‹ Les vipères de France, morsures, traitementChapitre 15 sur 35 · MORTALITÉ P · texte numérisé non relu

MORTALITÉ P

Visage

Doigts et main

Bras

Cuisse

Pieds et orteils

Total

Les faits ci-dessus suffisent pour démontrer le danger des morsures faites par vipère aspic et péliade chez l'homme même adulte.

Parmi les animaux, les chiens de chasse sont les plus exposés à être mordus. Le nombre de ceux qui succombent annuellement des suites de la piqûre de

DANGER DES MORSUBES. 37

la vipère est considérable. Dans certains départements, la plupart des chasseurs ont vu quelques cas de morsures mortelles sur les cldeus. Chez ceux de ces animaux qui guérissent^ on observe consécutivement un affaiblissement de Todorat, une moindre ardeur et quelquefois de Fanémie. Us deviennent presque toujours rapidement inutilisables pour la chasse.

Les animaux plus gros, tels que les moutons, les chèvres, ne sont pas plus épargnés. Ainsi en 1850, un vétérinaire a estimé, sur le Larzac et les Causses, à environ cent, le nombre de bêtes à laine qui ont succombé annuellement à la suite de morsures de vipère. Un seul propriétaire a perdu quatorze brebis laitières sur un troupeau de soixante bêtes.

Les cas de morsures sur le cheval sont plus rares, mais ils se produisent quelquefois et peuvent même être mortels, comme en témoignent des observations publiées par plusieurs vétérinaires.

11 est donc certain que les morsures des vipères indigènes sont dangereuses, non seulement pour Tenfant, mais pour Thomme adulte, le chien, le mouton, la chèvre et les grands animaux tels que le cheval.

2* Conditions dans lesquelles se produisent les morsures. — Les conditions dans lesquelles les morsures , se produisent sont nombreuses et très variables, Beaucoup de personnes ont été mordues à la main en voulant saisir une vipère, en soulevant une javelle

38 DE L'INTOXICATION VIPERIQUE OU ENVENIMATFON.

SOUS laquelle était caché un de ces reptiles, en ramassant de rherbe, des feuilles mortes, en cueillant des fraises ou des fleurs, en introduisant la main dans un trou de mur, etc. ; d'aulres ont été mordues au pied en marchant sur un de ces dangereux reptiles, sans avoir de chaussures assez montantes ou assez épaisses. Enfin, d'autres ont été atteintes au ventre, à Ja poitrine ou à la cuisse, lorsque la vipère a mordu après s'être introduite sous les vêtements, soit sous le pantalon, soit sous la chemise entr'ouverte, lorsqu'au milieu du jour les personnes dorment couchées à terre dans les champs. Enfin les morsures sont aussi quelquefois la conséquence de la forfanterie; ainsi des personnes ont été mordues en voulant saisir une vipère avec la main ; plusieurs individus ont même été mordus mortellement à la langue en voulant introduire la tête d'une vipère vivante dans leur bouche.

Les chiens de chasse, animaux les plus exposés aux morsures, sont surtout atteints quand ils arrêtent les vipères, ou quand, en guettant un gibier, ils approchent le museau d'un de ces reptiles ; souvent aussi ils sont atteints aux pattes.

Les animaux herbivores sont généralement mordus au nez, aux lèvres, en pâturant le long des buissons ou dans les bois qui recèlent des vipères. On a cependant observé des cas de morsures sous le ventre, vers

la région mammaire sur la jument, pendant qu'elle était couchée dans les pâturages.

La vipère ne vient jamais au-devant de l'homme pour l'attaquer, elle ne le poursuit pas non plus. Les morsures se produisent toujours quand elle est surprise et qu'elle se croit en danger. Il est des personnes qui croient qu'elle se dresse sur sa queue, c'est là une erreur, elle ne peut projeter sa tête de plus de 15 à 20 centimètres du sol. Des souliers montants ou des guêtres suffisent en général pour se mettre à l'abri de ses atteintes.

3** Observations d" intoxication vipériqiie ou envenimation. — Quand le venin de la vipère est déposé au sein des tissus vivants de l'homme ou des animaux, il ne tarde pas à produire une maladie plus ou moins grave, une sorte d'intoxication qui porte le nom d'envenimation.

Pour se faire une idée nette des conditions diverses de l'envenimation, de ses symptômes et de ses dangers, il est utile de mettre sous les yeux du lecteur quelques observations cliniques authentiques puisées dans les travaux des médecins et des vétérinaires.

Observation I (D' Fredet) (1).

Cas de mort par la morsure d'une vipère. — Le 15 avril 1872, ]e nommé R... (Antoine), âgé de quarante-sept ans, cuUivaleur

(1) Union médicale ^ 1878.

40 , DE L'INTOXICATION VIPÉRIQUE OU ENVENIMATION.

à Saint-Amand-Tallende (Puy-de-Dome), travaillait dans une vigne située sur le col eau de la Serre, près de Saint- Amande Après son repas de midi, suivant Thabilude des gens de la campagne, il voulut prendre quelque repos ; il dormait depuis un quart d'heure environ, lorsqu'il sentit un corps froid s'agiter sur sa poitrine.

Il y porta inslinctivement la main, mais ce mouvement était à peine fait, qu'il ressentit une vive douleur au-dessus du sein gauche; il se réveilla en sursaut, et quelle ne fut pas sa frayeur en voyant, sous sa chemise entr'ouverte, une vipère énorme, par laquelle il venait d'être mordu, et qu'il rejeta avec effroi loin de lui. Son premier soin fut celui de la vengeance; il se mit à poursuivre le reptile qui fuit devant lui et qu'il ne put atteindre.

Aidé alors d'un de ses compagnons qu'il réveille, R... essaye de se cautériser avec deux allumettes enflammées; il se frictionne ensuite vigoureusement avec de la terre sèche, à laquelle les gens de nos campagnes attribuent une vertu curalive.

Mais sentant ses forces défaillir, il se rend à Saint-Amand, soutenu par son camarade. Là il va trouver un des médecins de celte localité.

Quand il arriva chez notre confrère le blessé était pâle, couvert d'une sueur froide; il existait de la soif et des vomissements, il n'y avait pas encore de gonflement (Irois quarts d heure après l'accident). On fit alors une incision pour agrandir les piqûres, et la femme du blessé pratiqua des succions énergiques. On prescrivit des frictions avec de la flanelle chaude, une potion à l'ammoniaque.

Cette dernière préparation fut même appliquée sur la plaie.

Néanmoins, les forces allaient s'affaiblissant et cinq heures après l'accident, le malade sentait ses extrémités se refroidir, les vomissements continuaient, et, symptôme plus grave, une hémorragie assez abondande se déclarait par l'intestin et la vessie. Le vin chaud, le vin de quinquina furent inutilement employés pour relever les forces du blessé, qui, douze heures

après avoir été mordu, succombait, présentatit tous les symptômes d'une violente intoxication.

On observait sur ce malheureux un engorgement œdémateux généralisé et par places, des taches brunes, noirâtres, dues à répanchement du sang dans les mailles du tissu cellulaire.

Observation II (D' Fredet) (1).

Cas de morsure de vipère. Mort, — Il y a deux ans, je donnai des soins à un homme de soixante ans environ qui succomba au cinquième jour, après avoir été piqué au pouce par une vipère. Cet homme travaillait dans une vigne, et en y arrivant le matin, il voulut déposer une bouteille de vin qull apportait pour se désaltérer dans la journée, dans une sorte de cave ou de trou que les vignerons ménagent toujours dans leurs vignes pour mettre leur boisson au frais. En y enfonçant son bras, il se sentit piqué au pouce, mais n'y prit pas garde. Il continua son travail, et ce ne fut que vers le milieu du jour que, voyant son bras gonfler, il rentra chez lui pour se mettre au lit.

Ses fils à qui il raconta ce qui venait de lui arriver, voulant s'assurer du fait, bouleversèrent avec la pioche la petite cave où leur père supposait que se soit caché le reptile ; ils trouvèrent en effet une vipère, qu'ils tuèrent, et qui vraisemblablement était celle qui avait mordu leur père.

Je vis ce malheureux le lendemain de la piqûre ; le bras était énorme, parsemé de taches noirâtres. Les forces étaient déprimées, les extrémités froides. Je fis quelques débridements sur le membre malade et employai tout ce qu'on a Thabitude de recommander en pareil cas. Rien n'y fil; le blessé succomba au cinquième jour, dans un coma profond.

Observation III (D' Fredet) (2).

Cas de morsure de vipère. Mort, — En 1873, au mois de juillet, dans la commune d'Eygurande^ le jeune Désiré Poisson, &gé

(1) Loc, cil,

(2) Loc. cit.

42 DE L'INTOXICATION VIPÉRIQUE OU ENVENIMATION.

de neuf ans, était endormi sous un chêne, lorsque tout à coup il se met à pousser des cris de douleur et à s'écrier : « Je sens quelque chose de froid sur mon ventre et je souffre beaucoup. » On accourut, on le déshabilla et Ton trouva sous sa chemise une énorme vipère aspic par laquelle il venait d'être mordu ; trois heures après Taccident Tenfant succombait.

