OPTIMUM
Bacillus subtilis
Bacterium termo
Bacillus amvlobacter
Bacillus anthracis
Bacillus tuberculosis
M. de Bary affirme que dans les Endosporées, la température favorable à la sporulation est assez voisine de l'optimum de végétation.
Quant à la température la plus favorable à la germination des spores, elle dépasse, en général, celle qui répond à l'optimum de végétation du mycélium. Elle serait comprise entre 30 et 40 degrés pour les spores du Bacillus subtilis^ entre 35 et 37 degrés pour celles du Bacillus anthracis; elle serait voisine de 4" 20 degrés pour les spores du Bacillus megaterium.
M. Pasteur a observé que le Bacillus anthracis ne végète plus à partir de -f- 45 degrés ; entre -f- 42-43 degrés, il forme seulement du mycélium que le contact de l'oxygène prive de végétabilité au bout d'un mois et de virulence au bout de huit jours. L'atténuation du Bacillus anthracis, par M. Pasteur, fut la conséquence de cette observation.
M. Chauveau, qui s'est surtout occupé de Tinfluence des températures élevées sur la végétation des microbes, à Toccasion du Bacillus anthracis, a proposé de distinguer des températures eugénésiques, dysgénésiques, agônésiques, suivant qu'elles favorisent, gênent ou suppriment la végétation. Il a constaté qu'à la température dysgénésique de 42-43 degrés, le Bacillus anthracis donne un mycélium fragmenté au sein duquel se montrent des pseudospores. Si Ton soumet ce mycélium à la température agénésiqttedeAl degrés pendant une, deux, trois, quatre heures, on le prive d'une partie plus ou moins grande de sa virulence, on le transforme en vaccins, sans supprimer sa végétabilité, et Ton peut, si le chauffage a été convenable, faire pulluler à nouveau ce mycélium et le propager avec son atténuation par la culture.
On développera ces particularités lorsqu'on traitera plus tard la question de l'atténuation des virus. On parlera aussi de la résistance relative des spores et du mycélium à la chaleur, lorsqu'on s'occupera de la destruction des virus.
Avant de quitter l'étude entreprise ici, disons qu'il faut abandonner la prétention d'indiquer d'une manière générale la température compatible avec la végétation des bactéries. D'étranges exceptions doivent nous mettre en garde contre les surprises d'une généralisation hâtive. En effet, M. Miquel a recueilli dans l'air les germes d'un bacille filamenteux qui végète encore aux environs de -}- 72 degrés. M. Van Tieghem a cité un autre bacille qui pourrait végéter au-dessus de -f- 74 degrés. Globig * aurait trouvé dans la terre plusieurs bacilles capables de végéter entre 50 et 70 degrés.
D'après Forster, un bactérien phosphorescent trouvé sur des poissons morts se cultive à zéro. Fischer a rencontré quatorze espèces qui peuvent végéter à zéro.
On est loin de -f- 50 degrés et de -f- 62 degrés, maximum et minimum que l'on a rarement vu dépasser. Il est probable qu'entre ces deux températures -f- 50 degrés et -f- 74 degrés, on rangera peu à peu un plus ou moins grand nombre d'intermédiaires.
§ III. — Lumière.
M. Zopf avait observé que le Beggiatoa rosea-persicina et M. Van Tieghem, que le Micrococcus urese s'accumulent ou s'appliquent sur la face éclairée d'un vase à culture. On ne saurait
toutefois généraliser cette observation, car nous avons vu le Bacillus anthracis cultivé sur la gélatine nourricière creuser son support du côté opposé à l'arrivée de la lumière. M. Engelmann avait encore remarqué que la nutrition de la bactérie colorée connue sous le nom de Bacterium chlorinum est modifiée par les radiations solaires. A une lumière vive, ce bactérien décompose l'acide carbonique qui l'entoure et dégage de l'oxygène. La quantité d'acide carbonique décomposée est proportionnelle à l'intensité des rayons lumineux et syrtout à l'intensité des rayons chimiques.
