‹ Les virtuoses du TrottoirChapitre 4 sur 6 · LA HAQUILLEDSE UE BRÈMES · texte numérisé non relu

LA HAQUILLEDSE UE BRÈMES

lia MmiiilllemM de brêmea*

iM maquilleuse de hrêmn, ou autrement dit la tireuse de cartes, est généralement une ancienne fille. C'est ordinairement une femme de quarante- à quarante-cinq ans, insinuante à Texcès, un mélange de renard et de fouine ; elle a conserré de son ancienne profession une audace peu commune. Elle a quelque peu le nez culotté^ elle boit pour oublier, elle boit pour se soutenir, elle boit pour s*inspirer,

bref, elle boit toujours; elle est grasse, replète, satisfaite et prise sans cesse.

Cette femme porte au bras un cabas on un sac dans lequel sont ses outils : un jeu de cartes dit tarots^ un livre de chiromancie sale, gras, maculé, à force d'être feuilleté, et de plus VArl d'expliquer les songes.

Elle commence généralement sa tournée vers dix heures du matin. Elle joue un grand rôle chez les virtuoses du trottoir^ qui sont

toutes superstitieuses et ne vont jamais travailler sans consulter la tireuse de cartes.

La tireuse de cartes est la confidente de bien des secrets; elle est l'intermédiaire, elle favorise les vices de sa cliente, elle la soutient et Tencourage toujours dans la voie qu'elle suit, en lui prédisant de hautes destinées, elle l'éblouit et la flatte. Coût trois francs.

La tireuse de cartes a un peu de ressemblance avec l'amie qui oblige, elle accompagne volontiers sa cliente, elle joue à ravir le rôle

de mère et de tante à des prix modérés, le dî* ner par-dessus le marché.

La tireuse de cartes connaît tout Paris, elle n'a point besoin d'être présentée; elle va au hasard, tourne à droite ou & gauche, elle est sûre qu'au quartier Bréda eUe trouvera au moins deux ûlles par maison. D'ailleurs, la fruitière la recommande aux bonnes, les bonnes reçoivent une prime et la recommandent à leur maîtresse.

La tireuse de cartes, trop vieille pour recommencer ses études sur la science du grand

Etteilla, a une rude concurrente dans la femme qui lit dans la main ; celle-là est une création nouvelle, et son aplomb est encore plus merveilleux que celui de la tireuse de cartes :

sans coup férir elle prédit cent mille francs de rente, et toutes les mains, pour elle, possèdent la voie lactée et la saturnienne directe.

Du reste, les filles ne leur demandent pas tant de choses.

— Ferai-je des affaires?

— Où faut-il aller ce soir?

— Mon Arthur me trompe-t-il?

Ce à quoi la devineresse répond invariablement :

«^ Oui, vous en ferez.

— Allez ce soir au boalevard des Italients.

— Loin de vous tromper, il vous aime à Tadoration,

L'habitude de se faire tirer les cartes est chez elles une seconde nature. Un de nos grands bals publics en a une établie dans un petit kiosque ; elle est là en permanence, et je vous assure qu'elle ne chôme jamais et qu'elle n'a pas besoin de faire de boniment & la porte de son antre»

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LE DfiPOT PE LA PRÉFECTURE DE POLICE

I« Dépôt de la Prérteture de police.

Ce lieu de détention n'est que l'antichambre de Saint Lazare; il consiste en deux parties principales : la première, composée de chambres particulières, porte le nom de salle Saint-Martin : elle est destinée aux personnes qui peuvent fournir aux frais do leur logement et de leur nourriture ; la seconde partie consiste en un ancien bâtiment à trois étages,

dont chacun se compose d'une pièce longue, étroite et obscure*

C'est au premier que sont logées les filles publiques. ^

Ainsi que nous l'avons dit dans notre premier chapitre, lorsqu'il y a excédant de filles sur la place, qu'elles deviennent trop audacieuses ou qu'on les soupçonne malades, la police, par mesure administrative, fait des rafies partout où elles se tiennent, mais principalement sur les boulevards.

Il y aurait beaucoup de càoses à dire sur la légalité de ces arrestations, qui ne font que diminuer le mal momentanément pour l'aggraver plus tard. En effet, toutes les filles arrêtées sont déposées dans les postes de police. Le lendemain, après un interrogatoire sommaire, elles prennent place dans le panier à salade qui les transporte au dépôt; une fois là, elles sont visitées, puis le plus souvent transférées à Saint-Lazare.

Que se passe-t-il alors, pendant leur détention, qui varie de quinze jours à trois mois?

Le terme arrive, le propriétaire fait saisir le mobilier. Les billets sont protestés, les

frais s'accumulent. Bref, quand la malheureuse est rendue à la liberté, elle est plongée dans la p'us profonde misérç.

Elle retourne nécessairement à ses anciennes habitudes, et comme elle est plus misérablement vêtue, qu'elle abesoin, qu'elle a faim, son audace ne connaît plus de bornes, aucun frein ne la retient ; elle se vendait avant son arrestation pour dix louis, elle choisissait même ses amants; après, elle se vend pour un morceau de pain, elle prend le trottoir pour elle seule, et gare 1 1

La police, toujours par mesure administrative, l'arrête une seconde fois. On lui donne une carte et voilà le monde à jamais ferme pour elle. Si elle n'est pas de Paris, on la reconduit de brigade en brigade, et elle porte dans sa province tous les vices qu'elle a contractés, quelquefois dans sa résidence elle devient chef d'école y et autour d'elle, perdues par son exemple, s'agglomèrent une foule de malheureuses qui viennent vite à Paris gros sir le nombre déjà grand de ses pareilles.

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