LA VIRULENCE ET LE PARASITISME SIMPLE
teur et de M. Ferry de la Bellone, démontrent donc que la fiachérie est Tœuvre des ferments et qu'elle est transmissible par les malades ou par leur cadavre.
La gravité de Taffection n'est pas en rapport avec le nombre des ferments ingérés pendant un ou plusieurs repas. Le Micrococcus bombycis jouit des propriétés des ferments, qui, sous un petit volume, produisent des transformations considérables. Sous ce rapport, la maladie du Micrococcus bombycis représente un type d'affection virulente.
Pourtant, un certain nombre de vers, dans un lot ravagé par la ftacherie, peuvent guérir de cette maladie, subir leurs métamorphoses et donner des œufs. Cette survivance des malades ne fait que rattacher plus intimement encore la ftacherie au domaine de la virulence. Mais ces œufs provenant d'individus affaiblis sourdement par le mal donneront des vers débiles plus exposés que les larves vigoureuses à ressentir les fâcheux effets de l'ingestion des feuilles fermentées. De sorte que la ftacherie prédispose à la ftacherie, sans qu'il soit possible un seul instant de substituer la transmission héréditaire à cette prédisposition, car la substance des œufs n'est pas inoculable et ne renferme aucun germe virulent révivifiable par la culture.
Le ver à soie du mûrier offre encore un bel exemple de para-' sitisme dans l'affection désignée sous le titre de muscardine.
Si les spores d'un champignon du groupe des Mucédinées, le Botrytis Bassiana, viennent à tomber sur le corps ou sur les aliments d'un ver à soie, elles pourront opérer profondément leur végétation dans le corps de l'animal, au point d'envahir tous les organes, à l'exception des glandes de la soie. De sorte qu'à un moment donné, l'organisme du ver est tellement encombré par le mycélium du Botrytis que la vie est devenue impossible. Le ver meurt et bientôt il se couvre d'efftorescences blanchâtres dans lesquelles le microscope décèle une masse de spores que l'agitation de l'air dissémine dans tous les coins de l'atmosphère ambiante.
Le cadavre d'un ver mort de la muscardine constitue donc un foyer de contagion d'autant plus dangereux que les spores se répandent dans un air plus chaud et humide.
Si la contagion du ver a lieu vers la fin de son développement, le mycélium du Botrytis Bassiana n'a pas le temps d'envahir l'organisme de la larve avant la montée. Celle-ci a lieu, le ver file son cocon ; mais le parasite continue son évolution dans le corps de la chrysalide, qui est vouée à une mort certaine.
En résumé, on a affaire à une maladie dont la terminaison est fatale; toutefois, la mort est la conséquence de l'encombre-
ment de l'organisme par un parasite végétal qui lance se^ pousses dans tout le terrain qu'il a envahi.
Il est permis de rattacher au même genre de parasitisme les affections que l'on détermine par l'injection intraveineuse ou l'inhalation des spores de VAspergillus niger. M. Grawitz, en Allemagne, M. Kaufmann, en France, ont étudié les désordres que causent ces spores quand elles s'introduisent dans les viscères parenchymateux des mammifères. Les spores fournissent des filaments mycéliques dont la présence provoque la formation de lésions inflammatoires qui simulent le tubercule. Ces lésions étouffent les éléments normaux des viscères, par exemple dans le poumon et les reins. Si elles sont nombreuses, elles suppriment la fonction d'une partie importante de ces organes et la mort s'ensuit.
M. Kaufmann s'est assuré que, dans tous les cas, quels qu'aient été les milieux où VAspergillus avait préalablement végété hors de l'organisme, la mort était le résultat d'une action mécanique et non d'une influence toxique compariable à celle qui accompagne l'évolution des micro-organismes virulents proprement dits.
Nous pensons que ces exemples représenteront bien au lecteur la différence que nous établissons entre le parasitisme et la virulence.
Peut-être verra-t-il dans certaines affections réputées virulentes des formes de transition entre ces deux groupes. Ainsi, certaines tuberculoses chroniques semblent n'emporler les malades que lorsque les masses tuberculeuses ont supprimé la perméabilité de la plus grande partie du poumon. Mais la tuberculose se présente aussi sous le type aigu et, dans ce cas, le micro-organisme pathogène agit à la façon des virus-ferments.
En somme, les maladies parasitaires et les maladies virulentes ont une propriété commune, la contagion. Seulement la contagiosité ne suffît pas pour caractériser les maladies virulentes. Il faut encore que le contagium de ces maladies ait les qualités qui appartiennent aux ferments vrais, c'est-à-dire l'aptitude à modifier les milieux organiques pendant son évolution, de façon à les rendre impropres à l'entretien de la vie élémentaire, avec une intensité qui est loin d'être proportionnelle à son abondance. On sait, en effet, que le ferment acétique transforme en. un jour environ cent fois son poids d'alcool et que le rapport entre le poids du ferment et celui de la matière transformée est encore plus considérable dans la fer-» mentation butyrique.