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I. A Troyes, au chœur de Saint-Pantaléon, deux grandes

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Nous reproduisons le vitrail de la chapelle des Sept-Joies. (Fig. 86.)

Le Couronnement de la Vierge est le sujet de la composition maîtresse. Marie, mère de Jésus, a quitté son sépulcre terrestre et monte au ciel, où Dieu le Père et Jésus-Christ, escortés d'anges, la reçoivent tenant une couronne au-dessus de sa tête. Les apôtres sont groupés autour du tombeau vide. Au-dessus de cette grande composition règne sur toute la largeur de la fenêtre une frise étroite, peinte en grisaille : Jésus sur un char que traînent les animaux évangéliques, que poussent un pape, un cardinal, deux évêques, précédés de personnages de la Bible et de sibylles, — souvent figurées au xv^ siècle, plus encore au xvi^^, — suivi d'apôtres et de martyrs. Dans chacun des trente-six lobes du tympan flamboyant, un ange musicien, trois, parfois. Cependant, malgré la grande importance et rintérét de ces parties, ce qui domine et attire surtout le regard, ce sont les effigies de Marguerite d'Autriche et de Philibert le Beau, à genoux à droite et à gauche, au bas du vitrail, des armoiries au milieu, donateurs accompagnés de sainte Marguerite, de saint Philibert,

baies, l'une à gauche, l'autre à droite, blasonnées du haut en bas, seront citées comme des te'moignages réussis du genre. Leur effet a beaucoup d'éclat. Elles sont du xvii* siècle.

I. Nous en avons signalé tout à l'heure aux verrières de la cathédrale d'Auch; il s'en rencontre sur celles de la cathédrale de Beauvais, de Saint-Ouen, à Rouen, de Saint-Séverin, à Paris, de la cathédrale de Sens; on en voit qui sont peintes aux murs de Sainte-Cécile d'Albi, sculptées en pierre à la cathe'drale d'Autun et à un portail de l'église de Clamecy, en bois sur les stalles de Sainte-Marie d'Auch et de jSaint-Bertrand de Comminges, en marqueterie aux stalles de la chapelle de Gaillon, etc.

ces quatre figures brochant à même sur la composition au-dessus, sans ligne de démarcation qui les en sépare et les isole.

La grisaille représentant Saint Alpin devant Attila à l'une des fenêtres de Téglise Saint-Alpin, à Chàlonssur-Marne, a été mentionnée ci-dessus, mais trop brièvement. Le terrible envahisseur de territoires, le farouche ravageur de cités, assis sur un trône très élevé, à gauche, entouré de guerriers, ses compagnons, accueille le saint évêque qui s'avance par la droite, précédant une grande troupe d'hommes, de femmes, d'enfants; au fond, des monuments divers. Cette composition très pleine est coupée par trois meneaux. Le temps a usé la peinture, d'où quelque mollesse dans l'effet de l'ensemble, mais l'œuvre apparaît encore d'un goût éclairé et réfléchi, l'exécution fine et spirituelle. Cette vitre, datée de i532, est la première à droite. La troisième, de i539, a de la valeur aussi. Au transept, du même côté, deux basses fenêtres, la Circoncision^, les Apôtres au tombeau de la Vierge, en verres colorés non sans un peu de lourdeur, et, dans la fenêtre supérieure, deux sujets l'un au-dessus de l'autre, VEau changée en vin, la Multiplication des pains, grisailles remarquables, de i53o. — Une autre église de Ghâlons, Notre-Dame, a plusieurs verrières ou fragments de verrières du XVI® siècle. Citons de préférence celle qui représente, première baie à gauche, la Bataille de las Navas de Tolosa^ gagnée sur les Maures par les Espagnols, grâce à la miraculeuse intervention de saint Jacques, composition très vigoureusement menée et peinte. — Au bas de cette composition, beaux groupes de dona-

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teurs et de donatrices, celles-ci surtout, à gauche, d'un rendu très remarquable. — Les verrières de la cathédrale de Châlons ont, plus ou moins, éprouvé des infortunes. Cependant, la première du collatéral à droite, la Création du monde^ en onze compartiments sur trois rangées de quatre, — les donateurs sur le douzième, — est à peu près intacte. Il est fâcheux que la qualité n'en soit pas meilleure. La couleur est pesante, le contour barbare, le goût sans grâce. La suivante, Vie de la Vierge^ est presque toute ancienne aussi, et vaut mieux; mais la troisième, la Passion, a plus de la moitié de ses verres modernes, aussi V Ascension qu'on voit après, et la Légende de saint Etienne, et d'autres. Troyes avait des verriers dès le xiii® siècle. Ils se continuèrent longtemps, sans interruption, et constituent une école particulière, qui eut son style propre, ses principes définis, sa méthode. Cette école fut florissante et rayonna. Son originalité est faite d'un mélange du goût de rile-de-France avec le flamand, celui-ci dominé par celui-là, cependant le tout un peu italianisé. Ce qui la distingue aussi des autres, c'est la tenue manuelle du travail, le soin apporté à la technique, à la fabrication. On rencontre dans les églises de Troyes, sauf à Saint-Urbain et à Saint-Rémy, des verrières du xvi^ siècle ^

