CHAPITRE PREMIER
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR l' ATTÉNUATION DES VIRUS
L'atténuation artificielle des virus ou Taffaiblissement de leurs propriétés pathogènes est une grande découverte contemporaine. Cependant la médecine en possédait depuis longtemps une vague notion, puisque bon nombre de personnes croient à tort ou à raison, peut-être à tort, que le vaccin jennérien est le virus variolique atténué par son passage sur le bœuf. Mais cette notion était aussi confuse que les idées de Tépoque sur la nature des virus! De plus, elle était sans horizon; car la transformation de la variole en vaccine étant Tœuvre mystérieuse de la nature, aucun esprit n'osait supposer que T expérimentateur fût un jour capable de modifier artificiellement Tactivité des virus.
Aussi rémotion fut grande dans le monde médical, quand on apprit successivement que les agents essentiels de la virulence étaient des êtres vivants, visibles, saisissables, que Ton pouvait maintenir et propager en captivité, et modifier au point de les faire servir à la défense des intérêts de Tagriculture et, probablement bientôt, à celle de notre santé et de nos affections les plus chères.
C'est à l'illustre M. Pasteur, dont la France est justement flère, qu'appartient la découverte de l'atténuation expérimentale des virus.
Voici dans quelles conditions elle a été faite : M. Pasteur était occupé à bien établir, à l'aide du microbe du choléra des poules, que la virulence dans une goutte du sang d'un malade appartient aux microbes et non à la partie fluide de cette hur
meur. II avait constaté la propagation de la virulence dans des ballons de bouillon, au fur et à mesure que Ton y ensemence une goutte des cultures précédentes. La virulence ne subit aucune diminution, pourvu que Ton passe d'une culture à Tautre au bout de vingt-quatre heures. Le hasard voulut que Ton attendît une fois beaucoup plus longtemps avant d'essayer la virulence d'une culture par l'inoculation. Au lieu de mourir dans l'espace de vingt-quatre à quarante-huit heures, comme cela se passait chaque fois qu'on employait une culture récente, les poules inoculées avec la culture ancienne en furent quittes pour quelques jours de tristesse et d'inappétence ; en outre, particularité aussi remarquable qu'inattendue, elles résistèrent à l'inoculation ultérieure d'un virus très virulent.
M. Pasteur saisit aussitôt la haute portée de cette expérience et, dans une communication à l'Académie des sciences le 9 février 4880, il en rapprocha le résultat de la vaccination jennérienne.
« Par certain changement dans le mode de culture, dit-il, on peut faire que le microbe infectieux soit diminué dans sa virulence. » Voilà pour la cause de l'atténuation.
Quant aux effets, il poursuit : « La diminution dans la virulence se traduit dans les cultures par un fidble retard dans le développement du microbe, mais au fond il y a identité de nature entre les deux variétés du virus. Sous le premier de ces états, le microbe inoculé peut tuer vingt fois sur vingt. Sous le second, il provoque vingt fois sur vingt la maladie et non la mort. Ces faits ont une importance facile à comprendre : ils nous permettent, en effet, de juger, en ce qui concerne la maladie qui nous occupe, le problème de sa récidive ou de sa nonrécidive. Prenons quarante poules, inoculons-en vingt avec un virus très virulent, les vingt poules mourront. Inoculons les vingt autres avec le virus atténué, toutes seront malades, mais elles ne mourront pas. Laissons-les se guérir et revenons ensuite, pour ces vingt poules, à l'inoculation du virus très infectieux; cette fois il ne tuera pas. La conclusion est évidente : la maladie se préserve elle-même. »
M. Pasteur s'appesantit davantage sur ce sujet, devant l'Académie des sciences, les 26 avril et 26 octobre 1880. Il montra principalement : que l'on augmente la résistance de la poule par plusieurs inoculations d'un virus atténué; que l'expérimentateur peut provoquer à volonté des degrés différents dans l'atténuation du microbe du choléra aviaire, et donner, par l'emploi de virus convenablement gradués, une résistance absolue au virus très infectieux. Enfin, il émit nettement la pensée d'une