Pendant longtemps, nos connaissances sur les changements imprimés à la végétation des microbes par la lumière se sont bornés à ces faits, qui ne répondent pas tous directement à la question que nous examinons.
En 187Îf, Downe et Blunt s'occupèrent de l'influence de la lumière sur le développement des bactéries. Ils se servirent du liquide Pasteur comme milieu' nourricier. Malheureusement ils observèrent des bactéries fort indéterminées, celles de la putréfaction. Quelques-unes de leurs conclusions seront examinées lorsqu'on traitera de la destruction des virus. Ici on retiendra simplement celles qui se rapportent à la végétation des microbes. Or MM. Downe et Blunt ont constaté : 1° que la lumière retarde ou empêche le développement des bactéries à la condition qu'elle agisse en présence de l'air ; 2° que l'action retardante appartient à la lumière diffuse et surtout aux rayons actiniques du spectre solaire.
En 1885, ignorant les travaux des auteurs anglais, M. Duclaux étudia l'influence de la lumière du soleil sur la vitalité des germes du Tyrolhrix scaber ; puis, un peu plus tard, sur quelques microcoques pathogènes. M. Duclaux s'était placé au point de vue de l'assainissement du sol et de l'atmosphère.
Simultanément, et avant de connaître les recherches de M. Duclaux, nous avons fait agir la lumière sur les semis ou sur les cultures du Bacillus anthracis dans l'intention d'atténuer et de vaccinifier ce virus. Chemin faisant, nous avons relevé des observations intéressantes sur les troubles imprimés à la végétation de la bactéridie charbonneuse par les radiations lumineuses.
Si l'on se contente d'employer la lumière du gaz, l'influence des rayons lumineux sur le bacille du charbon est simplement ébauchée. Ainsi, à une température eugénésique, la lumière artificielle est incapable d'arrêter la végétation du mycélium ; elle se borne à retarder l'évolution du microphyte ; mais à une température dysgénésique, elle suspend la végétation; celle-ci
9i BIOLOGIE DES MICROBES.
reprend aussitôt que la température devient plus favorable. Si la lumière du gaz traverse un verre rouge, son influence retardante est amoindrie. Si elle traverse un verre bleu, la sporulation se fait mal, les filaments mycéliques se déforment, se renflent en pseudothèques à Tintérieur desquelles apparaissent des spores plus ou moins parfaites.
Les rayons solaires exercent une influence plus nette et plus décisive, et il est bon d'ajouter que celle-ci est à peu près indépendante de leur température.
Si on les projette sur du mycélium déposé comme semence dans du bouillon transparent, ils suppriment sa végétabilité en un laps de temps qui varie, suivant l'intensité lumineuse et la pureté du ciel, entre trois quarts d'heure et six heures. En été, une heure ou deux suffisent ordinairement à produire cet efl'et. Dans les cas où l'insolation n'est pas assez prolongée pour supprimer la végétabilité du mycélium, elle retarde simplement la végétation ou bien celle-ci s'accomplit irrégulièrement.
Si les rayons solaires agissent sur une culture commençante, dans laquelle le mycélium est sensible à l'œil sans toutefois entraîner un trouble manifeste du bouillon, ils entravent la végétation qui s'accomplit plus lentement et irrégulièrement. Quelquefois, le mycélium évolue en filaments courts, onduleux, enchevêtrés les uns dans les autres, de sorte que les spores qui se forment plus tard à leur intérieur semblent constituer des zooglées.
Dans le cas où les rayons pénètrent dans une culture datant de deux jours et d'un aspect absolument louche, ils parviennent à éteindre la végétabilité du mycélium; toutefois ce résultat n'est obtenu qu'au bout de vingt-sept à vingt-huit heures d'insolation, en plein mois de juillet.
Ce retard dans l'efl'et nocif de la lumière ne tient pas à une augmentation de la résistance du mycélium. Il est dû au trouble et à la faible transparence des cultures. Efl'ectivement, si l'on dilue le contenu des ballons avec du bouillon clair et transparent, on obtiendra la stérilisation du mycélium en sept à huit heures.
