‹ Les Villes de la Russie SubcarpatiqueChapitre 5 sur 65 · APERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE

Tombé sous la dépendance du royaume de Hongrie, le territoire peuplé par les Ruthènes au sud des Carpates perdit, dès le x1£ siècle, toute autonomie. En 1031, le prince Henri, fils d’Étienne, roi de Hongrie, était bien qualifié de Dux Ruizorum, mais il est tout à fait exclu que la Xrajina qui correspondait à l’actuelle Podkarpatska Rus formât une unité provinciale.

En 1339 vint s’établir dans le pays un prince russe, émigrant de Podolie, du nom de Théodore Koriatovië qui amena avec lui un grand nombre de réfugiés russes du sud-ouest alors dévasté par les Tatars. Le roi Louis Ier de Hongrie autorisa ces Russes, au nombre de 400.000, à s’établir à Mukaëevo, en donnant en fief à leur chef des terres qui s’étendaient jusqu’à la ville de Chust dans le comitat de Marmaroëi.

Koriatoviè fonda alors près de Mukatevo le monastère de Saint- Nicolas, qui fut un centre d'éducation ecclésiastique et donna au pays une série d’évêques de l’Église russe. Dès ce moment l’Église Hongro-Russe se détacha de la subordination aux évêques orthodoxes de Lwéw et de Przemysl en Galicie. La persécution religieuse sévit maintes fois, les rois de Hongrie s’évertuant à implanter le catholicisme et à détruire les assises de l’Église nationale. Les hautes classes renièrent la foi de leurs pères pour obtenir des avantages temporels ; elles se séparèrent des traditions du peuple et se confondirent avec l’aristocratie magyare. Le bas peuple résista plus longtemps et garda sa langue, mais il ne réussit pas à conserver intégralement sa religion. Le clergé orthodoxe tint bon jusqu’au commencement du xvrre siècle. C’est en effet entre 1623 et 1627 qu’eut lieu le premier passage d’un évêque à l’Uniatisme : l’évêque Petronius. A la longue le pays tout entier entra dans le catholicisme uniate que l’on nomme « Église gréco-romaine », par opposition à l’ancienne « Église grecque », laquelle disparut entièrement de la nomenclature des cultes reconnus.

En 1848, pour réprimer la révolution magyare, l'Autriche avait fait appel à Nicolas Ier. L’armée russe franchit les Carpates et pénétra dans la plaine hongroise. Le gouvernement de Vienne avait envoyé pour accompagner cette expédition un Ukrainien de Honorie, Adolphe Dobrjans’kij, en qualité de commissaire impérial. Pour faire pièce aux compatriotes de Kossuth, Dobrjans’ki] s’ef-

força d’organiser la Russie subcarpatique. Ce fut une période relativement heureuse pour les Ruthènes ; une certaine autonomie fut accordée par François-Joseph aux quatre comitats ukrainiens. Une Académie nationale fut fondée à UZhorod, et Alexandre Duchnovië exalta dans ses poèmes le sentiment national ruthène. Ce réveil fut de courte durée. Dobrjans’kij, qui n’avait plus la confiance de Vienne, fut bientôt rappelé et remplacé par un Magyar. La culture ruthène fut à nouveau étouffée. Les Diètes hongroises de 1879, 1893 et 1907 rendirent la langue magyare obligatoire dans toutes les écoles subcarpatiques. La langue maternelle de la majorité slave était donc réduite au rang d’idiome secondaire. Pendant la guerre les Austro-Hongrois ruinèrent ce malheureux pays par de lourdes réquisitions et détruisirent dans la retraite finale les ponts et les travaux d’art.

On ne trouve pas mention de la Subcarpatie dans les diverses proclamations émanant des organisations nationales tchécoslovaques à l’étranger au cours de la guerre. Mais, le 23 juin 1918, le Conseil national ruthène, qui représentait aux États-Unis environ un demi-million de nationaux vivant dans ce pays, avait convenu d’un programme double de revendications : un programme maximum prévoyant l'indépendance totale de la nation ruthène des Carpates et l’union éventuelle avec les Ruthènes de Bucovine et de Galicie ; un programme minimum envisageant l’autonomie, sans préciser dans le cadre de quel État. Le Président Wilson déclara ces revendications irréalisables. Au Congrès des nationalités opprimées qui se tint à Philadelphie, du 23 au 26 octobre 1918, les délégués ruthènes présentèrent au Président Masaryk un memorandum posant en principe le droit de leur nation à l’indépendance et à l’union avec les autres branches de la nation russe (sans distinction entre Grands Russes et Ukrainiens), mais reconnaissant l’impossibilité actuelle de réaliser ce programme et demandant le rattachement du territoire ruthène des Carpates au futur État tchécoslovaque, « État libre où vivrait une nation slave libre ». Un accord fut alors conclu en vue de ce rattachement entre M. Masaryk et M. Zatkovië, représentant des Ruthènes d'Amérique. Le rattachement fit l’objet d’une nouvelle motion du Conseil national des Ruthènes d'Amérique qui se réunit, le 12 novembre 1918, à Scranton (Pensylvanie) et esquissa le tracé d’une frontière entre la Slovaquie et la Russie subcarpatique. Enfin un referendum, organisé à la fin de 1918 parmi les Ruthènes d'Amérique, amena 67 % d’entre eux à se prononcer en faveur du rattachement à la République tchéco-

slovaque.

Les Ruthènes d'Europe étaient aussi soucieux de leur indépen-

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