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VIRULENTS

La nomenclature a nécessairement varié avec les idées que l'on a professées sur la nature des micro-organismes virulents et le point de vue auquel se sont placés les auteurs qui s'en sont occupés.

Cette question est ancienne et, comme il est souvent utile de fouiller dans les anciens travaux, nous croyons bon de faire précéder les classifications récentes d'une revue historique où la vieille terminologie sera résumée aussi brièvement que possible.

La nomenclature fut établie d'après la forme associée à la motihté.

Dans le siècle dernier, en 1773, O.-V. Mueller rangea parmi les Infusoires, tous les êtres que Leeuwenhoeck avait signalés, dès Tannée 4675, dans une goutte d'eau croupie, et en fit deux genres, les Monades et les Vibrions.

Aki^ing. 4

Vers 1824, Bory de Saint-Vincent en fit la famille des Vibrionides, de laquelle Ehrenberg, en 1838, retrancha les Monades, c'est-à-dire les êtres à forme globulaire.

La famille des Vibrioniens, telle qu'elle a été délimitée par ce naturaliste, comprenait tous les corpuscules filiformes, homogènes ou articulés, doués de mouvements propres. Ehrenberg l'a divisée en quatre genres :

!1* Bacteriunif à filaments linéaires et inflexibles; 2" VibriOy à filaments linéaires, serpentiformes, flexibles; 3» Spirillum, à filaments spirales, inflexibles; A" Spirochxta, à filaments spirales, flexibles.

Dujardin (1841), s'appuyant sur les caractères de la motilité, supprima le genre Spirocha^ta ; il n'admit que trois genres :

Îl" Bacteriunij filaments rigides, à mouvement vacillant; 2** VibriOf filaments flexibles, à mouvement ondulatoire; 3° Spirillum, filaments à hélice, à mouvement rotatoire.

C'était la première fois que Ton voyait entrer la motilité pour une large part dans la classification de ces organismes.

Les coupes précédentes semblaient fortement établies, lorsque Ch. Robin (1853) entreprit de démontrer que toutes ces formes sont liées entre elles par la plus étroite parenté, que certains vibrions sont des infusoires véritables, tandis que d'autres sont réellement des algues, et rattacha tous les microorganismes de nature végétale à un seul genre, qu'il appela Leptothrix.

Telle fut peut-être la cause qui fit que Ton tira du genre Bacterium, le plus connu, le nom du groupe dans lequel on rangea tous les organismes décrits par les auteurs précédents.

Les mots Bactéries ou Bactériens furent dès lors fréquemment employés à la place de vibrionides ou vibrioniens.

En 1859, Davaine accorda une attention exagérée à la présence ou à l'absence de la mobilité chez les individus du genre Bacterium de Dujardin.

Il reprit la classification de ce naturaliste à laquelle il ajouta le genre Bacteridium, dont les espèces sont caractérisées par des filaments droits ou infléchis, mais immobiles.

La division des bactéries par Davaine est résumée dans le tableau ci-dessous :

i Filaments droits ou ( se mouvant spon- C rigides., i" Bacterium,

infléchis, mais | tanément ( flexueux 2* Vibrio.

non en hélice. . f immobiles Z* Bacteridium»

Filaments tournés en hélice A° Spirillum.

Les micro-organismes de la fièvre splénique ou sang de rate étaient, pour Davaine, un type de bactéridies. On sait aujourd'hui que s'ils sont immobiles dans le sang des malades et des cadavres, ils s'agitent souvent de mouvements rapides au sortir d'une culture récente et chauffée à -|- 36-38 degrés. Au surplus, depuis 1869, Hoffmann avait remarqué que le caractère tiré de la mobilité et de l'immobilité est susceptible de se modifier sous l'influence des changements de température et de densité des milieux où sont plongées les bactéries.

On a lu dans un chapitre antérieur que le professeur Rallier, d'Iéna, avait observé dans les humeurs des individus affectés de maladies virulentes des particules étrangères arrondies, qu'il regardait comme des germes de divers champignons inférieurs. A cause de leur forme et de leur petitesse, il les appela des Micrococci.

Pour Hallier, le genre Micrococcus comprenait tous les micro-organismes des maladies.

Mais, en 1869, Hoffmann reconnaissait la nécessité de faire une place pour les bactéries Hnéaires, à côté des bactéries punctiformes ou micrococci de Hallier. Il divisait les cocci et les bactéries, d'après leurs dimensions, en Microbactéries, Mésobactéries et Mégabactéries, — Micrococci, Mésococci, Mégacocci.