La suppression de la végétabilité du mycélium dans les cultures en pleine évolution est précédée d'une modification lente et graduelle que l'on apprécie de deux manières : 1° par le retard qu'éprouve le développement du mycélium incomplètement îïisolé déposé comme semence dans du bouillon neuf; 2® par une diminution de la fécondité de la semence.
Par exemple, si l'on emprunte une goutte de semence dans une culture exposée au soleil depuis quatre, huit, quinze et
vingt heures et qu'on la dépose dans des ballons chargés de bouillon nutritif, la végétation ne sera sensible qu'au bout de vingt heures dans le premier ballon, de vingt-quatre heures dans le second ballon, de trente-six et de quarante heures dans les deux: autres ballons.
Enfin, quand la végétation est achevée dans les cultures nouvelles, on peut, en se basant sur le trouble qu'elles présentent, les ranger en série régulièrement décroissante, du ballon dont la semence a été insolée quatre heures à celui dont la graine a été exposée vingt heures au soleil.
Si des matras fécondés avec des spores sont exposés aux rayons solaires, dans les mêmes conditions et pendant le même temps que les ballons fécondés avec du mycélium, ils sont aussi frappés de stérilité.
Nous en avons conclu que les spores, dont la résistance assure la pérennité de l'espèce, trouvent dans les rayons solaires un agent de destruction redoutable pour elles. Notre opinion fut difficilement acceptée par M. Duclaux, M. Nocard et M. Straus. Ces expérimentateurs émirent l'idée que les spores germaient dans le bouillon en dépit du soleil et que les radiations se bornaient à stériliser le jeune mycélium issu de la semence. M. Straus crut démontrer la justesse de son appréciation en établissant que si les spores sont insolées pendant six heures dans un milieu liquide privé de qualités nutritives et où, par conséquent, elles ne peuvent pas germer, elles conservent leur végétabilité. L'observation de M. Straus est exacte. Mais, si l'insolation des spores dans l'eau distillée est prolongée pendant quinze heures, on finit par éteindre chez elle tout pouvoir végétatif.
Nos expériences nombreuses et variées ne laissent pas la* moindre prise au doute en ce qui concerne la destruction de la végétabilité des spores par les rayons du soleil; mais elles laissent entrevoir une influence modificatrice exercée par le milieu liquide dans lequel nagent les spores. M. Roux a étudié la question à ce point de vue. Il a remarqué que le bouillon où sont plongées les spores est rapidement altéré par l'insolation, au point de devenir impropre à leur évolution ; de sorte que l'on est exposé à rapporter exclusivement aux spores des phénomènes de stérilité qui appartiennent d'abord au bouillon, et qu'elles partagent ensuite avec lui. Chose curieuse et inexpliquée aujourd'hui, le bouillon qu* est devenu impropre à la germination des spores se prête encore à l'évolution du mycélium.
Certaines divergences régnent encore au sujet du temps nécessaire à la destruction de la végétabilité des spores du
Bacillus anthracis. M. Roux admet qu'il faut, dans ce but, insoler les spores vingt-neuf à cinquante-quatre heures lorsqu'elles nagent dans du bouillon de veau. Il faut, à notre avis, se garder d'accorder une trop grande valeur aux chiffres qui ont la prétention de donner la mesure exacte de la résistance des spores au soleil. Ces chiffres différeront suivant la latitude, la saison, le jour où les expériences auronfété faites. L'état du ciel, si fortement instable, apportera aussi des changements considérables dans les effets de Tinsolation. Enfin le milieu où les spores sont en suspension est un facteur d'une certaine importance. Dans l'eau, en effet, il suffit de douze à seize heures d'insolation pour obtenir le résultat qui demande de vingt-neuf à cinquante-quatre heures dans une autre condition. Or, comme la composition des bouillons est forcément variable et vaguement variable, on doit s'attendre à des différences notables entre les chiffres obtenus par plusieurs chercheurs qui croient, néanmoins, avoir expérimenté dans des conditions semblables.
