Y. deltoiigé, Mélangea^ p. i
sent encore, et nous descendrons jusque sur les bords du Nil, dont les quais somptueux accompagnaient dignement Tenscmble des édifices qui couronnaient ses rives.
11 n*y avait pas de pont dans Tancienne Thébes pour passer sur l'autre bord. Des barques de toutes les grandeurs sillonnaient continuellement le fleuve, en descendaient ou remontaient le cours, depuis les fragiles canots de papyrus que les habitants du haut Nil portaient sur leurs épaules, aux endroits où les cataractes faisaient obstacle à la navigation, jusqu*aux bâtiments, plus lourds, poussés par Teffort de dix ou douze rameurs, et destinés aux transports des marchandises ou des riches propriétaires. A Tarrière, une cabine élégamment aménagée servait de lieu de refuge, et sur le sommet était accroupi Thomme chargé de manier Taviron servant de gouvernail. Quelques-uns de ces bateaux allaient à la voile. Hais la voile triangulaire dite latine n*était pas encore connue à cette époque et les monuments nous représentent toujours la voile carrée, aujourd*hui abandonnée presque partout*.
1. Les visiteurs de l'Exposition du palais du Trocadéro, en 1878, peuvent se souvenir des curieux tableaux qui s*y trouvaient exposés i*eprésentant les scènes les plus ordinaires de la vie des anciens Éfi:yptiens. Le tabieuu 8 reproduisait les divers modèles de barques (Oravés sur les murailles des Tombeaux ,de l'ancien Empire. Nous ca empruntons la description au remarquable catalogue de Nariette- Uey (p. 33).
(( Les barques en roseaux de papyrus paraissent au premier plan. Malgré leur iVagiliié, ces barques devaient s'aventurer quelquefois sur le griind Nil. l'iine mentionne les barques que les habitants voisins des cataractes por taient sur leurs épaules poiïr leur faire franchir la pnrtie du fleuve que la rapidité du courant rendait inaccessible. Ces esquifs, d'un transport si facile, devaient être, sans aucun doute, les barques en roseaux que nous trouvons ici.
« Le tableau n*8 nous montre, à côté des barques en roseaux, des barques plus solides destinées au transport des denrées et des bestiaux. Nous en avons ici de curieux exemples. Ces barques sont, en général, mises en mouvement par un ou deux rameurs qui se
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Si nous mettons le pied sur la rive gauche du Nil, nous nous trouvons dans le milieu vraiment industriel, actif et laborieux de la grande capitale. Il semble, comme nous Tavons dit, que la rive droite était plutôt réservée aux cérémonies religieuses et aux maisons des champs. Ici, au contraire, se pressaient probablement ces maisons à plusieurs étages dont parle Diodore de Sicile. Cesmai-
tîennent debout à l'avant. Au centre de la barque sont amoncelés les produits à transporter. L'arrière, comme dans les canges modernes, est muni d'une cabine ouverte, sur le sommet de laquelle est accroupi l'homme chargé du gouvernail.
« Des barques de même force étaient aussi employées non plus pour le transpoit des denrées, mais pour le transport des voyageurs, les unes marchant à la voile, les autres à la rame. La voile latine, triangulaire (la seule que Ton connaisse aujourd'hui en Egypte) ne se trouve pas à ce moment, et c'est la voile carrée qui est seule en usage. Les rameurs sont nombreux. On en compte habituellement de dix à douze sur chaque rang, ce qui porterait de vingt à vingtquatre le nombre des avirons dans chaque barque. Remarquez ici le mode employé pour donner au navire sa direction. L'aviron placé & l'arrière tient lieu de gouvernail. II y a des barques qui ont à l'arrière deux rangs de rames, d'autres qui en ont trois; on en trouve qui en ont jusqu'à cinq. Nous ne saurions dire si les Égyptiens ne se servaient pas du nombre de rames placées à l'arrière en guise de gouvernail pour exprimer, en une brève locution devenue familière à tout le monde, la force et la capacité de leur navire. Avec notre tableau, nous aurions ainsi, naviguant sur le Nil, des bâtiments à deux, trois, et à cinq rangs de rames.