I. Troyes, où il y a encore huit églises, en a eu davantage. Ont disparu Saint-Denis, Saint-Aventin, Saint-Jacques-aux-Nonnains, Saint-Frobert, les chapelles des abbayes de Saint-Louis, de Notre- Dame-aux-Nonnains, de Saint-Martin-aux-Aires, l'église collégiale de Saint-Étienne, toutes ces églises ou chapelles, Saint-Étienne surtout, très riches en verrières.

A Saint-Jean, la deuxième verrière à droite, consacrée à la légende de saint Jean-Baptiste : la Prédication de saint Jean, le Baptême de Jésus, la Tête de saint Jean portée à Hérode, Salomé, etc., grisaille remarquable, de i536; la suivante, le Jiigement de SalomoUj par Pierre Soudain : forte coloration, harmonie robuste, modelé des chairs inclinant trop au roux; au chœur, la maîtresse vitre, V Eucharistie^ et les deux voisines, les trois un peu ravagées, formant un ensemble impressionnant, malgré une exécution par endroits négligée, reproche rare à faire aux artistes du pays. Une observation intéressante relativement à ces vitraux du chœur: l'infusion du goût italien dans la manière champenoise, même de réminiscences du Vinci et d'André del Sarte, y est sensible. Cette déviation du style local, dont Péglise Saint-Jean n'oifre pas les seuls exemples, il la faut attribuer à Finfluence que le sculpteur Domenico Fiorentino dut nécessairement exercer autour de lui, quand il vint en Champagne, à Joinville, exécuter le mausolée de Claude de Lorraine, premier duc de Guise. Aussi, au chœur de Saint-Jean, de grands personnages en grisaille, mais de médiocre valeur décorative. Une grisaille mutilée, d'une autre église de Troyes, Saint-Pantaléon, celle de la Vie de la Vierge, deuxième chapelle à droite, décèle à ne s^ point tromper la même influence italienne, surtout dans le panneau de la Présentation au Temple. Notez que cette église compte au moins trois statues de Domenico Fiorentino dans sa décoration sculptée. Saint- Pantaléon a ses autres fenêtres également vitrées de grisailles (Saint Jacques mettant les infidèles en déroute

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à la Bataille de Tolosa, Histoire de Daniel, etc.), comme effet décoratif assez faibles, très soignées d'exécution. Elles passent pour être du verrier Jean Macadré et auraient été faites aux environs de i53o. D'autres sont de Jean Soudain.

Les fenêtres hautes du chœur de Saint-Nizier semblent assez médiocres; les hautes et les basses de la nef sont trop incomplètes pour en parler. Par contre, avec leur fine harmonie, légèrement bleuâtre, celles du chevet à cinq pans ont bien du charme, VArbre de Jessé, le Calvaire^ V Assomption surtout. Une grande verrière du transept gauche, à petits sujets, a les mêmes qualités de fraîcheur nacrée.

Derrière le sanctuaire de Sainte-Madeleine, renommé par une œuvre audacieuse et charmante, le jubé de Jean de Gualde, plusieurs verrières de prix, dont le coloris est brillant, l'exécution intelligente et fine : la Légende de saint Eloi^ donnée en i5o6 par les orfèvres, exécutée par Jean Macadré, qui fit aussi en i52i, pour la même partie de Téglise, l'Arbre de Jessé et l'Invention de la croix. A Sainte-Madeleine encore, la Légende de Co7istantin. la Passion^ l'Histoire de saint Louis^ la Création, vitraux très estimables de la même période. Nous avons parlé précédemment des deux derniers.

Aux bas côtés de Saint-Nicolas, les fenêtres encadrent des grisailles; deux du chœur, de petites compositions colorées, celles-ci de la fin du siècle. Leur état matériel, à toutes, laisse à désirer. A citer les plus intéressantes : la Légende de l'hostie^ et, en six panneaux, les Béatitudes, habilement exécutées sans doute, mais dont l'aspect général, assez monotone, manque

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d'accent, d'imprévu, partant de réelle saveur. — Les plus anciens vitraux de Saint-Martin-ès-Vignes étant tout au plus de la fin du xvi^ siècle, remettons au chapitre suivant ce que nous avons à en publier.

