LE VILAIN DE BAILLEUL
Un vilain picard, rentré chez lui à rimproviste au moment où sa femme se trouvait dans la chambre avec le curé, se laisse persuader qu'il est dan-
gcreuscmcnt malade ; puis il croit qu'il est mort. Sa femme, qui lui avait joué ce tour, le porte dans un coin de l'étable et le couvre d'un drap. Aux cris qu'elle pousse, ses voisines accourent et récitent leurs patenôtres sur le corps du défunt ; le prêtre luimême joint ses prières à celles de ses paroissiennes, et emmène ensuite la veuve dans la chambre.
Convaincu qu'il est mort, le vilain ne fait plus aucun mouvement. Cependant, ayant entendu du bruit dans la chambre, il lève son linceul et voit ce qui se passe. «Sire prêtre, dit-il, si je n'étais mort, vous seriez battu comme nul homme ne l'a jamais été.
— Si vous n'étiez mort, je ne serais pas ici ; restez donc coi et fermez vos yeux ».
Si se recommence à te sir Et li prestres fist son plesir.
Le fableor ne saurait affirmer si les deux amants ne finirent point par enterrer le crédule défunt ; il termine par ces deux vers :
C^on doit por fol tenir celui Qui miex croit sa famé que lui,
(Jean de Boves. Juhinal^ I, 312).