En 1874, ces deux classifications furent reprises, associées, commentées et modifiées par Billroth dans un but exclusivement chirurgical.

Billroth crut que tous les bactériens que l'on rencontre dans les complications chirurgicales appartiennent à une seule espèce, la Coccobactérie septique, qui, suivant les conditions ambiantes, revêt la forme d'articles globuleux (coccos) ou allongés (bactéries). Ces deux formes peuvent se trouver sur le même filament. Aussi s'est-il contenté d'établir une classification comprenant deux séries parallèles dans lesquelles les coccos et les bactéries sont rangés d'abord d'après leur taille, ensuite d'après leur mode d'association.

En se basant sur la taille, Billroth proposait les divisions suivantes : 1** Micrococcos, Mésococcos, Mégacoccos; 2° Microbactéries, Mésobactéries y Mégabactéries.

D'après le mode de groupement ou d'association, il reconnaissait des Monococcos, Diplococcos, Streptococcos, Gliacoccos, Pétalococcos, Ascococcos; Monobactéries, Diplobactéries, Streptobactéries, Gliabactéries, Pétalobactéries.

Cette classification présente les défauts d'un système artificiel, à un degré d'autant plus élevé que sa base est plus étroite. On n'en a guère retenu que certaines dénominations

bi CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NATURE DES VIRUS.

tirées du groupement. Les termes le plus heureusement choisis ont été transportés dans des classifications récentes, avec une signification quelque peu différente.

Puisque nous venons de constater Tinfluence du mode d'association des bactériens sur la nomenclature, l'occasion est bonne pour signaler quelques termes qui reviennent souvent dans le langage ou sous la plume des bactériologistes.

Fig. 12. — Spécimens des genres principaux de la classiflcation de M. Guignard. — A. Leuconostoc mesenteroides. — 1, spores; 2, spores entourées d*une membrane gélatineuse épaisse; 3, 4, 5, 6, différents états du développement de Tenveloppe et des spores; 7, amas dé petites zooglées ; 8» zooglée plus ancienne dont les œufs contiennent des chaînettes ; 9, chaînette isolée.

On nomme essaims des groupes de microbes globuleux ou filiformes rapprochés sans intervention de matière muqueuse ou glaireuse.

On appelle zooglées des groupes plus considérables, dans la formation desquels entre largement une solution unissante amorphe.

La dénomination de mycoderme est donnée indistinctement aux champignons inférieurs et aux microbes qui se disposent sous l'apparence d'un voile ou d'une membrane à la surface d'un milieu nutritif solide ou liquide. Si le mycoderme s'étale

aisément, il est lisse; si la surface qui lui est offerte est insuffisante, il se plisse et se ride en divers sens. Dans quelques cas, il est soulevé çà et là par les gaz qui prennent naissance à sa face inférieure. Après avoir vécu un certain temps à la surface des liquides, les mycodermes se fragmentent, se noient peu à

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Fig. 12 B. — Beggialoa alba (Warming). — Fig. 12 C. — MerUmopedia a, filament sur lequel on aperçoit la division glauca (Warming).

en cellules.

peu et finissent par disparaître ou se déposer au fond des vases où ils ont végété.

De 1852 à 1872, Cohn s'appliqua à faire ressortir les caractères qui distinguent les bactéries des champignons et des algues. Il divisa la famille qu'elles constituaient en quatre tribus,

Si

Fig. 12 1^» — Microeocci disposés en Fig. 12 E. — Ascococcus BillrothiL Fachainettes (Streptococcus pyogenes). milles réunies en zooglées.

d'après la morphologie des individus adultes. Ces tribus sont :

1* Les Sphérobactéries (Micrococci) ;

2" Les Microbactéries (Bactéries);

3* Les Desmobactéries (Bacilles et Vibrions);

4* Les Spirobactéries (Spirilles et Spirochètes).

Trois ans plus tard, en 1875, en raison des affinités que présentent les groupes précédents avec les Oscillaires et les Chroo-

5i CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NATURE DES VIRUS.

cacées, il entremêla les genres de bactéries avec les Phycochromacées et fit la grande famille des Schizophytes.

Les Schizophytes furent divisées en deux tribus : l*» celle des Glœogènes, comprenant les individus formés de cellules libres ou réunies en familles glaireuses par une substance intercellu-

Fig. i2 F. — Bacterium termo.

Fig. 12 G. — Microbacterium du choléra des poules.

laire ; 2*» celle des Nématogènes, comprenant les espèces formées de cellules disposées en filaments.

