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Les vitraux de Montmorency et d'Ecouen;

Les vitraux de Montmorency et d’Écouen ne sont pas seulement des œuvres décoratives, encadrées dans de remarquables monuments, et d’autant plus intéressantes pour nous, qu’elles ont marqué l’apogée et le déclin de notre grand art français du vitrail. Ce sont encore des œuvres historiques, qui nous ont conservé les traits des plus grands personnages du xvie siècle, des Montmorency, des Coligny, des Gouffier, des Laval, des Villiers de l’Isle- Adam, des Dinteville, et c’est la cour de François Ier qui revit sur ces verrières, toute brillante de l’éclat des chapes et des mitres tissées d’or, des cottes d’armes, des riches surcots, des joyaux magnifiques, sous des portiques que décorent les plus précieuses tentures.

S’il est indispensable, pour analyser ces verrières, de bien connaître les lois immuables de la décoration translucide, ainsi que les formes et les procédés d’exécution

qui changent avec chaque époque, il est aussi nécessaire de connaître le milieu qui a favorisé ces manifestations artistiques, de saisir les rapports qui existent entre l’éducation des grands seigneurs français au xvie siècle et les œuvres qu’ils ont inspirées, de comparer ces œuvres entre elles, pour en saisir les caractères communs, et de les classer ensuite par époques, par écoles et par ateliers.

C’est l’étude du milieu où les œuvres ont été produites qui nous occupera tout d’abord, et s’il est une famille dont le nom seul nous impose cette étude, c’est assurément l’illustre famille de Montmorency.

Le sire de Montmorency fut, sous les premiers Capétiens, un voisin redoutable pour l’abbé de Saint-Denis; mais dès le xue siècle il devint le plus loyal serviteur du roi de France. Aussi Guillaume, père du grand connétable, se disait-il fièrement « premier baron et premier chrétien de France » et prenait-il pour devise le mot grec AriAANQE « sans dévier ». Jamais devise ne fut mieux justifiée.

N’est-ce pas le connétable Mathieu Ier de Montmorency qui partageait avec Suger l’administration de la France pendant la croisade de Louis VII? N’est-ce pas Mathieu II de Montmorency, que cite la chronique de Flandre parmi les vainqueurs de Bouvines1? Connétable de France sous

1. Suivant Du Cliesne, c’est de la bataille de Bouvines que daterait l'addition de douze alertons, ou aiglons, aux armes de Montmorency, en souvenir des enseignes impériales conquises par Mathieu II. Dès cette époque en effet les sceaux sont aux armes définitivement adoptées par la famille de Montmorency, d'or à la croix de gueules, cantonnée de seize alertons d’azur. Les sceaux antérieurs la bataille ne portent que quatre alérions aux cantons de la croix.

Philippe-Auguste et sous Louis VIII, ne fut-il pas le défenseur de Blanche de Castille et de son fils Louis IX contre le comte de Bretagne, Pierre Mauclerc?

Mathieu III est cité parmi les seigneurs qui suivirent Louis IX en Tunisie. Mathieu IV, chambellan de Philippe le Bel, commandait avec Jean d’Harcourt la flotte qui brûla Douvres. Il reçut du roi la seigneurie de Damville. Son fils combattait à Mons-en-Puelle.

Pendant la guerre de la succession de Bretagne, c’est encore un Montmorency, Charles, maréchal de France, qui commandait l’armée royale. C’est lui et le sire de Saint- Venant qui cherchèrent vainement à discipliner la cohue féodale, opposée à l’armée anglaise, et ne purent prévenir le désastre de Crécy.

Après le traité de Bretigny, le maréchal de Montmorency accompagna comme ôtage en Angleterre les fils du roi Jean, Louis d’Anjou et Jean de Berry.

Lorsque la France fut livrée aux caprices d’un roi en démence, lorsque, par le traité de Troyes, Charles VI eut assuré sa succession au roi d’Angleterre, le sire de Montmorency n’hésita pas à suivre la fortune de Charles VII.