Observation IV (D»" Fredet) (1).

Cas de morsure de vipère. Mort. — Dans la même année, dans le canton de Lezoux, Jeannette Brousse, âgée de onze ans, glanait dans un champ de blé. Elle était pieds nus. En marchant elle mit le pied sur une vipère étendue dans un sillon. Ce reptile se redressant la mordit au niveau de la malléole externe de la jambe gauche, en deux points différents. L'enfant fut aussitôt transportée chez ses parents et malgré les soins éclairés d'un médecin appelé en toute hâte, succombait deux heures après avoir été mordue.

Obsekvation V (D' Fredet) (2).

Cas de morsure grave de vipère. Guérison, — L'année dernière encore dans ce même canlon de Saint-Amand, à 18 kilomètres de Clermont, un paysan fut mordu à l'index de la main droite en voulant saisir une vipère cachée sous une touffe d'herbe. Voici d'ailleurs son observation.

Vendange, de Saint-Saturnin, âgé de trente ans, voulut saisir par la queue une vipère cachée sous une touffe de sainfoin, l'année dernière au mois de juillet. Le reptile irrité le mordit à l'index de la main droite, première phalange. On s'empresse autour du blessé, on frotte les piqûres avec de la terre. (La terre enlève tout venin dans notre pays.) Un châtelain du voisinage accourut sur ces entrefaites, muni de son flacon d'ammoniaque.

On frotte le doigt et on invite le patient à boire quelques gouttes de cette liqueur dans un verre d'eau. Néanmoins, le blessé

(1) Lac. cit.

(2) Loc. cit.

esl pris de syncope, et Ton décide à le transporter chez lui.

Chemin faisant, M. le D' Morin, de Saint-Amand-Tallende, de .qui nous tenons celle observation, rencontre ce malheureux, élendu sans mouvement sur un tombereau queTonmenail à bras.

« Vendange était glacé, dil le D'' Morin, le pouls était imperceplible, le visage bleuâlre, j'eus peine à saisir le mouvement respiratoire. Je résolus cependant d'agir comme si la vipère ne venait que de mordre. — N'ayant pas ma trousse sur moi, je fis avec un canif une incision cruciale sur la face palmaire de la phalange blessée. Vendange n'y fut pas sensible. — Avec des tringles de rideau d'une auberge voisine que je ils rougir au feu, je cautérisai le fond de la plaie. En même temps, j'appliquai des ligatures, l'une à la base de la phalange, la deuxième au poignet, la troisième à l'avant-bras, la quatrième au coude, la cinquième et dernière au bras.

La cautérisalion réveilla le patient de sa torpeur. On le conduisit alors à son domicile, et le mit au lit. Le malade est alors pris de vomissements de matières alimentaires au milieu desquelles on aperçoit deux lombrics et une infinité de pelits points noirs, signes précurseurs d'une violente hématémèse qui se déclare un quart d'heure après.

Hématémèse et mœlena se manifestèrent jusqu'au lendemain. Pendant quinze jours le malade fut dans une faiblesse extrême et put à peine reprendre son travail deux mois après l'accident. Depuis celte époque. Vendange se plaint qu'à certains moments le membre blessé se colore de teintes ecchymotiques qui disparaissent aussi facilement qu'elles se montrent. »

Observation VI (D' Fredet) (1).

Cas^rave de morsure de vipère. — Baguess, ouvrier ferblantier à Clermont, se reposait après son repas dans la cour d'une maison habitée et située dans une commune de l'arrondissement de Thien, il y a cinq mois environ, lorsqu'il sentit tout à coup un corps froid se glisser sous le pantalon qui recouvrait

(I) loc. cil, :; .>

.44 DE l'intoxication VIPÉRIQUE OU ENVENIMATION.

la jambe droite. Il y porla la main et se sentit piqué immé* diatement au milieu de Tarticulalion fémoro-tibiale; il se redressa eiïrayé, ouvrit son pantalon et aperçut sous sa chemise une vipère assez volumineuse qui venait de le mordre et qui cherchait à se glisser entre la poitrine et la chemise. Il la saisit alors à quelques centimètres en arrière du cou ; Fanimal se sentant pris, se retourna et Tatteignit à l'index de la main droite de ses deux crochets au niveau de la première phalange. Buguess laissa tomber Tanimal qu*il écrasa du pied. . Quelques instants après Taccident, le blessé agrandit la blessure du doigt et fit sortir quelques gouttes de sang et se disposait à rentrer à la maison, lorsqu'il se sentit défaillir. « Je fus obligé, me dit-il, de me coucher à terre et je restai ainsi ayant perdu connaissance pendant une heure au moins. Cependant je recouvrai mes sens, mais malgré mon plus vif désir de rentrer à la maison d'habitation dont la porte ouverte était à quelques pas de moi, je ne pus me redresser ni ramper jusquelà. J'étais comme paralysé. »

. On vint enfin à son secours, on le transporta sur un lit, on lui fît boire quelques gouttes d'ammoniaque dans de Teau. C'est alors qu'il fut pris de vomissements séreux et de selles involontaires avec tendance syncopale, refroidissement des extrémités. Cet état persista toute la nuit, et Ton s'attendait à sa mort prochaine, lorsque le lendemain vers 10 heures il fut visité par mon confrère le D^ Plicque, de Lezoux, qui jugea son état des plus graves et qui m'affirmait il y'a quelques semaines qu'il ne s'attendait guère à le voir revenir d'aussi loin.

C'est à ce moment qu'on lui administra des boissons alcooliques et chaudes, qu'on lui réchaufla les extrémités, et le deuxième jour, on le transporta à Clermont où je le visitai chaque jour. Je vis Baguess quatre jours après son accident. En quelques mots, voici ce que je constatai :

État local. — Gonflement œdémateux de tout le membre inférieur droit jusqu'à la région dorsale inférieure, aspect ecchymotique couleur lie de vin ou noirâtre.

Les piqûres au nombre de deux, assez écartées au-dessus de Tarticulation du genou, présenlent un gonflement inflammatoire très appréciable.

Le membre supérieur droit offre lo même aspect que je viens de signaler pour le membre inférieur. Les ganglions ne sont pas engorgés soit à Faine, soit à Faisselle, on ne sent pas de cordon induré sur le trajet des vaisseaux lymphatiques et cependant la teinte ecchymotique est plus accusée à la partie interne des membres qu*à la partie externe.

État général, — Le malade est très affaissé, son teint est subictérique. A diverses reprises, je l'engage à se lever dé son lil. Le blessé à peine assis sur un fauteuil est pris de syncope et je suis obligé de le faire replacer dans son lit. Le pouls est petit, régulier, très dépressible. Les battements du cœur sont faibles, mais réguliers, le malade ne peut digérer que du lait ou des boissons, tous les aliments solides sont rendus quelques inslanls après leur ingestion dans Testomac.

Les urines sont normales, très mousseuses, mais ne présentent aucune trace de sucre ni d'albumine.

Le sang examiné est diffluent, présentant un caillot noir s' écrasant facilement sous le doigt. Le sérum est plus abondant et plus coloré ; quant aux globules, ils ne m'ont semblé altérés ni dans leur forme ni dans leur nombre. Les leucocytes n'y sont pas plus nombreux que dans le sang normal.

Effets consécutifs, — Les symptômes d'adynamie que je viens de signaler disparaissent lentement. Au quinzième jour, le blessé éprouvait encore quelque peine à rester longtemps assis. L'ecchymose du membre supérieur et inférieur droit ainsi que l'œdème diminuent peu à peu ; mais comme Baguess était impropre au travail; il partit quinze jours après son accident pour son pays natal où il resta un mois. Comme à Clermont, il ne put s'habituer à manger de la viande rôtie ou non, qu'il rendait à chaque fois. Le lait seul était bien supporté. £nfin trois mois et demi après sa blessure, Baguess était encore dans un état de faiblesse considérable; il ne pouvait pas encore

46 DE L'INTOXICATION VIPÉRIQUE OQ ENVENIMATION.

travailler et souffrait de douleurs gastralgiques assez violentes.

Observation VU (du D' Fredet) (1).

« Un de mes ouvriers me disait un de mes confrères, ayant découvert une vipère dans un pré que je faisais faucher, je voulus la saisir très près de la tête pour l'empêcher de me mordre, mais elle fut plus agile que moi et me mordit à l'index droit. Je fus aussitôt pris d'un froid intense, avec envie de rendre et tendance à la syncope. Je cautérisai cependant la blessure avec le crayon de nitrate d'argent que j'avais sur moi. Le pré où je me trouvais était à 1 kilomètre environ de ma maison d'habitation. Dans ce trajet, je fus obligé de me reposer trois fois. Arrivé chez moi, je cautérisai de nouveau la plaie avec de l'ammoniaque et me mis au lit.

