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CAUSÉS PAR LA PROPAGATION ET LA FIXATION DES VIRUS

DANS l'organisme

Quelques virus se répandent et vivent temporairement dans l'économie sans afficher de tendance marquée pour un organe plutôt que pour un autre. Ces virus se rencontrent partout dans le milieu intérieur et déterminent le type des maladies sans siège fixe ou totius substantiœ. Telles sont les septicémies du genre du choléra des volailles.

D'autres peuvent se trouver partout en petite quantité ; mais ils se réfugient de préférence dans certains systèmes ou certains organes où ils manifestent leur présence par des altéralions anatomiques locales plus ou moins évidentes. Telles sont la vaccine et certaines formes de la tuberculose.

Il faut bien se pénétrer qu'il n'existe pas de différence absolue entre ces deux groupes ; au contraire, des intermédiaires les relient par une transition insensible.

Dans les maladies sans siège fixe, la présence du virus se traduit par des troubles physiologiques ; dans les autres, par des altérations matérielles et dynamiques.

§ P^ — Troubles anatomiques.

Ils sont caractérisés par une altération des éléments, laquelle est immédiate ou précédée d'un processus édificateur.

L'altération est parfois des plus simples ; telle est la dissolution des cellules de l'épithélium intestinal dans le choléra. Cependant il arrive que la nécrose atteint aussi la couche superficielle de la muqueuse.

Les altérations sont souvent beaucoup plus étendues. Dans

un foyer de charbon symptoniatique,par exemple, les microbes, s'insinuent à Tintérieur des fibres musculaires dont le contenu est çà et là strié ou hyalin, cassé transversalement et plus ou moins rongé au niveau des cassures; le tissu conjonctif, distendu par rœdème, présente des cellules fixes ratatinées par suite de la rupture de leurs fins prolongements, mélangées à des cellules migratrices et à des globules rouges échappés de

Fig. 3-4. — Coupes faites au sein d*une tumeur dans un cas de charbon symptomatique (bœuf). — A : 1, fibre musculaire striée normale; 2, 2, amas de globules rouges épanchés entre les fibres musculaires; 3, 3, 3, fibres musculaires dont le sarcolemme a été rompu et le contenu entièrement détruit dans les points a, a; n, cellules lymphatiques associées aux microbes m, dans les points où les fibres sont détruites; 4, 5, fibres musculaires entamées par l'action des microbes. — B : 1, 1, amas de globules sanguins; 2, fibre musculaire saine; 3, 3, 3, réticulum fibrineux enfermant des microbes; 4, fibre musculaire en dégénérescence graisseuse dans les points a, a ; b, fibre en train de subir la dégénérescence vitreuse.

quelques capillaires déchirés. Tous ces éléments profondément modifiés dans la forme et Taspect sont, en outre, le siège d'une modification chimique accusée par les gaz qui infiltrent la tuméfaction.

La mortification est encore très évidente dans la pustule maligne de l'homme. Commencée par Davaine, poursuivie par Wagner, Virchow, Cornil et Babes, Straus, l'étude de cette lésion microbienne a révélé, à toutes les périodes, un processus dégénératif. Au début, il frappe sur la couche moyenne de

répiderme et provoque une vésiculation; ensuite, il s'étend à la couche profonde de Tépiderme et aux papilles dermiques et détermine une eschare épidermo-papillaire; enfin, il gagne le derme et en mortifie une petite portion. Le Bacillus anthracis, auteur de tous ces accidents, quitte rapidement l'épiderme

Fig. 35. — Coupe de la muqueuse de Testomac de Thomme dans un cas de charbon. — La surface de la muqueuse est dépouillée de son épithélium et couverte de mucus contenant des bacilles. — bf bacilles s'insinuant dans et autour des glandes gl ; les vaisseaux lymphatiques sont dilatés dans les parties profondes.

pour élire domicile dans Teschare papillaire et principalement dans le derme; il habite entre les faisceaux connectifs, jamais dans les vaisseaux sanguins et les follicules glandulaires.

Des altérations analogues se produisent sur la muqueuse de l'appareil digestif dans les formes gastro -intestinales du charbon (voy. ftg. 35).

. L'anatomie pathologique de la pustule vaccinale démontre aussi rinfluence destructive immédiate du virus vaccin sur les éléments dermo-épidermiques. Weigert a signalé la dégénérescence vitreuse nécrosique des cellules du corps muqueux, rinfiltration du derme autour du point dégénéré derépiderme, d'où résulte la disposition ombiliquée de la pustule, enfin Tapparition de cavités anfractueuses, cloisonnées entre les cellules épidermiques où s'épanchent de la sérosité, des leucocytes et des globules rouges du sang. Après la guérison, une cicatrice

Fig. 36. — Lésions du corps muqueux de Tépiderme cutané dans la variole. — m, w, cavités contenant des leucocytes et des cellules vésiculeuses ; n, cellule vésiculeuse contenant un leucocyte ; gf, grande cellule vésiculeuse libre dans la cavité centrale de la pustule; 6, 6, cellules de l'épiderme.

persistante témoigne de Tantériorité de phénomènes nécrobictiques. ^

La formation de cavités dans le corps muqueux deTépiderme s'observe aussi dans la variole (voy. fig. 36 et 37).

