‹ Les Villes de la Russie SubcarpatiqueChapitre 13 sur 65 · LEs PROFESSIONS DANS LES VILLES SUBCARPATIQUES · texte numérisé non relu

LEs PROFESSIONS DANS LES VILLES SUBCARPATIQUES

D’après les données statistiques magyares de 1910, 71 % de la population étaient des paysans, 11 % des ouvriers, 17 % des commerçants et artisans et 1 % des employés. Le caractère agricole du pays était donc déjà très nettement marqué. La statistique de 1921 révèle une légère diminution de la population agricole.

Individus vivant de Individus exerçant

la profession la profession APLICUMITE ne sieste else ers 410.705 16164177 ASTON r ere 64.100 24.115 Conimerce ss. Tree 43.230 13.561 SETVACESAPUDIICS eee 25.974 14.345 Travaux salariés, professions de caractère irrégulier. .......... 62.559 24.360 OLA RER em dre ee 606.568 227.598

Ces chiffres mettent en lumière la disproportion entre le nombre des chefs de famille exerçant personnellement la profession et celui des membres de la famille tirant leur subsistance de ce travail. On voit qu’en Russie subcarpatique une faible partie seulement de la population est réellement productrice.

Nous avons essayé de synthétiser dans un tableau les variations qui se sont produites, de 1910 à 1921, dans la répartition des professions. Il accuse une certaine baisse de la population agricole, au profit des services publics (armée, ministères, administration locale, ete...) mais aussi au profit de la catégorie des professions dites «irrégulières », à savoir journaliers, salariés, ouvriers non qualifiés :

ru Ete Agriculture” 52. Msn. V1 D 166,9 9 Endugbrie UE SAT ARRETE 10,4 % 40,6 70 Commerce 2422 MEME 6,7 % us 2 Services publics... ............. 3,7 % 6,3 ce Professions sans caractère régulier REA 40,766

On ne peut tenir compte du fléchissement du pourcentage du commerce, car l’année 1921 fut une année de crise. Le pourcentage des services publics a doublé : fait très caractéristique qui s'explique par l’afflux de fonctionnaires tchèques : douaniers, gendarmes, Instituteurs, médecins, ingénieurs, qui ont assumé la tâche de « reconstruire » le pays, sans compter que beaucoup d’anciens fonctionnaires magyars ont été réengagés pour maintenir dans les administrations la proportion des nationalités.

Les données statistiques du dernier recensement de 1930 nous permettent, tout d’abord, d’observer que, du point de vue professionnel, la fonction économique des villes de la Russie subcarpatique est beaucoup plus diversifiée qu’on ne l’avait supposé jusqu'ici : c’est une vue superficielle que d’opposer brutalement la vie purement agricole et forestière des provinces orientales à la civilisation industrielle des Pays Historiques. D’autre part, il ne faut pas oublier que si une industrie régionale, comparativement à la moyenne générale de l’État, peut n’avoir qu’une faible capacité de production, cette même industrie peut, dans la région donnée, jouer un rôle social considérable, déterminant la formation d’une classe ouvrière locale, contribuant même souvent à la transformation de l’urbanisme, et cela de manière d’autant plus caractérisée que le milieu où son action s'exerce est plus conservateur et archaïque. Aussi, nous intéressons-nous moins à la représentation quantitative d’une industrie qu’à ses répercussions sur le milieu social. Bien que, du point de vue industriel, les centres carpatiques ne puissent rivaliser avec les agglomérations de Silésie ou de Bohême, l'influence de la civilisation industrielle y est d’autant plus remarquable que la population est moins homogène ethniquement : des spécialisations professionnelles s’ébauchent, affectant des groupes de même nationalité.

Variation des groupes professionnels de 1921 à 1930. — Le premier point qui soit intéressant à mettre en lumière est de déterminer l'importance respective des groupes professionnels dans chacune des villes de la plaine subcarpatique. Nous disposons à la fois des études de Mie Moscheles et des statistiques établies par le Gouvernement de la République tchécoslovaque à la suite du recensement de 1930. Ce ne sont pas seulement en effet les variations des nationalités et

des confessions qui doivent être étudiées pour chaque ville, mais aussi les modifications numériques des groupes professionnels. Dans un territoire où le métier est souvent lié intimement à la nationalité, il est intéressant de suivre le plus près possible tous les changements qui se sont opérés.

