‹ Les Villes de la Russie SubcarpatiqueChapitre 32 sur 65 · CLE PASSÉ DE CHUST · texte numérisé non relu

CLE PASSÉ DE CHUST

Chust, dans la Russie subcarpatique, joue le rôle d’une porte de l'Orient. C’est la clé traditionnelle du Marmaros, la gardienne de la route qui allait de Pologne en Transylvanie. La première mention que nous ayons de cette cité remonte à 1353. Il semble que l’on doive attribuer la fondation de cette cité aux chevaliers allemands établis en colons dans cette région, au xun1° siècle, afin de protéger la population contre les invasions tatares. Chust n’a pas eu, comme les autres cités, un rôle exclusivement militaire. C’était surtout un centre économique, car le sel abondant dans les environs de Chust (Slatinské doly) était transporté principalement par la voie de la Tisa. L’extraction du sel étant un privilège régalien, la ville de Chust fut de tout temps propriété royale. Cet honneur ne l’empêcha point de subir les influences étrangères les plus diverses. Créé par des Allemands, le nouveau centre reçut l’empreinte magyare, non sans subir parfois l’attraction roumaine avec les voyvodes roumains Balké et Drägh.

À partir de Mathias, les rois de Hongrie accordèrent à la famille des Perenyi le privilège d’exploiter les salines. La dureté des fermiers provoqua en 1514 une terrible révolte paysanne. Une fraction de la petite et moyenne noblesse appuya le mouvement, et trentedeux nobles se joignirent aux émeutiers. La sédition fut cruellement réprimée. La situation des ouvriers mineurs n’était pas meilleure. Leurs salaires avaient été fixés par un décret du roi Vladislav Il, en date du 28 avril 1498, et il ne semble pas, d’après les quelques éléments de comparaison que l’on possède, qu’ils fussent réellement désavantageux mais des inspecteurs malhonnêtes ne remettaient jamais aux ouvriers la totalité de ce qui leur était dû. En 1551 les

LES JUIFS A CHUST vi

travailleurs des mines de sel refusèrent de descendre aux puits, prenant ainsi l'initiative de la première grève connue en Europe Centrale. Leur revendication eut plein succès. Le 24 septembre 1551, les ouvriers des mines obtinrent, par la Convention de Taëovo, la garantie de leurs salaires. Ils reçurent également des droits plus étendus que ceux dont ils jouissaient jusqu’alors, entre autres celui d’élire leurs représentants et leur staroste.

Sous François Räkoezi, la vie économique de Chust fut extrêmement prospère. L'exploitation des mines fut poussée à fond. Chust était également un centre réputé pour la teinture des peaux. La cité partagea le sort de son maître et connut, après la fuite de Räkéczi en Pologne, une déchéance qu’accentua encore l’occupation des troupes allemandes de l'Empereur Charles VI. Chust végétera toute la fin du xvrrre et la plus grande partie du xix® siècle. En 1890, elle n’avait encore que 7.461 habitants en majorité ruthènes, mais aussi magyars et slovaques. La construction de la voie ferrée Cop- Jasina n’a pas sensiblement contribué à relever l’importance économique de la ville. Plus efficace s’est révélé l'aménagement de la route qui se détache de Chust vers le nord (Chust-Torun) et qui se prolonge vers la Pologne. A la veille de la guerre, Chust conservait l’allure d’une misérable bourgade, avec son immense place boueuse, ses « rues » pleines de fondrières où pataugeaient les bestiaux. Pourtant sa position et surtout sa composition ethnique la firent choisir, après le rattachement à la République tchécoslovaque, comme un des principaux centres de reconstruction. Dix ans de labeur acharné la transformèrent complètement. La population a passé

pendant cette période de 11.689 habitants (1921) à 17.833 (1931).

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