Les virus sans siège fixe peuvent entraîner la dégénérescence des éléments anatomiques au contact desquels ils sont déposés, bien qu'ils aient été préalablement atténués. Ainsi, une culture vaccinifiée du microi3e du choléra aviaire détermine au sein du tissu musculaire une eschare décrite par M. Cornil, dans laquelle les fibres musculaires présentent la dégénérescence de Zenker, et le tissu conjonctif est infiltré de fibrine et d'hématies. Plus tard, l'eschare s'entoure d'une membrane qui l'isole des parties

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saines; mais, comme elle subit les attaques incessantes des phagocytes qui partent des parois de la poche, elle finit, à la longue, par être entièrement résorbée.

Dans d'autres cas, avons-nous dit, les éléments prolifèrent

d'abord au contact des microbes ou de leurs sécrétions : les tubercules, les gommes syphilitiques en sont des exemples. Autour (l'une cellule géante (fîg. 37) renfermant habituellement des bacilles de Koch s'ordonnent des cellules épithélioïdes, puis des cellules embryonnaires mélangées à des éléments fibrillaires ; tel est le foUicule tuberculeux (fig. 38). Dans la zone d'action de quelques microbes, le tissu conjonctif se laisse infiltrer par de nombreuses cellules embryonnaires, puis se multiplie au point de former une enveloppe à la masse celluleuse ; telle est la gomme syphilitique.

Tout d'abord, les éléments qui constituent ces lésions présentent les réactions histo-chimiques des cellules normales ; mais elles ne tardent pas à subir une dégénérescence marchant du centre à la périphérie.

Le tubercule commence par la dégénérescence vitreuse de M. Grancher et finit par la caséification.

A la première période, les éléments tendent à se confondre; leur masse est comme sèche, friable et craquelée. A la seconde, le tubercule se résout en une sorte de bouiUie granuleuse blanc jaunâtre. Dans la gomme, les noyaux des cellules prennent de moins en moins le carmin.

Fig. 37. — Coupe à travers le corps muqueux dans la variole, montrant des cavités creusées dans le corps muqueux; des microbes punctiformes sont répandus dans répaisseur de l'épiderme et dans ces cavités.

en allant de la périphérie au centre, puis ils le refusent tout à fait, enfin ils disparaissent et les cellules elles-mêmes se fondent en une masse granuleuse jaune clair.

M. Bard a été vivement frappé de la dégénération rapide que subissent les cellules dans les processus d'origine microbienne. 11 a fait de cette prompte déchéance Tune des caractéristiques de ces processus. Dans toute prolifération où les microbes sont étrangers, les cellules poursuivent leur évolution physiologique en restant parfaitement vivantes. Les tumeurs ne seraient donc pas, comme plusieurs Font prétendu, des processus infectieux. Mais, si les observations de M. Bard

sont très exactes, la déduc-

tion est peut-être prématurée.

Fig. 38. — Cellule géante prise dans une lésion tuberculeuse. — 6, cellule géante dont le protoplasma est semé de noyaux g et de bacilles de la tuberculose; a, noyaux des cellules de la ceinture épithélioïde.

Fig. 39. — Organisation du tubercule ; demi-schématique. — G, cellule géante avec sa couronne de noyaux; E;;, Ep, ceinture de cellules épithélioïdes ; Em, Ewî, enveloppe de tissu conjonctif embryonnaire; V, coupe d'un vaisseau.

MM. Lortet et Despeigne, à la suite de l'inoculation d'un microbe contenu dans la vase d'un bassin, ont vu se développer dans le tissu conjonctif un véritable néoplasme. MM. Gley et Charrin ont observé une tumeur osseuse du maxillaire infiltrée de staphylocoques. Évidemment ces faits ne démontrent pas l'origine microbienne des tumeurs malignes; toutefois ils doivent inspirer sur ce sujet une prudente réserve.

M. Bard a fait remarquer encore que la dégénération des lésions microbiennes est loin d'être identique dans tous les cas. Ainsi, elle diffère dans le tubercule et dans la gomme. Il ne serait donc pas impossible de remonter de la lésion au microbe qui l'a produite à l'aide de notions précises sur la déchéance des éléments prolifères. M. Babes, par exemple, dit avoir ob-

serve des altérations particulières de la substance chromatique des endothéliums et des leucocytes dans la diphtérie.