« Comme scènes épisodiques, on remarquera les barques qui occupent le quatrième registre. Ici ce ne ^ ont plus des denrées ou des voyageurs que les barques transportent. Au centre s'élèvent un édicule contenant la momie que l'on conduit à la nécropole. Des personnages dans la posture de la prière sont à gauche; des serviteurs placés sur la rive tiennent la remorque: un canot transporte une cuisse de victime destinée aux offrandes funéraires. A droite représentation analogue. La barque est remorquée à la fois par des hommes placés sur la rive et par une autre barque plus petite. La momie est dans l'intérieur du coffre fermé.
« Le dernier registre donne lieu à une remarque que nous ne devons pas négliger. Oh y voit que les mariniers du Nil se servaient non seulement de la rame (qui se manœuvre le dos du rameur toumé vers l'avant), mais aussi de la pagaie (qui se manœuvre le dos du pagayeur tourné vers rarriùre). »
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sons, d*après le même auteur, étaient construites en brique; cest ce qui explique, en dehors du long abandon et de la moindre importance des édifices, leur complète disparition.
De l'ancienne Egypte, il n*est resté debout que les maisons des Dieux, les maisons des Rois et les maisons des Morts. Les Dieux, les Rois et les Morts étaient Tobjet des suprêmes vénérations et des plus extraordinaires efforts. L'Égyptien des anciens âges serait satisfait s'il pouvait voir les monuments qui leur étaient consacrés subsister seuls au milieu de la disparition complète de toute autre trace de Tancienne civilisation.
Au rez-de-chaussée des maisons particulières, de nombreuses boutiques offraient au passant les divers produits de l'industrie et du commerce égyptien.
On y trouvait les toilei de Byssus, servant à Thabillement des Momies; les toiles de lin, taillées en forme de manteaux et ornées de franges en cordelettes; des cuirs maroquinés; des chaussures nommées Tabtets en langue égyptienne, faites en feuilles de palmier tressées, et munies de cordons potir les lacer;- des miroirs de mér tal ayant pour manche le buste de la déesse Hathor (Vénus); des ingrédients de toilette de toutes sortes, enfermés dans des coffrets richement ciselés; des anneaux de métal ou d*ivoire que Ton passait dans les oreilles; des représentations d'animaux, l'ibis, le scarabée, la grenouille, portées par les pieuses Égyptiennes comme nous portons lagneau du Christ ; des bijoux en lentisques, en œiis, en grains, en olives, formés des pierres les plus précieuses, le jaspe, l'agate, la chalcédoine, le lapis, le grenat, le sardonyx, le granit : des serpents roulés en spirale pour servir de bagues, d'autres bagues chargées des camées d'Osiris,d'Isiset de Nephtis.
On y trouvait aussi tous les ustensiles domestiques, les outres, les coupes et les amphores; les vases à deux anses ornés de palmettes ; les paniers en jonc ou en feuillage; les bassins en métab les fauteuils et les
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tabourets richement sculptés ; les armes, soit i*arc, soit les flèches, soit la lance.
Des parfums venant de Tlnde ou de TArabie; des amulettes venant du centre de TAfriquc; des peaux de lion, de tigre ou de panthère; des dents d*éléphant, des cornes de bœufs étrangers; des albâtres, des onyx, en un mot tout ce que produisait TOrient ou TOccident, tout ce que pouvait rêver le luxe le plus inouï se trouvait réuni dans ces boutiques de la capitale et y provoquait les désirs des contemporains et des contemporaines des Pharaons.
Bon nombre de ces objets ont été retrouvés de nos jours par les patients fouilleurs de ces ruines. Us donnent ridée de la richesse des habitants de Thèbes, de la prospérité de ce commerce qui se pressait sur la rive gauche du Nil, comme les boutiquiers d*aujourd*hui s*entassent aux abords du Palais-Royal.
La rive gauche du Nil présentait d'ailleurs de nombreux avantages. La plaine qui s'étendait sur les bords du fleuve était assez large pour laisser au développement des édifices publics et privés un suffisant espace. Cependant, elle était protégée contre les vents du désert par une rangée épaisse de collines qui Tenveloppait d'un demi-cercle et en faisait comme un vaste hémicycle. Sur les premières rampes de ces collines pouvaient s'étager agréablement les palais, les maisons et les jardins. Sur les points plus élevés, au sein des arrière-chaînes, plus âpres et plus tristes, pouvait s'ouvrir dans le roc dur et éternel les portes nombreuses des tombeaux des particuliers et des rois.