« Malgré deux cautérisations successives, l'enflure gagna le bras, le côté droit de la poitrine et du ventre. Ce n'est qu'au bout de quatre à cinq semaines de repos absolu que l'enflure disparut après des sueurs très abondantes, provoquées par l'ingestion de boissons anisées. »

Notre confrère n'a pas eu sa santé altérée par cette morsure venimeuse.

Observation VIII (M. Pérut de Châtenois) (2).

Un cas de morsure de vipère ayant entraîné la mort soixante jours après V accident, — X..., âgé de trente-six ans, scieur de long, accompagné de quelques camarades de chantier, allait les bras pendants, d'un point à un autre de la coupe forestière, où ils. travaillaient, lorsqu'il fut mordu au médius de la main droite par une vipère. Il poussa un cri et s'affaissa instantanément sur lui-même. Ses compagnons profitèrent de son évanouissement pour le secourir à leur manière ; ils commencèrent par faire une vigoureuse ligature au moyen d'une ficelle, audessus de la petite plaie digitale; puis non contents de cette

(1) Loc. cit,

(2) Revue médicale de VEst, 1876, p. 248.

précaution, ils enlevèrent, dans les mêmes conditions, un anneau de chair intéressant la peau et les tissus sous-jacents jusqu'à Tos, croyant avoir ainsi intercepté toute voie de communicalion au venin.

Malgré ces moyens plus énergiques que raisonnes, les acci-. dents allèrent leur train; les phénomènes habituels se produisirent, sans néanmoins présenter une grande inl ensilé locale; je veux parler surtout de la tuméfaction et de la douleur vers la région atteinte; toujours esl-il que trente jours après, le malade, indemne de tout accident local, restait avec un état de stupeur, d'anéantissement qui le rendait impropre, non seulement à tout travail, mais même à toute relation sociale.

Il se présenta alors à Thôpital, ofi il fut reçu avec empressement. Hébété, hagard, sans énergie, prêt à pleurer à tout propos ou à s'effrayer de tout et de rien, c'était un type frappant de cet état pathologique qui résulte de Taction des poisons stupéfiants. Malgré les soins les plus rationnels le malheureux succomba après un mois de séjour à l'hôpital.

Observation IX (M. Thiébaut d'Aouze) (1).

Un cas de morsure de vipère ayant causé des accidents très graves rapidement améliorés par la cautérisation au fer rouge, — Vers la fin du mois d'août 1848, le nommé Melel, âgé d'environ quarante ans, fort robuste, curé à Yandeléville (Meurlhe), traversant son jardin, fut mordu par une vipère au-dessus de la malléole externe du côLé droit. Il était 10 heures du matin. Immédiatement il appliqua sur la plaie une forte dose d'ammoniaque liquide, se croyant ainsi à l'abri de toute suite fâcheuse de sa blessure. Mais contrairement à ses espérances, le blessé éprouva de vives douleurs, qui allèrent en augmentant dans le cours de la journée; il survint en même temps un gonflement qui envahit progressivement la jambe, la cuisse et le bas-ventre, puis une diarrhée très forte et du délire.

(I) Revue médicale de VEst, 1876, p. 245.

48 DE L'INTOXIC.VTION VIPÉRIQUE OU ENVENIMATION.

Appelé dans la soirée, j'arrivai près de lui à 7 heures du soir. Je trouvai le malade sans connaissance ; ventre ballonné; pouls très petit, vite, filiforme; selles diarrhéiques fréquentes. Le membre blessé est énormément tuméfié. L'application de mon index sur ce membre dans le but de reconnaître la tension des tissus, fil pousser au patient un cri de douleur si violent, que les assistants reculèrent de frayeur. Je pratiquai aussitôt une incision de 8 à 10 centimètres sur le lieu de la morsure, assez profonde pour ouvrir la veine saphène externe, de laquelle s'écoula une certaine quantité de sang, et je fis sur toute la jambe et principalement au mollet, une dizaine d'incisions profondes desquelles il ne sortit, et même difficilement, qu'un liquide légèrement citrin et tellement condensé qu'il restait sur le bord de la plaie sans couler. Je cautérisai au fer rouge les plaies pratiquées sur la jambe.

Chose remarquable, environ vingt à trente minutes après cette opération, mon malade reprit bonne connaissance, reconnut tous les assistants et même son médecin, qu'il fut bien étonné de voir auprès de lui.

Le reste du traitement consista en boissons diaphoréliques pendant quelques jours, et le pansement des plaies. Bientôt mon malade fut parfaitement rétabli.

Observation X (M. Crussard, de Neufchâteau) (i).

Morsure de vipère suivie d'accidents générauar graves. Amélioration rapide après la cautérisation au fer rouge. — Au mois d'avril 1864, on m'amena une femme qui venait d'être mordue par une vipère en travaillant dans sa vigne. Cette femme a vingthuit ans, elle est robuste, sanguine, et n'a jamais été malade. Au moment où je la vois, il y a deux heures et demie que l'accident est arrivé. Un peu au-dessus de la malléole externe droite, je constate une petite blessure par laquelle il s'est écoulé un peu de sang. Il n'y a pas de changement de coloration de

(1) Revue médicale de VEst, 1876, p. 247.

la peau; gonflement très léger ne s'étendant pas jusqu'à la naissance du mollet; mais en revanche, le membre est traversé par des élanrcemenls d'une grande violence, qui arrachent des plaintes continuelles à la malade, qui est pourtant une femme courageuse. La face est pâle, couverte, ainsi que les mains un peu cyanosées, d'une sueur froide. Vomissements répétés, et plusieurs selles involontaires très félidés. Pouls petit, filiforme, fréquent, menaces continuelles de syncopes, qui ne sont empêchées que par un flacon d'ammoniaque tenu sous le nez de la malade. On lui a versé de l'ammoniaque sur la plaie, ce qui n'a pas empêché tous les accidents de la morsure de la vipère de se produire. Après avoir incisé la plaie crucialement, je fis rougir à blanc un cautère que j'éteignis à deux reprises dans la plaie. Presque aussitôt les douleurs lancinantes cessèrent comme par enchantement. Je fis donner à la malade des infusions de menthe additionnées d'esprit de Mindérérus. Les vomissements et les selles cessèrent; quelques heures après, la malade élail hors de danger, et au bout de deux jours elle ne soulfrait plus que de la brûlure, qui demanda un mois pour guérir complètement.

Observation XI (M. Alba d'Allignéville) (1).

Un cas de morsure de vipère traitée par les injections d*ammoniaqueet terminéepar lamort. — Henri-Louis, d'Anligny-la-Tour, garçon de neuf ans, tempérament lymphatico-sanguin, est piqué le 8 août 1874, vers 3 heures de l'après-midi, entre l'index et le médius droits, à la naissance des doigts, par une vipère de la grosseur de l'index d'un adulte. A 7 heures du soir, je trouve la main et le poignet bleu noirâtre, énormément tuméfiés, tant par suite de la blessure que par l'effet d'une ligature qu'on y avait appliquée et qui était très fortement serrée. Avant mon arrivée, et environ une heure après l'accident, on avait cautérisé la plaie à l'ammoniaque et donné à l'intérieur quel-

(1) Revue médicale de VEst, 1876, p. 187.

50 DE L'INTOXICATION VIPÉRIQUE OQ ENYENIMATION.

ques goutles du même liquide. Il y a eu quelques vomissements; le malade est anxieux et couvert d'une sueur froide et visqueuse. Température normale, pouls 85. Débriflement de la plaie, cautérisation à l'ammoniaque, suivie d'un écoulement abondant d'un liquide séro-sanguinolent. Enlèvement de la ligature. Boissons chaudes et stimulantes, rhum, vin chaud à la cannelle, café. Nuit agitée. Deux vomissements ; gonflement sur le membre supérieur se prolongeant sur le thorax et en arrière, occupant le côté droit. Ce gonflement est très douloureux. Écoulement séreux jaunâtre très abondant par l'incision pratiquée hier. Température normale; respiration 24; pouls 135<>. Soif vive. Injection de 12 gouttes d'une solution ammoniacale au 1/8 au-dessus du sein droit.

Moucheture sur tout l'avant-bras. Traitement interne comme la veille.

Le 10. — Journée d'hier et nuit mauvaise; anxiété, vomissements, agitation, parfois du délire. L'enfant est comme glacé malgré la friction avec des linges chauds et les boissons stimulantes chaudes. Le gonflement fait maintenant le tour du thorax, sueurs visqueuses; pouls petit, serré, filiforme, souvent imperceptible vers 160. Le malade meurt vers 6 heures du soir.

Observation XII (D' Greulzer) (1).