Les virus peuvent encore produire des néphrites (fig. 40) parenchymateuse et interstitielle avec dégénérescence amyîoïde (Bouchard et Charrin), des hépatites analogues, des formations fibrineuses dans les espaces interlobulaires des poumons et une prolifération épithéliale dans les infundibula.(fig.4i ), des nodosités sur les valvules du cœur, des abcès dans les

Fig. -40. — Coupe du rein dans la septicémie de Charrin. — Les microbes répandus entre les tubes urinifères et dans Tintérieur d'un glomcrule de Malpighi déterminent ralbuminurie.

différents points de l'économie; à la surface des muqueuses, des productions pseudo-membraneuses fort encombrantes^ comme dans la diphtérie.

Les troubles anatomiques ont une double origine : tantôt ils tiennent à la présence même des micro-organismes virulents, tantôt à celle de leurs sécrétions. L'édification tuberculeuse semble bien se rattacher à Faction immédiate du microbe, puisque M. Laulanié a démontré Tidentité du follicule tuberculeux bacillaire et du tubercule développé autour des larves du strongle des vaisseaux, identité facile à saisir en comparant les figures 39 et 42.

Maintenant rien n'empêche qu'à l'irritation causée par le microbe vienne s'ajouter celle des sécrétions et que toutes deux provoquent des phénomènes hyperplasiques. On sait bien que les cellules d'une lésion ne sont pas nécessairement en contact par leur surface ou leur profondeur avec un microbe.

Fig. 41. — Péripneumonîe aiguë chez Thomme. — U, tissu interlobulaire du poumon enflammé; v, vaisseau rempli de sang; v", vaisseaux lymphatiques; a, tissu du poumon dont les alvéoles conlieniient de la fibrine.

L'action des produits sécrétés est dissolvante ou inflammatoire. La première s'exerce localement; ainsi les substances fabriquées par le spirille du choléra attaquent vigoureusement et dissolvent l'épithélium intestinal ; elle se fait sentir en outre à une distance plus ou moins grande du foyer microbien.

Quant à la seconde, elle détermine une immigration leucocytaire abondante et aboutit à la tuméfaction phlegmoneuse ou à l'abcès.

Les sécrétions du Pneumobacillus liquefaciens Sorts jouissent, comme nous l'avons montré, de propriétés phlogogènes remar- Arloing. 13

19i ROLE DES MICUOBES.

(|uables. Les bouillons de culture de ce bacille, filtrés et injectés dans le tissu conjonctif sous-cutané du bœuf, font naître, à rinstar d'une culture complète, une tuméfaction inflammatoire, douloureuse, temporaire. Les bouillons doivent cette aptitude à la présence d'une matière diastasique précipitable par Talcool.

Éminemment difl'usible, cette diastase passe des foyers microbiens dans les lymphatiques, ensuite dans les vaisseaux

sanguins, de sorte qu'elle est bientôt promenée dans tout l'organisme. Elle ne tarde pas à provoquer le gonflement inflammatoire de presque tous les ganglions lymphatiques. Il ne faudrait pas s'en laisser imposer et déduire de l'extension des lésions à l'extension des microbes.

La plupart de ces ganglions n'en renferment pas.

Depuis notre travail, plusieurs Fig. 42. — Tubercule déterminé expérimentateurs, Christmas, dans le poumon du chien par Roux, Eraud, Leber, Scheurlen, VœutduStrongylu8vasorum(Lau^ Grawitz et Bary, etc., ont trouvé lamé). — 0, œuf de strongle con- , ^ ui ' j

tenu dans la cellule géante cen- «ne substance phlogogene dans traie du tubercule. les produits solubles de quel-

ques microbes. Elle est probablement sécrétée en plus ou moins grande quantité par tous les agents virulents dont l'action inflammatoire s'étend loin de l'accident initial et disparaît rapidement après la destruction du foyer principal. Efifectivement, la promptitude avec laquelle le gonflement périphérique diminue à la suite de cette opération démontre bien qu'il est pauvre en microbes.

La matière phlogogene, tantôt entraînée par l'alcool, tantôt soluble dans ce Uquide, exerce une influence curieuse sur la tonicité des cellules pariétales des vaisseaux capillaires et sur les nerfs vaso-moteurs : l'exhalation plasmatique et la diapédèse des leucocytes sont accrues; les globules rouges peuvent aussi s'épancher en dehors du système circulatoire. De là, les œdèmes séro-fibrineux pâles ou sanguinolents que nous avons signalés ; de là même, des abcès.