Mie Moscheles souligne tout d’abord l’importance du commerce : « Les villes de la Slovaquie et surtout celles de la Russie subcarpa- { tique ont une prédominance marquée du commerce, égalant pres- « que ou même dépassant celui des villes de Bohème, quoique l’in- « fluence de la métropole y augmente l'importance du commerce ». Mie Moscheles fait remarquer que ce sont principalement les « branches les moins compliquées du commerce » qui sont représentées en Russie subcarpatique. Elle croit devoir constater que « si, en Russie subcarpatique, le commerce des marchandises « dépasse, à la campagne, celui de la Slovaquie et égale celui de la « campagne morave et silésienne, c’est, de même que son impor- « tance exagérée dans les villes de la Russie subcarpatique, un « signe du manque d’organisation et de l’hypertrophie du petit « commerce sordide » (sic) !. Dans les villes carpatiques, en effet, des formes primitives du commerce (de même que des moyens primitifs de transport) ont pu se maintenir identiques à eux-mêmes à travers les siècles. Colportage et flottage par exemple conservaient encore à la veille de la guerre l’importance dont ils jouissaient sous Marie-Thérèse.

C’est une idée analogue qu’exprime Mlle Moscheles lorsqu'elle écrit : « le caractère primitif des villes comme centres administra- « tifs s’est conservé très nettement en Slovaquie et en Russie subcar- « patique », tandis qu’ « il tend à s’effacer partout où, comme en « Silésie, il y a agglomération industrielle », ce qu’elle explique assez pittoresquement : « … les villes carpatiques ont un pourcentage « très élevé d'habitants appartenant à une autre profession (qu’une « profession régulière) ou sans profession, et qui représentent le « lest ou même les déchets (sic) de la vie économique : pourcentage « élevé des personnes vivant de leur revenu, mais aussi de per- « sonnes vivant de travaux salariés de caractère irrégulier, ou- « vriers et journaliers, musiciens nomades, devineresses, etc... » ?. Nous croyons, en ce qui nous concerne, que ces expressions de lest ou de déchet peuvent donner une idée péjorative et partant assez inexacte de certaines professions des cités subcarpatiques. Ces professions, loin d’être un reliquat que le statisticien désespère de

1 Moscnees {D' J.), L'urbanisme et la répartition des professions dans les différents pays de la République tchécoslovaque. Prague, 1931, p. 10. 2 Moscuezes (D'), op. cit., p. 68.

classer dans une catégorie économique déterminée, représentent un des legs les plus intéressants du passé urbain, qui a réussi à se maintenir malgré les transformations les plus brutales de la civilisation moderne : nous dirions plutôt qu'il s’agit de métiers-fossiles qui se sont préservés dans ce coin des Carpates tant en raison de la difficulté des communications qu’en raison de la pauvreté des échanges économiques. Loin de les négliger nous devons au contraire faire ressortir ce qu’elles ont de caractéristique.

Production| Organisation

Villes Professions-clé

Nombre d'habitants Production

Organisation

Industrie % Économique

Chust 12.000/Agriculture : 45,7 %161,5/23 115,5145,7 (Commerce : 10,7 %

Uïhorod . .|21.000|Armée : 12,2 %132,7145,1122,2| 5, Commerce : 11,7 %

Berehovo ./14.000/Agriculture : 15,6 %42,933,5123,6[15,6 Commerce : 10,7 %

Mukatevo.|21 .000| Commerce : TC sir Mt 540

Tableau extrait de la brochure du D' Moscnezess : Le caractère des villes | tchécoslovaques : les trois habitats humains : habitat rural, habitat urbain, habitat industriel, Prague, 1932, p. 21.

Si l’on étudie le tableau statistique dressé par Me Moscheles pour l’année 1920, on constatera que l’agriculture tient encore une place considérable dans la vie économique des villes de la plaine subcarpatique. À Chust, l’agriculture, considérée comme « profession-clé », occupe 45,7 % des habitants, suivie de très loin par le commerce avec 10,7 %. De même à Berehovo l’agriculture occupe 15,6 % des habitants, suivie par le commerce avec 10,7 %,. Il est évident que, dans ces deux villes, selon l’expression de ML Moscheles, les « fonctions de production » l’emportent sur les « fonctions d'organisation ». À Mukatevo, en 1920, la situation n’est pas la même, le commerce peut être considéré comme la « profession-clé »

en occupant 18,3 % des habitants. À UZhorod, la proportion du commerce est plus faible (11,7 %), la fonction sociale essentielle dans cette ville au lendemain de la guerre étant celle de l’armée (12,2 %) ; nous sommes encore dans une période d’instabilité politique, ce qui explique le fort coefficient d’une fonction qualifiée par Mie Moscheles « fonction d’organisation sociale ».

