‹ Les Vilains dans les œuvres des trouvèresChapitre 35 sur 41 · DE L'HOMME QUI PORTAIT UN GRAND TRÉSOR · texte numérisé non relu

DE L'HOMME QUI PORTAIT UN GRAND TRÉSOR

Un riche marchand, qui portait un sac contenant mille besants, le perdit dans la ville ; il le fit crier par le bedeau et offrit cent besants à celui qui le lui rapporterait.

Le sac avait été ramassé par un homme pauvre, qui alla aussitôt le remettre à son propriétaire, quoique sa femme voulût le conserver.

En remettant sa trouvaille, il réclama la récompense promise ; mais le marchand, peu loyal, vérifia le contenu de sa bourse, et dit qu'il manquait un serpent d'or, car il s'en trouvait deux quand il ^a perdit.

Les riches de la ville prirent parti pour le marchand, et accusèrent le pauvre d'avoir dérobé le serpent ; le bruit en arriva au roi, qui fit appeler les deux parties. Le vieillard dont il est question dans le fabliau précédent fit jurer au pauvre qu'il n'avait rien pris, puis s'exprima ainsi : « Ce marchand est un homme d'honneur, que je n'ai garde de soupçonner assurément. Ses discours ne peuvent manquer d'être vrais, et, encore une fois, je ne le crois pas capable de demander ce qui ne lui appartient pas. Mais il réclame un sac avec deux serpents ; or, celui-ci n'en a qu'un ; ce n'est donc pas son sac ; je lui conseille de le faire de nouveau crier par le bedeau. Quant au sac que voilà, comme il n'a point de maître, il est de plein droit à vous, sire roi, et je suis d'avis que vous le gardiez jusqu'au moment où viendra le réclamer celui auquel il appartient. Mais, comme ce pauvre a eu la probité de le rapporter, il est juste qu'on lui donne les centbesants promis ».

Le roi et l'assemblée approuvèrent cette sentence [Barbazan, II, I20).

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