Gaillard et Pansini ont continué et étendu ces recherches. Récemment, M. R. Koch annonçait que la lumière solaire détruisait également la virulence des bacilles de la tuberculose, en quelques minutes ou en quelques heures, suivant l'épaisseur de la couche de culture exposée aux rayons. La lumière diffuse elle-même peut tuer une culture en cinq à sept jours.
Tout autre est l'action de la lumière sur les champignons inférieurs, notamment sur le ferment alcoolique. Dumas avait observé que la lumière active la fermentation ; M. Schutzenberger, qu'elle était à peu près sans effet sur ce phénomène. M. Regnard a étudié de nouveau cette question, à l'aide de la lumière électrique, en enregistrant la marche du dégagement gazeux qui accompagne la fermentation. Il a constaté que ce dernier s'établit et s'accomplit beaucoup plus rapidement à la lumière qu'à l'obscurité.
§ IV. — Atmosphère.
La composition de l'atmosphère d'une culture, la pression à laquelle elle est soumise modifient profondément la végétation des microbes.
Tout microbe étant un lambeau de protoplasma vivant et tout protaplasma vivant ayant besoin de respirer, la logique force à admettre que l'air ou l'oxygène est indispensable à la vie des microbes.
Pourtant, si Ton examine une série de microbes en présence de ces gaz, on s'aperçoit que quelques-uns végètent abondamment, tandis que d'autres semblent frappés de stérilité. Ceuxci pulluleront si, au lieu de les laisser en présence de Toxygène ou de l'air, on les place dans le vide ou dans le gaz acide carbonique ou dans l'hydrogène.
M. Pasteur avait observé des phénomènes analogues dans la vie de certains ferments appartenant aux schizomycètes et aux schizophytes. Par exemple, la levure de bière, le ferment butyrique ne manifestent leurs propriétés zymotiques que dans le vide ou dans une atmosphère d'acide carbonique ; le ferment acétique n'agit bien qu'au contact de l'air ou de l'oxygène.
Les premiers sont des ferments anaérobies, les seconds des ferments aérobies.
Cette distinction fut transportée dans le domaine des agents de la virulence. Le Bacillus anihracis devint un type de microbe virulent aérobie ; le Bacillus septictis, un type de microbe anaérobie. Celui-ci, comme l'a vu M. Pasteur et après lui un grand nombre de bactériologistes, ne se reproduit avec abondance que dans un milieu nutritif privé d'air ou chargé d'acide carbonique. Celui-là, comme l'ont observé Koch, Pasteur et Toussaint, ne prend tout son développement et n'achève son évolution que dans les milieux nutritifs où l'oxygène aborde avec facilité.
Toutefois, on a manifestement exagéré la valeur de ces termes* On a pu croire qu'un microbe anaérobie était frappé de mort par le simple contact avec l'oxygène ou avec l'air. La pratique a démontré que les anaérobies sont loin de perdre si facilement leurs propriétés pathogènes. On conserve fort bien le bacille de la septicémie gangreneuse avec toute sa virulence, après l'avoir soumis à la dessiccation dans un courant d'air.
A notre avis, tous les microbes ont besoin d'oxygène pour évoluer, croître et assimiler. C'était aussi l'opinion d'Hoffmann et de Cohn. Ces petits êtres ne peuvent vivre sans oxygène, dit Hoffmann en parlant des bactéries; si ce gaz leur manque, ils ne se multiplient pas, Cohn regarde comme indubitable que le développement des bacilles et leur reproduction par spores ne se fait que sous l'influence du libre accès de l'air.
Au surplus, dans les exemples choisis par M. Pasteur, le ferment anaérobie réclame de l'oxygène pour se développer; seulement, au lieu de le puiser dans l'air libre, il l'emprunte aux milieux nutritifs, grâce à un phénomène de dissociation spécial à la vie des êtres zymogènes.