On conçoit maintenant la genèse des accidents locaux occasionnés par les venins, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir des microbes cherchés vainement dans ces dernières années. M. Kaufmann, en se plaçant dans d'excellentes conditions

pour obtenir le venin de la vipère très pur, n'a jamais pu y démontrer, par la culture, la présence d'un micro-organisme. On doit donc attribuer les effets locaux si caractéristiques des morsures venimeuses à des matières solubles phlogogènes sécrétées par les cellules de la glande à venin. L'analogie qui existe entre une cellule et un microbe permet d'établir également une analogie entre les sécrétions; celles du microbe pouvant être phlogogènes, les sécrétions de la cellule glandulaire peuvent parfaitement jouir des mêmes propriétés.

L'analogie entre les venins et les sécrétions microbiennes se poursuit jusque dans l'immunité que possèdent certaines espèces contre les uns et les autres. M. Lortet a remarqué que le cobaye défie le venin de l'abeille ; nous avons observé, de notre côté, que les sécrétions du Pneumobacillus liquefaciens bovis sont incapables d'enflammer le tissu conjonctif du cobaye et du chien.

Il est plausible d'admettre que les sécrétions microbiennes qui modifient anatomiquement la région où elles sont introduites, favoriseront ou entraveront l'implantation des microbes dans cette région, et rationnel de croire qu'elles peuvent être suppléées par des substances chimiques ou par des actions mécaniques capables d'altérer les éléments anatomiques. Il faut vraisemblablement expliquer de cette manière l'influence favorable exercéç sur l'inoculation du charbon symptomatique par l'acide lactique (Arloing et Cornevin), par la triméthylaminé (Nôcard, Roger), par les produits solubles du Bacterium Chauvœi (Koger)y par les contusions (Nocard et Roux).

M. Roger a observé que \e Micrococcus prodigiosus exerce une action favorisîinte sur les inoculations du charbon symptoma-^ tique et que cette action dérivait d'une modification générale de l'organisme et non d'un effet local. M. Monti a vu de même les produits du Proteus vulgaris exagérer les effets du microcoque de l'érysipèle et de la pneumonie.

Les sécrétions microbiennes étant des matières organiques délicates, une influence physique légère, le chauffage par exemple, peut en modifier les propriétés, de telle sorte que la sécrétion jouissant d'un effet favorisant à l'état normal revêt une propriété plus favorisante encore après avoir subi l'action de la chaleur. Nous avons observé avec M. Cornevin un fait singulier qui doit, en attendant mieux, recevoir cette interprétation. Si l'on chauffe la sérosité virulente du charbon symptomatique à des températures graduées, on s'aperçoit qu'à une température assez rapprochée de*celle qui détruit la virulence, la sérosité prend une violence excessive. Il serait illogique de suppo-^ ser qu'une température si élevée fût éveillante pour l'activité

propre du microbe. Il me semble plus rationnel de penser que la température a transformé les matières solubles contenues dans la sérosité et leur a donné des propriétés favorisantes eu égard au Bacterium du charbon symptomatique.

Quant à la possibilité de suppléer les substances favorisantes, d'origine microbienne, par d'autres substances organiques non microbiennes, elle a été démontrée par Platania qui a fait développer le charbon sur des animaux naturellement réfractaires, comme le chien et la grenouille, en donnant, avec le virus, du curare, de Talcool ou du chloral. Bujwid aussi a vu que la glycose favorisait Finoculation du staphylocoque pyogène. Enfin, Wagner a observé que Tantipyrine et le chloral diminuent la résistance de la poule au charbon.

Les lésions matérielles causées par un microbe autour du point d'inoculation sont parfois subordonnées dans une certaine mesure à l'état du système nerveux sympathique. Ainsi, d'après MM. Charrin et Riiffer, les lésions produites par le bacille pyocyanique se développent mieux chez le cobaye lorsque le nerf de la région a été coupé. Tout récemment, M. Roger montrait que si l'on extirpe d'un côté le ganglion sympathique cervical sur un lapin, l'inoculation du microbe de l'érysipèle produit d'abord des effets presque semblables dans les deux oreilles ; puis, à partir du troisième jour, les altérations continuent à évoluer dans l'oreille dont le sympathique est intact, tandis qu'elles guérissent dans l'oreille énervée. En résumé, dit M. Roger, la paralysie vaso-motrice semble d'abord favoriser l'infection, puis ensuite favoriser la guérison ; la paralysie sensitive produit un effet inverse.

L'auteur attribue ce résultat à l'augmentation de la diapédèse après la section du sympathique ; les cellules migratrices, sortant plus facilement des vaisseaux, déblayent plus promptement la région des microbes qui l'envahissent. J'ai constaté que la paralysie des vaisseaux ne suffit pas à prévenir la mort après une inoculation charbonneuse à l'oreille du lapin.