Morsure de vipère. Accidents graves, — Le 27 août vers midi, en écartant quelques herbes avec les mains, je fus mordu par une vipère à la face dorsale de la dernière phalange du doigt indicateur droit. Immédiatement je ressentis, non pas au point où la morsure à peine visible avait eu lieu, mais au pli du coude, une douleur vive et lancinante, je me hâtai de pratiquer la succion et je parvins à exprimer quelques gouttes de sang. Cependant comme la douleur commençait à l'index et au médius, comme le gonflement était déjà sensible et s'accroissait rapidement, je cautérisai avec le nitrate d'argent, j'enveloppai ma

(1) Archives générales de médecine ^ 5« série, 1853, t. I, p. 741.

main dans un linge imprégné d*eau fraîche et me rendis dans la ville voisine, distante d'environ une demi-lieue.

A mon arrivée, la main et Tavant-bras ont plus que doublé de volume; douleurs violentes, lancinantes, térébrantes; sensations de brûlures qui s'étendent le long du bord radial du brasjusqu'à l'aisselle.

Pour la première fois, j'éprouvai de la fatigue, de l'agitation, une angoisse précordiale avec contracture pénible du diaphragme, sécheresse de la gorge, spasmes de la vessie, défaillance, frissons. Sur le conseil du professeur Dumrercher, application de quinze sangsues le long des vaisseaux lymphatiques, aux points où existent des traînées rouges; cataplasmes de glace renouvelés toutes les dix minutes, à l'extérieur 1/10^ de grains d'acélate de morphine.

J'ai ressenti quelque soulagement; à l'agitation succéda le sommeil interrompu par du délire.

Le lendemain matin les symptômes les plus fatigants, les mouvements spasmodiques du diaphragme et de l'œsophage, s'étaient calmés, le gonflement du bras avait considérablement augmenté. Le membre tuméfié était froid, pâle, à l'exception des cordons rouges de la lymphangite. La fièvre persistait : pouls 104. Frictions avec l'onguent napolitain.

Le 20, la fièvre n'a pas baissé; le gonflement s'est étendu à l'épaule, à la poitrine, à l'abdomen; il est limité par la clavicule, le sternum et le ligament de Poupart. Il s'est élevé audessus de la morsure et des piqûres de sangsues, des vésicules d'un gris de plomb ou d'une teinte plus foncée remplies de sang fluide.

Le 30, ecchymoses noirâtres le long du trajet des vaisseaux lymphatiques sur la face externe du bras au dos, dans l'aisselle; tuméfaction, fièvre, douleur comme la veille. Jusqu'au 31, continuation des applications froides, bain tiède, laxatifs, frictions avec l'huile de jusquiame.

Le 3 septembre, les tuméfactions étant très diminuées, la fièvre avait cessé. La résorption ne s'accomplit qu'en qua-

52 DE L'INTOXICATION VIPÉRIQUE OQ ENVENIMATION.

lorze jours, elle eut lieu en provoquant de violentes et douloureuses convulsions de Tavant-bras qui m'éveillaient la nuit et retentissaient dans le coude, les autres accidents disparurent aussi graduellement, mais avec plus de lenteur.

Observation XIII (D* Gœlono Bultozi) (1).

Empoisonnement par une morsure de vipère. Guénson. — Le 25 juin 1835, Àngelo Mouriello, d'un tempérament plus bilieux que sanguin, quoique pléthorique, sujet à des affections gastriques fréquemment répétées, fut mordu par une vipère {Coluber 6erws. Linné) au pouce et à l'index de la main droite. Au premier instant on se borna à appliquer une ligature serrée autour du carpe ; quelques heures plus tard, un chirurgien cautérisa laplaie. Cependant le poison faisait des progrès effrayants, le malade fut transporté à Thôpital le 26. Le bras était énormément gonflé et de couleur rouge livide. Ce gonflement s'étendait, mais avec moins d'intensité, à toute l'épaule et à la moitié correspondante du dos jusqu'à la région lombaire. Toulle reste du corps avait une teinte ictérîque, prostration des formes; pupilles dilatées, pouls dépressible et à peine appréciable ; sueurs froides partielles, efforts de vomissements, traits déprimés, physionomie incertaine, convulsive, stupeur, vision altérée, mouvements anormaux des globes oculaires, respiration très gênée, constipation. Le 0' Bultozi se rappelant un fait semblable mentionné dans le fascicule 43 de « Filiatre sebezio », et dans lequel le sulfate de quinine fut employé avec succès, prescrivit ce médicament à la dose de trois grains (0,15) dans une cuillerée de vin toutes les heures.

Le 27, pouls à peine sensible, gonflement du bras stationnaire, constipation, urines décolorées, abondantes, évacuéiss par efforts spasmodiques ; appétit presque nul, sensation de douleur dans tous les points de la superficie du corps. Sulfate

(1) Archives générales de médecine, 2^ série, t. X, p. 89.

de quinine, aux mêmes doses jusqu'au soir, puis à la dose de qualre grains; lavement émollient.

Le 28, jusqu'au malin, ventre libre, urines très abondantes, sueur chaude, également répandue, pouls relevé, pupilles normales, traits moins décomposés, peau plus claire. Le malade ayant demandé à manger, on lui accorde du bouillon avec un peu de pâtes et quelques onces de vin. On cesse peu à peu Tadministration du sulfate de quinine dont la consommation s*est élevée à 119 grains.

La couleur livide du dos fut remplacée par une teinte jaunâtre très étendue. Le gonflement du braa diminua sans ôter toute crainte relativement à la terminaison de Taffeclion locale.

A Tusage interne du sulfate de quinine, on ne fil succéder que l'application sur le bras malade de cataplasmes de laitues, et des frictions plusieurs fois dans la journée sur les parties du corps qui oifraient une teinte anormale, avec de Thuile ordinaire. On accorda des aliments au malade à mesure qu'il sentit renaître son appétit, qui se développa en même temps que ses forces se ranimèrent.

Le septième jour après la morsure, le malade fut pris d'une fièvre précédée de quelques frissons. Le pouls s'élargil, il se manifesta une chaleur générale ; le bras malade devint douloureux et sembla menacé d'une inflammation phlegmoneuse. On se contenta de donner une boisson acidulée et de continuer les cataplasmes. Vers le soir, sueur chaude et très abondante ; épistaxis, cessation de la fièvre. A parlir de ce moment le gon- Uement du bras se dissipa peu à peu.

Observation XIV (M. Paulin) (1).

Morsure de vipère suivie des plus graves accidents et guérie par les sangsues. — Le 15 octobre 1828, vers 10 heures du matin, chassant sur la métairie des Brousses, paroisse des Treize- Venls, canton de Morlagne, département de la Vendée, une

(I) Archives générales de médecine ^ 1829.

54 DE L'INTOXICATION YIPÉRIQUE OU ENVENIMATION.

pluie abondante m'obligea d'entrer chez le fermier. J'y trouvai le nommé Baron, domestique, âgé de quarante-cinq ans, qui était alité. Je lui demandai ce qu'il avait. Il me répondit que la veille, sur les 5 heures du soir, au moment où il relevait de terre une botte d'herbe qu'il venait de faucher, il s'était senti piqué à la main droite ; que, quelques minutes après, ses yeux se remplirent de larmes, et que sa lèvre supérieure, ainsi que son bras droit enflèrent beaucoup. Il ajouta que l'idée lui étant venue d'»avoir été mordu par une vermine^ il était allé trouver M. le curé de la chapelle Targeau (renommé dans le pays pour le pouvoir qu'il a de conjurer le venin)^ qui lui avait fait boire un remède, en lui promettant qu'il serait guéri le lendemain.

J'appris ensuite que, peu de temps après que Baron fût sorti de la cure, il éiait tombé sans connaissance, que trois hommes avaient été obligés de l'emporter chez lui ; qu'il avait eu du délire toute la nuit, ainsi que des vomissements fréquents et accompagnés de grands efforts; des tranchées, une soif ardente et une salivation abondante et épaisse. J'examinai le malade avec attention, et je remarquai que la respiration était très pénible, que la figure, le cou, le côté droit de la poitrine et le bras correspondant étaient énormément enflés ; que cette dernière partie était d'une teinte violacée et verdâlre, et qu'il existait sur le dessus de la main deux petites plaies à peine sensibles à la vue. Avant d'employer aucun remède, je voulus m' assurer quelle était la cause de tous ces accidents fâcheux. Je me fis en conséquence, conduire dans le pré où Baron avait été mordu. Je déliai la botte d'herbe qu'il avait voulu placer sur sa charrette, et j'y trouvai une vipère commune (Coluber berus, L.) qui avait une blessure sous le ventre, produite sans doute par la faux de Baron.

De retour à la métairie des Brousses, et ne doutant pas que le malade n'eût été mordu par celle vipère, je me déterminai à lui administrer les secours que je crus convenables. Je scarifiai d'abord légèrement la plaie avec un rasoir; je lavais en-

suite avec de l'eau salée, et j'y appliquai une ventouse. J'obtins une bonne saignée. Je lavai de nouveau la plaie. Vy répandis de l'eau de Luce, et j'enveloppai le bras avec des compresses ti-empées dans de l'eau chaude animée de cette même liqueur.

