourgeons, qu'on pourra soumettre à la cueillette, pour tailler ensuite les branches qui les portent, et préparer une nouvelle récolte pour l'année suivante, et ainsi de suite chaque année. Ces mûriers étant soumis à une récolte annuelle, ils doivent êlre taillés chaque année. On leur applique alors la taille ■ d'été.
Taille d'été. — Aussitôt après la cueillette, on coupe toutes les branches qui portaient les bourgeons effeuillés (fiff. 356), au-dessus des deux boutons les plus rapprochés de la base. Bientôt on voit apparaître de nouveaux bourgeons à la base de ces branches et sur divers autres points. On les laisse tous se développer librement. Au printemps suivant, on supprime tous les rameaux maigres, chétifs ou trop rapprochés les uns des autres ; on coupe aussi avec soin tous les chicots de bois sec, et chaque branche principale de l'arbre offre alors l'aspect de la figure 357. On récolte les feuilles sur tous les bourgeons que développent ces rameaux, et ceux-ci sont de nouveau soumis à la taille d'été. Cette seconde taille ne diffère de la première qu'en ce que, la plupart des branches à tailler naissant deux à deux au même point (%. 358), on supprime complètement celle (A) qui est la plus éloignée de la branche principale, tandis que l'autre
(B) est coupée, comme Tannée précédente : au-dessus des deux boutons les plus rapprochés de la base ; cette opération est ensuite répétée chaque année.
Mais, si cette récolte et cette taille annuelles peuvent ôfre pratiquées dans les terrains frais et substantiels du
Fig. 357. -> Branche de mûrier au prin- Fig.sîiB.—Taille d'été des rameaux du temps qui suit la taille d*été. mûrier après la seconde cueillette.
Midi, il n'en est pas de môme dans les terrains secs, où les chaleurs de Tété suspendent la végétation ; les mûriers n'y donneront, après la taille d'été, qu'un petit nombre de bourgeons maigres et chétifs, lesquels, transformés en rameaux l'année suivante, ne produiront qu'une cueillette insignifiante.
Il en sera de même pour les mûriers du cen.tre et du nord de la zone où ils peuvent vivre, quel que soit d'ailleurs le degré d'humidité du sol où ils végètent. LA, c'est la durée trop courte d'une température assez élevée qui s'oppose au développement vigoureux des bourgeons qui naîtraient après la taille d'été. Il est donc nécessaire, dans ces conditions, de remplacer la taille d'été par celle de printemps.
ni4 ARBRES RT ARBRISSEAUX ÉCONOMIQUES.
Taille de printemps. — Après la premièi'e récolte des feuilles, chacune des branches principales offre Taspect de la figure 356. Bientôt les bourgeons effeuillés déve-^ loppent, vers leur sommet, un certain nombre de boar-
Fig. 359. — Branche de mûrier au printemps qui suit la première cueillette*
geons anticipés, d'où naissent de nouvelles feuilles, après la chute desquelles les branches principales sont constituées comme le montre la figure 359. Au printemps, les branches qui ont produit les bourgeons effeuillés sont coupées à leur base au-dessus de deux boutons. Pendant Tété suivant, on voit naître des bourgeons vigoureux à la base de chacune de ces branches et sur divers autres points ; on les laisse se développer tous librement et on ne les effeuille pas. Au printemps qui suit la naissance de ces rameaux, on supprime les plus faibles et ceux qui fe* raient confusion, puis on fait la cueillette sur les bourgepns auxquels il^ donnenj; Jieu, Qett^ second^ récolte
MURIER. r.!5
n*est faite, comme on le voit, que deux ans après la première. L*arbre est alors abandonné à lui-même jusqu'à la fin de l'hiver suivant. C'est à ce moment, c'est-à-dire deux ans après la première taille, qu'on le soumet de nouveau à cette opération. Cette taille ne diffère de la première que par la suppression complète de l'une des branches lorsqu'il en naît deux au même point, comme cela a souvent heu. Cette suppression est faite comme nous l'indiquons à la figure 358. On procède ensuite de la même façon chaque année, c'est-à-dire que la taille et la récolte n'ont lieu que tous les deux ans, en faisant alterner ces deux opérations de façon que la cueillette soit toujours faite pendant l'année qui précède la taille.