Quelques sécrétions microbiennes, celles du bacille pyocyanique et du vibrion de Metschnikoff, paraissent, au contraire, propres a combattre les effets des substances phlogogènes. MM. Charrin et Gamaléia annonçaient récemment que si l'on injecte dans les veines d'un lapin, de deux en deux heures, 5 à 8 centimètres cubes par kilogramme de culture pyocyanique stérilisée, on supprime les phénomènes inflammatoires consécutifs à l'application d'huile de croton sur les oreilles. Ils ont , cherché si les produits solubles du bacille pyocyanique agissent

directement sur les vaisseaux ou par rintermédiaire des nerfs vaso-moteurs et ils ont vu avec M. Gley que ces substances paralysent les agents de la vaso-dilatation.

Au congrès international de médecine tenu à Berlin en 1890, M. Bouchard a beaucoup insisté sur Tinfluence vaso-motrice des sécrétions microbiennes, parce qu'elle entrave ou favorise la diapédèse des cellules migratrices, c'est-à-dire diminue ou augmente le phagocytisme et, par suite, augmente ou diminue les chances d'infection et la résistance de l'homme ou de l'animal à la pullulation des microbes dans l'organisme. Il fait rentrer dans cette explication l'effet signalé plus haut par Roger et Monti et l'influence du surmenage sur l'éclosion et la marche des maladies virulentes.

§ II. — Troubles physiologiques.

Il est à peine besoin de dire que la gêne matérielle apportée à quelques organes par des lésions d'origine microbienne peuvent amener des troubles fonctionnels. Lors même que ces lésions ne siègent pas dans des organes essentiels à la vie, elles deviennent ordinairement la cause de modifications physiologiques plus ou moins profondes, car les agents virulents qu'elles contiennent fabriquent et émettent des substances toxiques qui se répandent partout, comme s'il s'agissait de virus sans siège fixe.

Nous avons publié sur cette analogie un exemple schématique tant il est convaincant. Introduit dans un organe privé de circulation sanguine et lymphatique par la torsion du pédicule vasculaire, le Bacillus heminecrobiophilus provoque une fermentation locale, accompagnée de phénomènes généraux. Les altérations matérielles ne dépassant pas les limites de l'organe anémié, les troubles s'étendent donc à l'économie entière par la diffusion des produits solubles engendrés dans le foyer microbien. Ces produits imbibent les tissus voisins de l'organe altéré, puis ils sont entraînés par les capillaires veineux et lymphatiques de la région circonvoisine. Or nous avons vu qu'il suffisait de pratiquer l'ablation du foyer pour faire cesser les troubles physiologiques comme par enchantement.

Les détails dans lesquels nous allons entrer s'appliquent donc d'une manière générale aux deux formes principales des affections microbiennes.

La fièvre ou l'hypothermie, l'hyperexcitabilité du système nerveux ou la paralysie, l'accélération et l'affaiblissement du

cœur, la dilatation ou le resserrement des vaisseaux, la précipitation ou le ralentissement de la respiration, les hémorragies, Talbuminurie, la diarrhée, l'abattement, le coma, tels 5ont les principaux troubles physiologiques révélateurs des maladies virulentes à une phase ou à l'autre de leur évolution. Les décrire purement et simplement équivaudrait à repro- •duire les symptômes des maladies virulentes, tels qu'il sont Aracés dans les ouvrages de pathologie. Le but que nous nous sommes proposé est différent ; nous tenons à montrer les efforts déployés par l'expérimentation dans l'étude analytique de ces troubles pour arriver à la connaissance de leur mécanisme intime.

a. L'expérimentateur s'est primitivement attaché à provoquer avec des matières d'une virulence parfaitement reconnue les symptômes complexes des maladies microbiennes.

A notre connaissance, c'est M. Chauveau qui le premier tenta de reproduire expérimentalement les symptômes généraux •d'une maladie virulente. Pour cela, il transfusa à des moutons sains une grande quantité de sang emprunté à un animal dont les vaisseaux étaient peuplés de bacilles charbonneux. Les sujets présentèrent immédiatement les troubles circulatoires, . respiratoires et nerveux qui caractérisent le sang de rate, -comme s'ils fussent tombés sous le coup d'un empoisonnement aigu.

Le rôle des bacilles dans l'expérience précédente est fort peu important ; le dénoûment est légitimement attribuable aux sécrétions des microbes contenus dans le plasma sanguin. Toutefois la preuve n'en était pas fournie. Aussi, doit-on citer comme un fait très important l'expérience dans laquelle M. Pasteur détermina, sur la poule, les symptômes cardinaux du choiera des volailles, en injectant des bouillons filtrés dans lesquels avaient vécu les agents de cette maladie. Dans la pathogénie des symptômes, il faut donc attribuer un rôle important aux substances solubles fabriquées par les microbes.