Baron fut placé entre deux couettes, suivant Thabilude du pays, et soumis à l'usage intérieur de l'eau de Luce.Jl en prit toutes les deux heures dix à douze gouttes dans un verre d'eau. I.a sueur ne s'élablissant pas, je pris le parti de lui en faire avaler jusqu'à soixante gouttes en une seule fois.

Vers les 7 heures du soir, la transpiration commença à s'établir et devint insensiblement des plus abondantes. Elle continua, à ma grande satisfaction, toute la nuit. Les urines ne coulaient point. Je passai la nuit auprès de Baron pour appliquer de temps en temps des cataplasmes de mie de pain bien chauds sur le bras et les autres parties gonflées. Le lendemain matin. Baron n'était pas mieux: le bras droit, plus gonflé que la veille, était d'un rouge noirâtre, et même verdâtre dans quelques points. L'enflure du côté avait gagné la hanche et le haut de la cuisse. Je remarquai dans le creux de l'aisselle droite, une tumeur du volume du poing qui n'existait pas le jour précédent. La soif semblait augmenter, ce que j'attribuai à la sueur qui continuait. Je fis faire de la limonade que le malade but avec plaisir. Baron allant de plus mal en plus mal, je fis demander M. Renou^ médecin de l'Houblande, village situé à plus d'une lieue de la métairie des Brousses; mais il ne put venir. Alors j'envoyai au couvent de Saint-Laurent-sur-Sèvres, en priant la sœur qui est chargée d'y soigner les malades d'accompagner le commissionnaire, et d'apporter ce qu'elle jugerait nécessaire. Elle n'arriva à la métairie des Brousses qu'à 3 heures de l'après-midi. Lorsqu'elle eut inspecté le malade elle nous dit en particulier: C'est un homme perdu ; qu'on aille au plus vite chercher un prêtre pour l'administrer. — Mais, ma chère sœur, lui dis-je,ne penseriez-vous pas qu'une application de sangsues, faite dans le plus court délai sur le bras du malade, fût une chose convenable; car avant que M. le curé soit ici,

56 DE L'INTOXICATION YIPÉUIQUE OU ENVENIMATION.

il se passera bien du temps encore? — Que Ton obéisse à Monsieur, reprit-elle, il n'était pas nécessaire de me faire appeler.

Elle monta à cheval et disparut. Décidé à tout entreprendre pour sauver la vie à Baron, qui me paraissait être dans le plus imminent danger, et trouvant que son pouls battait avec assez de force, que sa respiration était précipitée, et considérant d'ailleurs que j'avais affaire à un homme robuste, je ne balançai pas à dire au conducteur de la sœur de m'apporter soixante sangsues. Je les disséminai sur tous les points du bras qui étaient le plus tendus.

A sept heures du soir, elles étaient toutes prises, et elle% n'étaient pas encore tombées que le malade éprouvait déjà un grand soulagement. Il me dil, mais par monosyllabes, car sa respiration était toujours très pénible, que, par instant, tous les objets qu'il voyait lui paraissaient rouges. Baron urina copieusement dans la nuit. Le 18 au matin, il put se lever et faire quelques pas. Le soir il mangea avec appétit. Le 22, se trouvant assez bien, il prit l'aiguillon et conduisit un moment ses bœufs à la charrue. Ce même jour, deux sœurs de Saint-Laurent vin- Yent à pied pour s'assurer de ce qu'il était devenu, et furent très suprises d'apprendre qu'il était à labourer la terre. Quelques jours après cette première sortie, Baron vint me trouver pour me remercier des soins que je lui avais donnés. Il me fit connaître que plusieurs fois dans la journée, les doigts de sa main droite se retournaient les uns sur les autres, et qu'alors il ne pouvait plus les remuer.

Observation XV (D' Mazier} (1).

Morsure de vipère traitée par les ventouses, — Un enfant, âgé de quatre ans, très fort, accompagnait dans les champs son père moissonneur. A peine assis par terre,' il se lève en jetant des cris. Une vipère s'échappe, on la tue; elle était petite (10 pouces de long). On regarde à la fesse de l'enfant et on aperçoit deux

(1) Archives générales de médecine, 1829.

pelils points rouges et saignant légèrement, entourés d'une enflure qui augmente à vue d'œil. Cette piqûre est à deux pouces au-dessous du grand trochanter, à la partie externe et postérieure de la cuisse. Le père applique la vipère sur Fendroit piqué, pour, dit-il, lui faire retirer le venin qu'elle a donné ; mais effrayé de Tenflure il comprime à Taide d'un cordon au-dessus du gonflement, et monte à cheval pour venir trouver le D*" M... avec son enfant. La cuisse de celui-ci, examinée deux heures après Taccident, est très volumineuse; le lien qui la comprime est assez serré pour empêcher le gonflement de passer au delà. Les deux piqûres sont semblables à celles que produirait une aiguille à coudre, et éloignées Tune de l'autre de deux lignes environ. Une ventouse est aussitôt appliquée; à mesure qu'elle agil, le gonflement de la cuisse diminue d'une manière sensible. La ligature est alors détruite. Après dix minutes, la ventouse est enlevée, puis réappliquée, après avoir fait une lotion avec l'ammoniaque liquide, dans le but de neutraliser le venin aspiré par l'instrument. L'opération est répétée jusqu'à la réduction du gonflement, qui reste borné à la largeur de l'ouverture de la ventouse. Une compresse d'ammoniaque est appliquée sur ce reste de gonflement. L'enfant n'a éprouvé depuis aucun accident. Cinq jours après, ce gonflement était moindre, mais plus ferme et indolent.

Le D' M... rapporte une autre observation d'un homme mordu à la malléole externe, par une vipère forte et très animée, qui ayant négligé la ligature, fut pris d'une enflure générale puis de vomissements, de suffocation, etc. Deux heures après l'accident, il lui fut prescrit une potion contenant de l'ammoniaque, à prendre par cuillerées, et des lotions d'ammoniaque pure. Les accidents disparurent vile, mais la santé fut altérée pendant longtemps.

Observation XVI (D*" Weger) (1).

• Morsure de vipère à la langue {trachéotomie nécessitée par (1) Çasper*s Wochenschrift, 1838, iï« 4î.

58 DE L'INTOXICATION VIPÉRIQUE OU ENVENIMATION.

plusieurs accidents), — Un homme qui depuis sa jeunesse faisait métier d'attraper des vipères, et qui maniait ces animaux avec beaucoup de hardiesse, en apporta deux le 24 mars dans la boutique d'un marchand. Tout en jouant avec ces animaux, il mit la tête de l'un d'eux dans sa bouche; malheureusement, Tun des assistants ayant touché la vipère dans ce moment-là, elle mordit la langue de celui qui la tenait ; quelques gouttes de sang jaillirent, et bientôt après la langue gonfla tellement, que l'homme passa la nuit suivante assis dans son lit sans pouvoir presque respirer. L'auteur, appelé le lendemain matin, trouve le malade haletant, son visage était gonflé et exprimait une grande angoisse ; les glandes maxillaires et les parotides étaient engorgées; la langue, serrée entre les dents et bleue, remplissait presque toute la cavité buccale, de laquelle coulait continuellement une salive claire; le pouls était petit et contracté.

Les scarifications furent aussitôt pratiquées sur la langue de la manière suivante : le bistouri introduit à plat jusque sur la racine de la langue, fut relevé et conduit jusqu'à son extrémité, de manière à faire une incision de trois lignes de profondeur; le sang coula assez abondamment, même des artères, et le malade se trouva presque immédiatement soulagé par la diminution du volume de la langue. Néanmoins, quelques heures après, le gonflement était revenu à tel point, qu'au moment où le malade allait s'habiller pour se rendre à l'hôpital, il tomba tout à coup à la renverse et cessa de respirer. Le visage prit une teinté livide ; les pupilles restèrent fixes ; les battements du cœur et du pouls disparurent, et le cou enfla au point d'égaler la circonférence de la tète. On procéda aussitôt à la trachéotomie; le malade étant couché la tête renversée en arrière, l'auteurtendit fortementlapeau qui recouvre la trachée, et l'on pratiqua parallèlement à l'axe du corps une incision d'une demi-ligne de longueur; puis on perça perpendiculairement un anneau trachéllen qui était à découvert à l'extrémité supérieure de l'incision. L'air s*en échappa aussitôt, et

une sonde introduite dans celte ouverture servit à l'élargir sans que le malade perdit plus d'une demi-once de sang. Bientôt après il s'établit des' respirations irrégulières que Ton provoqua par des pressions réitérées sur le thorax. Un tuyau de plume qu'on introduisit dans l'ouverture de la trachée, pour l'empêcher de se fermer par suite de Télasticité des anneaux, ne put pas être maintenu dans la plaie. Lorsque la respiration fut tout à fait rétablie, il fallut même enlever un morceau de gaze qu'on avait appliqué pour prévenir l'introduction des corps étrangers, et qui, une fois imprégné de sang et de glaires, rendait la respiration pénible. Une saignée fut en même temps pratiquée au bras gauche : le sang ne coula dans le premier moment qu'avec peu d'abondance. Lorsqu'on en eut tiré deux livres à peu près, la respiration redevint régulière; le gonflement du cou tomba, le visage reprit sa couleur naturelle, le malade ouvrit les yeux et fut saisi d'un frisson violent. Cependant il put se lever et marcher jusqu'à la litière qui devait le transporter à la clinique.

