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Ui LUTTE CONTRE LES VIRUS.
D'après ces tableaux, les microbes gagnent en résistance au contact d'une dose insuffi santé d'antiseptique. Ce fait permettra sans doute d'expliquer certaines irrégularités de l'action des microbicides.
Le travail de M. Kossiakofi'est incontestablement très curieux ; mais il ne nous dit pas si les microbes accoutumés à un antiseptique le seraient pour d'autres substances du même genre. Ce point vaut la peine d'être étudié.
Hlodea d*aciloD des antlscptlqnea. — Si, à l'exemple de
M. Schnirer, on se borne à voir dans les antiseptiques des* substances capables d'empêcher, dans le corps de l'homme et des animaux, l'eiTet pathogène des microbes qui interviennent dans les maladies, l'action des antiseptiques peut s'envisager de deux manières : tantôt comme un obstacle au développement et à la multiplication des microbes, tantôt comme une entrave à la production des sécrétions microbiennes qui, dans un grand nombre de cas, sont la cause prédominante des troubles caractéristiques des maladies infectieuses.
Il est inutile d'insister sur le premier mode, tant il est simple. Nous rappellerons seulement que les antiseptiques sont capables de modifier profondément la morphologie des microbes, quand ils ne suspendent pas leur évolution.
On avait observé des déviations du type morphologique de quelques espèces, à l'occasion de plusieurs influences agissant à la façon des antiseptiques : absence d'oxygène (Toussaint), chaleur, air comprimé (Chauveau, Wosnessensky), lumière (Arloing). MM. Charrin et Guignard ont appelé l'attention, en 1887, sur les formes variées, souvent méconnaissables pour un observateur non averti, que revêt le Bacilluspyocyaneus en pré- ^sence des antiseptiques (voy. fig. 15 et 16). Wasserzug vérifia et étendit les observations des auteurs précédents au Micrococeus prodigiosus. Cultivé dans du bouillon acidulé par l'acide tartrique, le M. prodigiosus affecte la forme bacillaire et mesure de 2 à 5 [x jusqu'à 30 et 40 [x. Bien plus, par une longue série de cultures, il revêt définitivement cette forme nouvelle, et, dès lors, devient morphologiquement méconnaissable. MM. Chamberland et Roux ont remarqué depuis longtemps que le Bacillus anthracis ne développe pas de spores dans le bouillon additionné de bichromate de potasse. Ces bacilles asporogènes sont privés de leur caractéristique essentielle ; en outre, ils sont d'une grande fragilité aux causes de destruction, entre autres, au vieillissement.
Faut-il attacher plus d'importance au second mode? Nous
DESTRUCTION ARTIFICIELLE DE LA VIRULENCE. 2i5
ne connaissons pas d'expériences spéciales établissant que les antiseptiques suppriment les sécrétions toxiques des microbes pathogènes ou neutralisent plus ou moins les effets de ces sécrétions quand ils n'ont pas pu en empêcher la production. Mais il existe des faits d'ordre très voisin qui nous autorisent à conclure affirmativement. .
Par exemple, Wasserzug a montré, en 1887, que des antiseptiques empêchent la production et l'excrétion de la substance chromogène par le bacille pyocyanique. Ainsi le sel marin qui tue ce bacille, dans le bouillon, à la dose de 6 à 7 pour iOO, arrête le passage de la pyocyanine dans le milieu ambiant à la dose de 5 pour 100; le sublimé qui tue à 1,10 pour 100, arrête la sécrétion à la dose de 0,85 pour 100; l'acide phénique qui tue à 14 pour 100, supprime la sécrétion à 9 pour 100. La production est également supprimée, car le chloroforme n'extrait plus de matière colorante du protoplasma des microbes.
Ajoutons que MM. Duclaux, Kjeldahl, A. Petit, Bourquelot, ont vu les antiseptiques diminuer bien souvent l'action des diastases, substances qui sont, comme les poisons microbiens, des produits sécrétés par des cellules vivantes. M. Duclaux a appelé ces substances paralysants des diastases. Le sublimé affaiblit la présure, la sucrase, Famylase et la pepsine ; le borax agit de la même manière sur la présure, la sucrase et la pepsine ; le nitrate d'argent^ sur la présure et la sucrase ; le sulfate de quinine, Valcool, les essences diverses, sur la sucrase, etc.
Il ne nous est pas défendu de transporter ces données sur le terrain de la pathologie ; car, outre la similitude d'origine entre les diastases et les sécrétions toxiques microbiennes, les microbes pathogènes produisent de vraies diastases dont l'action dans les processus morbides est plus importante qu'on ne l'admet généralement. Mais, pour conclure avec certitude, il importe d'entreprendre et de mener à bien des expériences particulières sur les bouillons de culture de plusieurs microbes pathogènes.
AppiicsatioDs. — Il y a donc encore beaucoup d'études à faire pour doter l'hygiène publique et la médecine des connaissances nécessaires à l'application sûre et rationnelle des antiseptiques.
Cependant il est impossible de rester dans l'inaction en attendant que la science ait mis entre nos mains des armes irréprochables. Je qualifie delà sorte les moyens qui atteignent le but sans exposer à des dangers ou à des dépenses inutiles. Il faut se résigner, en l'^absence d'indications très précises, à aller au delà des besoins nécessaires pour ne pas s'exposer à rester en deçà.
On sait que le sublimé corrosif est le roi des antiseptiques. Pourquoi ne pas recourir à lui, lorsque Texpérience ne nous aura pas fait connaître un antiseptique moins violent et néanmoins bien approprié à la résistance du virus que Ton se propose de détruire? Par exemple, Jaeger a vanté dernièrement les merveilleux effets des laits de chaux sur le bacille de la fièvre typhoïde. Si cette découverte se confirme, il est incontestable que Ton fera sagement de désinfecter tous les véhicules suspects de propriétés typhogènes, avec un lait de chaux, bien que cette substance ne jouisse pas d'une grande réputation parmi les antiseptiques généraux.
En résumé, au fur et à mesure que nous apprendrons à connaître des antiseptiques spéciaux et les meilleures conditions pour développer leurs effets, nous les emploierons avec autant de confiance que de certitude. Tant que ces découvertes se feront attendre, nous utiliserons les substances les plus actives, en nous inspirant, dans leur choix, de considérations économiques et hygiéniques, dans leur usage, des notions que nous possédons déjà sur la biologie des microbes.
Les traités sur la désinfection, notamment celui de M. E. Vallin, donnent de précieux conseils que les personnes intéressées feront bien de mettre à profit.
Quant à nous, convaincu que l'éclectisme, en matière de désinfection, est forcément encore à Tordre du jour, nous pensons que l'on ne doit pas reculer devant l'association de procédés divers pour s'assurer les bénéfices d'une bonne désinfection.
Le lecteur comprendra parfaitement ma doctrine actuelle, s'il veut bien jeter les yeux sur l'instruction suivante préparée par une commission du Conseil d'hygiène publique et de salubrité du Rhône dont j'eus l'honneur d'être le rapporteur :