6. Puisque nous venons de parler des recherches de M. Chauveau sur la production expérimentale des troubles physiologiques du sang de rate, nous ajouterons quelques mots sur un point particulier.

On avait fait jouer au Bacillus anthracis un rôle spécial dans le dénoûment fatal des inoculations charbonneuses. On supposait qu'il disputait victorieusement aux cellules et aux fibres l'oxygène charrié par les globules rouges. M. Chauveau a vu •que le sang d'un mouton expirant sous l'invasion des bacilles jrenferme encore une proportion d'oxygène presque normale.

L'analyse physiologique d'une fonction a donc permis de rectifier une idée fausse.

Nous avons poursuivi, dans les mêmes intentions, le dosage de Tacide carbonique exhalé par le cobaye et le rat blanc au cours de deux maladies mortelles, le charbon causé par un microbe aérobie, la septicémie gangreneuse, due à un microbe anaérobie. Cette opération nous a permis d'observer que l'exhalation de l'acide carbonique diminue, dans ces deux affections, surtout aux derniers moments de la vie. La diminution, dans le charbon, s'établit à partir de l'inoculation, tandis qu'elle est précédée, dans la septicémie, d'une légère modification de sens inverse. On en jugera par les deux exemples suivants :

Avant l'inoculation du charbon, un rat rejetait 2572 centimètres cubes d'acide carbonique par kilogramme de poids vif et. par heure. Dans les douze heures qui suivirent l'inoculation, il n'exhalait que 2561 centimètres cubes; dans les deux périodes suivantes, comprenant chacune douze heures, 2236 centimètres cubes et 1682 centimètres cubes. Enfin, dans le dernier quart d'heure de la vie, 401 centimètres cubes.

Avant l'inoculation de la septicémie, un rat exhalait 2035 centimètres cubes d'acide carbonique par kilogramme et par heure. Après l'inoculation, dans les douze premières heures, il rejetait 2118 centimètres cubes; dans les douze heures suivantes, 1752 centimètres cubes; enfin, dans la période qui comprit l'instant de la mort, 537 centimètres cubes.

c. On doit tirer de ces expériences un enseignement intéressant, savoir : que l'hyperthermie ne coïncide pas toujours avec une augmentation de l'acide carbonique dans l'air expiré. Par conséquent, l'action hyperthermisante des virus n'est pas liée constamment à une exagération de la thermogénèse, et surtout de l'oxydation des substances hydro-carbonées. Il serait donc important d'approfondir le mécanisme de réchauffement pénible et dangereux que présentent les sujets frappés de certaines maladies virulentes. On peut déjà attribuer une part importante aux nerfs vaso-constricteurs, car, incontestablement, l'émission de la chaleur par les surfaces limitantes a subi une diminution dans nos propres expériences.

Nous profiterons de l'occasion pour examiner les influences hyperthermisantes.

MM. Charrin et Rùffer ont observé que la fièvre peut se développer sous l'influence des produits solubles des cultures du bacille pyocanique absolument privés de tout germe mort ou vivant. M. Serafini et M. Lucatello ont obtenu le même trouble,

le premier, avec les sécrétions du microbe de Friedlander, le second, avec le microbe de Fraenkel. M. Roussy a isolé des cultures d'un microbe une substance dont la composition, encore assez mal définie, provoque si facilement la fièvre, qu'il a proposé de la nommer pyrétogénine.

Les sécrétions microbiennes sont donc souvent pyrétogènes. Elles ont cette propriété en commun avec les sécrétions des éléments anatomiques proprement dits si bien étudiés par M. Ar. Gautier. Ainsi M. Bouchard a constaté que les injections de bouillon de viande pur et stérilisé produisent de Thyperthermie; M. Roux et M. Gamaléia ont fait la même constatation en se servant des extraits alcooliques de rates saines.

MM. Charrin et Rûfïer s'aperçurent que l'influence pyrétogène était à son summum lorsque les cultures du bacille pyocyanique contenant les microbes à l'état de cadavres provoquaient dans l'économie l'activité englobante particulière des phagocytes. Cette observation donnerait une certaine valeur à une hypothèse de M. Gamaléia d'après laquelle les phagocytes engendreraient pendant leur action digestive une substance qui allumerait la fièvre.