Aménagement des mûriers, — Si ce mode était appliqué en même temps à tous les mûriers d'un domaine, on ne pourrait se hvrer à l'éducation des vers à soie que tous les deux ans : on remédie à cet inconvénient en partageant en un certain nombre de séries égales tous les mûriers de l'exploitation, puis en ne les soumettant à la cueillette que successivement d'année en année. C'est à cette opération qu'on a improprement donné le nom d'ôssolement des mûriers^ mot que nous croyons devoir remplacer par celui à' aménagement par analogie avec ce que l'on fait pour les bois et forêts.
On a proposé des aménagements de deux, trois et quatre
Fig. 360. — Mûriers soumis à l'aménage ment biennal.
ans d^ durée. La rotation de quatre ans présente cet inponvénjent que, 1^ ^jUp n'étant pratiqnée que tons Ips
<]uatre ans sur le même arbre, les branches que Ton supprime ont acquis un volume considérable, qu'elles forment confusion dans la tête du mûrier; que leurs bourgeons, en partie ombragés, donnent des feuilles de
Fig. 361. — Mûriers soumis à l'aménagement triennal.
médiocre qualité ; et qu'enfin les plaies qui résultent de leur suppression devieiment très-préjudiciables à l'arbre. Aussi pensons-nous qu'on devra généralement borner les rotations à deux ou au plus trois ans. La première devra être choisie pour les terrains secs du Midi, où les mûriers poussent vigoureusement, et réparent promptement les suppressions faites- par la taille; la seconde, pour les terrains du Centre, et surtout du nord de la région du mûrier, où l'on n'a pas à craindre que les branches à supprimer après la récolte prennent trop de développement pendant ce laps de temps.
Lorsque l'on établira l'un ou l'autre de ces aménagements, au lieu de partager toute la plantation en deux ou trois lois, on l'appliquera à chaque ligne d'arbres prise isolément. Ainsi, pour l'aménagement biennal, on effeuillera alternativement un arbre sur deux (ûff, 360), et un sur trois (ûff. 361) pour la rotation de trois ans. Celte pratique a cet avantage que la plantation est mieux aérée, que les arbres sont moins exposés à souffrir de l'ombrage de leurs voisins, et qu'en augmentant l'espace réserve à la tête de chaque arbre on augmente la quantité et la qualité de ses produits. On conçoit que ce mode donnera des résultats d'autant plus satisfaisants que les arbres seront
MURIER. nn
plantes plus rapprochés les uns des autres^ tels que les mûriers plantés en taillis. Quant aux haies, il faudra nécessairement fractionner leur longueur en autant de parties égales que Taménagement compte d'années.
Outre les diverses opérations qui constituent la taille, on doit encore veiller, après la formation de la tête du mûrier et pendant tout le temps de son existence, à ce que les branches de sa charpente conservent entre elles le même degré de vigueur. Dès que l'on s'aperçoit, à la grosseur de Tune de ces branches et à la vigueur plus considérable de ses rameaux, qu'elle devient plus forte que les autres, on diminue cette vigueur &oil en effeuillant ses bourgeons, qui naissent immédiatement après la taille, soit en coupant au-dessus des deux boutons de la base lés rameaux produits par ces bourgeons.
Tout ce que nous venons de dire de la taille de production s'applique également aux mûriers hautes tiges, mitiges, nains, et aux haies.
Ijabours. — Les mûriers doivent recevoir au moins deux labours chaque année: le premier en février ou mars, après la taille du printemps ; le second en juin, aussitôt après la cueillette des feuilles. Un ou plusieurs binages sont également nécessaires dans le courant de Tété pour maintenir le sol ameubli à sa surface, et empêcher Faction de la sécheresse ou le développement des plantes nuisibles.
Dans le Midi et dans les terrains secs du nord de la région du mûrier, il sera bon de détruire, lors du labour du printemps, les racines qui naissent au collet, tout près de la surface du sol ; ces racines exposent Tarbre à souffrir de la sécheresse, et sont d'ailleurs endommagées par les labours.
Eiii^raiB. — Le mûrier est un des arbres qui payent le mieux les engrais qu'on lui applique. On peut, par une abondante fumure, doubler son accroissement dans un
temps donnée Toutefois il ne faut pas dépasser une certaine limite ; car une fumure trop copieuse donnerait lieu à une végétation où les fluides nourriciers, arrivant en trop grande quantité pour être convenablement préparés, fourniraient des feuilles d'une médiocre qualité, surtout dans les localités brumeuses ou peu favorisées par la chaleur.