Ses biens dans l’Ile-de-France et la Normandie, furent confisqués au profit du capitaine de Meaux, Jean, bâtard de Saint-Pol. C’est seulement à la fin de la guerre, en 1435, que Jean de Montmorency rentra en possession d’Écouen et il ne put recouvrer que plus tard sa seigneurie de Damville1.

Déjà après la mort de Mathieu II de Montmorency, ses

1. J’ai déjà eu l’occasion de rectilier l’erreur commise par Henri Martin et quelques autres historiens qui citent les Montmorency parmi les soi-

domaines avaient été partagés entre ses enfants, Bouchard, fils de Gertrude de Nesles, qui succéda à son père dans la seigneurie de Montmorency, et Guy, fds d’Emma de Laval, qui devint le chef de la maison de Laval.

La guerre, engagée entre Louis XI et les seigneurs ligués sous prétexte de « bien public », détermina une nouvelle scission dans la maison de Montmorency.

Jean II de Montmorency avait épousé en premières noces Jeanne de Fosseux, et en secondes noces Marguerite d’Orgemont. Lorsque la guerre éclata, les fils de Jeanne de Fosseux, Jean de Nivelle et Louis de Fosseux, vassaux du duc de Bourgogne pour leurs terres des Pays-Bas, suivirent le comte de Charolais. Le fils de Marguerite d’Orgemont, Guillaume, resta fidèle au roi, et Jean, déshéritant les enfants issus de son premier mariage, lui donna « à titre de don irrévocable fait entre vifs » pour lui et ses héritiers, la terre et baronnie de Montmorency (1472).

Guillaume fut la souche de la première branche ducale de Montmorency.

La branche de Nivelle vécut un siècle à peine. L’un de ses derniers rejetons fut Philippe, comte de Hornes, décapité avec le comte d’Egmont.

De Louis de Fosseux sont issus les princes de Luxembourg et les ducs de Montmorency de la seconde branche.

Les seigneurs de Nivelle et de Fosseux n’ont eu aucune part dans les belles œuvres qui nous intéressent.

gneurs ralliés aux Anglais après le traité de Troyes. Les pièces publiées par Du Chesne ( Hist p. 233 et Preuves du livre III, p. 163, 166, 167) ne laissent subsister aucun doute à cet égard.

C’est au contraire à Guillaume et à son fils Anne que sont dus l’ancien château de Chantilly, l’église de Montmorency, l’église et le château d’Écouen.

Il est donc indispensable de connaître, au moins sommairement, l’histoire de Guillaume et d’Anne de Montmorency au moment où, soit par eux-mêmes, soit par leurs alliances, ils eurent la plus grande part au développement des arts dans notre pays.

La baronnie de Montmorency, dont Guillaume fit hommage au roi en 1472, comprenait de nombreux fiefs; une donation de son oncle Pierre d’Orgemont le mit en possession des seigneuries de Chantilly, Montepilloy, Chavercy et autres. Son mariage avec Anne, fille de Guy Pot et de Marie de Yilliers, lui assura la succession de son beau-frère René Pot, c’est-à-dire les terres et seigneuries de Damville1, de la Rochepot, de Châteauneuf et de Thoré.

Ainsi le patrimoine des Montmorency, divisé au xi Lie et au xve siècle, se reconstituait au xvC siècle et Guillaume ne négligea aucune occasion de l’agrandir.

Son second fils Anne, filleul d’Anne de Rretagne2, fut élevé à Amboise, auprès de François d’Angoulême, avec Philippe Chabot de Rrion, Robert de la Marck! et d’autres jeunes seigneurs. Artus Gouffier, son neveu, était le précepteur de François d’Angoulême.

La magnifique renaissance de l’art italien exerçait sur

1. Cette seigneurie avait été aliénée en 1472, pour constituer la dot de Philippe de Montmorency, sœur de Guillaume, lorsqu’elle épousa en secondes noces Guillaume Gouffier, sire de Boisy.

2. Guillaume fut conseiller et chambellan de Charles VIII et de Louis XII.

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