La respiration avait déjà lieu par le nez, mais de temps à autre seulement; le plus souvent c'élait par la plaie et avec un ronflement très fort, la langue s'était retirée, et lorsque le malade toussait, les glaires s'écoulaient par l'ouverture de la trachée. Lorsque le malade fut au lit, on l'entoura de bouteilles d'eau chaude et de couvertures, et on lui introduisit dans la gorge, au moyen d'une sonde œsophagienne, 30 gouttes de liqueur ammoniacale acétique, avec du thé de sureau. Des sinapismes furent appliqués sur la nuque et les mollets, et le cou fut frictionné avec le liniment volatil. On flt des injections fréquentes dans la bouche et de nouvelles scarifications furent essayées. Mais comme elles restaient sans résultat à cause du peu de sang qu'elles faisaient couler, et que la langue conservait sa couleur bleuâtre, seize sangsues furent appliquées au cou; le malade prit un lavement avec deux onces de vinaigre^ Bientôt il se trouva soulagé et dormit une partie de la nuit assis dans son Ht. Le lendemain, il respira sans difficulté par

CO DE L'INTOXICATION VIPÉRIQUE OU ENVENIMATION.

le nez et par la bouche, et la langue, quoique enflée et encore bleue, était redevenue sensible.

Le soir, le malade put avaler, et on lui introduisit dans la gorge du bouillon mêlé de jaunes d'œufs et de vin, et une décoction de quinquina. La parole lui revint aussi, mais ce qu'il disait n'était distinct qu'autant que Ton comprimait la plaie avec une éponge. Deux jours après l'opération, la langue n'était plus enflée, mais seulement douloureuse et plus large que de coutume.

Le quatrième jour la plaie commença à granuler, et le douzième elle était tout à fait fermée. Le dix-neuvième jour, le malade sortit de la clinique parfaitement guéri.

Observation XVII (D' Lenz) (1).

Homme mordu mortellement à la langue, — Le D' Lenz s'étant proposé d'écrire un ouvrage sur les vipères d'Allemagne, avait chez lui différentes espèces de ces animaux vivants. Un jour il reçut la visite d'un homme qui prétendait pouvoir manier impunément les serpents sans être mordu, et pour le prouver, il sortit une vipère et en introduisit la tête et le cou profondément dans sa bouche, mais bientôt il la relira, la jeta dans la boîte, cracha de la salive sanguinolente et avoua avoir été mordu dans la langue. La face devint rouge et les yeux brillants. Il voulut s'en retourner chez lui où il disait avoir des remèdes qui le guéri-, raient bientôt, mais il chancela et tomba à terre trois minutes après avoir été mordu ; quand on le relevait il tombait de nouveau. En attendant la face était devenu pâle ; on administra de l'huile d'olive. Un quart d'heure après l'accident, le malade élait couché et se plaignait de céphalalgie ; la douleur de la face reparut; la langue avançait jusqu'aux dents quand le malade avalait ; il commença à bégayer, et la salive s'écoulait de la bouche. La pesanteur de la bouche augmenta, le malade se plaignait d'avoir soif et faim, mais ne prit pas l'eau qu'on

(1) Archives générales de médecine^ 1831. — Hufland's Journal^ octobre 1830.

voulut lui donner, il demanda des secours à sa femme qui n'était pas présente, puis laissa tomber sa têle et mourut, sans convulsions, ni agonie, un quart d'heure après avoir élé mordu. Extérieurement on ne remarquait aucun gonflement; la langue était fortement tuméfiée, les yeux brillants, la pupille dilatée, la peau sèche.

A Tautopsie, qui fut faite le lendemain matin, on trouva le cadavre très raide; les mâchoires tellement serrées qu'il fut impossible de les ouvrir avec les mains; le front, le nez et les parties environnâmes d'une couleur rouge bleuâtre ; la langue très tuméfiée était d'un bleu foncé à sa partie postérieure gauche, où l'on remarquait les piqûres des dents de la vipère; dans cet endroit le parenchyme de la langue était d'un rouge noirâtre dans une grande étendue. Les vaisseaux de la surface cérébrale étaient gorgés d'un sang noir.

Du sang coagulé et des mucosités prises sur les blessures furent appliqués sur des plaies que l'on fit à la poitrine de deux oiseaux; il n'en résulta aucun accident. Tandis que l'un de ces oiseaux mordu par une vipère péril au bout de neuf minutes. Le chirurgien se blessa au doigt avec le scapel pendant qu'il fit l'autopsie cadavérique ; la petite plaie fut lavée avecl'eau-de-vie et guérit sans accident.

Observation XVIH (D' Lenz) (1).

Effets de la morsure de la vipère d'Allemagne {Coluber berus). — Artla, J., fut à l'âge de dix-neuf ans, mordue dans le pied nu par une vipère; une forte tuméfaction et de la prostration suivirent immédiatement cet accident ; elle en fut guérie par un chirurgien, mais depuis cette époque jusqu'à l'âge de quarante ans se manifestaient constamment sur la jambe blessée, de grandes tâches, lantAt rouges, tantôt bleues, tantôt jaunes, accompagnées de douleurs plus ou moins vives. Plus tard, la jambe étant revenue subitement à son étal naturel, la

(1) Loc. cit.

62 DE L*INTOXICATION VIPÉRIQUE OU ENVENIMATION.

vue se perdil aux deux yeux. Au bout de deux ans la malade recouvra la vue, mais la cécité fut remplacée par de fréquentes douleurs dans dilTérenles parties du corps, douleurs auxquelles se joignit plus tard encore la surdité.

Observation XIX (D"^ Delasiauve) (1).

Sur la morsure de la vipère, — Un soir vers six heures nous fûmes requis d'urgence pour secourir un brave cultivateur qui, mordu à deux heures au milieu des champs, n'avait pu être ramené chez lui qu'à six heures.

•L'accident était arrivé de la manière suivante. En ramassant de Tavoine pour en faire des gerbes, le blessé soulevant une javelle se sentit piqué au dos de la main droite. Enroulée dans un pas de cheval, la vipère s'était redressée. Elle est saisie et tuée immédiatement par les assistants. Nous la reconnûmes aisément à sa tête aplatie, triangulaire et marquée d'un V.

On attendit d'abord que l'émotion fût dissipée. Mais bientôt les symptômes s'aggravèrent et devinrent menaçants. — Quand nous le vîmes, le danger était pressant. Le patient, âgé environ ^ de soixante ans, était dans une prostration extrême, immobile, dans le décubitus dorsal. La langue sèche, triplée de volume, saillant entre les lèvres. Haleine froide, forle et suffocante. Tel était notamment le ralentissement du pouls qu'on ne comptait que vingt-huit pulsations à la minute. Quant à la région atteinte, un gonflement énorme de forme pyramidale masquait la piqûre.

Que résoudre et que faire? Plus nos craintes étaient vives, plus nous avions hâte d'agir. Nous fîmes rougir une broche et afin de découvrir le point vulnéré nous appliquâmes une ventouse sur le dos de la main comme infiltrée. Quelques gouttes de sang issues de la plaie nous indiquent son siège, ainsi guidés et pratiquant une incision cruciale profonde, par une douce pression nous dégorgeâmes les tissus et cautérisâmes large-

(t) Union médicale^ 22 janvier t878.

ment la surface de la plaie avec Ja broche rougie ; puis recouvrant le tout de linge et de charpie imbibés de Uniment ammoniacal, nous prescrivîmes àrintérieur une tisane aciduleet une potion avec vingt gouttes d'esprit de Mindererus. La nuit se passa sans autre accident qu'un subdélirium. Même gonflement de la langue et même lenteur du pouls. Le surlendemain nous constatâmes un amendement sensible. Le malade avait recouvré un peu de connaissance, le pouls était remonté à 40. Retrait de la langue dans les jours suivants ; progrès graduels vers la guérison. Au bout d'une dizaine de jours il ne restait plus qu'une hébétude. La plaie fut rapidement cicatrisée ; car étendue en apparence au moment de l'incision, elle se réduisit dès que la tuméfaction fut dissipée. Le pouls enfin avait recouvré son rythme normal.

Observation XX (D"" G. Kaufmann) (1).