Les mots aérobie et anaérobie n'expriment donc pas des
ÀRLOING. 7
propriétés opposées, mais indiquent simplement des degrés aussi éloignés que possible d'un phénomène identique chez tous les micro-organismes virulents. La preuve : c'est qu'il existe des organismes qui se rassemblent au pourtour d'une goutte, dans une préparation microscopique, qui se multiplient en formant un voile à la surface du bouillon nutritif, tandis que d'autres s'éloignent des points où l'oxygène est présent, enfin qu'il en est de mixtes, c'est-à-dire qui évoluent au contact de l'air ou sans air. Le streptocoque de la septicémie puerpérale, celui de la mammite interstitielle de la brebis, deux organismes que l'on trouve dans la péripneumonie contagieuse du bœuf, le staphylocoque pyogène, le bacille typhique, etc., peuvent vivre en aérobies et en anaérobies.
Les microbes mixtes sont appelés anaérobies facultatifs. Ils reçoivent quelquefois l'épithète d'indifférents, à tort suivant nous; car ceux que nous avons eu l'occasion d'étudier ne donnent pas, dans les deux cas, des cultures aussi abondantes. Règle générale, les cultures faites à l'abri de l'air sont moins riches que les autres.
Une différence analogue a été signalée dans la vie de la levure alcoolique suivant qu'elle s'accomplit à Tair ou sans air. Quand « il n'y a plus d'oxygène présent à l'état gazeux, dit M. Duclaux, la levure a manifestement une vie plus pénible. Il s'en forme encore un peu, car vie et multiplication sont en quelque sorte synonymes, mais nous n'en avons que 1 gramme au lieu de 25 pour 100 grammes de sucre consommé ».
Il est probable qu'en partant du microbe le plus aérobie que l'on connaisse, on rencontrerait une série décroissante d'intermédiaires conduisant insensiblement aux microbes réputés anaérobies.
L'absorption de l'oxygène est donc un besoin plus ou moins pressant chez les microbes. C'est bien un besoin général, car il n'y a pas un exemple de vie microbienne sans dégagement de chaleur, pas une seule atmosphère de culture qui ne renferme de l'acide carbonique, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de vie microbienne sans oxydation. Seulement, tantôt l'abondance de l'oxygène contrarie l'assimilation et la multiplication chez les organismes, tantôt elle les favorise. Dans les anaérobies, l'assimilation est en raison inverse de la respiration ; dans les aérobies, elle est en raison directe. Une dififérence analogue se rencontre pour un autre facteur biologique important, la lumière, dans la vie des végétaux plus élevés que les algues pathogènes. L'esprit ne peut donc pas se refuser à l'admettre dans les termes où nous la présentons.
Quoi qu'il en soit, il ne faut pas oublier, au point de vue pratique, que si un microbe ne végète pas en présence de Tair, on devra tenter de le cultiver dans le vide ou dans une atmosphère d'acide carbonique, ou d'hydrogène, ou d'azote. S'il végète dans l'air, on devra néanmoins s'assurer s'il ne croîtrait pas aussi en l'absence de l'air. Il convient d'autant mieux de varier la composition de l'atmosphère des cultures que Ton éprouve plus de peine à conserver les propriétés pathogènes des microbes.
P. Bert, après avoir démontré que l'oxygène sous une forte tension est un véritable poison pour les éléments anatomiques des animaux, pouvait supposer que, dans les mêmes conditions, ce gaz tuerait le protoplasma végétal. L'expérimentation a confirmé ses prévisions. L'air, sous une pression de vingt à quarante atmosphères, l'oxygène, sous une pression cinq fois moindre, tuent les bacilles du charbon et de la morve à l'état mycélien. P. Bert a même observé que les spores perdaient aussi leur vitalité dans l'oxygène à haute tension au bout de neuf mois. Grossmann et Mayerhauser ont vu, de leur côté, que les bactéries, en général, ne vivent pas au delà de six à vingt heures dans l'oxygène sous la tension de cinq à sept atmosphères. Tyndall a également constaté que des pressions d'oxygène variant de dix à vingt-sept atmosphères empêcheat absolument la fermentation ou la putréfaction de s'établir dans des substances éminemment altérables.