On peut retarder la première fumure jusqu'au printemps de la troisième année de plantation ; mais, à partir de ce moment, il est utile de fumer tous les ans ou tous les deux ans. On fume tous les ans les mûriers soumis à une taille et à une cueillette annuelles, et tous les deux ans seulement ceux qui sont soumis à l'aménagement biennal, en choisissant le printemps où les arbres sont taillés, de façon à éloigner le plus possible la fumure do l'année de la récolte.
Le fumier proprement dit est l'engrais le phis fréquemment employé pour le mûrier ; mais on peut y suppléer avec beaucoup d'avantages par les engrais que nous conseillons pour l'olivier, et auxquels on doit joindre les déchets de magnanerie.
Rajeuiii88emeiit des mûrleni. — Le mûrier sauvageon, non soumis à la taille, offre une existence très-prolongée. On en voit encore dans TArdèche qui ont été plantés sous Henri IV, et qui ne sont que depuis quelques années sur leur décours, parce qu'on a entrepris de les tailler et de les greffer dans ces derniers temps. Les mûriers greffés et convenablement taillés peuvent vivre jusqu'à l'âge de 80 à 100 ans, lorsqu'ils sont plantés à une grande distance les uns des autres. Mais ils ne dépassent pas 60 à 70 ans lorsqu'ils sont disposés en massifs, ou espacés seulement de 8 à 10 mètres. Les nains et ceux en taillis, plus rapprochés encore, ne vont guère au delà de 40 à 50 ans. Dans tous ces arbres, les branches principale^ deviennent très-grosses relativen^ant aux rat
meaux ; elles sont tortueuses, se couvrent de nodosités par suite des tailles multipliées que leurs rameaux ont subies; ceux-ci finissent par ne plus se développer qu'aux extrémités, le tronc et les grosses branches se carient, la végétation devient de plus en plus languissante, enfin la tête de Tarbre se dessèche partiellement.
Il est possible de prolonger un peu la durée des mûriers, et surtout d'arrêter la diminution de leur produit, en leur appliquant l'opération du rajeunissement aussitôt qu'ils commencent à montrer les signes de la décrépitude.
Dès que l'arbre devient languissant, que sa tête se dégarnit de rameaux vigoureux, on rapproche, au printemps, les branches principales en supprimant la moitié ou seulement le tiers de leur longueur, selon que l'arbre est plus ou moins souffrant. Pendant l'été suivant, on pince tous les nouveaux bourgeons qui se développent, moins toutefois un ou deux, que l'on choisit parmi les plus vigoureux et les mieux placés à l'extrémité de chaque branche, L'année suivante, lors de la taille du printemps, on supprime tous les nouveaux rameaux, moins ceux qui résultent des bourgeons terminaux choisis pendant l'été, et que l'on taille de façon à rétablir la tête de l'arbre. On répète chaque année la même opération jusqu'à ce que la tête soit entièrement reformée, et c'est alors seulement qu'on recommence à soumettre l'arbre à la cueillette. Il est bien entendu que les plaies résultant de ce rajeunissement seront mastiquées avec soin ; que, si le tronc ou les grosses branches sont cariées, on enlèvera lès parties malades jusqu'au vif, et que les excavations seront remplies à l'aide du procédé décrit page 399.
Des engrais plus abondants que de coutume et des labours multiphés doivent être donnés à ces arbres, pendant deux ou trois ans, pour stimuler leur végétation et assurer le guccf s ^n rajeunissement,
n*0 ARBRES ET ARBRISSEAUX ÉCONOMIQUES.
Maladies. — Inseeies nuislliles. — Gelées. — Quoique les mûriers supportent, sans souffrir, un abaissement de température de 25® centigrades, il arrive cependant quelquefois que les froids tardifs du mois d'avril les surprennent au moment où la sève est déjà en circulation, et leur font perdre leurs rameaux, et parfois même leurs branches moyennes. Lorsque cet accident arrive, on attend que la végétation se manifeste de nouveau, on retranche les parties malades au-dessus du point où de nouveaux bourgeons apparaissent, puis on mastique les plaies. Les arbres ainsi opérés ne devront être soumis à la cueillette qu'au moment où les ramifications détruites ont été remplacées.