L'élévation de la température serait due, dans tous les cas, à une substance soluble, sécrétée directement par les microbes ou par les phagocytes en digestion de microbes. Cette substance exagérerait la thermogénèse par son contact immédiat avec tous les éléments anatomiques ou bien agirait sur les centres nerveux vaso-moteurs, thermiques et modérateurs de la sécrétion sudoripare. Mais il est juste de reconnaître que la plupart de ces assertions sur le mécanisme de l'hyperthermie réclament une démonstration rigoureuse.

d. Nous avons étudié l'influence de plusieurs toxines microbiennes sur la température centrale, et, nous avons vu, règle générale, que les toxines hyperthermisantes commencent par produire un refroidissement passager.

e. Nous en connaissons dont Teff'et principal est hypothermisant. L'injection de ces toxines dans les veines détermine habituellement une élévation de la température qui dure peu de temps, et ensuite un refroidissement progressifqui fait baisser le thermomètre de 2 à 3 ou 4 degrés, bien que la mort arrive en une heure ou une heure et demie. Nous citerons comme telles, les sécrétions du vibrion du choléra (Klebs) et celles qu'émet le vibrion septique dans le tissu conjonctif d'un animal ou dans des cultures anaérobies, et celles du Staphylococeus pyogenes aureus que MM. Rodet et Courmont ont étudié sous nos yeux.

TROUBLES DANS i/OUGANISME. 201

f. Outre les modificateurs de la calorification, il existe, parmi les sécrétions microbiennes, des produits spéciaux qui déterminent les troubles particuliers à telle ou telle maladie.

Les cultures du choléra produisent des crampes (Klebs).

Nicolaier et Rosenbach ont avancé que le bacille du tétanos sécrétait un poison chimique dont les effets sur le système nerveux rappellent les symptômes classiques de la maladie. Breiger a retiré de ce poison trois substances essentielles : la tétanine, la tétanotoxine et la spasmotoxine. L'accord n*est pas parfait sur la nature de ces substances, mais l'existence d'une toxine est incontestable.

Manfredi et Traversa ont produit des désordres nerveux remarquables avec les cultures stérilisées du microbe de Férysipèle. Au début, ce sont des phénomènes d'excitation du système nervo-moteur ; puis des phénomènes de paralysie impliquant l'inhibition fonctionnelle des centres nerveux axiaux, des nerfs et enfin des muscles. La respiration est troublée et le cœur est ralenti. Poussant plus loin l'analyse des accidents nerveux , les auteurs sont parvenus à localiser l'influence néfaste des sécrétions du microbe de l'érysipèle sur les centres encéphaliques et particulièrement sur le bulbe rachidien.

g. Certaines hypersécrétions peuvent tenir à l'influence immédiate de microbes ou à un empoisonnement par leurs produits ou aux deux effets combinés.

Si le microbe évolue dans l'intestin, il détermine la diarrhée par l'action de ses diastases sur l'épithélium intestinal; mais comme une partie des sécrétions est résorbée, ce trouble est encore provoqué par une intoxication des nerfs vaso-moteurs et excito-secrétoires de l'intestin.

Si le virus est localisé dans une autre région, il produit le même résultat, grâce à ses sécrétions. On détermine effectivement la diarrhée par l'injection intraveineuse du sang charbonneux, des cultures filtrées du Bacillus anthracis, du Bac. heminecrobiophilus, du Bac. pyocyaneus.

L'action vaso-dilatatrice est poussée quelquefois très loin, et, quand elle s'associe à une diminution de la tonicité des éléments constitutifs des vaisseaux capillaires, elle peut s'accompagner d'hémorragie.

h. MM. Roux et Yersin ont déterminé des paralysies analogues à celles qui succèdent souvent à la diphtérie avec des cultures filtrées du microbe de Klebs et Lôffler.

M. Charrin a eu l'occasion de voir dans les paralysies consécutives à la maladie du bacille pyocyanique et à l'infection causée par les produits solubles de ce bacille, que les troubles

nerveux sont purement dynamiques. Il lui fut impossible, en effet, de trouver des lésions dans le système nerveux central, les nerfs et les muscles des lapins paralysés.

Les recherches de Hoffa sur les sécrétions du Bacillus anthracis méritent d'être mentionnées à côté des précédentes. M. Hoffa a séparé des cultures un alcaloïde dont les effets sont la somnolence et le coma.

i. Le cœur est souvent impressionné vivement par le contact des toxines microbiennes avec sa face interne, surtout lorsque ce contact se produit pour les premières fois.

Nous avons injecté les bouillons de culture du Bacillus hetninecrobiophilus dans la jugulaire de Tagneau et du chien. Immédiatement après l'injection, le cœur s'est ralenti et la pression artérielle a baissé considérablement, comme si l'on avait poussé brusquement une solution de chloral dans le sang. On observa ensuite une restauration presque complète de la pression. Puis, à partir de ce moment, les nouvelles injections que l'on poussa dans la veine, de la même manière, produisirent des effets' immédiats de moins en moins prononcés.

Nous avons obtenu des effets analogues avec le suc pulmonaire chargé des sécrétions du Pneumobacillus bovis et avec le bouillon de culture du Bacillus anthracis.