Il est donc bien avéré aujourd'hui que si l'atmosphère d'une culture est portée à une tension qui équivaut à cinq ou huit atmosphères d'oxygène, la vie microbienne est suspendue, puis détruite à son intérieur.
Mais il est probable qu'avant d'atteindre le degré qui est incompatible avec la persistance de la vie chez les schizophytes,, la pression se borne à modifier la végétation des microbes.
M. Chauveau a fait entreprendre à M. Wosnessenski,en 1884, des expériences pour connaître lés troubles apportés à la végétation du Bacillus antkracis par la Compression de l'air dans l'atmosphère des cultures.
Les effets de la pression ont été associés à ceux d'une température eugénésique (-f 35 'degrés) et d'une température dysgénésique (-f- 42-43 degrés).
Si l'on soumet une culture fraîchement ensemencée avec des spores à la température eugénésique de -|- 35 degrés et à des pressions supérieures à treize atmosphères, pendant deux> trois à six jours, la végétation est suspendue ; celle-ci s'établit^ lorsqu'on abandonne la culture à la pression ordinaire. Biea
mieux, si le bouillon a été fécondé avec les bacilles du sang, la semence est tuée rapidement.
Aux pressions égales ou inférieures à treize atmosphères, révolution des spores et du mycélium s'accomplit en présentant toutefois quelques modifications liées en partie à l'épaisseur sous laquelle les cultures sont faites. Ainsi, quand le bouillon est en couche mince, il se développe de bonne heure de superbes spores libres qui tombent au fond du ballon; lorsqu'il est en couche épaisse, le bouillon est uniformément troublé, il tient en suspension du mycélium fragmenté, homogène ou pourvu de spores et de rares spores à l'état libre; le nombre de celles-ci augmente avec le temps, mais il n'est pas plus grand au bout de douze jours que dans les cultures en couche mince qui datent de quatre jours.
Si l'on soumet des matras récemment fécondés avec du mycéUum à la température dysgénésique de 42-43 degrés et à la pression de trois à six atmosphères d'air, la végétation est retardée et légèrement modifiée. Le bouillon est uniformément troublé quand il se présente en couche épaisse ; il tient simplement en suspension de gros flocons, lorsqu'il est en couche mince. Dans le premier cas, le trouble est causé par du mycélium fragmenté en filaments courts, à protoplasma homogène ou granuleux. Dans le second cas, les flocons sont formés de très longs filaments enchevêtrés, à protoplasma généralement granuleu^i.
M. Wosnessenski a étudié simultanément les modifications de la virulence dans les cultures dont l'évolution avait été plus ou moins atteinte par la pression de l'atmosphère ambiante. Il a vu que cette propriété était augmentée par les faibles pressions, diminuée et anéantie par les pressions moyennes et élevées.
Les modifications de la virulence ne sont pas faciles à constater sur le cochon d'Inde ; mais on les apprécie plus aisément, en employant un réactif vivant moins sensible au charbon, le mouton par exemple, comme l'a fait M. Chauveau. A Taide de cet animal, M. Chauveau a démontré qu'entre les tensions qui activent la faculté infectieuse des cultures et celle qui y détruit toute activité, s'intercalent, dans une zone fort étroite, des tensions capables d'atténuer plus ou moins la virulence de l'agent infectieux. Il a encore observé que les spores formées dans les bouillons soumis à la pression transmettent leur virulence atténuée à plusieurs générations successives ; de sorte que l'on peut se procurer, par ce procédé, des virus pour les inoculations préventives. Ces virus possèdent mêmç quelques avantages particuliers que nous ferons connaître plus tard, lors-
que nous parlerons des moyens de conférer Timmunité contre les maladies virulentes. On dira ultérieurement que le simple contact de Toxygène à la tension normale, s'il est assez prolongé, affaiblit la virulence des cultures.
§ V. — Électricité.
Les premiers essais tentés pour déterminer Tinfluence de rélectricité sur la végétation des microbes proprement dits datent de 1875 et sont dus à SchieL Auparavant, on s'était contenté de rechercher les effets de Télectricité sur le ferment alcoolique.
