LES DÉFRICHEMENTS ET LE FEU
des premiers coups que lui porte le reptile, il succomberait certainement, car, comme nous l'avons vu, il n'est nullement réfractaire à l'action toxique du venin.
11 est donc démontré irréfutablement que le hérisson constitue un excellent destructeur de vipères.
Malheureusement cet animal si utile n'est pas suffisamment protégé. Dans beaucoup de localités, les gens, friands de sa chair, lui font une chasse désastreuse. En général les cultivateurs connaissent les services précieux que rend cet animal à l'agriculture et ils le protègent; mais il n'en est pas de même de certains braconniers et de certains nomades. Ces derniers voyagent par bandes de village en village et ont [pour profession de raccommoder les paniers, les casseroles, et de faire le commerce des oiseaux. Ils sont toujours accompagnés de chiens qui, pendant le jour, gardent leurs voitures ou leurs lentes et qui pendant la nuit sont utilisés pour la chasse au hérisson.
Pour assurer la multiplication de ce précieux auxiliaire de l'agriculture, il convient de prendre des mesures pour faire cesser la chasse de cet animal, et faire connaître aux enfanis des écoles et aux cultivateurs les grands services qu'il peut rendre comme destructeur des serpents venimeux.
2** Les défrichements et le feu. — Pour rendre un
terrain inhabitable aux vipères, deux moyens peuvent être utilisés : les défrichements et le feu.
Les défrichements doivent être encouragés; ils offrent un double avantage : en donnant de nouvelles terres à la culture, ils augmentent la surface productive de notre. pays et par conséquent sa richesse; puis en rendant impossible les conditions d'existence de la vipère, ils s'opposent à sa multiplication. Ces reptiles en effet ne se propagent que difficilement dans les endroits fréquentés par l'homme. Les façons qu'exigent les cultures, pendant le cours de la belle saison, nuisent à leur tranquillité; celles qui ne sont pas tuées directement ne tardent pas à émigrer dans des lieux plus solitaires.
Les vipères craignent au plus haut degré le feu. Aussi, dans beaucoup de localités où ces reptiles sont très abondants, les habitants ont-ils la coutume de mettre, de temps en temps, le feu aux broussailles, aux herbes, aux bruyères et aux genêts qui leur servent de refuge. Cette pratique est surtout usitée dans certains terrains en friches infestés de vipères et dans lesquels on envoie les animaux au pâturage. 11 n'est pas nécessaire de renouveler l'incendie tous les ans ; car, dans les endroits brûlés, les vipères ne se montrent généralement pas pendant plusieurs années. Ce fait est tellement connu des chasseurs de vipères, qu'ils ne se donnent jamais la peine d'explorer un
terraia récemment incinéré ; ils savent par expérience que les vipères y ont à peu près totalement disparu.
3** Fondation d'une prime pour chaque vipère détruite. — Le moyen le plus efficace pour assurer la destruction rapide et radicale des vipères consiste dans Tattribution d'une prime suffisamment élevée pour chaque tête de reptile détruit et présenté.
Pour se pénétrer de l'importance de la prime dans la destruction des vipères, il suffit de voir les résultats obtenus dans certains départements. Je rapporte, dans le tableau suivant, le nombre des vipères détruites annuellement, depuis Tannée de la fondation de la prime, dans les trois départements qui composent la Franche-Comté, c'est-à-dire la Haute-Saône, le Doubs et le Jura. Les chiffres qui y sont contenus démontrent suffisamment l'importance de la prime dans la destruction de ces dangereux reptiles.
État des vipères détruites dans la Franche- Comté depuis rinstitution d^une prime.