En raison de ce double avantage, cette plaine se peupla rapidement. C'est là encore, en remontant du sud au nord, que nous trouverons les ruines imposantes de Medinet'Habou, du Memnonium, du Ramesséion^ de Kurnahy et dans le fond, couronnant l'horizon, les murailles criblées de V El-Assasif et les bouches innombrables de la Vallée des Tombeaux.
"t^ LES VILLES RETROUVÉES
L*amas de Medinet-Habou, que nous trouvons tout d*abord, offre pour le visiteur studieux l'attrait d'une succession de ruines datées de toutes les époques. Sous les couches peu intéressantes formées par les restes des habitations privées qui se sont remplacées en cet endroit, on trouve bientôt écrits sur des pierres les noms des Césars de Rome (Antonin le Pieux), des Ptolémées de la Grèce (Ptolémée Soter II) et des Pharaons égyptiens de toutes les époques, depuis Nectanebo, jusqu'aux conquérants éthiopiens; de ceux-ci au construc-* leur principal, Ramsès 111; de celui-ci enfin aux premiers fondateurs, Thoutmosis I et Thoutmosis III.
Nous nous occuperons seulement ici des constructions anciennes. Car, — comme on l'a déjà remarqué plusieurs fois, — l'introduction de l'influence grecque et romaine dans l'architecture et dans l'art égyptien, loin d'être une cause de progrès, fut au contraire un principe de déclin et d'affaiblissement.
Ni pour la pureté des formes, ni pour la solidité des constructions, ni pour l'élégance des œuvres de décoration et des hiéroglyphes, les œuvres modernes ne peuvent soutenir la moindre comparaison avec les monuments de la véritable ère des Pharaons; et c'est vers les plus anciennes époques qu'il faut se reporter si l'on veut saisir dans sa véritable théorie et dans sa plus parfaite expression l'idéal artistique des Égyptiens.
La partie la plus curieuse, sinon la plus importante, des constructions anciennes à Medinet-Habou est un monument à plusieurs étages qui semble avoir sei*vi d'habitation privée à son constructeur, Ramsès III. C'est un des rares monuments subsistants qui puisse nous donner une idée — grandie encore — de ces sortes de constructions. C'était, à ce qu'il semble, le harem du roi. L'entrée regardait le Nil, le dos était tourné à la montagne. Des jardins, analogues à celui que représente notre gravure, pouvaient facilement s'élever en étages jusqu'au pied des collines. Sur les
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murs de l'intérieur étaient gravés des scèoes domestiques.
On y voit le roi entouré de ses Temmes et de ses filles. Elles lui offrent des finiils et des fleurs ; ses enfants sont à ses pieds, il jous lut-niËme avec la reine uite sorte de jeu analogue à celui des échecs.
Jard m d Hator
Au centre de cet édifice dont la partie extième et la plus élevée semblait réservée aux habitations privées se développait une Lour assez grande enfermée de toutes parts par des pavillons ou do hauts pylfines à I inté rieur de la cour, des fenêtres et des balcons, décorés
avec beaucoup de goût, permettaient de jouir de la fraîcheur et de Tombre. Cette disposition se remarque encore dans la plupart des constructions de TOrient. Sur les murs formant les parois, des scènes gravées dans la grande manière de cette époque détaillaient, une fois encore, les victoires du roi. Sa figure colossale, terrassant ses ennemis, attirait le regard et rappelait le respect dû, même dans cet asile, à la puissance et à la majesté royale.
A quelques mètres derrière ce palais s'élevait le temple que Ramsés 111 avait élevé au dieu Ammon en souvenir des victoires que la protection divine lui avait fait remporter. Peu s'en fallait que ce temple — Tun des types les plus remarquables de lart égyptien aux bonnes époques, — n'égalât les splendeurs de l'autre rive.
La conception générale de TédiOce est simple; il se compose de deux cours d'inégale grandeur annoncées toutes les deux par de superbes pylônes ; la dernière étant la plus grande, la plus richement décorée, était terminée par un massif de constructions aujourd'hui presque entièrement ruiné.