Le plus souvent ce sont seulement les feuilles qui sont attaquées par les gelées tardives. Le bourgeon long seulement de 1 centimètre ou 2 est détruit ; mais il est bientôt remplacé par d'autres bourgeons qui naissent de boutons stipulaires, et la récolte n'en souffre pas sensiblement. Parfois, cependant, les froids arrivent assez tard pour détruire les feuilles complètement développées et même les bourgeons longs de 0"30 ou 0"40. Le dommage est alors plus grave, car les nouvelles pousses sont tardives, et la cueillette est retardée d'une année.
Blanc des racines, — Un autre accident, connu dans quelques localités sous le nom de mal blanc, présente le phénomène suivant : au plus fort de la végétation, toutes les feuilles de l'arbre jaunissent subitement, se dessèchent, et Farbre meurt en peu de jours. Si on l'arrache, et cjue Ton examine la surface de ses racines à l'aide d'un instrument grossissant, on les voit couvertes d'une sorte de moisissure ou petit champignon parasite, d'aspect filamenteux, auquel les botanistes ont donné le nom de rhizoctonia niori, rhizoctome du mûrier.
On a constaté que cette maladie gagne de proche en proche, et qu'elle peut détruire tout un massif de mûriers.
L*expérience a démontré que les mfiriers replantés à la place de ceux qui avaient été détruits par cette maladie en étaient eux-mêmes bientôt atteints, et que cette influence pernicieuse se faisait sentir pendant plusieurs années.
Il paraît constant que cette affection est due à la présence du champignon parasite dont nous venons de parler. Quant à la cause du développement de celui-ci, on doit la voir dans les mutilations qu'on fait éprouver au mûrier, soit en Teffeuillant au plus fort de sa végétation, soit en lui appliquant la taille d*été, opérations qui ont pour effet, la seconde surtout, de suspendre les fonctions des vaisseaux du liber et de l'aubier, à peine constitués depuis le commencement de la végétation, et de laisser slationnaires les fluides qui y circulaient; ceux-ci fermentent, entraînent la décomposition des tissus environnants ; et cette fermentation, lente d'abord, augmente d'intensité avec la chaleur de l'été, et, l'humidité du sol aidant, on voit naître le rhizoctome. Ce qu'il y a de certain, c'est que les mûriers abandonnés à eux-mêmes, et non soumis à la cueillette, ne sont pas attaqués par cette maladie, et que ceux qui ne sont effeuillés et taillés que tous les deux ou trois ans en sont atteints bien moins souvent que ceux qu'on cueille tous les ans et qui reçoivent la taille d'été.
Quant au moyen de prévenir cette maladie, il est impossible de l'appliquer, puisqu'il faudrait pour cela renoncer à la cueillette des feuilles ; mais on peut du moins diminuer sa fréquence en généralisant davantage l'aménagement de deux ou trois ans pour la récolte et la taille de ces arbres.
Si l'on agit au début de cette maladie, il est quelquefois possible d'arrêter ses progrès. On déchausse les principales racines, afin qu'étant isolées de l'humidité du sol, la fermentation s'y trouve suspendue, et on les couvre d'un paillis pour les garantir de l'ardeur du soleil. Si la
maladie continue, il faut se hâter d'isoler Tarbre attaqué. Dans ce but, o-i Tentoure par une tranchée circulaire, profonde de 1 mètre au moins, large de 0"*50, et placée un peu au delà du point où Ton suppose que les extrémités radiculaires se sont arrêtées. On empêche ainsi ce champignon d'arriver jusqu'aux arbres voisins encore sains. On n'a pas encore trouvé un moyen pratique pour hâter le moment où de nouveaux mûriers pouiTaient être replantés sans danger à la place de ceux qui avaient été détruits par le rhizoctome. Toutefois, le soufre s'opposant au développement des champignons, nous pensons qu'en en mélangeant une certaine quantité avec la terre destinée à remplir les trous, on arriverait a préserver les arbres qu'on j»lanle pour remplacer ceux qui ont succombé.
