‹ Les Villes de la Russie SubcarpatiqueChapitre 56 sur 65 · CRISE ÉCONOMIQUE ET CRISE MORALE · texte numérisé non relu

CRISE ÉCONOMIQUE ET CRISE MORALE

dans les années qui suivirent immédiatement la conclusion de la paix — où ce peuple d’illetrés avait presque autant de journaux politiques que les provinces les plus évoluées de la République : brochures, pamphlets, publications éphémères, toutes plus radicales naturellement les unes que les autres. À l’ombre des Carpates les opinions les plus extrêmes trouvent en effet asile et protections inattendues. Cette terre qui aurait tant besoin de paix connaît les luttes de toute nature : politiques, religieuses, linguistiques. Séparatistes et autonomistes, orthodoxes et uniates d’une part, hâssidim et sionistes d’autre part, ukrainisants, russisants et ruthénisants se querellent interminablement. Ne cherchons pas trop à ces luttes violentes des causes raciales et sociales : l’agitation agraire est plutôt en baisse ; l'antisémitisme était jusqu'ici rare chez les Ruthènes, inconnu des Tehèques. Les liens qui rapprochent uniates et ukrainisants sont purement artificiels. Les appuis que trouvent ces derniers en Pologne sont plus étranges. L’accord tacite des Juifs et des Magyars est de son côté assez paradoxal et d’une sincérité pour le moins douteuse. La crise dont souffre actuellement l’économie ruthène est beaucoup plus grave. Au moment même où, à la suite d’efforts méritoires et d’investissements considérables, on pouvait enfin espérer un redressement économique, l’absence de débouchés, l'élévation des barrières douanières retardent, pour une durée impossible à préciser, le rétablissement définitif du pays. Dix ans de perfectionnement des méthodes agricoles, d’amélioration des terres, de lutte contre les inondations aboutissent à une production amplifiée, parfois à la surproduction, toujours à la baisse des prix. Et, là plus qu'ailleurs, la crise se traduit par le chômage : chômage des journaliers agricoles, des forestiers, des ouvriers. Les produits qui ne peuvent être écoulés ne sont cependant pas consommés ou utilisés sur place, et l’on en arrive à cette situation paradoxale que le paysan qui ne peut vendre ses récoltes les laisse pourrir et reste dans un état de sous-alimentation extrême. L'industrie naissante, de son côté, impuissante à répondre à la demande sans cesse accrue d’une province en chantier n’a pas encore assez de vitalité pour résister à la guerre des tarifs douaniers. Par ailleurs, l'État qui cherche, au contraire, à réduire le plus possible ses dépenses, ne peut indéfiniment soutenir par des crédits massifs une économie chancelante. L’indolence naturelle du Ruthène oblige les autorités à se contenter de maintenir les résultats acquis : tâche déjà fort ingrate dans un pays où le moindre fléchissement des prix des céréales se traduit l’année suivante par une avancée des pâturages et où le paysan est toujours prêt à rendre à l’élevage extensif les terres les plus péniblement acquises.

Toutefois la crise économique, si pénible qu’elle soit pour un peuple pauvre n’est pas le seul péril qui menace la Russie subcarpatique. Le véritable danger est intérieur: c’est celui qui provient de l’hétérogénéité profonde de cette province : 18 ans ne sont pas suffisants pour amener à la conscieñce nationale une nation trop longtemps humiliée et à l’unité des populations aussi différentes.

Avant de retracer brièvement l’œuvre tchécoslovaque de reconstruction nous nous efforcerons de dégager les quelques problèmes qui restent d’actualité dans les villes du territoire et dont la solution permettrait le retour (ou l’établissement) d’une paix morale nécessaire, ici plus qu'ailleurs, au développement économique et matériel de la province. Nous étudierons successivement (sans nous aveugler sur ce que ce classement peut avoir d’arbitraire) le problème religieux, la question juive, l’irrédentisme magyar, enfin la lutte idéologique entre « Ukrainisants » et «Russisants ». Nous pensons en effet que c’est la question religieuse qui reste et restera de longues années encore la question dominante en Russie subcarpatique. Le combat se livre entre les religions autant qu’entre les partis.

