ARMATURE DE LA VERRIÈ DE SAINT-EUSTACHE
(Sens.)
aussi des sujets. La verrière comprend de cette façon douze grands sujets et quinze plus petits. Aucune règle ne déterminait le nombre des médaillons.
Le fond des médaillons est uni, bleu ou rouge, bleu surtout. Les verriers du xii^ siècle ont quelquefois employé le vert. Ceux de la fin du xiii« siècle ont à l'occasion agrémenté le fond des médaillons d^ornements délicats. Des fenêtres de la galerie du chœur de Saint-Urbain, à Troyes, offrent des exemples de cette particularité : les sujets se détachent sur des fonds
niellés, bleus, veris, rouges, les damasquinures enlevées à la pointe.
Chaque cartouche a son cadre, le même pour tous dans la même verrière, ces cadres habituellement rouges ou bleus, lisérés à Pintérieur d'un perlé, extérieurement d'un filet blanc. Ils sont aussi ornés, à Chartres (fig. 27), à la cathédrale de Poitiers (fig. 28), à celle de Reims (fig. 29), de feuilles, de petites rosaces, gracieux appoints à la richesse de l'ensemble. A Tours, les fenêtres du chœur ont leurs médaillons simplement cernés d'un galon rouge, ourlé à Pintérieur d'un mince filet blanc; à Bourges, un galon rouge, uni, renforcé il est vrai du contour de l'armature, encadre les cartouches de la verrière du Bon Samari-
lORDURE DE MEDAILLON.
(Chartres.)
LE XIIP SIECLE. a
tain. Cela est insuffisant et pauvre, à Tours surtout. On parlait à Tinstant du fond de mosaïque sur
Fig 28. BORDURE DE M É D A H L O N .
(Poitiers.)
lequel, dans les fenêtres légendaires, les médaillons s'étagent. Au siècle précédent, ces fonds étaient fort réduits, et Ton se contentait de légers ornements pour
les courts intervalles laissés libres par la forme des médaillons. Plus tard, leur rôle s'élargit, compta dans le décor. L^importance en fut même exagérée, à Sens, aux fenêtres du chœur de la cathédrale où six cartouches qui S'espacent à l'aise, deux à deux, sur un champ assez mesquin de losanges, plus deux demicartouches à l'amortissement de l'ogive, sont d'un effet maigre et lâche. Ces manques d'équilibre ne furent pas
fréquents au xiii" siècle. On couvrait les fonds de semis, de losanges, de quadrillés, rouges sur champ bleu, rarement bleus sur champ rouge, des points jaunes ou blancs, ou des trèfles aux intersections du réseau. Le rouge domine dans le fond de verrières des cathédrales de Sens, de Bourges, de Clermont-Ferrand, Un remplissage d'écaillés bleues, bordées de rouge, couvrait le fond quelquefois; ou des carrés bleus, séparés par des baguettes rouges, ou encore des alternances de carrés rouges et bleus, écailles et carrés ornés d'un fleuron en grisaille (à Semur, chapelle absidale de l'église Notre-Dame). Le fond de la verrière du Bon Samaritain, à la cathédrale de Bourges, est garni de disques et de fleurons qui chevauchent. Dans le fond de plusieurs autres vitraux de la même église on retrouve
le disque comme organe principal. (Fig. de 3o à 34.) Il ne sera pas inutile de le faire remarquer, sur les médaillons légendaires, les sujets se poursuivent chronologiquement, et il faut en commencer Texamen, à gauche, par la rangée du bas; « l'histoire» se continue à la deuxième rangée, aussi en commençant à gauche, et ainsi jusqu'au tympan qui contient dans une gloire le saint personnage dont la vie est retracée au-dessous, Dieu le Père, Jésus-Christ ou la Vierge, quand le vitrail est d'ordre symbolique. Du moins est-ce la marche habituellement observée. Très rarement les verrières se doiventlire dans le sens perpendiculaire. Il s'en rencontre dont la lecture se fait en zigzag, alternativement de gauche à droite et de droite à gauche. A la cathédrale d'Auxerre, plusieurs ont cette disposition. Ordinairement, les verrières légendaires ont emprunté leurs sujets aux Actes des apôtres et aux chroniques religieuses. Il n'est pas rare, cependant, de les voir, d'un ordre plus élevé, enseigner sous une forme mystérieuse les croyances et les dogmes de PÉglise. Celles-là sont désignées ainsi : « verrières symboliques )) ou « théologiques ». Le chapitre précédent en a signalé des fragments conservés à Saint-Denis, à Vendôme, et parmi des débris de vitraux de l'ancien Saint-Etienne de Châlons-sur-Marne recueillis à Paris par le Musée des arts décoratifs.
Un vitrail de Bourges, donné par la corporation des bouchers, comme l'atteste la signature en trois petits médaillons au pied de la fenêtre, est un type parfait de verrière symbolique. Les concordances entre les faits figuratifs de l'Ancien Testament et les faits
accomplis de la Loi nouvelle y sont présentées avec une grande science dogmatique et une remarquable érudition. Mais, pour Pintelligence d'un ensemble et de détails dont le sens échappe aujourd'hui à bien des esprits, on ne peut faire mieux que de conseiller Tétude
Fig. 30. —
FOND ET BORDURE DE LA VERRIEl DU JUGEMENT DERNIER.
(Bourges.
de la dissertation si lumineuse des pères Cahier et Martin dans leur magistrale Monographie de la cathédrale de Bourges. C'est tout un traité d'iconographie et d'iconologie chrétiennes. La description, l'explication des sujets, l'interprétation des attributs et des emblèmes ne laissent planer aucune équivoque, préviennent toutes les incertitudes. L'enseignement est éloquent, complet. Aussi a-t-il trop d'ampleur pour
qu'on l'analyse ici, encore moins pour qu'on le reproduise, fût-ce par fragments. Les deux savants ecclésiastiques intitulent la Nouvelle Alliaîtce cette verrière dont l'objet géne'ral est le développement d'une proposition qu'on peut résumer ainsi : « Rachat de l'huma -