Rouille. — Le mûrier présente encore une autre affeclion, désignée par les cultivateurs sous le nom de rouilh\ de brûlure. Peu de temps après le premier développement des feuilles, elle couvre celles-ci de taches jaune pâle, et les rend impropres à la nourriture des vers à soie. Ces taches prennent ensuite une couleur brune. On avait d'abord pensé que cette maladie était exclusivement due à l'humidité stagnante de l'atmosphère; mais M. Turpin, qui a étudié cette affection, a reconnu qu'elle était due à la piqûre d'un insecte du genre podure^ qui, désorganisant les tissus, fait développer à chaque point un petit champignon parasite qu'il a reconnu être le fusarlum iRterilium (Desmaz). On ne peut s'empêcher de reconnaître, toutefois, qu'une atmosphère nébuleuse et humide favorise cette maladie; car on la voit apparaître le plus souvent après des brouillards de plusieurs jours, ou sur les arbres des vallées humides et profondes.
Gouttières^ chancres, carie. — L'effeuillement continu et les tailles annuelles auxquelles le mûrier est soumis ne lui sont pas appliqués sans qu'il en résulte un trouble
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profond dans son organisme. Ces tailles annuelles et surtout l'effeuillement, pratiqué au moment où la circulation de la sève est la plus active,ont pour résultat de suspendre instantanément cette circulation. Cette sève, devenue stagnante, entre en fermentalion et se putréfie ainsi que les jeunes tissus en état de formation ; il en résulte, sur les parties de la charpente de T arbre où ces accidents se manifestent, Fapparition des altérations connues sous les noms de gouttières, de chancres^ de carie j précédemment décrits au chapitre des arbres à fruits à cidre, p. 397. Comme nous l'avons dit plus haut, le moyen préventif à employer consisterait à soustraire ces ai*bres à Teffeuillement et à la taille, ce qui n'est pas possible puisqu'il faudrait renoncer à la récolte. Mais au moins conviendrait-il d'atténuer ces dommages en opérant chacun des points altérés comme nous l'avons conseillé à la page 398 ot suivantes.
De tous les insectes qui attaquent le mûrier, c'est une espèce de sauterelles (locusta) qui lui cause les dommages les plus réels. C'est surtout après la récolte des moissons que cet insecte se jette sur les mûriers, les dépouille parfois entièrement de leurs feuilles, et ronge jusqu'à l'écorce des jeunes rameaux. Le meilleur moyen de détruire cet insecte consiste à conduire une troupe de dindes sous les arbres, et à secouer ces derniers pour en détacher les sauterelles. Les dindes s'en nourrissent avec avidité.
Kéeolte des feuilles ou enelUeUe. — On commence à effeuiller dès que les bourgeons présentent un certain nombre de feuilles complètement développées, ce qui a lieu, dans chaque contrée, au moment de la floraison de Taubépine. Cette récolte se prolonge pendant trente-cinq à quarante jours. Plus tôt la cueillette sera terminée sur un arbre, mieux cela vaudra, parce qu'il aura plus de temps pour développer de nouveaux orga-
nés foliacés. En général, on effeuille d'abord les haies, les taillis, les arbres nains, dont le produit, plus précoce, convient mieux d'ailleurs pour le premier âge des vers à soie. On cueille en dernier les mi-tiges et les hautes tiges.
Ce n'est qu'après que le soleil a dissipé l'humidité qu'on doit commencer la cueillette, et l'on doit cesser aussitôt que la fraîcheur du soir se fait sentir. Les feuilles mouillées sont très-préjudiciables aux vers à soie, et les arbres auraient beaucoup à souffrir, par un temps de pluie, des opérations de la récolte. Leur écorce, attendrie, céderait facilement au frottement et à la pression des échelles et même des pieds des ouvriers, et il en résulterait des déchirures par où l'eau pénétrerait, et qui se cicatriseraient très-difficilement.
Les bourgeons sur lesquels on détacherait des feuilles en temps de pluie en éprouveraient surtout un grand dommage. La petite plaie laissée par la feuille enlevée reste ouverte, et il se manifeste un écoulement qui épuise Tarbre. On cite plusieurs exemples de mûriers dont la
mort a été déterminée par un effeuillement pratiqué en temps de pbiie.