Le problème religieux en Russie subcarpatique ne pose pas seulement des questions de politique intérieure ; il intéresse aussi la géographie politique. Il s’est agi longtemps de faire concorder les frontières des diocèses avec celles de l’État. La Tchécoslovaquie est parvenue à créer à UZhorod un archidiocèse catholique unmiate et se refuse énergiquement à laisser une fraction quelconque du « territoire spirituel » ruthène dépendre d’autorités ecclésiastiques hongroises. Cependant les orthodoxes de Russie subcarpatique relèvent de l’église orthodoxe serbe (diocèse de Mukaëevo et Presov).

L’acharnement des luttes religieuses et la puissance des superstitions s’expliquent en partie par l’état d’extraordinaire ignorance dans lequel est longtemps resté le Ruthène 1.

Le problème religieux a conservé toute son acuité dansles villes de la Russie subcarpatique. Dans aucune province de la République tchécoslovaque il n’y a sur un territoire aussi restreint autant de rivalités confessionnelles. Outre les multiples sectes protestantes qui cherchent à se ravir les unes aux autres leur clientèle, tous les

? Pour le Ruthène, la religion a longtemps été un moyen d’expression légal de sa nationalité. À UZhorod, il y avait près de 25% de la population orthodoxe et uniate mais 14 % seulement de Ruthènes déclarés.

aspects du judaïsme sont représentés, depuis l’orthodoxie sectaire des hâssidim, personnifiée par les rabbins miraculeux, jusqu’au sionisme révolutionnaire de la N. Z. O. en passant par le libéralisme des bourgeois néologues.

a) Orthodoxes et Uniates. — L'opposition la plus violente est celle qui met aux prises orthodoxes et catholiques uniates ou romains. Cette division est d’autant plus significative qu’elle affecte directement le milieu ruthène. L’orthodoxie a des racines très anciennes dans les villes de la Russie subcarpatique et plus particulièrement à Mukaëevo. Dans le cloître qui s’élève sur le Mont Cernek et consacré à l’ordre de saint Basile au x1® siècle, résidait autrefois l’archevêque orthodoxe !. On peut y trouver encore de précieux souvenirs de la vieille foi: un psautier du xrv® siècle, le plus ancien sans doute de la région subcarpatique, des calices de bois et des croix. C’est en 1649 que fut signé à UZhorod, par l’évêque de Mukaëevo, Basile Tarasovië, l’acte d’union avec Rome. Le plus curieux est que les féodaux magyars, en grande partie calvinistes, furent très mécontents de cet accord. Rakoczi fit jeter en prison le premier archevêque uniate. Avec l’uniatisme l’importance religieuse de Mukatevo décrut rapidement. L’archevêque de Mukaëevo, Baëinski], résidait à Uzhorod. Marie-Thérèse, qui l’avait pris en affection pour sa science du chant, lui fit don d’un palais dans lequel il fonda le premier séminaire de la région.

La liturgie était restée en slavon et, à côté du clergé uniate officiellement reconnu par l’État, une partie de l’ancien clergé orthodoxe s’efforçait de maintenir au sein du peuple la « vieille foi ».

Les Ruthènes n’avaient jamais eu de bourgeoisie : c’étaient des Allemands et des Hongrois qui constituaient principalement la bourgeoisie municipale de leurs villes. Les Ruthènes n’entraient même pas dans la composition des couches sociales les plus humbles, celles des domestiques et des manœuvres. Les « porteurs de culture » ruthènes restaient donc les prêtres orthodoxes, bien que beaucoup d’entre eux ne sussent même pas lire. Les évêques orthodoxes de Mukaëevo ne pouvaient guère exercer une influence favorable, leur caractère schismatique enlevant beaucoup d’autorité à leurs interventions. Quand l’union avec Rome fut conclue, le niveau intellectuel des masses chrétiennes ne s’améliora pas.