Morsure grave, — Guérison. — Le l*"^ août 1889, à huit heures du matin, un homme de quarante ans fut mordu sur le côté du pouce de la main droite par une vipère qu'il voulait saisir. Immédiatement après l'accident il suça vigoureusement les petites plaies d'inoculation, puis y appliqua des compresses d'acide phénique à 5 p. 100. Une heure et demie après, un médecin constata les symptômes suivants : pouls accéléré, température au-dessus de la normale, yeux ternes, étourdissements, sensation de constriction de la gorge, douleurs stomacales, nausées, puis vomissements biliaires et diarrhée. Au point de la morsure, on remarqua une forte douleur, un engorgement s'étendant jusqu'au milieu de l'avant-bras; pas d'inflammation des lymphatiques ni des ganglions de l'aisselle. Le doigt fut lavé avec une solution dépotasse caustique à 10 p. 100, puis pansé avec de l'huile phéniquée; à l'intérieur on donna du café noir avec du kirsch et une mixture au carbonate d'ammoniaque.

(1) Carre spondenz'Blatt fur schweizer Aerite^ n<»« du 15 novembre et l®' décembre 1892.

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64 DE LMNTOXICATION VIPÉRIQUE OU ENVENIMATION.

Le 3 août les accidents avaient diminué sensiblement et le malade put sortir du lit.

Observation XXI (D'' C. Kaufmann) (1).

Le 16 juin 1872, à 4 heures et demie du soir, un jardinier âgé de soixante-trois ans fut mordu au pouce de la main droite par une vipère aspic qu'il essayait de tirer d'un tas de pierres. D'abord cet homme ne fit guère attention à la piqûre, mais cinq minutes après il s'évanouit^ et on dut le porter dans sa maison où il perdit complètement connaissance. Trois heures après la morsure, le médecin appelé constata les symptômes suivants : pouls radial imperceptible, surface du corps partout froide ; le malade ne répond que difficilement et par monosyllabes, il a des vomissements copieux, fait continuellement sous lui et manifeste une soif très vive. On lui donne de fortes doses de vin blanc. Le lendemain matin l'état général est meilleur, mais le malade éprouve de violentes douleurs depuis le pouce jusqu'à l'aisselle, il y a de la lymphangite. Son état s*améhore les jours suivants et le 22,c'est-à-dirê six jours après, il peut travailler. Cependant il se plaint encore d'une sensation de faiblesse dans le pouce.

Observation XXII (D»" C. Kaufmann) (2).

Au mois de juillet 1885, un garçon de dix-sept ans était occupé avec ses deux sœurs, à ramasser du bois dans une forêt près de Brienz en Suisse. Pour se reposer il appuya le bras gauche sur un vieux tronc et se sentit piqué au même instant au niveau du coude. La douleur fut si vive qu'elle sembla lui traverser tout le corps. Sa sœur vit s'éloigner un gros serpent noir dont le malade n'a fait qu'entendre les sifflements. Immédiatement on lia assez fortement le bras au-dessus du coude en deux endroits et la sœur appliqua sa bouche sur la morsure et exerça de fortes succions. Le malade fut conduit le même

(1) Loc. cit.

(2) Loc, cit.

jour chez le médecin. Le bras était fortement enflé jusqu'à la ligature supérieure. Les piqûres étaient représentées par deux petits points entourés d'une zone bleuâtre et distants l'un de l'autre d'environ 5 millimètres. On les cautérisa avec de l'acide phénique. On enleva la ligature, on mit des compresses imbibées d'ammoniaque et à l'intérieur on fit prendre du cognac à haute dose.

Le malade prit une bouteille de cognac par jour sans s'enivrer. Le troisième jour survinrent de violents vomissements qui firent cesser l'administration du cognac. L'engorgement s'étendait jusqu'à Fépaule. Ce n'est qu'après quatorze jours crue la tuméfaction diminua et la peau prit successivement une coloration bleue, verte et jaune. Pendant un an la région du coude resta sensible à la pression et aux changements de température.

Observation XXIII (D»" C. Kaufmann) («).

Le 20 avril 1867, un garçon de quinze ans et demi fut mordu à l'annulaire par une vipère, près dû village de Veyrier au pied du Salève. Trois quarts d'heure «iprès l'accident la main était fortement enflée. Le malade raconta qu'immédiatement après la morsure il ressentait une violente douleur et qu^après deux minutes la main^ commençait à enfler, qu'il ressentait de la fatigue, des douleurs lombaires, un spasme de déglutition et enfin qu'il s^évanouissait après une demi-heure. La plaie fut agrandie avec des ciseaux et cautérisée avec de l'alcali; puis il fut transporté sur une voiture dans la ville. Il y eut ensuite du frisson, un malaise général, des vomissements et enfin de la somnolence. Le soir la main était fortement enflée, le lendemain le bras fut envahi et enfin le troisième jour la tuméfaction atteignait l'épaule. A partir du quatrième jour l'engorgement diminuait et le sixième le malade put sortir pour prendre l'air. La guérison fut bientôt complète.

0) Loc. cit.

66 DE L'INTOXICATION VIPÉRIQUE OU ENVENIMATION.

Observation XXIV (D' C. Kaufmann) (1).

Au mois d'août 1824, un enfant de un an et demi fut mordu par une tête de vipère séparée du corps, avec laquelle il voulait jouer. La mort est survenue dix heures après Taccident.

Observation XXV (D»" C. Kaufmann) (2).

Au mois de juin 1867, un garçon de dix-sept ans, maçon italien, fut mordu par une vipère péliade au moment où il introduisit son bras dans un trou de mur pour y chercher un nid. L'enflure ne tarda pas à se montrer, elle s'étendit rapidement de la main au bras et au thorax et en moins de vingl-qualre heui;ps il avait succombé à une terrible suffocation précédée d'affreuses angoisses.

Observation XXVI (D^ G. Kaufmann) (3).

Le 21 août 1889, un garçon de dix ans fut mordu par une vipère péliade, sur le côté de Tarticulation du poignet droit. Douleur très forte au moment de la piqûre; engorgement rapide de la main et de l'avant-brasj bientôt impossibilité pour le malade de se tenir debout, somnolence, puis nausées. Le soir, vers six heures, c'esl-à-dire six heures environ après l'accident, le médecin constata : une grande pâleur du visage, une' grande ^ fraîcheur à la peau, un pouls petit et des nausées. La main droite ainsi que l'avant-bras et même une partie du bras étaient fortement engorgés et très sensibles à une pression même légère. Les plaies d'inoculation étaient marquées par deux points foncés. On fit au point de morsure et en trois endroits de la tujméfactîon une injection d'acide phénique à 3 p. 100 à l'aide la seringue Pravaz, puis on fit un pansement avec de l'ouate phéniquée et on donna à l'intérieur du vin. A six heures trois quarts, le sommeil commença et dura jusqu'au matin. Au

(1) Loc. cit.

(2) Loc. cit.

(3) Loc, cit.

réveil, le malade se sentit bien, mangea avec appétit. La tuméfaction et la sensibilité locale diminuèrent et le 24 la santé étaient complètement revenue.

Observation XXVII (D»" C. Kaufmann) (1).

Élise F..., âgée de seize ans, fut mordue pendantTété de 1867, par une vipère qui s*échappait d*un fagot pendant qu'on déchargeait une voiture de bois. La morsure eut lieu à la face interne de l'avant-bras. Bientôt la main et le bras jusqu'au coude furent enflés. La malade se rendit à pied chez le médecin, mais en route, elle fut prise de vomissements violents et d'accès d'évanouissement. Le pouls était petit et très fréquent. Les piqûres étaient nettement visibles. Le bras était enflé jusqu'à l'épaule sans changement de coloration. Le jour suivant, les phénomènes généraux continuèrent à se manifester, principalement les vomissements, la diarrhée; les ganglions axillaires s'engorgèrent. A partir du troisième jour atténuation graduelle de tous les phénomènes, diminuation de l'enflure, coloration bleue, verte et jaune de la peau du bras. Puis guérison complète.

Observation XXVIII (D' C. Kaufmann) (2).

Le 25 juillet 1887, un enfant d'un an et demi fut mordu dans son berceau par une vipère aspic qui s'élant échappée de fagots qu'on venait de décharger s'était réfugiée dans la chambre et s'était glissée dans le lit de l'enfant. La morsure eut lieu à la troisième phalange du médius. La mort est survenue à huit heures du soir.

Observation XXIX (D' C. Kaufmann) (3).

Une flUette de huit ans occupée à cueillir des fleurs fut mordue près d'Aigle par une vipère berus, La piqûre portait sur la

(1) Loc, cit, il)Loc,cit.

(3) Loc, cil.

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première phalange du médius. Deux heures après Tacccidenl, le médecin constata de la tuméfaction avec coloration violette de la peau de la main. Cautérisation de la morsure avec le thermocautère, application de teinture d'iode sur le doigt, injection sous-cutanée dans l'aisselle d'une solution d'acide phénîqueà2p. 100, compresses d'acide phénique autour de la main et du bras; à Tinlérieur du vin et du cognac. Le lendemain Fengorgement envahit tout Ta vant-bras jusqu'au coude; défaut d'appétit, mais rien d'alarmant. Le troisième jour, la tuméfaction s'étendait jusqu'à l'épaule et au côté correspondant de la poitrine. Le cinquième jour au soir, l'enfant après avoir bien mangé et s'être amusée fut prise d'un <edème pulmonaire aigu qui la fit succomber le lendemain matin.