Les parties qui, aujourd'hui, restent encore debout (quoique en partie enfouies sous le sol), sont les deux pylônes que nous avons déjà indi(^ués, et les murailles et portiques qui formaient les bas côtés des deux cours.
Le premier pylône, qui est la porte d'entrée de l'édifice, a 2i°^,45 de hauteur. Sur chacun des deux massifs qui le forment sont gravés en figures colossales les exploits de Rhamsés-Mei'amoun dans la onzième et la douzième année de son règne ; treize nations asiatiques d'une part, vingt neuf de l'autre sont abattues par la force que lui a prêtée le dieu Ammon. Ammon-Ra a dii : « Mon fils, mon germe chéri, maître du monde, gardien de justice, ami d'Ammoii, touteforce t'appartient sur la terre entière; les nations du septentrion et du midi sont abattues sous tes pieds; je te livre les chefs des
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contrées méridionales, conduis-les en captivité et leurs enfants à ta suite ; dispose de tous biens existant dans leur pays; laisse respirer ceux d'entre eux qui voudront se soumettre et punis ceux dont le cœur est contre toi. » (C*ebt là justement la politique du Sénat romain résumée dans la formule de Virgile parcere subiecti, debellare superbos,)
Sur les parois de la première cour d'autres exploits encore sont représentés. On a cru pouvoir reconnaître dans les peuples qui y figurent le type des races hindoues : celte identification ferait du Sésostris un autre Bacchus vainqueur des Indes. Sans pouvoir rien affirmer de précis à ce sujet, on ne peut cependant s'empêcher de reconnaître que Ramsès IH a lutté contre des peuples distincts des ennemis habituels et permanents des Égyptiens.
Au fond de cette cour s'élève un nouveau pylône, richement orné et partagé en deux massifs par une magnifique porte de marbre rose. Il donne accès à la seconde cour intérieure. Son aspect majestueux rappelle les merveilles de Karnak. « Là, dit encore ChampoUion, la grandeur pharaonique se montre dans tout son éclat, la vue seule peut donner une idée de ce péristyle, soutenu à Test et à l'ouest par d'énormes colonnades, au nord par des piliers contre lesquels s'appuient des cariatides derrière lesquelles se montre une seconde colonnade. Tout est chargé de sculptures revêtues de couleurs très brillantes encore; c'est ici qu'il faut envoyer, pour les convertir, les ennemis systématiques de l'architecture peinte. Les parties des quatre galeries de cette cour conservent toutes leurs décorations. De grands et vastes tableaux sculptés et peints appellent de toute part la curiosité des voyageurs. L'œil se repose sur le bel azur des plafonds ornés de couleur jaune doré; mais l'importance et la variété des scènes reproduites par le ciseau absorbe bientôt toute l'attention. »
Entrer ^ans le détail de ces scènes que ChampoUion
appelle h bon droit héroïques nous est malheureusement impossible : ce serait reprendre un à un et dans leurs détails les faits les plus intéressants de Tbistoire et de la civilisation égyptienne à l'époque de RamsèsIII. Indiquons seulement que Tobjet principal de cette vaste décoration est la campagne entreprise contre les peuples de l'Asie par Ramsès-Méîamoun et la victoire navale à la suite de laquelle il leur imposa sa domination et les frappa de lourds tribus. Depuis l'enrôlement et l'armement des troupes jusqu'au retour et au triomphe du Pharaon, toutes les scènes importantes de la guerre sont figurées sur ces murailles. Leur étude n'a pas été d'un médiocre secours pour éclairer l'histoire et la généalogie passablement embrouillée des Pharaons de la X1X« dynastie.
Quittons maintenant — quoique à regret — ce massif de Médinet-Habou qu'on a appelé avec raison le Kamak de la rive gauche; descendons de nouveau le cours du Nil, en nous approchant du fleuve.
D'autres splendeurs appelaient autrefois les visiteurs anciens.
Mais aujourd'hui quel changement!
De loin deux colosses assis dominent la plaine et attirent seuls notre attention. Ce sont les deux célèbres statues de Memnon, et leur présence indique la place du célèbre palais d'Amenophis, VAmenophion ou Memnonium.