Au xvrrre siècle, comme au xvui®, la situation du clergé orthodoxe ne se distinguait pas de celle du prolétariat agricole. Le clergé ne pouvait subvenir à ses besoins sans exercer une profession auxiliaire car il n’avait pas le droit de jouir de la dîme comme le

1 Voir plus haut, p. 60.

clergé catholique. Les dignités ecclésiastiques se transmettaient héréditairement de père en fils. Les fidèles étaient tous des ouvriers agricoles, tandis que la noblesse terrienne était partagée entre le catholicisme et le protestantisme. On a pu soutenir que le peuple ignorant ne comprit à peu près rien à l’acte d'Union de 1649. Comme on avait eu soin que le culte et les rites ne fussent l’objet d'aucun changement, le peuple des campagnes n’eut pas au début la sensation qu’il relevait désormais de Rome. C’est ce qui explique qu’il n’y eut point de réaction vive, si ce n’est dans le joupanat de Berehovo et du Marmaroë où les populations restèrent longtemps attachées à la « vieille foi ».

Le clergé uniate de son côté vit sa situation matérielle notablement améliorée grâce aux impôts nouveaux de la Koblina et de la Rokovina. Aussi les orthodoxes ont-ils souvent reproché aux uniates d’appar tenir à une Église officielle grassement rétribuée. Mais la seule jalousie n’explique pas le succès étonnant du mouvement orthodoxe contemporain qui a eu avant tout des raisons nationales. Il a vite pris l’allure d’un mouvement de protestation contre la imagyarisation qui ne s’était que trop liée avec l’uniatisme.

Les ennemis de l’orthodoxie prétendent au contraire que les agitateurs moscovites, au siècle dernier, n’avaient soutenu les mouvements orthodoxes en Russie subcarpatique que dans le désir d’étouffer à tout jamais l’uniatisme comme ils l’avaient étouffé en Ukraine russe. Ils préféraient voir disparaître complètement ce noyau ruthène plutôt que de laisser subsister un foyer d’uniatisme, et dans ce sens ils aidèrent plus ou moins consciemment à la magyarisation. L'Église uniate a, selon eux, beaucoup contribué à l’éducation du peuple ruthène. Les rares écoles qui existaient dans le passé étaient des écoles religieuses uniates. Témoin cette école élémentaire de Mukatevo que l’histoire mentionne depuis l’année 1681 et qui, grâce à l'initiative de l’évêque Ol8avskij, devint en 1744 la première école normale de la Russie subcarpatique. La Russie en faisant mine de soutenir les Ruthènes contre l’ukrainophilie intéressée des Allemands n’avait défendu que son propre intérêt. Le seul résultat de l’action de Bobrinski] avait été le procès de Marmaroë, c’est-à-dire la persécution de pauvres paysans.

Les orthodoxes répliquent en dénonçant l'attitude du haut clergé ruthène pendant la guerre. La hiérarchie uniate avait en effet accepté dès 1916 l'introduction de l’alphabet latin et du calendrier grégorien dans les écoles communales. Mais le bas clergé uniate a beau jeu à prouver son patriotisme. De nombreux knèzes avaient été poursuivis durant les hostilités, pour crime de haute trahison. Par

ailleurs, les prêtres uniates avaient été les premiers à saluer, en 1919, le rattachement du Territoire à la Tchécoslovaquie.

C’est une querelle qui pourrait se prolonger interminablement et qui serait sans intérêt, si elle ne trouvait un écho chez le peuple ruthène. Mais, depuis un demi-siècle, la carte des religions en Russie subcarpatique s’est profondément modifiée. Nous étudierons dans chaque district la situation numérique de chaque confession.

b) Variations des rapports entre les confessions. — Le recensement suivant, le premier de la République (1921), donne une idée de la géographie confessionnelle de la Russie subcarpatique.

Rehgioncatholique romaines... "2... 99.16% Relimionentholiqueniate en A enr 332.458 Relrlontoavinistes-tmencrbuee nie ue 60.277 REMÉIONIUERÉMHENNERCE ES PRE er ee 2.267 Relisiondes Frères Moraves ..:...-.. 1.2... 297 ROAOMONOAORE EEE mener le eee cie 60.997 ReRSION VASE CALNO UE N ere cecen ses il ReloiontChéCOSIONaQUe LT re Meet ru ee 191 RO OnAS ACIER ET EM ee Dr ueees 93.341 SAS COR ICS STONE Ce ne ele sheet 1.17% REPOS ANCONNUES An eme nie de eseese 60

Le recensement de 1930 indique des variations sensibles dans le rapport des principales religions :

