‹ Les Vilains dans les œuvres des trouvèresChapitre 36 sur 41 · DU POETE ET DU BOSSU · texte numérisé non relu

DU POETE ET DU BOSSU

Un roi, enchanté d'une pièce de vers qu'un poète lui avait présentée, promit de lui accorder tout ce qu'il lui demandera.

Le poète se borna à solliciter du monarque d'être pendant un an portier de la capitale à condition que les borgnes, les boiteux, les bossus, et autres estropiés qui entreront lui paieront chacun un denier.

Un vilain vint à passer ; comme il était borgne, le portier lui demanda un denier ; sur son refus, il fut arrêté, et le portier s'aperçut qu'il était bossu, il exigea deux deniers ; nouveau refus. Une lutte s'engagea, et le vilain laissa voir deux bras tortus ; il fut taxé à trois deniers. Pour éviter de payer ce droit, il s'enfuit, mais sa coiffure tomba, et on remarqua qu'il était teigneux ; le portier le rattrapa et le taxa à quatre deniers, mais, n'ayant rien pu en obtenir, il le saisit par son manteau, le frappa et le renversa à terre ; il vit alors que le malheureux avait une hernie ; nouvelle taxe.

Si le vilain avait payé le premier denier qu'on lui demandait à son entrée, il en eut été quitte à ce prix, tandis que, par son avarice, il dut donner cinq deniers après avoir été

Très bien hatuz et dé sachiez Et comme mastin fu huiez.

[Barbazan, II, 75).

DU PRÉVOTA LAUMUSSE

Le prévôt dont il est question dans ce fabliau était certainement un laïque, et Taumusse dont il est parlé n'était autre qu'un chaperon.

Le fond de cette histoire est assez trivial, mais la forme en est agréable.

Un chevalier très aimé dans son pays invita à dîner quelques amis pour fêter son heureux retour d'un pèlerinage à Saint-Jacques. A ce dîner assistait le prévôtGervais.fils d'ErembautBrache-Huche, qui avait été chargé de l'administration des biens du chevalier pendant la durée de son absence.

Le premier plat se composait de pois et de lard. Le prévôt. qui aimait le lard, résolut d'en cacher un morceau, et, à cet effet, se baissa derrière son voisin comme pour se moucher, et cacha un morceau de lard dans sonaumusse, qu'il replaça sur sa tète.

Après le repas, les convives s'approchèrent de la cheminée, où flambait un bon feu. Ger\*ais était placé à un angle et ne pouvait faire aucun mouvement de recul. La chaleur du feu fit fondre le lard qu'il tenait sous son chapeau, et la graisse coulait sur ses yeux et sur sa figure. Un valet prit un bâton et découvrit la tête du prévôt ; le morceau de lard alla tomber sur le manteau du chevalier, assis à côté de son officier. Les valets chassèrent ce dernier à coups de bâton, et le laissèrent à demi-mort dans un fossé {Barbazaii. III. 1861.

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