En nous aidant du recensement de la population tchécoslovaque de 1930, il est possible de constater les importantes modifications de structure survenues dans la vie économique des quatre villes subcarpatiques. À Chust, l’agriculture n’occupe plus que 28,4 des habitants. Le commerce, dans cette même ville, a vu son importance s’accroître légèrement, mais l’industrie, à peu près inexistante à la veille de la guerre, a fait de grands progrès : elle occupe désormais près de 18 % des habitants. À Berehovo, la fonction agricole, loin de décroître,se voit représenter un peu plus favorablement. Le commerce lui aussi a vu son rôle s’accroître, mais très faiblement comparativement à l’augmentation de la population pendant la décade d’après-guerre. Ce stationnement peut être considéré comme un signe d’inertie de la vie économique. Des quatre villes subcarpatiques, Berehovo est assurément la plus durement frappée par la crise. À Mukaëevo, au contraire, l'importance du commerce s’est accrue, mais 1l faut signaler un fait dont ne peuvent rendre compte les statistiques. Mukaëevo, qui disposait de l’organisation commerciale la plus perfectionnée du territoire, a été très atteinte, d’abord par la fermeture des frontières, puis par la crise mondiale. En parvenant à changer totalement l'orientation de ses courants d'échange (jadis Mukaëevo desservait la Hongrie du Nord) et en réussissant à nouer des relations économiques solides avec l’ouest de la République (Mukaëevo exporte ses toiles et ses draps jusqu’à Bratislava), la ville de Mukaëevo a prouvé que sa réputation séculaire d’habileté commerciale et d’esprit d'initiative n’était pas un vain mot.

Ce qui est le plus sensible à UZhorod, c’est l’accroissement d’importance de la fonction commerciale et industrielle. Il s’agit au reste de créations d’après-guerre. UZhorod jouit de l’avantage de disposer d’un marché intérieur de plus en plus étendu. Alors que Mukaëevo doit rechercher au loin sa clientèle, UZhorod fournit en objets de première nécessité la population de plus en plus considérable des fonctionnaires qui y ont établi leur résidence.

En définitive, si l’on établit un parallèle entre les statistiques de 1920 et 1930, on observera la plupart des phénomènes que l’on peut constater au lendemain de la guerre dans tous les pays nouveaux en gormation ou en reconstruction : stagnation de la fonction agri-

cole à la suite de la réforme agraire, développement, parfois artificiel, de la fonction industrielle. Si l’on adopte enfin la terminologie de Mle Moscheles, on s’aperçoit que dans cette période de dix ans certaines « professions-clé » ont changé. À Uhorod, en 1930, c’est l'industrie qui prédomine, à Mukaëevo également, de même enfin à Berehovo, quoique dans une proportion plus faible.

Professions et nationalités. — Cependant, malgré l'accession progressive de la majorité ethnique aux carrières publiques, les diverses nationalités se distinguent encore entre elles par les professions qu’elles occupent. 82,1 % des Ruthènes appartiennent à l’agriculture. Les Juifs sont commerçants, aubergistes, hôteliers (27,1 %), agriculteurs (21,8 %), ouvriers agricoles, journaliers, hommes de peine (18,1 %), artisans (13,2 %), charretiers (10,8 %), instituteurs (7,3 %). Un petit nombre d’entre eux commence à rechercher les professions libérales (1,7 %). Les Hongrois sont médecins, pharmaciens ou avocats. Les Tchèques sont en nombre dans les administrations d'État, mais ils sont loin d’être, comme l’a souvent'insinué certaine propagande, en « majorité écrasante » : les services de la Russie subcarpatique comptaient, au lendemain de la guerre, c’est-à-dire en pleine période de réorganisation, 29 rédacteurs tchèques, 22 Ruthènes, 11 Ukrainiens, 9 Magyars, 2 Russes et 2 Slovaques ; 12 « actuars » tchèques, 27 comptables tchèques et 2 ruthènes ; 101 employés subalternes tchèques, 2 Slovaques, 3 Ruthènes, 14 Magyars et 1 Juif ; 3 garçons de bureau tchèques, 30 Ruthènes, 13 Magyars et 1 Allemand.

Nous nous sommes efforcés de dresser, d’après des sources dignes de foi, des tableaux statistiques qui nous semblent particulièrement caractéristiques : ils mettront en évidence la participation des nationalités respectives à la direction des affaires du Territoire. Nous avons, chaque fois qu’il nous a été possible, comparé les chiffres des années 1923 et 1927.

Page 1