REMPIONCATROIQUE FOMAINC... 22.0 + ces ue 69.262 Reheiomcathohqueuniaten enr nes to.ee 359.191 RelpionecalVinis te Er Rene de societe 70.833 ROhAODIUtRéTIENNe AE Eee Li nerve eee 1.592 Autres confessions protestantes ................ 2.748 REHPIONOPEROAOXE LE 22 ee ce seine ares see 112.034 RéhoiontehéeDsloVaque eee ee 2.218 ROOMS TAC ITEM EE en Re ee aie e se 102.542 SATSICONTESSION EEE ee sheet Dire eee 4.953 1

En 1920, le district d'UZhorod comptait 12.685 catholiques romains contre 23.691 uniates. En 1930, le nombre des catholiques romains n’était plus que de 8.515, celui des uniates s’élevait à 24.018. En tenant compte de l’accroissement de la population le gain des uniates est sensible. Dans la même ville le nombre des orthodoxes était en 1920 de 187 ; en 1930, de 139 : décroissance nette. Le Calvinisme comptait 9.841 adeptes en 1920 ; 10.043 en 1930 : gain très faible. Le judaïsme comptait 10.001 fidèles en 1920 ; 4.287 en 1930. La raison de cette chute rapide de l’élément

1 [1 faut noter l'élévation sensible des fidèles de l’Église nationale tchécoslovaque qui s'explique par l’afflux des fonctionnaires provenant des provinces occidentales. Les calvinistes sont de nationalité magyare. Les Slovaques de Russie subcarpatique sont presque tous catholiques.

israélite s’explique par l’afflux des Juifs à la ville au lendemain de la guerre (les statistiques donnent un chiffre global pour le district d'Uhorod et la campagne environnante) *.

Dans le district de Mukatevo en 1921 le nombre des catholiques romains s'élevait à 11.387 ; celui des uniates à 42.351 ; en 1930, les catholiques romains étaient 7.614 et les uniates 46.482 : décroissance très nette de l’élément catholique qui s’explique partiellement par le départ des fonctionnaires magyars.

Le nombre des orthodoxes en 1920 s’élevait à 6.730 ; en 1930 à 11.649. Celui des calvinistes en 1920 à 12.406 ; en 1930 à 9.433 : ici encore on peut observer un déclin très net. Le nombre des israélites qui était en 1920 de 15.605 tombe en 1930 à 6.317. Ici encore ce phénomène s’explique par l’abandon des campagnes et l’émigration vers les villes de la République ?.

Le district de Berehovo comprenait, en 1920, 6.015 catholiques romains contre 7.703 uniates ; dix ans plus tard, 9.401 catholiques romains contre 11.585 uniates. Le nombre des orthodoxes a toujours été infime : 95 en 1920, 221 en 1930. Les Calvinistes au contraire ont toujours été très nombreux, mais leurs progrès n’ont fait que s’accroître au cours de la décade d’après-guerre : 23.503 en 1920, 31.444 en 1930. C’est la confession la plus largement représentée du moins dans le district de Berehovo car, dans la ville même, ce sont les Juifs qui l’'emportaient en 1930 au nombre de 5.680 3.

Enfin le district de Chust n’est pas moins intéressant à étudier, mais pour la faiblesse de l’amplitude de ses variations : les catholiques romains y étaient en 1920 au nombre de 3.047 contre 28.419 uniates; en 1930, il y avait 3.666 catholiques contre 28.419 umiates“ ;

1 Uzhorod comptait, en 1930, 8.674 catholiques romains ; 7.497 uniates ; 7.357 israëlites ; 263 orthodoxes ; plus de 1.500 protestants.

2 Voici pour la ville même de Mukaëevo les chiffres des confessions établis sur une période de 20 ans.

1910 1920 1930 Gatholiques/romaims rc. 3.520 &.346 5.742 Catholiques uniates Te 4.081 4.735 6.378 Calvinistes te encre rer E ATTE 1.355 1.429 LUERÉTIÉNS EE AA te eee 190 manque 315 OPtROdOxES RE ete eee 21 101 376 UnITAITES SEE RER Se 3 manque manque JUTS EL RER ES RTE LA 7.675 10.012 11.313 Autres rm Eee ne RES 14 316 191 SANSCONESSION ee eee ee manque manque 358

$ La ville de Berehovo comptait, en 1930, 4.475 catholiques romains, 4.992 calvinistes, 5.680 israëlites, 3.202 uniates et 115 orthodoxes.

