LES COLONISATIONS ÉTRANGÈRES
illuminée par les chandelles rituelles. Les rues sont désertes, à peine troublées de temps en temps par des ombres furtives rendues plus bizarres encore par le port du Straml et des taliss Rutën. Les rabbins portent le bonnet de velours garni de queues d’écureuils. Alors les synagogues de Mukaëevo retentissent de tristes mélopées et de psalmodies, alors les tsitsess s’agitent frénétiquement devant les thoras. Mais, dans l’ardeur de la prière, le monde juif ne se réconcilie pas. Le Wunder Rabbi : reste enfermé en son immense propriété, l'élite des négociants juifs s’en va prier dans la grande synagogue de Mukaëevo considérée comme un temple élégant. Les pauvres, qui sont l’immense majorité, se dispersent entre les synagogues sordides des faubourgs où ils restent enfermés pendant les longues heures du culte. La « Jérusalem tchécoslovaque » ne compte pas moins de trente synagogues. Puis, à la sortie, c’est la ruée vers les marchands de pastèques qui se tiennent autour des lieux de prière, et c’est la dégustation hâtive au milieu des cris perçants des enfants, car, sauf dans les romans, les petits Juifs ne sont pas une race apathique et silencieuse.
Ajoutons, pour terminer, que la jeunesse ne semble témoigner nul enthousiasme pour la vieille piété hâssidim. Aux longs stages de prières dans les synagogues elle préfère les interminables piétinements du Corso et la fréquentation assidue des cinémas qui se rangent parmi les mieux équipés de la République.