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LES VILLES DÉBOUCHÉS DES INDUSTRIES VILLAGEOISES

avec des fiis bleus, rouges ou noirs. La matière tissée est le chanvre.

20 La vallée de la Turja, où dominent le point de feston, le point lancé et le point plat en fil blanc. Ce type de broderie est d’ailleurs maintenant commun au Marmaroë et à la vallée de la Tereëva. Dans les districts du sud qui touchent à la Turja, les broderies perdent peu à peu leur originalité ; la sobre discrétion des motifs stylisés cède la place à une lourde ornementation florale.

30 Les plaines du Marmaro$ : les paysannes emploient des fils de laine et de coton et brodent à l’envers de l’étoffe de manière à exécuter à l’endroit un dessin plat : ce point appelé « point de couture simpie » est caractéristique de tous les costumes de la région.

40 Enfin, la broderie hucule, strictement localisée sur les bords de la Bilä Tisa et de la Cernä Tisa, rappelle par son inspiration orientale les ornements russo-finnois et les tapis du Caucase.

Ce sont surtout les femmes qui tissent. La matière première est toute proche : chanvre et lin. Le débouché est familial ; il s’agit parfois de tisser des vêtements pour 7 à 8 enfants. Le métier dont les femmes se servent habituellement se nomme krosna. Il est actionné par un système de pédales et soutenu par une armature de six colonnes hexagonales sculptées et peintes. Les $kripice y sont suspendues, ainsi que tout un jeu de poulies. Le fil est amené sur une bobine placée dans une navette.

Les quelques centres de la Russie subcarpatique d’où l’on exporte encore des tapis sont Neresnica, Niagovo-sur-Teresva et Brustury. A Sighetul Marmatieï, il existait jadis une école hongroise de tissage où les ouvriers des villages environnants recevaient une éducation professionnelle.

e) Travail du cuir. — Le travail du cuir a toujours été cher aux Huculs. Ils taillent dans le cuir brut ces larges ceintures à plusieurs boucles, rouges foncées, avec des applications de métal et une ornementation de dessins repoussée. Ces ceintures qui servent de poches, particulièrement utiles aux Ruthènes qui dirigent les radeaux, sont fabriquées tout le long de la Haute Tisa. Le cuir sert également dans la confection des sandales ainsi que de ces vastes sacoches, ornées de plaques de cuivre repoussé, dont les prototypes sont galiciens.

f) Vannerie. — La vannerie est une industrie villageoise très ancienne. Moins développée cependant qu’en Slovaquie, elle est pratiquée dans de nombreux villages, principalement le long des rivières. C’est en osier que l’on tresse non seulement corbeilles et paniers, mais aussi ces cabanes en treillis qui sont caractéristiques de la région du Marmaroë et plus particulièrement des endroits où le peuplement roumain est prépondérant.

og) Les villes et l’art paysan. — Uïhorod a reçu, par exemple,

maints motifs de broderie et de céramique slovaques et polonais qu’il a retransmis aux campagnes environnantes. Mukaëevo, de son côté, contribua à l’adoption, puis à la propagation de thèmes hongrois, et Chust enfin de thèmes roumains. C’est ainsi que ces centres régionaux jouèrent dans le passé un rôle néfaste, du strict point de vue du folklore, puisqu'elles contribuèrent largement à la disparition ou du moins à la transformation de l’art autochtone petit russien. De nos jours ces mêmes centres régionaux, devenus centres de tourisme, s’efforcent de perpétuer cet art paysan, d’ailleurs dans un but commercial. Mais en Russie subcarpatique plus qu’ailleurs on assiste à un double processus : l'intérêt des touristes se porte sur les costumes, la céramique et-les diverses productions de l’art populaire et, pour satisfaire cet intérêt, on fabrique en grande série de ces « souvenirs » sans valeur ethnographique, «d’un exotisme moderniste et faux », véritables caricatures d’un art paysan qui disparaît sans retour... Ainsi, par une singulière fatalité, toutes les productions de l’art populaire vers lesquelles s’est dirigé l’intérêt des touristes ont perdu leur fraîcheur originelle, cette naïveté instinctive, cette « note primitive, qui donne tant de valeur et de charme aux productions de l’art populaire 1 ».

Chust, ancien grand village, qui depuis dix ans se transforme au rythme des villes-champignons de l’Amérique des années 90, a néanmoins conservé un art local, pénétré d’influences magyares et roumaines, mais encore très pittoresque. C’est que les touristes n’y stationnent guère. Au contraire, tout le long de la haute vallée de la Tisa,les changements sont surprenants. Le magnifique costume des Huculs émigre de plus en plus vers le nord, devant l'invasion touristique.

Il y a à peine trois ans, Rachov était un des centres les plus pittoresques de la montagne. Aujourd’hui station d’alpinisme l’été, de ski l'hiver, on n’y trouve plus qu’un bric à brac touristique importé de Lwéw ou de Koëice par les colporteurs juifs. Il faut remonter jusqu’à Jasiña pour retrouver ces charmantes coiffures enrubannées, ces longues chemises russes, ces larges ceintures de cuir rouge aux applications de métal. Mais, même dans les régions les plus éloignées, dans la vallée de la Turja par exemple, « le costume paysan commence à céder la place aux vêtements de ville... ? ». Quant aux ornements, qui étaient autrefois les précieux travaux des longues veilles paysannes, ils s’achètent désormais tout faits chez les commerçants Juifs des villages #.

* Makovsxr (S.), L'art populaire en Russie subcarpatique, Prague, 1926, p. 30. ? Makovski, op. cit., page 38.

? Makovski, op. cit., page 39.

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