JUGEMENT SUR LES BARILS D'HUILE MIS EN DÉPÔT
Un jeune homme avait hérité de son père une maison, que l'un de ses voisins, à qui elle convenait, voulut acheter ; la vente n'ayant pu se faire, celui-ci eut recours à un moyen fort déloyal ; il demanda un jour au jeune homme s'il voulait l'autoriser à déposer dix barils d'huile dans sa cour, ce qui lui fut accordé. Le marchand fit transporter les barils et remit la clef au propriétaire ; ce dernier ne s'assura point si les barils étaient pleins : il se serait aperçu que cinq d'entre eux étaient à moitié vides.
Au bout de quelque temps, le marchand d'huile se rendit avec plusieurs personnes chez son voisin,
SOUS prétexte de faire goûter son huile ; il débonda ses barils, et entrouva cinq qui n'étaient plus pleins. Il accusa le jeune homme de l'avoir volé, et le traîna devant les tribunaux.
L'accusé alla trouver un vieillard de bon conseil, qui l'assista devant les juges, auxquels il dit que, pour reconnaître la vérité, il fallait soutirer les barils et mesurer la lie que chacun d'eux contiendrait; si les cinq à moitié vides en renfermaient autant que les autres, le dépositaire aurait été infidèle ; dans le cas contraire, le marchand serait convaincu de ne pas les avoir emplis.
Ce raisonnement fut trouvé juste ; on s'y conforma, et la vérité fut reconnue.
En sortant du tribunal, le vieillard dit au jeune homme : « Je plains celui qui a mauvais voisin ; le vôtre est un méchant homme, vendez-lui votre maison et éloignez-vous ». Il suivit ce conseil et s'en trouva bien. [Barbazan, II, ii3)-