LE JUGEMENT DERNIER
(Sainte-Chapelle de Vincennes).
de Jean Cousin perd beaucoup, inévitablement, de son accent, de son charme. On Ta dit plus haut, leur parfaite intégralité fait le plus sérieux avantage des vitraux de Champigny-sur-Veude^.
Les verrières du xvi^ siècle existantes sont si nombreuses, qu'il faut se résigner à mentionner seulement les plus caractéristiques. Au premier rang de celles-là, à Saint-Gervais, de Paris, le Jugement de Salomon, exécutée en i53i par Robert Pinaigrier avec un soin scrupuleux du détail, un infaillible savoir technique. La pièce est tout à fait remarquable. Le sujet va d'un bord du cadre à Pautre à travers les meneaux et resplendit de tons bien choisis pour frapper de loin par leur harmonie superbe de richesse et d'éclat. On citerait peu de spécimens de l'époque affirmant à cet égard une aussi incontestable valeur. De Pinaigrier également, dit-on, les douze panneaux de la chapelle de la Vierge, même église. L'attribution ne paraît guère fondée. Ces panneaux ont de jolis et délicats passages; mais la coloration en général, celle des rouges et des bleus en particulier, est lourde et, par cette raison, pèche sous le rapport de l'harmonie.
I. A l'église Saint-Gervais, de Paris, on trouve une tumultueuse verrière de Jean Cousin (la première à droite, au chœur), le Martyre de saint Laurent, composition débordante, imaginée sans le moindre souci de la place à occuper, mais d'un mouvement plein d'autorité, sans observer les conditions décoratives du vitrail, sauf sous le rapport du coloris, très animé. Peinte d'une main expéditive et savante, elle est datée de i55i. — A Sens, chapelle Notre-Dame de la cathédrale, au bas-côté sud du choeur, une fenêtre de Jean Cousin, Auguste consultant la sibylle; une autre du même. Légende de saint Eutrope, à « la Tour de pierre » qui s'élève au-dessus du portail de droite.
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Sévèrement éprouvée par les événements, Téglise Saint-Germain-PAuxerrois conserve néanmoins, aux baies occidentales de ses transepts, des verrières du xvi^ siècle, mais endommagées, celles du transept sud principalement, l'Assomption de la Vierge, V Incrédulité de saint Thomas, lesquelles, d'ailleurs, à voir ce qui reste, n'ont jamais dû exercer un grand prestige. Les correspondantes au transept à gauche méritent au contraire d'être examinées. La première réunit en ses quatre lancettes des scènes de la vie de saint Pierre, la seconde des scènes de la vie de Jésus : la Fetmne adultère^ le Christ et la Samaritaine. l'Entrée à Jérusalem, les Vendeurs chassés du Temple^ etc. Celle-ci a cinq lancettes, et, en deux rangées, dix sujets séparés dans le sens vertical par les meneaux, transversalement par une bande d'architecture, plus douze sujets dans les compartiments de Togive. Donateurs au bas, à droite et à gauche. Sans être de premier ordre, cette grande vitre, supérieure à celle de la Vie de saint Pierre, qui l'avoisine, est d'un coloris harmonieusement vif ei mouvementé, que fait ressortir le ton habituellement épais et obscur des autres vitraux de l'église, de fabrication moderne.
Les verrières de Saint-Merry, de Paris, ne sont pas non plus d'une haute qualité. Au xviii® siècle, d'ailleurs, le conseil de fabrique de la paroisse les a méthodiquement et largement dévastées en faisant remplacer dans chaque fenêtre, par de la vitrerie blanche, une bonne partie des panneaux peints. Les vitraux du chœur ont été pourtant épargnés. Ceux des fenêtres, à gauche, — l'Histoire de Joseph^ — sont les meilleurs
ao2 LES VITRAUX.
et paraissent provenir du même artiste, qui n'était pas sans recourir aux sources italiennes. On retrouve le même goût, avec un sentiment plus fin, dans un compartiment de Tune des fenêtres de la nef centrale, la première à gauche, où sainte Madeleine en chaire prêche la foule. De qui ce fragment? De qui V Histoire de Joseph? Sans autre renseignement, Levieil nous apprend que de Paroy, Charnu, Héron et Nogare, verriers de la fin du xvi® siècle et du commencement du suivant, ont travaillé concurremment aux vitraux de Saint-Méry.
A Saint-Étienne-du-Mont, troisième chapelle à droite, la Parabole des conviés, vitrail délicat et clair, dit 'à tout hasard de Robert Pinaigrier. Ce vitrail porte le chronogramme de i568. Au bas, les armoiries de la veuve du président de Viole, seigneur d'Andresel, donatrice. Même lieu, au pourtour du chœur et en quatre lancettes, naissance, baptême, entrée en religion, sacre, miracles, mort et triomphe de saint Claude, par Engrand Le Prince; au-dessus du passage conduisant à la sacristie, Légende de saint Etienne, encore de Le Prince, suivant une attribution non exagérée peut-être. Comme parti décoratif, si ces vitres ne paraissent pas excellentes, on en peut louer, sans effort, le coloris sonore, la facture très habile et vivace.
Dans nos églises de province, bien des verrières seraient à mettre en relief, indépendamment de celles dont on a déjà parlé. Ainsi, celles du chœur de l'église Sainte-Marie, cathédrale d'Auch, entreprises presque au début de la période par Arnaut de Moles, achevées « le 25 juin i5i3, en l'honneur de Dieu et
de Notre-Dame », suivant une inscription en idiome du pays, au bas de la dix-huitième et dernière fenêtre.
L'idée de l'ensemble est la démonstration des concordances de l'Ancien et du Nouveau Testament. Toutes les baies présentent les mêmes dispositions : une figure principale en pied, — patriarche, prophète, sibylle, roi, guerrier, apôtre, — en chaque lancette; au-dessous, en largeur, comme une prédelle d'autel qui ne s'embarrasse point des meneaux, un sujet où de petits personnages sont actionnés; au-dessus, tantôt un second sujet de dimensions un peu plus étendues, tantôt une autre rangée de personnages isolés, de moindres proportions que les premiers, sur fonds d'étoffes lampassées, ou bien encore un motif d'architecture, ces zones diverses séparées par une bande d'ornementation. Enfin, des figures dans les compartiments de l'amortissement ogival. Certes, l'effet de ce décor exerce une impression très vive par son ordonnance suivie, raisonnée et abondante à la fois, surtout par l'harmonie de son coloris suave en même temps que soutenu et robuste. Le dessin y montre, malheureusement, de fréquentes défaillances ^
Moins importante, mais d'une exécution supérieure, d'un caractère particulier, la vitrerie de la célèbre église de Brou est d'un saisissant effet. On sait que cette église, commencée en i5ii, sur les plans de Jean Perréal, terminée vers i536, sous la conduite de van Boghen, fut élevée ensuite d'un vœu de Marguerite