COMPARAISON DE LA VIRULENCE AVEC LE PARASITISME SIMPLE
Il ne suffit pas qu'une maladie soit transmissible pour être virulente.
On Ta dit plus haut, la propriété la plus remarquable des virus est de pouvoir infecter l'économie, s'y multiplier et produire des désordres dont la gravité est hors de proportion avec leur masse.
Or il existe un groupe d'agents pathogènes qui peuvent s'introduire dans l'économie vivante, se transmettre des malades aux sujets sains, mais dont les effets nuisibles sont toujours en rapport avec leur nombre ou avec la déUcatesse ou l'importance des organes qu'ils occupent en envahisseurs.
Nous appelons ces agents des parasites proprement dits.
Quelques exemples feront bien saisir la différence que nous établissons entre le parasitisme simple et la virulence.
Un ver nématode, la Trichine spirale, habite quelquefois le tube digestif du porc. L'espèce est représentée par des sujets adultes des deux sexes, longs de 3 à 4 millimètres, qui accomplissent au milieu des matières alimentaires l'acte de la génération. L'ovaire de la femelle se remplit d'œufs et dans chacun de ceux-ci se développe un jeune qui sort vivant du corps de la mère. Les embryons fort agiles s'empressent de quitter le tube digestif, à la recherche d'un système organique propre à leur évolution. Pour cela, ils percent les tuniques intestinales, traversent l'abdomen et se répandent dans les muscles de l'appareil locomoteur.
Les trichines émigrées dans les muscles, invisibles à l'œil nu, sont des larves dépourvues d'organes reproducteurs. Après avoir erré, en suivant surtout les vaisseaux sanguins, elles s'arrêtent et s'enferment dans un kyste à doubles parois où elles restent en état de vie latente, même après la mort de l'hôte qui
les loge. Aussi bien, si l'homme ingère la viande de porc trichinée sans Tavoir soumise à une cuisson suffisante, les larves de trichines sortent de leur enveloppe pendant la digestion gastrointestinale, deviennent rapidement adultes et parcourent^ dans l'organisme humain, le cycle des changements que nous avons décrits dans le porc.
Pendant que les larves cheminent à travers les parois intestinales et les muscles, elles causent des troubles proportionnés à leur nombre.
C'est précisément le point sur lequel nous désirons appeler l'attention.
Si le nombre des larves est peu considérable, les troubles passent inaperçus. Langenbeck, Sendler, ont obser\é des cas où l'autopsie ou une opération ont permis de trouver des muscles parsemés de trichines enkystées depuis un malaise indéterminé datant de plusieurs années. Au contraire, si le chiffre des émigrants est énorme, il en résulte une véritable maladie, très dangereuse, connue sous le nom de maladie des trichines ou de trichinose.
Cette affection en a imposé à Zenker, qui l'observait san§ la <îonnaître en 1860, pour une fièvre typhoïde. Elle débute par un ou plusieurs frissons, des phénomènes d'irritation gastrointestinale, de l'épuisement, des douleurs vagues dans les membres, de l'oppression ou de la suffocation ; elle se complique d'hyperthermie, de gonflements œdémateux à la face et aux extrémités, d'un état des muscles simulant la rigidité cadavérique. C'est-à-dire que la trichinose a les allures d'une maladie infectieuse. Mais elle ne prend ces caractères alarmants et n'aboutit à une terminaison funeste que si les parasites, sortes d'épines irritantes, sont répandus à profusion dans les organes actifs du mouvement. Conséquemment, l'homme qui n'a reçu que quelques trichines continuera à se bien porter; s'il en héberge beaucoup, sa santé sera sérieusement menacée.
On sait qu'il en est autrement si un petit nombre de bacilles (îharbonneux pénètrent accidentellement dans nos tissus. La pustule mahgne qui se développera autour de la porte d'entrée des micro-organismes ne se sera pas plutôt montrée que les phénomènes généraux les plus graves éclateront avec une violence inouïe. Et parfois le malade succombera avant que les bacilles virulents aient eu le temps de se répandre dans tout le système circulatoire.
Combien ce dernier tableau est différent du premier ! . Le ver à soie du mûrier offre, à ce point de vue, de remarquables, exemples. .