Dans la première tribu, sont disséminés les genres MicrococcuSy Bacterium, Sarcina^ Ascococcus, dont plusieurs espèces intéressent la médecine.

Dans la deuxième tribu, [on rencontre les genres Bacillus,

Fig. 12 H. — Bacillus anthracis dé\e' Fig. 12 I. — Leptolhrix de la bouche, loppé chez la grenouille. Bacilles — /, /', filaments de leptothrix.

mélangés à des globules sanguins.

Leptothrix, Beggiatoa, Vibrio, Spirillum, Spirochsete, qui renferment un grand nombre d'espèces curieuses au point de vue de la pathologie et de Thygiène.

En entremêlant ainsi les bactéries et les Phycochromacées, Cohn s'est exposé à éloigner des espèces affines ou à rapprocher trop intimement des genres un peu dissemblables. Pour perdre leur chlorophylle, les Beggiatoa et le Leuconostoc ne

tES MICROBES VIRULENTS DANS LE RÈGNE VÉGÉTAL. 55

se rapprochent pas pour cela, autant que le pense Cohn, des bactéries incolores. Pour acquérir parfois de la chlorophylle, les bactéries ne doivent pas être confondues avec les Nostocs et les Oscillaires bleues. La chorophylle perdue par les uns et celle gagnée par les autres ne s'équivalent pas. M. Van Tieghem a fait remarquer que la chorophylle des Nostocs et des Oscillaires est mélangée de phycocyanine, tandis que la chorophylle des bactéries vertes est de la chorophylle normale.

On trouvera dans les ouvrages spéciaux sur les microbes ou les bactéries les classifications de Wunsche, de Rabenhorst et Flugge (voy. Cornil et Babes, les Bactéries^ et les Microbes, par Troues- pig, ^^ J. — Visart, p. 86 et 289), où Ton a groupé les bacté- brio serpent, ries sans se préoccuper de leurs relations avec le reste des algues, en se basant sur la forme et le mode d'association de leurs cellules. Ces classifications sont fort suivies aujourd'hui dans les livres de bactériologie médicale. Peut-être ont-elles l'inconvénient de restreindre le cadre dans lequel devront être enfermées les espèces pathogènes actuellement connues,et celles que des travaux ultérieurs permettront de connaître d'une manière complète.

Autant que possible, il faut éviter i / en histoire naturelle les arrange- j f \ ments systématiques ; il vaut beaucoup mieux s'inspirer des principes des méthodes naturelles, c'est-à- ^, ,^^spU Fig.i2L.-5pî. dire se baser sur un ensemble ^n^^ ^^^^^ rochsete de la de caractères subordonnés d'après bouche,

leur importance physiologique.

C'est ce qu'a fait M. le professeur Guignard en dressant la classification ci-après qu'il donnait dans ses cours à la Faculté des sciences de Lyon et qu'il a bien voulu nous laisser publier (voy. p. 57).

Les Schizophytes y sont divisées en deux tribus, d'après un caractère tiré du mode de reproduction. Dans l'une d'elles, en effet, la reproduction a lieu par kystes, autrement dit par des cellules ordinaires du corps de la plante, qui épaississent leur membrane pour passer à l'état de vie latente. Dans l'autre, elle a lieu par spores, soit par formation, à l'intérieur d'une cellule du corps végétatif, d'une nouvelle cellule pourvue d'une membrane propre, cellule qui devient libre par la destruction de la membrane primitive.

M. Guignard désigne, comme M. de Bary, les plantules de

ces deux tribus sous les noms (VArthrosporées et d'Endospo-

rées.

Les Schizophyles arlhrosporées répondent aux Nostocacées

incolores; les endosporées , aux

Baclériacées proprement dites de

M. Van Tieghem.

Examinant ensuite le processus

©O f^^f>yif^ *'^ multiplication y Fauteur constate

qu'il se fait par cloisonnement, et

^ ^^^^^^ que le cloisonnement, dans chaque

* a tribu, a lieu dans une seule ou

Fig. 12 M. - Sarcina ventriculi ^ans plusieurs directions.

provenant (Je restomac. — a, Enfin, s'appuyant sur la forme,

cellule isolée ;ft, deux ccihiies \^ direction et la longueur des cel-

^rrr 4? itLti:„' 1"1««. «"/ •'.'absence ou la présence cubique de cellules (ZopO. ^^ ramifications, sur la présence ou

l'absence d'une gangue gélatineuse, M. Guignard finit par établir des groupes qui répondent sensiblement aux genres des auteurs qui l'ont précédé.

§ in. — Caractères des principaux genres de biicrobes

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