VITRAIL INCOLORE D OBAZINE
( XII* siècle).
compartiments comme de la mosaïque. Ce qui fut l'origine de la peinture que l'on a fait ensuite sur les vitres, car voyant que cela faisoit un assez bel effet l'on ne se contenta pas de cet assemblage de diverses pièces colorées et Ton voulut représenter toutes sortes de figures et des histoires entières. «
Les choses ont dû se passer ainsi, en effet.
Néanmoins, la distance où nous sommes de ces temps obscurs et silencieux oblige à rester en plus d'un point sur le terrain des suppositions prudentes. L'époque à laquelle remonte le premier emploi des vitres colorées est incertaine. Seulement, l'étude et la réflexion font saisir des indices auxquels on peut s'arrêter. Sans dissiper Tombre attachée à une question qui dérobe son secret, ils permettent de dégager des probabilités acceptables. Par exemple, il est aisé de conclure que si les plus anciens vitraux parvenus jusqu à nous ne remontent pas au delà du xn® siècle, il y avait longtemps que ce mode de clôture était connu et mis en usage. Cela ressort de l'examen même de ces débris vénérables. La nette précision du procédé annonce une époque affranchie déjà de l'hésitation des débuts. En d'autres termes, la peinture vitrifiée n'est point arrivée dès son premier effort à une fabrication parfaite par plus d'un côté. Un art aussi complexe ne s'improvise pas tout d'une pièce.
Il est vrai, une petite ville du Hanovre, Hildesheim, posséderait, dit-on, des vitraux qu'un nommé Bruno aurait exécutés de 1029 à 1039, et l'abbaye de Tegernsée, en Bavière, non seulement cinq fenêtres peintes de 1068 à 109 1 par le moine Wernher, mais aussi des
LES ORIGIN ES. ii
verrières fondées en 999 par un certain comte Arnold. Souvent on se trompe sur l'ancienneté des vitraux allemands; les verriers d'outre-Rhin'ont persévéré dans l'archaïsme plus obstinément que les autres. On ne décidera rien, ici, en ce qui concerne les vitres de Tégernsée et de Hildesheim. Nous donnons simplement le renseignement pour ce qu'il vaut, tel que Gessert le fournit en son Histoire de la peinture sur verre.
D'autre part, à une séance des Sociétés savantes, à la Sorbonne, session de 1891, on a entretenu l'assemblée d'un vitrail de la cathédrale de Chartres, désigné ainsi : a Notre-Dame de la belle verrière ». Le compartiment principal de ce vitrail daterait du xi^ siècle; ce serait celui qu'une charte de ii3i signale comme célèbre à cette époque. L'incendie de 11 20, qui détruisit tout, l'aurait épargné; celui aussi de 1194, qui laissa subsister partie de la façade et les clochers. Voilà bien des hypothèses. Sans le moindre doute, le compartiment où la Vierge est représentée avec son fils, couronnée, assise de face sur un trône, a une origine plus reculée que les autres panneaux de la même verrière ; mais il n'est point antérieur au vitrail de Vendôme dont il sera parlé plus loin, avec lequel il a des analogies, également encastré dans des parties plus récentes, et exécuté en 1 180.
Cependant, à défaut de preuves matérielles, voici un argument d'une autorité incontestable. Opposés aux tendances de l'école de Cluny, elle, favorable au développement des arts, les cisterciens demeuraient hdèles aux doctrines de leur fondateur sur l'emploi des peintures; saint Bernard, qui ne les proscrivait pas, peut-
être, pour la foule, les interdisait dans ses maisons conventuelles, et le chapitre général de Tordre, en 1 184, arrêta le caractère des vitres : « Elles doivent être blanches, sans croix, sans couleurs. » L^usage de les colorer, de les orner est donc bien répandu, si, dans un acte solennel, des moines réglementent Tobligation de l'exclure de chez eux.
Faits également authentiques, Desiderius, abbé de Mont-Cassin, ordonne de peindre de couleurs diverses, en io58, les fenêtres de la salle capitulaire du célèbre couvent, en 1066, celles de la chapelle, au nombre de vingt-neuf, et, au siècle suivant, Léon d^Ostie réunit, sur la fabrication de toutes ces verrières, les éclaircissements les plus circonstanciés diaprés lesquels les procédés techniques de ce temps-là différaient peu de ceux employés depuis ^ Et Théophile, moine probablement allemand, contemporain de Desiderius, sinon son aîné, confirme Tancienneté des fenêtres peintes.
Le temps où vécut Théophile est l'objet d^opinions diverses qui flottent entre le xii® et le x^ siècle. C'est un point sur lequel de Lasteyrie, Viollet-le-Duc, Labarte, Hendrie, Rapse, Morelli, Émeric David, de Montabert, Batissier, sont loin d'être d'accord, et Lessing, avec les autres éditeurs de la bibliothèque de Wolfenbuttel, affirme sur la forme des lettres de l'exemplaire de Diversarwn artiiim shedula possédé par cette bibliothèque que c'est au x% au plus tard au xi^ siècle, que Théophile composa son ouvrage. « Les plus habiles connaisseurs ont tous pensé de même »,