ÉTUDE DÉMOGRAPHIQUE
cependant très fort en Russie subcarpatique en comparaison avec les provinces occidentales (87,3 % contre 14,8 %, en Bohème, par exemple).
Les villes de la Russie subcarpatique offrent un exemple curieux par l’amplitude des variations de leur population. Mukaëevo et UzZhorod présentent à ce sujet les caractéristiques les plus remarquables. D’autre part, les variations les plus notables peuvent être constatées dans les populations ruthène et hongroise. Nous ne possédons malheureusement pas la totalité des chiffres pour la population juive. Quant aux Tchécoslovaques, le recensement hongrois de 1910 n’indiquait naturellement que des Slovaques, ce qui ne permet pas de se former une opinion suffisante des progrès accomplis (à UzZhorod, le recensement de 1910 compte 7,2 % de Slovaques ; celui de 1921, 25,5 % de Tchécoslovaques). Le fait essentiel est l'installation récente et massive des Ruthènes dans les villes. A Mukaëevo, alors qu’on n’en comptait que 8,1 % en 1910, on en dénombrait 24,5 % en 1921. A UZhorod, 14,2 % en 1921 contre 3,8 % en 1910 ; à Berehovo (vieux centre magyar), 9,9 % en 1921 contre 1,7 % en 1910. À Chust qui a de tout temps été un centre urbain ruthène, l’écart est moins sensible : 58 % en 1921 contre 50,8 % en 1910.
Les Hongrois voient leurs effectifs urbains diminuer proportionnellement. Mukaëevo ne possède plus que 24,14 % de Magyars en 1921 contre 73,4 % en 1910, UZhorod 38,99 % contre 80,3 %, Berehovo 62,1 % contre 96,1 % et Chust 7,8 % contre 34,1 %.
Les Allemands, bien qu’ils n’aient jamais possédé que des groupes réduits dans chaque ville, sont également en franche décroissance. C’est eux qu’affecte assurément le plus l'apparition de la nationalité juive dans la nomenclature officielle. C’est en effet à Mukaëevo que ce phénomène se manifeste avec le plus d’évidence. De 17,8 % en 1910 la population allemande passe à 1,9 % ; de même à Uzhorod où elle tombe de 6,8 % à 2,2 % ; à Berehovo de 1,1 % à 0,7 % et à Chust de 14,9 % à 3,5 %.
Il est intéressant de voir la part des différentes nationalités dans l’accroissement de la population. Ce sont les Ruthènes — l’élément ethnique le plus arriéré — qui ont la plus forte natalité : 24,8 naissances pour mille habitants ; les Slovaques, établis dans les cinq communes de l’ouest, ont un accroissement de 13 pour mille ; les Hongrois du Sud de 10 pour mille. L'élément slave prédomine donc. Mais la terre est pauvre et ne suffit point à nourrir tant d'hommes.
2 — Les ÉMIGRATIONS
La Russie subcarpatique est, avec la Slovaquie, le pays de la République qui fournit le plus aux courants d’émigration !: émigration saisonnière, jadis quand le pauvre Ruthène des montagnes allait se louer en Hongrie pour le temps de la récolte ; aujourd’hui, une frontière jalousement fermée ayant mis fin à cet exode temporaire, émigration lointaine et définitive. Pendant l’année 1929, 3.478 Ruthènes ont quitté le pays. Proportion très élevée : sur 10.000 habitants 49 ont émigré. Pendant la même année, sur 10.000 habitants de la Bohème 5 seulement avaient émigré. Les montagnards s’expatrient en très grand nombre, mais, dans la plaine, c’est le district d'UZhorod qui fournit le plus gros contingent ?. Avant la guerre, les Ruthènes émigraient vers l'Amérique du Nord. Mais, très différents des paysans de la Bohême ou des ouvriers tchèques qui, quelques années avant le courant d’émigration des Slovaques et des Ruthènes, s’étaient déjà installés aux États-Unis, les paysans de la Verchovina et les ouvriers agricoles de la plaine appartenaient à la catégorie des « unskilled ». Ils ne travaillaient guère que dans les mines de Pensylvanie, et encore comme manœuvres ou comme charretiers. Quelques-uns, malgré tout, réussirent à s’enrichir et surent ne pas oublier leurs frères pauvres des Carpates. C’est l’action de ces Ruthènes aisés et solidement organisés dans les « Sociétés Nationales » à caractère religieux qui, conjointement à Peffort tchèque, a permis en 1918 la libération de la Russie subearpatique.
La restriction de l'immigration aux États-Unis a naturellement porté un coup très dur à l’émigration ruthène. La quote-part attribuée à la Tchécoslovaquie qui, en 1921-1922, s’élevait à 14.282 personnes, en 1922-1923 à 14.357, est tombée en 1924-1925 à 3.073 personnes. Pourtant le nombre des individus demandant en Tchécoslovaquie un passeport pour les États-Unis s’élevait à la même
1 En Bohême, Moravie et Silésie, l’'émigration est en diminution constante. Depuis 1923, au contraire, l’émigration de la Russie subcarpatique est sujette à un accroissement rapide. En 1929, elle a atteint l’ « indice d’émigration » constaté en Slovaquie : 49 émigrants pour 10.000 habitants.
7, Ce sont surtout les habitants des villes qui s’expatrient, le plus grand nombre de ces paysans, que la loi implacable des latifundia condamnait à l’'émigration, étant désormais fixé au sol en vertu de l'application de la loi agraire. A la fin de l’année 1932, il y avait en Russie subcarpatique 4.122 hectares concédés en sol colonisé, la superficie moyenne d’une ferme étant, par colon, de 12,5 hectares (Ivo Sasex, Les migrations de la population intéressant le territoire de la T'chécoslovaquie actuelle, Genève, 1935, p. 143).