# A Chust même il y avait, en 1930, 2.698 catholiques romains, 7.491 uniates, 4.821 israëlites, 1.810 orthodoxes, près de 800 protestants.

Les rapports changent peu ; par contre les orthodoxes passent de 25.876 à 28.087, de 1920 à 1930 ; pendant la même période les calvinistes passent de 2.794 à 3.260 et les Juifs de 11.170 à 11.276, variations insignifiantes. Il est donc curieux de constater que Chust, un des centres les plus profondément tranformés par la reconstruction économique du Territoire, soit resté relativement stagnant au point de vue confessionnel.

c) La guerre des religions. — Ces chiffres ne donnent qu’une idée insuffisante de l’âpreté des luttes religieuses qui déchirent cette province’. C’est à la campagne que les passions sont les plus violentes. Ces petites guerres s’expliquent un peu par des haines de clocher, beaucoup par des raisons économiques et sociales. Le clergé uniate vivait jusqu’en 1920 du fruit d’un certain nombre de journées de travail dues par les paysans. Les orthodoxes ont naturellement porté la lutte sur le terrain de l’abolition de ces droits féodaux.

L'action des catholiques est surtout dirigée par les Basiliens. Le Gouvernement tchèque s’est gardé de prendre position dans ces querelles religieuses ; toutefois l’orthodoxie a gagné rapidement du terrain. Dans les petits villages les rivalités prennent des formes violentes. Des localités entières comme Bilky ont passé aux orthodoxes. Dans le district de Chust, orthodoxie et uniatisme ont maintenant le même nombre de fidèles. Les « latins », pour la plupart des Hongrois ou des Allemands, ne se mêlent point à ces combats qui dégénèrent parfois en désordres sanglants. À Neresnice a régné longtemps une véritable terreur exercée par les orthodoxes : on jetait du pétrole dans les puits, on détruisait les moissons, on coupait la queue des chevaux. Il va sans dire que les uniates ne sont pas toujours en reste dans ces échanges de mauvais procédés, et ’évêque orthodoxe Dositej a pu parler d’une « persécution » des pravoslaves.

C’est dans la région de Chust que le choc entre l’orthodoxie et l’uniatisme a été le plus violent. A la fin du xix® siècle, grâce à des influences grand-russes, des petits noyaux d’orthodoxie se sont formés autour de Chust. À 4 kilomètres de cette ville le village d’Iza a été entièrement conquis à l’orthodoxie. Or les gens d’Iza étaient tous de sang magyar. De leur origine hongroise ils n’ont conservé que leurs noms (Szabo, Dobos, etc...). Ce sont aujourd’hui des orthodoxes ruthénisés. Un phénomène d’assimilation identique s’est produit à Viskovo, également dans la région de Chust. Dans cette dernière bourgade, les habitants de sang allemand ont été magyarisés ; seuls les noms témoignent de l’origine ancienne

1 Marouëex (Karel), Podkarpatskä Rus, Prague, 1924, page 108.

Les villes de Russie. 8.

(Schwartz, Weiss, Grünberg). Dans ces deux localités les passions religieuses ont toujours été vives et il est pittoresque de voir, à ÎIza, voisiner une église de pierre uniate, abandonnée et ruinée, à côté d’une petite église de bois orthodoxe, toujours fréquentée par un grand nombre de fidèles recueillis.

L’offensive orthodoxe ne semble nullement enrayée à l’heure actuelle, en dépit de l’habile politique du Saint-Siège qui s’efforce, par divers moyens, de « revaloriser » l’uniatisme. La conquête d’Iza par la « vieille foi » est déjà ancienne. Mais tout autour de ce centre de prosélytisme les villages un à un sont gagnés, Horinëovo, Nankovo, Buëtino, Danilovo, Saldoboë et beaucoup d’autres. Et on ne peut plus accuser l’orthodoxie d’être le fourrier de quelque « Panrussisme » puisque c’est le Patriarcat serbe qui préside désormais aux destinées de l’ardente petite Église subcarpatique.

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