SCÈNE IV HEURTEAUX, VALIN
HEURTEAUX.
Vraiment, je crois qu'elle n'a rien deviné. Tu as raison. Elle apporte cela, ce remède pour l'autre. Elle travaille avec calme, avec toujours la même sollicitude sereine. {Avec colère) Ah! tout de même...
VALIN
Quoi?
HEURTEAUX.
Tout de même ! Ce que je sacrifiais à cette. . .
(Un silence.) VALIN.
Elle t'aide toujours beaucoup ?
HEURTEAUX.
Beaucoup et de façon précieuse, avec un zèle paisible, une compréhension...
Pourtant, elle n'était pas préparée...
HEURTEAUX.
. Non. Pas d'études. Mais une éducation austère auprès d'un père — tu l'as connu — savant obscur.
VALIN
Et il y a longtemps ?
HEURTEAUX.
Tout de suite ; dès le début de notre mariage, elle s'est initiée, avec une attention silencieuse, minutieuseet entêtée... Et la passion de la science..
VALIN
De ta science.
HEURTEAUX.
Et de la science, vraiment, de la science pour elle-même, de son rôle dans la conception la plus haute. Oui, une passion peut-être excessive. Si j'ai une excuse, elle est dans cette passion-là qui, avec ses enfants, occupe toute sa vie et paraissait lui suffire.
VALIN
Mais la science, pour elle, c'est toi. Elle la sert parce que tu la sers.
HEURTEAUX.
Pauvre Thérèse !
VALIN
Oui, pauvre Thérèse, qui est moins belle...
Tu dis?
VALIN
Ce que tu penses.
HEURTEAUX.
Mais c*est odieux.
VALIN
Oui.
{Un silence,) HEURTEAUX.
Il est trois heures et demie. Elle est en retard. VALIN.
Qui?
HEURTEAUX.
Janine. Ne viendrait-elle pas?
VALIN
Elle vient, d'habitude?
HEURTEAUX.
Entre trois heures et trois heures et demie.
VALIN
Il est à peine la demie.
HEURTEAUX.
Saurait-elle?... Elle viendrait tout de même.
VALIN
Tu crois ?
Elle a besoin de moi.
VALIN
C'est vrai, c'est vrai... J'oubliais cet aspect des choses... Elle a besoin... Dis-moi : se rend-elle compte du mal, du danger?
HEURTEAUX.
Elle ignore ce qui la menace. Mais elle a peur.., VALIN.
Ah ! elle ignore...