Tantôt, l'excitabilité des nerfs modérateurs du cœur reste intacte, comme pendant l'intoxication i^a.r le Pneumobacillu^ et V heminecrobiophilusy tantôt elle estfortement diminuée, comme sous l'influence des toxines du bacille charbonneux.

j. La plupart des virus sécrètent des substances dont le passage dans le sang provoque une grande accélération de la respiration. Nous avons obtenu cette modification entrecoupée de quintes de toux ou de phases d'apnée avec les cultures filtrées du Bacillus anthracis, du Bacillus heminecrobiophilus et du Pneumobacillus bovis. La plus troublante de ces substances est fournie par le Pneumobacillus au sein même des lésions qu'il engendre dans le poumon du bœuf. A la dose de 4 centimètres cubes, la sérosité retirée par expression d'un poumon malade détermine un état réellement inquiétant sur de jeunes bouvillons du poids de 220 à 250 kilogrammes ; elle a causé la mort d'un animal pesant seulement 139 kilogrammes.

Ces troubles résultent de l'imprégnation des centres respiratoires et des terminaisons nerveuses excito-réflexes intrapulmonaires par les poisons microbiens, car on en obtient quelques-uns par l'introduction directe des bouillons de culture dans l'épaisseur du poumon presque aussi bien que par l'injection intraveineuse.

TROLBLES DANS L'ORGANISME. 203

La toux dans les maladies infectieuses n*est donc pas toujours le signe d'une localisation des agents virulents dans les voies respiratoires. Elle peut signifier simplement que les produits modificateurs de la respiration sont arrivés au contact des terminaisons des nerfs laryngés ou des filets pulmonaires des nerfs pneumogastriques.

fc. Pendant l'évolution naturelle des maladies virulentes, il est bien rare que les troubles de la respiration aient l'intçnsité des modifications provoquées par Tinjeclion intraveineuse des bouillons de culture ; mais il ne faut pas oublier que, dans le premier cas, les matières troublantes sont déversées peu à peu dans les liquides nutritifs et s'y trouvent rarement à dose aussi forte que dans le second cas.

L'accumulation dans le sang des sécrétions du Bacillus anthracis augmente l'émission de l'urine. La stase des microbes dans les vaisseaux du rein détermine l'albuminurie; cependant ce trouble grave est causé, dans quelques cas, par l'action répétée des produits solubles sur la glande rénale. On observe les deux sortes d'altérations physiologiques dans le cours ou à la fin de beaucoup de maladies virulentes.

En résumé, l'expérimentation a reproduit presque tous les troubles anatomiques et physiologiques qui caractérisent les maladies virulentes.

Malheureusement ces troubles ne sont pas analysés aussi complètement qu'on pourrait le souhaiter. Mais on sait qu'ils sont à la fois l'œuvre des microbes et de leurs sécrétions. On sait même que l'intoxication par les produits solubles peut créer des altérations organiques longtemps après la disparition des microbes ou tout au moins des symptômes aigus déterminés par leur présence. Il n'est pas jusqu'à la mort qu'on ne puisse imputer aux sécrétions microbiennes. M. Charrin a empoisonné avec les bouillons de culture du bacille pyocyanique; nous avons tué avec ceux du Bacillus anthraciSy du Bacillus heminecrobiophilus ^ du Pneumobacil lus liquefaciens bovis et du vibrion septique; M. Manfredi, avec celui du microbe de l'érysipèle; MM. Rodet et Courmont, avec ceux du Staphylococcus et du Streptococcus pyogenes^ etc. Actuellement, je ne connais pas de matière plus toxique que les sécrétions du bacille de la péripneumonie bovine. J'ai constaté que les cultures sont toxiques pour le bœuf à la dose de 08'',064 par kilogramme de poids vif, et la sérosité filtrée des lésions à la dose de 0«',028.

MM. Chamberland et Roux ont obseWé que l'activité des sécrétions du Bacillus anthracis et du Bacterium Chauveei est plus grande quand les microbes évoluent dans un milieu vivant.

Toutefois, il faut se garder d'interprétations exclusives. Si les sécrétions microbiennes peuvent briser à elles seules les grands ressorts de Torganisme, on ne saurait méconnaître que Tencombrement d'organes importants, par les agents pathogènes, que les lésions matérielles, que les susceptibilités nerveuses qu'ils font naître par leur présence, concourent dans une certaine mesure à tuer les malades.

Avant de quitter ce sujet, nous tenons à faire observer que des microbes différents sécrètent des substances toxiques physiologiquement identiques. D'après M. Lesage, la sécrétion du microbe qui habite l'intestin des malades frappés du choléra infantile détermine, comme celle du choléra asiatique, une diarrhée de desquamation, l'algidité et la mort. La toxine se retrouve dans les muscles, le foie et l'urine des animaux rendus cholériques suivant la méthode de M. Koch ou de M. Doyen.

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