La cueillette se fait au moyen d'une échelle double, si les arbres sont jeunes, ou d'une longue échelle simple que l'on appuie contre les principales branches lorsqu'elles présentent assez de résistance. Les ouvriers ne doivent mettre les pieds sur les arbres que lorsque des échelles de 6 à 8 mètres de hauteur ne peuvent plus y
l'ig. 362. — ÉcheUe-broueite de de M. Bonafous.
MUHIËR.
atteindre. Pour les jeunes mûriers, on pourra se servir avec avantage de V échelle-hroueite {iig. 362 à 364) imaginée par M. Bonafous. Elle se compose de deux parties :
Fig. 363. — Echelle -brouette de M. Bonafous. .
La première, a {ûg, 364), est une brouette dont les bras, longs d'environ 2"60, sont droits, dépassent un peu la roue en avant, et sont réunis par quatre échelons. Les
Kig. 364. — Echelle-brouette de M Bonafous.
montants C sont traversés par le quatrième échelon de la brouette, à Taide de laquelle un seul homme peut transporter plusieurs sacs de feuilles. A moitié déployée {fig. 362), elle forme une double échelle dont l'écartement des bras assure la solidité. Déployée entièrement (//gr.364), elle présente une échelle simple, solide, légère, longue de 4 mètres environ. L'échelon b (Jîg. 364), qui fait sailHe. de chaque côté, et qui s'appuie sur les montants a, l'empêche de se fermer sous le poids de l'ouvrier qu'elle porte.
Le ramasseur monté sur l'échelle est pourvu d'un sac fixé à sa ceinture et maintenu ouvert au moyen d'un cerceau. Il se tient d'une main aux branches et de l'autre cueille la feuille. Pour cela, il empoigne chaque bourgeon sans le serrer, puis fait couler la main de bas en haut et arrache les feuilles sans efforts. Il doit apporter le plus grand soin à ne tordre ni briser aucune branche, et sur-
tout à ne laisser aucune feuille sur les bourgeons qu'il dépouille. Cette dernière condition est souvent omise dans quelques localités, où on abandonne un certain nombre de feuilles ou papillons au sommet de chaque bourgeon. Ces feuilles absorbent la sève, et retardent la sortie des nouveaux bourgeons. Lorsque le ramasseur a rempli son sac, il le vide sur un drap étendu à rombreou recouvert d'un aulre drap, car il importe beaucoup que les feuilles ne se flétrissent pas. Parla même raison, dès que le drap est plein, on doit le transporter au magasin, qui doit être suflisamment aéré. Là, on doit séparer avec beaucoup de soin les fruits qui peuvent être mélangés avec les feuilles. Celles-ci sont étendues de façon à ce qu'elles ne fermentent pas ; car alors elles deviendraient impropres à la nourriture des vers. Aussitôt après la cueillette, on doit visiter les arbres, couper les rameaux au-dessous du point où ils ont été blessés par les i-amasseurs, nettoyer les plaies faites aux branches, les couvrir de mastic à greffer, et pratiquer la taille sur les arbres soumis à une récolte annuelle.
Les feuilles du mûrier, soit seules, soit mélangées avec un peu de paille, sont un excellent fourrage pour les bestiaux et suilout pour les races. ovines et bovines. Aussi ([uelques cultivateurs, non contents d'en avoir dépouillé l'arbre une première fois, l'en privent encore en autonme. Ce que nous avons dit précédemment sufiit pour faire comprendre combien l'arbre ainsi traité en éprouve de dommage. Il faut donc renoncer à cette pratique vicieuse, ou au moins n'enlever ces feuilles qu'au moment où elles commencent à jaunir et à se détacher d'elles-mêmes.
Quant au produit moyen du mûrier, il est, pour les arbres à haute tige, cultivés comme nous l'avons indiqué, et soumis à l'am'^nagement biennal, de JOO kilogrammes de feuilles tous les deux ans, au début delà récolte, c'eslà-dlre à leur neuvième année. Ce produit croît progros-
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sivement jusqu'à Tàge de vingt ans environ, où il s'élève à 200 kilogrammes, ayant une valeur d'environ 12 francs. Cet état se maintient pendant vingt-cinq ou trente ans ; mais, vers Tâge de cinquante ans, la décroissance commence, et devient de plus en plus rapide jusqu'à l'âge de soixante-cinq ans environ, où il devient utile de rajeunir les arbres, si Ton ne veut pas les voir succomber à la décrépitude.