‹ Les virtuoses du TrottoirChapitre 5 sur 6 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il n'entre pas dans mon cadre de faire un coars d'économie politique, mais il me pemble que pour éviter les faits que je viens de signa- 1er, il 7 aurait quelque chose à faire.

Quand les l'irtunses du trottoir sont au dépôt do la préfecture de police, on peut les ré-

clamer, mais ces réclamations sont dérisoires, elles recommencent leur vie le lendemain.

Qu'on les garde donc une bonne fois, qu'on leur donne du travail, qu'on les force, qu'on les obliges à Texécuter; si elles ne veulent pas tî*availler, qu'on les déporte, mais pour Diéu qu'on ne laisse pas constamment sous nos yeux cette pourriture morale et physique, qui, comme la tache d'huile, s'étend chaque jour.

Qu'on nettoie cette écurie qui commence k

Notre-Dame-de-Lorette et qui couvre Paris de son fumier.

Kenquéte n'est pas difficile à établir.

Vous ave2 quinze ou dix-buîtôent ô*an(5d de loyer par aunée; vous êtes vêtue comme Utte duchesse, vous balayez les rues avec la soie, la mousseline et le velours; en un mot vous dépensez dix ou quinze mille francs par an.

Où les prenez-vous?

- lo2 —

Cinquante mille femmes à Paris ne sauraient que répondre. La preuve est donc facile à faire.

Elles sont lilre?, c'est vrai, cette enquête serait une atteinte à la liberté ; mais est-ce que cette considération doit arrêter quelqu'un pour un pareil état de choses. Il faut prendre pour devise l'affiche de certain dentiste :

N'arrachez pas, guérissez!

Évidemment la prostitution a toujours existé, mais est-ce une raison ? Abandonne-

tron un malade, sous prétexte que la maladie qu'il a est vieille comme le monde ?

La prostitution a pris naissance dans les temps antiques :

Abdon, dans son poème sur le siège de Paris, nous a conservé quelques traits du caractère des Francs , il leur reproche trois vices principaux.

Ces vices sont Torgueil, la débauche et le luxe des habits.

«Tel est l'excès de votre luxure, dit-il, que vous souillez la couche de vos parentes et que vous ne respectez pas môme celles des religieuses consacrées au Seigneur, et que mémo

vous portez la débauche jusqu'à faire des outrages à la nature, tandis que vous trouvez assez de femmes disposées à vous satisfaire.

€ Une agrafe d*or fixe la partie supérieure de votre habillement; pour vous préserver du froid, vous couvrez votre corps de la pourpre de Tyr, vous ne voulez d'autre manteau que la chlamjde chargée d'or, la ceinture qaî presse vos reins doit être ornée de pierres précieuses, enfin, il faut que Tor brille sur votre chaussure et sur la canne que vous portez. »

Les femmes dont le libertinage était scandaleux subissaient une peine atroce : elles étaient forcées de parcourir pendant quarante

jours la campagne nues depuis la tête jusqu'à la ceinture, et portant sur leur front un écriteau où leur délit était désigné.

Sous Louis IX, la prostitution n'emportait point note d'infamie : elle était déjà une profession reconnue, autorisée et soumise à des règles.

Les filles publiques qui suivaient la cour sous la dépendance du roi des ribands étaient qualifiées de prostituées royales* Sauvai dit que les filles publiques formaient une corporatioh qui avait ses règlements; qu'elles celé* braient la fête de sainte Madeleine, leur patronne; qu'elles avaient leurs coutumes ou ^ivilégeSj même avant que saint Louis les

eût obligées à porter certains habits qui devaient les distinguer des honnêtes femmes.

Elles avaient des lieux destinés à rexercice de leur métier : la rue de Glatigni, dans la Cité, appelée le Val (Tamour, à cause des femmes débauchées qui l'habitaient, la rue dAssaSy autrefois nommée rue des Mu7*s, le champ Gallardy les rues Brise-Miche , du Champ'Fleuriy du Grand-Huleu, du Pelù-ffuleuy étaient, pendant cette période, affectées à la débauche publique. Dans la suite, les prostituées occupèrent un plus grand nombre de rues et furent dispersées dans tous les quartiers.

Les fennmes qui portaient des robes ouvertes par devant, et dont l'ouverture était con-

tenue par une agrafe qu'on nommait affiche, passaient pour des femmes galantes. Les dames, en général, se fardaient le visage avec du blanc et du rouge. Les femmes décriées ou dévouées à la prostitution ne laissaient pas d'avoir pendu à leur ceinture un chapelet dont les petits grains étalent de corail et les gros grains en or, en argent «u en vermeil.

« Dites, mesdemoiselles, est-ce po^r l'honneur de Notre-Seigneur Jésus-Christ que vous portez les pafer noster ou chapelets en or? » s'écrie Maillard dans un de ses sermons.

Une ordonnance du 13 juillet 1558, citée

par Miramont, prouve qu'outre les dames et

demoiselles dont parle Brantôme et que Fran-

çois I" avait attirées prés de lui, il existait dans sa cour, sans doute pour le service des officiers subalternes, une corporation de filles de joie soumises à des règles de police et dirigées par une dame.

C'était pour faire cesser ce désordre que cette ordonnance a enjoint et commande à toutes filles de joie et autres non étant sur le rôle de la dame desdtte^ filles, vuider la cour incontinent après la publication de cette or- ~ donnance, avec défenses à celles étant sur le rôle de ladite ûfome d'aller par les villages; aux charretiers, muletiers et autres, les mener, retirer ni loger, jurer et blasphémer le nom de Dieu, sous peine du fouet et de la marque, et injonction par même moyen, auxditos filles de joie, d'obéir et suivre ladite dame ainsi qu'il est accoutumé, avec défense de l'injurier, sous peine du fouet. »

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Dans la rue Vieille-du-Tempie, prés du point où celle de Bretagne j débouche, existait une réunion de lieux de prostitution ; sur la muraille d'une de ces maisons était appliqué un grand crucifix en bois peint.

Singulière enseigne.

Jamais la prostitution ne fut plus en vigueur, jamais les prostituées ne furent plus nombreuses que sous Louis XV. On comptait sous ce règne à peu près trente-deux millb FiixEs PUBUQUES inscrites à la police.

Atijoiird'hui, combien en compte-t-on?

Personne ne pourrait répondre.

Mais qu'est-c2 que cela prouve? Plus le danger est grand, plus il faut agir vigoureasement. Il faut préserver le fojer, les virtuo^ ses du trottoir sont pleines de séductions, séductions qui ne se traduisent pas, pour le père présumé, par un voyage à la mairie (section des naissances).

La faute en est à nous, dit-on, pourquoi y allons-nous? Sans nous, elles périraient misérablement, elles crèveraient de faim. Gela n'est pas vrai. La seule raison, la voici :

quand la femme gagnera sa vie, quand elle ne sera plus considérée comme une brute qui a besoin de lisières, quand elle sera traitée au-

trement qu'un instrument de plaisir, en un mot, quand au lieu de cartes on lui donnera des livres, elle aura Tarnour de la famille, la honte du vice, et au lieu d'être la chenille qui ronge, elle sera le ver-à-soie qui produit.

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