Schiel étudia Faction des courants induits et des courants continus sur les organismes qui peuplent les infusions de foin et de viande ou sur ces organismes transplantés dans le liquide Pasteur. Il l'apprécia par le trouble apporté dans la motilité des microbes.
Schiel conclut de ses expériences que les courants faibles suffisent à modérer le développement des bactéries. Mais on pouvait lui objecter : 1° que la végétation n'étant pas liée à la motilité et réciproquement, il est impossible d'apprécier les modifications de l'une par les troubles de l'autre; 2* qu'opérant dans des milieux fort complexes, il était bien difficile de connaître le mécanisme du trouble apporté à la végétation; 3° qu'en raison de la fluidité du milieu, les changements produits en un point modifiaient aisément la composition de toute la masse liquide, de sorte qu'il devenait impossible de distinguer l'influence exercée par chaque pôle.
F. Cohn et Benno Mendelsohn reprirent cette question en 1883 et la poursuivirent méthodiquement.
D'abord, ils choisirent un liquide nutritif artificiel, à composition bien définie. Puis, pour saisir l'influence polaire et éviter que la composition de toute la masse hquide ne fût modifiée à l'occasion d'un changement survenu en un point, ils firent des expériences sur un milieu nutritif solide, la pomme de terre cuite. Enfin, ils observèrent une seule espèce microbienne, le JUicrococcus prodigiosus, et non un mélange d'espèces.
Les troubles apportés à la végétation des microbes par l'électricité résultent de l'action électrolytique des courants. Là où les courants mettent des acides en liberté, le milieu devient stérile. Conséquemment, l'action stérilisante de l'électricité manquera avec les courants induits dont l'action électrolytique est nulle.
Tout en rentrant dans la formule générale sus-indiquée, l'action des courants continus présente un certain nombre de variétés intéressantes.
Supposons le cas où les deux pôles d'un courant continu plongent dans un liquide nutritif : si le courant est très faible, il n'apporte pas de changements dans la végétation; s'il est d'une intensité moyenne, il stérilise le liquide autour du pôle positif et diminue simplement la végétation au pôle négatif; si le courant est fort, la semence est tuée en vingt-quatre heures. Lorsque le courant est d'une intensité moyenne, la stérilité au pôle positif est bien due à l'acidité du liquide et non à une autre influence, car le milieu est devenu propre à la végétation des moisissures qui se plaisent dans un milieu acide. Lorsque le courant est fort, outre son action électrolytique sur le liquide, il exerce peut-être une action directe sur la semence. A la longue, le courantfort produit du phosphate ammoniaco-magnésien au pôle négatif. Quand les phosphates ont revêtu cet état sous lequel ils sont insolubles, la solution est désormais privée de ses qualités nutritives.
Supposons maintenant que les deux pôles d'un courant continu, sous forme de deux lames de platine, soient engagés perpendiculairement et parallèlement l'un à l'autre dans une pomme de terre tranchée au niveau de son plus grand diamètre, on observera les phénomènes suivants : autour du pôle positif, la surface de la pomme de terre sera sèche et acide ; autour du pôle négatif, elle sera alcaline, humide et brune; les zones alcaline et acide viendront au contact et seront séparées simplement par une zone linéaire brune.
Sous l'influence d'un courant faible, la végétation du Micro-' C0CCU8 prodigiosus se montrera seulement au pourtour de la zone acide; à droite et à gauche du pôle positif, la surface de la pomme de terre sera stérile sur une grande étendue; au contraire, sur la zone alcaline, la stérilité sera limitée à deux étroites bandes qui accompagnent le pôle négatif. Dans les deux zones, la surface stérile s'élargira au fur et à mesure que le courant augmentera d'intensité. Lorsque ce dernier deviendra très fort, la stérilité sera générale, excepté sur l'étroite bande à réaction indififérente qui sépare la moitié acide de la moitié alcaline.
L'électricité agit donc sur la végétation des microbes en modifiant le milieu nutritif et en modifiant la semence. L'action sur la semence se manifeste quand on emploie des courants très énergiques.