Ici, malheureusement, l'architecture avait employé la pierre calcaire et non le grès dur qui servit à Medinet- Habou. Les barbares ont exploité cette vaste carrière si facile à détailler et à réduire en chaux. Leurs ignobles cahutes sont bâties avec les restes des palais des rois ; ils ont enlevé minutieusement, pierre à pierre, tout ce qui pouvait leur être de quelque utilité ; et les voyageurs affirment qu'il en a coûté presque autant de peine pour démolir cet édifice qu'il en avait fallu aux construcleurs pour !<^ bâtir. Cependant, que de restes
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précieux pour l'archéologie et ppur Thistorien subsistent encore, cachés par les hautes herbes, gisant au fond de quelques trous, apparaissant de loin au-dessus du limon du fleuve, et labourant en quelque sorte cette plaine faite d*alluvions régulièrement amoncelée.
Nous avons mentionné déjà les colosses; il est inutile de reprendre ici l'histoire et la légende de ces célèbres statues de Hemnon. lis étaient auparavant placés en sentinelles à la porte du riche palais d*Aménophis; mais ils n'étaient pas seuls. On a compté plus de dixhuit colosses monolithes dont les membres épars gisent encore çà et là. Deux, entre autres, mieux conservés, indiquent une autre entrée du palais d'Aménophis et donnent une juste idée de son étendue.
Derrière l'Aménophion, un peu plus au nord, et prés de ces derniers colosses que nous venons d'indiquer s'élevait un nouvel édifice dont le nom et le fondateur ont été méconnus jusqu'à GhampoUion le Jeune. C'est le Rhamesséum ou tombeau d'Osymandyas. Le Pharaon qui le construisit n'est autre, cela est certain aujourd'hui, que Rhamsès le Grand, le véritable Sésostris. Ce monarque, qui fut un des plus grands bâtisseurs du monde, qui a poussé le désir de faire vivre son nom jusqu'à s'emparer souvent des cartouches et des inscriptions de ses prédécesseurs, qui a complété la plupart de leurs travaux, et dont on a pu dire, en un mot, qu'il n'était peut être pas un monument important en Egypte où Ton ne retrouvait sa trace, Ramsès, dis-je, a été pris du désir fort naturel d^élever aussi son monument à lui, et d'y consacrer le souvenir de ses fabuleuses victoires.
C'est de cette pensée qu'est sorti le Rhamesséum. Ce ne fut certainement pas le plus grand monument de Thébes : mais ce fut peut*ètre le plus pur, le plus noble et le mieux proportionné. On a remarqué qu'aucun des autres monuments de cette capitale ne se rapprochait davantage de l'art grec. C'est peut-élre ce qui lui
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a valu la bonne fortune .d*être décrit tout entier par un Grec qui le visita, alors qu'il était encore debout. Celte description, complétée par les ruines très belles qui restent encore à Tbeure qu^il est, donnent une juste idée du palais où le grand conquérant se reposait de ses travaux, remerciait les Dieux, en méditant peut-être de nouveaux exploits :
«( Sur la rive gauche du Nil, dit Diodore, s*élève le monument du roi Osymandyas. Un pylône couvert de sculptures, large de deux cents pieds, haut de quarantecinq coudées, conduit à une cour carrée entourée de colonnes, de 400 pieds de côté; mais les colonnes sont remplacées par des statues debout, hautes de seize coudéesy toutes d'un seul bloc en style archaïque. Le toit du portique, épais de deux toises, également composé de monolithes, est parsemé d'étoiles peintes sur un fond bleu. Derrière cette cour est un second pylône, semblable au premier, mais orné de sculptures encore plus riches. Â rentrée se dressent trois statues d'un seul bloc. Celle du milieu, qui est assise, est la plus grande de toute TËgypte, car le pied seul a plus de sept coudées de long. Â côté des genoux de cette statue sont deux figures de femme, l'épouse et la fille du roi, et toutes les trois statues sont d'une seule pièce et l'on n'y voit nulle part ni joint ni fente. 11 y a encore une quatrième statue, haute de vingt coudées, pareillement monolithe : c'est la mère d'Osymandyas.