Observation XXX (D"^ G. Kaufmann) (1).

Une jeune fille de vingt-deux ans, scrofuleuse et chlorotique, fut mordue à la main droite pendant l'été de 1885 par une vipère. Malgré le traitement appliqué par le médecin, le bras enfla fortement et devint très douloureux. Les phénomènes s'aggravèrent et la fille succomba le troisième jour.

Observation XXXI (D' Callias) (2).

Un cas d'empoisonnement grave par le venin de la vipère, suivi de gitérison, — Le 30 mai, vers trois heures du soir, par une belle journée, un jeune garçon de dix ans se promenait avec deux de ses camarades dans un sentier de la forêt de Hallatte, à un endroit où la présence des vipères est constatée fréquemment, lorsqu'il sent glisser dans son pantalon une vipère. Ce reptile, endormi probablement au milieu du sentier, fut effrayé par l'apparition brusque de ces enfan qui ne Fa valent pas aperçu et, cherchant à se cacher, s'était éfugié par mégarde dans son pantalon.

Aussitôt l'enfant, surpris et épouva é, jette des cris de

(1) Lac, cit.

(2) Jowm, de méd. de Paris, 1889, p. 281

frayeur et porte instinctivement la main sur Tanimal pour le saisir à travers son pantalon. Il éprouve à Tinstant des piqûres au niveau de la partie inférieure et postérieure de la* cuisse gauche. Le reptile saisi et ne pouvant pas échapper immédiatement, est rendu furieux et multiplie ses piqûres. EnQn, il réussit à s'échapper par où il avait jDénétré.

Les cris de Tenfant font accourir le surveillant qui, pressé d'agir, le déshabille et exerce une pression considérable sur les parties piquées pour les faire saigner, chose presque impossible à réaliser sans incision préalable, vu la grande ténuité des défenses do la vipère.

L'enfant est pris aussitôt de vomissements, d'abord alimentaires, la digestion n'étant pas encore achevée, et ensuite bilieux. Il est transporté à la hâte chez le garde forestier voisin et on accourut me chercher. En attendant mon arrivée, on lui applique sur la partie blessée des compresses imbibées d'ammoniaque liquide.

Après trente minutes, je trouve l'enfant couché, très pâle, presque exsangue, les lèvres décolorées, absolument impassible et indifférent à tout ce qui l'environne, n'accusant aucune sensation et cherchant à s'endormir. Les vomissements continuent par intervalle.

La peau est froide et moite, les pupilles dilatées, le cœur bat très vite, un peu irrégulièrement. Il y a absence complète des pulsations radiales. Il n'y a pas de perte de connaissance. L'enfant prend tout ce qu'on lui donne; il n'est qu'engourdi; il ne manifeste aucune souffrance, il n'a pas de défaillance. Lorsqu'on l'interroge, il répond avec indolence et cherche toujours à s'endormir.

L'état local est le suivant : la partie piquée et pressée est violacée, ecchymosée, elle est le siège d'une large suffusion sanguine de la largeur de la paume de la main et insensible au loucher. Je ne puis qu'avec peine distinguer les piqûres qui doivent être au nombre de sept à huit environ, dans une étendue du tiers inférieur de la face postérieure de la cuisse gauche,

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immédralement au-dessus du creux du poplité. La peau est soulevée par places par des phlyctènes remplies de sérosité. Ces phlyctènes ont été probablement produites par l'application de compresses d'ammoniaque pure, faite avant mon arrivée. La partie atteinte est tout à fait insensible. Il n*y a pas encore d'oedème, lequel ne commence à paraître que quelques heures après Taccident.

Traitement, — On fait prendre à Tenfant de Teau sucrée additionnée de quelques gouttes d'ammoniaque ou d'éther alternativement et on fait des frictions sur les membres avec de Teau-de-vie, on tient l'enfant éveillé et on renouvelle de temps en temps les stimulants à l'intérieur.

Je revois l'enfant vers le soir, l'état général semble un peu meilleur, les vomissements s'apaisent et la circulation semble reprendre son cours, l'œdème du membre apparaît, l'immobilité persiste, l'enfant ne nianifeste aucune douleur.

Le lendemain matin, les symptômes d'empoisonnement s*accentuent de nouveau, les vomissements reviennent de temps en temps. Les battements du cœur sont toujours précipités et un peu irréguliers. Les pulsations radiales sont absolument imperceptibles des deux côtés.

L'enfant est tout à fait étranger à ce qu'on lui fait, mais il n'a ni coma, ni perte de connaissance, ni paralysie aucune. La sensibilité est obtuse.

Lorsqu'on lui parle, il répond assez bien ; il n'y a pas de changement notable de la température. L'urine est normale.

Bains complets d'une demi-heure, matin et soir, cataplasmes de fécule de pomme de terre dans l'intervalle. Potion tonique au quinquina (3 gr.), à la cannelle et au thé noir. Champagne toutes les heures, même la nuit. Potion au carbonate d'ammoniaque 0,50. Lait à discrétion. Enveloppement dans la ouate.

Le lendemain, même état général: l'œdème occupe tout le membre depuis le pied jusqu'au pli de l'aine; il est légèrement dépressible et absolument indolore. A la partie blessée

qui a un aspect livide au niveau des piqûres, il commence à suinter une sérosité jaunâtre. Il n'y a pas de lymphangite.

Absence toujours complète des pulsations radiales.

Même traitement, sans résultat.

Vers le soir, je me décide à lui faire une injection intra-musculaire d'éther sulfurique de la valeur d'un quart de seringue Pravaz vers la parlie externe et supérieure de la cuisse du membre sain, un peu en arrière du trochanler.

L'enfant n'accuse aucune sensation désagréable; il reste indifférent.

Le matin suivant, quatrième jour du début des accidents, je constate une légère amélioration de l'état général.

Les vomissements sont presque arrêtés.

Les batlemeiils du cœur se régularisent et deviennent même réquents. Je commence à percevoir les pulsations radiales, quoique encore très faibles. L'insensibilité est bien moindre. L'enfant réclame un bain avec insistance.

Quant à l'étal local, l'œdème a augmenté, il occupe l'abdomen et la région lombaire, on aperçoit quelques suffusions sanguines disséminées.

Je fais placer l'enfant dans une position tout à fait déclive pour empêcher, autant que possible, l'œdème de gagner vers le haut du corps. Vu le résultat obtenu la vieille, je renouvelle l'injection d'élher ; environ la moitié de la seringue. Cette foisci l'enfant a crié, par conséquent la sensibilité est revenue.

Continuation des cataplasmes sur la partie blessée et des grands bains. Enveloppement dans de la ouate des parties œdématiées.

Le sixième jour, — L'état général s'améliore sensiblement. Les vomissements sont nuls. Les pulsations sont perceptibles et régulières, l'œdème ne remonte plus, mais il gagne le scrotum, l'anus, la verge et l'aine du côté du membre sain ; la peau prend par place une coloration jaunâtre. L*enfant commence à se plaindre de son pied à cause de la grande distension causée par l'œdème et la déclivité. Sur la face dorsale du pied, il

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existe une légère ecchymose qui est très douloureuse, mais il n'y a pas de chaleur ni de fluctuation.

Localement on fait une légère compression ouatée.

On commence à alimenter le malade.

Continuation du Champagne.

Le neuvième jour, — L'état général est assez bon ; l'œdème seul persiste dans le même étal, sans augmentation. La partie blessée est tout à fait livide, elle tend à se circonscrire et à se nécroser.

L'enfant a des hallucinations et des frayeurs pendant son sommeil et en se réveillant, probablement à cause de la grande quantité de Champagne absorbé.

On administre du bromure et du chloral.

Diminution des stimulants.

Le dixième jour. — Les hallucinations se calment; l'œdème diminue ; la partie mortifiée se dessine davantage. Un bain par jour.

Le quatorzième jour. -^ La partie mortifiée tend à s'éliminer, l'œdème est tout à fait localisé au membre atteint.

Le vingtième. — L'œdème a disparu. Il n'y a pas de raideur aux articulations, l'élimination de la partie nécrosée' est complète, il subsiste à sa place une large plaie suppurante de 6 centimètres sur 8 et profonde d'environ 5 millimètres. — Application de compresses phéniquées au centième.

les jours suivants. — La cicatrisation larde et Feau phéniquée produit de Tirritation de la peau. Je la remplace par de l'eau résorcinée à 2 p. 100. Je fais deux grelfes dermiques au milieu de la surface bourgeonnante pour hâter la cicatrisation. Les greffes prennent et la cicatrisation est complète, sans autre complication, le trente-cinquième jour. A cette époque reniant commence à marcher, la marche est un peu gênée à cause du tiraillement de la cicatrice, mais toute gêne disparaît à la longue.

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