Si l'on compare ces résultats à ceux qui ont été obtenus dans des expériences sur les levures, on verra qu'ils sont analogues.
L'acidification du milieu n'ayant pas d'influence sur le ferment alcoolique, Télectricité n'atteindra donc l'évolution du ferment que lorsqu'elle se présentera sous une grande intensité.
Dumas n'avait pas réussi à modifier la fermentation alcoolique avec des étincelles d'une bobine de Rhumkorf et d'une machine de Holtz. M. Regnard (1886) a ralenti la marche de la fermentation en foudroyant la levure avec des décharges donnant des étincelles de 50 centimètres de longueur; il a tué absolument la levure en l'exposant cinq minutes au courant fourni par dix éléments Bunsen.
§ VI. — Mouvements.
P. Bert s'était occupé de l'influence de l'agitation sur le développement des organismes inférieurs. Horvath a pensé que les bactéries se prêteraient fort bien à une étude de ce genre, attendu que leur évolution se fait rapidement et que leur petitesse les met à l'abri des lésions mécaniques. En imprimant de nombreuses vibrations à des cultures faites dans le liquide artificiel de Cohn, Hor^^ath a observé que la végétation ne tardait pas à être supprimée.
Des contradicteurs surgirent bientôt. Reinke remarqua que l'agitation se bornait à ralentir la prolifération des organismes inférieurs, et ïumas crut s'apercevoir que la condition la plus favorable à la multiplication de ces organismes était non l'état de repos, mais un mouvement modéré.
Tumas fit ses cultures dans le lait ou l'urine ; il attacha les récipients à l'extrémité du balancier d'une pendule; une longue tige flexible, plantée perpendiculairement, imprimait des vibrations au balancier, à chaque oscillation.
Dans les cultures soumises à l'ébranlement, la prolifération s'est montrée, en général, deux, trois ou quatre fois plus considérable que dans les cultures abandonnées au repos. Dans les limites où Tumas a fait varier la vitesse du mouvement, il a constaté que plus la vitesse augmentait, plus la prolifération était active.
* Miquel n'a pas observé que le repos ou le mouvement exerçât une influence sensible sur la multiplication des bactéries contenues dans les eaux potables. Par exemple, un certain jour, l'eau de la Vanne, à Paris, accusait 28 bactéries par centimètre cube; une partie fut placée dans un tube scellé et celui-ci attaché à un moteur hydraulique qui lui communiquait
deux cent cinquante secousses à la minute ; une autre fut abandonnée au repos, à côté de la première, dans les mêmes conditions de température; au bout de vingt-quatre heures, on trouva dans Teau agitée 71000 bactéries par centimètre cube, dans Teau soumise au repos, 88000. La différence entre les deux tubes est négligeable. Si l'on voulait en tenir compte, elle indiquerait que les mouvements ralentissent la prolifération. En tout cas, voici une autre analyse qui parlerait en sens contraire. L'eau de la Dhuis accusait un jour 65 bactéries par centimètre cube; on en répartit une certaine quantité entre deux tubes qui furent traités comme ceux de l'expérience précédente; au bout de vingt-quatre heures, Teau agitée renfermait 43000, Teau abandonnée au repos, 31 000 bactéries par centimètre cube.
En présence de résultats si contradictoires, il est difficile de conclure. Il est fort probable que les expérimentateurs consciencieux qui se sont occupés de ce sujet ont opéré dans des conditions dififérentes et mal déterminées. Ont-ils expérimenté dans le vide et en présence de Pair ? Ont-ils distingué entre les microbes aérobies, anaérobies et mixtes? Il ne semble pas jusqu'à présent qu'on se soit préoccupé de ces différences. Aussi regardons-nous toutes les conclusions tirées des expériences précédentes, tous les arguments invoqués à Tappui de telle ou telle opinion comme des assertions prématurées ou d'une faible valeur sur lesquelles nous nous abstiendrons de disserter. Nous attendrons de nouvelles recherches.