« A ce pylône succède une seconde cour à colonnes, plus remarquable encore que la première et dans laquelle une foule de sculptures représentent la guerre d'Osymandyas contre les Bactriens. Ceux-ci ayant fait défection, le roi se mit en campagne avec 400 000 fantassins et 20 000 cavaliers, divisa son armée en quatre corps et en confia un à chacun de ses quatre fils. Sur la première muraille, le roi, à la tête de son armée, attaque une forteresse entourée d'un cours d'eau ; il est accompagné d'un lion qui le seconde. Sur la seconde
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muraille on emmène les prisonniers; ils n*ont ni parties génitales, ni mains, pour marquer qu*ils ont combattu sans courage. La troisième muraille montre le ^acriQce du roi et son retour triomphant.
« Au milieu de la cour à colonnes s*élève un autel d*mie grandeur et d'un travail merveilleux. Devant la quatrième muraille se trouvent deux statues assises de 27 coudées de hauteur, à côté desquelles trois sorties débouchent dans une salle à colonnes dont chaque côté mesure deux cents pieds. 11 y a dans cette salle une multitude de statues en bois. Elles représentent des hommes debout qui attendent la décision de leurs procès, les yeux tournés vers les juges. Ceux-ci, au nombre de trente, sont taillés dans un des murs, rangés autour du chef des juges qui porte suspendue à son cou une statuette de la Vérité, les yeux fermés; il a à ses pieds une foule de livres.
« On entre ensuite dans un espace destiné à la promenade où sont figurés des mets exquis et très variés. G*est là qu*on voit encore le roi paré des plus brillantes couleurs, olfrant aux dieux Tor et Targent que lui rapportent chaque année les mines d*Ëgypte, et la somme est écrite à côté : cela montait à 320 000 mines.
« Suit la bibliothèque sacrée garnie des statues de tous les dieux d'Egypte et de celle du roi qui offre à chacun son dû comme pour montrer à Osiris et à ses assistants ou collègues du monde inférieur, que le roi a été toute sa vie juste envers les hommes et pieux envers les dieux. Contre le mur de la bibliothèque s'appuie encore un autre bâtiment où se trouvent vingt lits de repos, les statues de Zeus et d'Héra et la statue du roi. C'est dans ce bâtiment que le roi est, .dit-on, enseveli. Il est d'ailleurs entouré de beaucoup d'autres pièces qui renferment de très belles statues de tous les animaux honorés en Egypte. Par ces pièces on arrive sur le dessus du tombeau où se trouve un cercle d'or de 56 coudées de circonférence et d'une coudée d'épaisseur. Tous les
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jours de Tannée sont marqués et inscrits sur ce cercle avec des observations qui donnent pour chacun le lever et le co^ucher des groupes d*étoiles, plus les influences que les astrologues d*Ëgypte attribuent à ces constellations*, i
Les détails que Diodore nous donne sur le tombeau dit d*Osymandyas, sont assez précis pour que nous reconnaissions le palais de Ramsès. Les ruines nous présentent encore le pylône grandiose, la cour à colonnes avec ses colosses en forme de cariatides. On a trouvé aussi les débris d'une gigantesque statue, haute de prés de 20 métrés, et dont le doigt mesure i">,56. Enfin sur les murs se déroule cette série de batailles et de triomphes remportés par Ramsés II non contre les Bactriens, comme le croit Diodore, mais bien contre les Chétas. Ce sont ces mêmes exploits, si souvent reproduits en Egypte, que raconte le poème du Pentaour dont nous avons donné plus haut quelques extraits.
Une salle portée par cinquante colonnes rappelle dans des proportions plus modestes la grande salle de Kamak. Les colonnes elles-mêmes bâties avec la plus harmonieuse élégance, décorées des plus riches peintures et des motifs d'ornementations les plus variées, méritaient de nous arrêter plus longtemps.
C'est avec regret que nous laissons ici de côté cette intéressante question de la colonne Égyptienne. Sa conception originale et ses transformations successives sont un des points les plus curieux de l'histoire de l'art sur lequel nous ne pouvons qu'attirer en passant l'attention du lecteur.
La série des monuments élevés directement sur les bords du Nil se termine par le palais dit de Gournah, qui se trouve à l'extrême sud. C'est une élégante construction qui date de la bonne époque de Sélhos et de