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Mariette, Karnak

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Nous verrons plus loin quel était le chemin colossal qui le réunissait aux édifîces de Louqsor.

Résumons donc notre impression.

Entassez lun sur Tautre Tare de triomphe de Constantin et la grande salle de Saint-Pierre de Rome; étendez en avant et en arrière les cours du Louvre et les bassins de Versailles ; plantez devant les portes les obélisques qui ornent nos places et que nous avons ravis à rÉgypte ; élevez une forêt de colonnes presqu'égales en grosseur à nos colonnes Vendôme et de Juillet; bâtissez une immense enceinte qui enveloppe et protège cet amas de temples, de couloirs, de pylônes, de sta tues, de salles, de cours et de palais : vous aurez enfin une idée assez complète du grand temple de Karnak.

Et cependant les points de comparaison que vous fournissent les splendeurs des villes modernes ne vous auront pas suffi encore. 11 reste une œuvre que rien n*égale et de laquelle nous n*avons pas dit un mot jusqu*ici : c'est l'immense allée de mille sphinx qui, longue de plus de deux mille mètres, reliait Karnak à Louqsor. Cette ailée partait du flanc sud du temple et faisait ainsi régner Vaire sacrée sans interruption d'un bout des Apetu (Thèbes) à Tautre. L'allée avait vingttrois mètres de largeur. De quatre mètres en quatre mètres, les sphinx étaient assis et regardaient avec leurs grands yeux mélancoliques passer la foule des adorateurs du Dieu. Aucun cartouche, aucune inscription ne révélait le nom du souverain dont la monumentale modestie avait étendu et déroulé aux portes du temple cette incommensurable prière.

Suivons à notre tour cette allée aujourd'hui presque entièrement disparue. En remontant le cours du Nil, nous arrivons à un nouveau massif de monuments. C'est Louqsor.

Louqsor qui en arabe, veut dire les Palais, reproduit, sans les égaler, quelques-unes des splendeurs des con-

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structions de Karnak. L*art à Louqsor est peut-être plus raffiné, plus élégant même, mais l^eiTort a été moindre et le résultat est moins imposant.

Ici encore se suivent et s'entremêlent en l'honneur d'Ammon Ra, les parties essentielles d un temple égyptien, c'est-à-dire pylônes, cours, salles hypostyles et sanctuaires.

Deux souverains surtout s'étaient appliqués à la construction de cet édifice.

C'étaient Amenhotep III et Ramsès le Grand. Celui-ci ne fit que compléter les travaux de son prédécesseur. Mais il s'assura la meilleure part de la gloire en élevant à l'entrée du temple un portique du plus grandiose effet.

Ce portique se composait de deux pylônes très élevés sur lesquels se déroulait la suite des exploits de Ramsès. Entre ces deux pylônes était ménagée une porte de plus de cinquante pieds de haut. En avant, quatre statues colossales de plus de quarante pieds de haut et taillées chacune dans un seul bloc de marbre de Syène représentaient le conquérant. En avant encore on avait dressé deux obélisque^ dont le hardi pyramidion perçait les nues et attirait vers le ciel l'attention du pieux visiteur.

De ces deux obélisques l'un, comme nous l'avons dit déjà, est aujourd'hui sur la place de la Concorde. Il est haut de 70 pieds ; son poids est de plus de 220 raille kilog. ; il reposait sur un dé de granit assez élevé. C'est une pierre monolithe sortie des carrières de Syène. Sur chacune de ses deux faces sont gravées, en caractères d'une pureté admirable, des inscriptions en l'honneur de Ramsès II qui éleva le portique et de RamsèsIII, qui l'acheva. Tous deux y sont mentionnés avec leurs titres ordinaires et en quelque sorte patronymiques de « seigneur de la région d*en haut et d*en bas^ fiU des dieux et des déesses ^ seigneur du monde ^ soleil gardien de la vérité, approuvé de Phré » ; ou bien en-

Eolrte do Louqur.

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core d* « Aroéins puismnt, ami de la vérité^ roi modérateur ^ très aimable comme Thmon^ étant un chef né d'Amman^ et son nom étant le plus illustre de tous ».

Il n*était pas inutile d*insister quelque peu sur les obélisques du temple de Louqsor ; car outre l'intérêt que leur donne leur moderne destinée, il faut noter que chez les Égyptiens eux-mêmes, ces monuments passaient pour le type même de la construction, pour le monument par excellence. Ils représentaient un des attributs les plus mystérieux du dieu Ammon, et on les vénérait parfois comme symboles divins.

On trouve sur certains scarabées la scène suivante: *A^ c'est-à-dire un homme adorant un obélisque.

|^>1 C'est là un témoignage certain et confirmé plusieurs fois de l'importance que ces représentations monumentales avaient aux yeux mêmes des anciens Egyptiens ^

L'importance des ruines de Louqsor est infiniment moins grande que celle de Karnak. Outre les causes de faiblesse relative qu'il y avait dans l'infériorité de la masse générale de l'édifice, l'usage qu'ont fait des pierres les habitants arabes du village de Louqsor pour élever leurs mosquées, et même leurs masures, a complètement défiguré l'ensemble des ruines. Les dépôts successifs du Nil, des arbres poussés çà et là, les habitations éparses permettent à peine de retrouver quelque chose de la grande impression que dut faire le temple.

Même dans les parties qui subsisient, plus d'un fragment important, comme le grand quai sur le Nil, comme le nouveau sanctuaire en granit, sont d'une époque relativement moderne et doivent être attribués soit aux Lagides, soit même aux Césars.

Nous n'insisterons donc point sur la description du palais de Louqsor. Nous franchirons rapidement la vaste enceinte qui l'entourait et dont quelques restes apparais-

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