La cathédrale, dont la construction comrnencée en 1206 était à peine achevée trois siècles plus tard, offre des spécimens de toutes les phases de Part ogival depuis le XIII® siècle jusqu'à la Renaissance. Rien de surprenant si ses nombreuses verrières sont d'époques successives. Avec ses trente-quatre lancettes de verres peints au xiii^ siècle, au-dessus des baies du triforium, ellesmêmes vitrées en couleur, Tabside est d'un effet extraordinaire dans Tunité de son éclat plein de mystère et de sérénité religieuse. Aux fenêtres de la nef centrale, des chapelles et des transepts, des vitraux de dates postérieures. Entre autres, car on ne saurait parler de tous, à la quatrième fenêtre de la nef, à droite, VArbre de Jessé, d'une impression très puissante, que Lyénin- Varin, ou Voirin, acheva en 1499, donné par « François de Marisy et damoyselle Guillemette Phelipe, sa femme », représentés au bas, suivant Tusage, avec leur famille et leur écu armoyé. La verrière suivante, consacrée à des saints honorés à Troyes et à des personnages de l'Ancien Testament, don de Jean Huyard, chanoine, et de Guillaume Huyard, avocat et marguil- Her, peinte en 1498 par Balthazar Godon, ou Gondon, et Jean Verrat. — Le vitrail de la troisième baie, à droite. Légende de Venfant prodigue, en seize tableaux disposés sur trois rangées, fut exécuté par Pierre, fils de Martin (1498-1499), pour Guillaume Meslé, désigné, à défaut d'inscription, par ses armoiries fréquemment

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répétées. Ces verrières, d'un coloris franc et brillant, s'harmonisent parfaitement avec celles, bien plus anciennes, de l'abside.

La Champagne, d'ailleurs, est fort riche en verrières, les peintres-verriers de Troyes, plus nombreux que dans les villes des autres contrées, n'ayant jamais cessé, en quelque sorte, pendant plus de quatre cents ans, d'être occupés à d'importantes et belles besognes. Un petit livre, plein de renseignements présentés avec ordre, les Arts et les Artistes dans V ancienne capitale de la Champagne, par Alexandre Assier, ne cite pas moins de quatre-vingt-dix verriers, dont les noms et les travaux figurent aux comptes des paroisses, qui furent employés aux églises, aux chapelles de la ville, de sa banlieue, de toute la province, de plus loin encore. En i5oo, le doyen et le « fabricier » de la cathédrale de Sens viennent à Troyes proposer à Lyénin-Varin, à Jean Verrat et à Balthazar Godon d'entreprendre les vitraux du « croison » de leur basilique, lesquels vitraux, mis en place au commencement de i5o3, justifient pleinement la grande renommée des artistes troyens. A la rose, le Jugement dernier et le Martyre de saint Etienne ; en deux grandes verrières, la légende de ce saint, patron du diocèse ; en deux autres, la Légende de saint Nicolas et V Arbre de Jessé. Déjà, en 149 1, le verrier Jean Lefebvre avait peint une fenêtre pour l'église des Carmes, à Orléans.

Afin de ne pas trop étendre l'énumération qu'on pourrait faire des vitres champenoises du xvi° siècle, bornons-nous à citer les principales du seul département de l'Aube, avec la date de leur fabrication quand

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il a été possible de la relever avec certitude. En plus de celles, déjà mentionnées, de Troyes, de Montfoy, de Pont- Sainte-Marie, d'Ervy, — Téglise d'Ervy a gardé toutes ses anciennes vitres de grisailles ou colorées, quelques-unes datées de i5o2, i5i5, iSSj, i556, — il en existe à Pavillon, de la première partie du siècle, dont un Arbre de Jessé, sans contredit le*plus beau de la région; — à Aulnay (1540), à Auxon et à Brantigny (fin du xv^ et début du xvi^) ; à Brienne-la- Vieille et à Brienne-le-Château (grisailles, i536, 1547, i55o, i552, i565) ; à Créney (i5io, i52o); à Davrey (i5i8) ; à Maizières (1529, i53i) ; à Magnant (1542); à Rouilly-Sacey (i522), et à Rouilly-Saint-Loup (i53o). L'église des Noës en possède de i5io, de i52o, de 1529; réglise de Rosnay, dans le sentiment de celles d'Ervy et de Montfoy; l'église de Verrières, qui sont remarquables. Enfin on en rencontre à Gerosdot, à Longpré/ à Montiéremay, Montreuil, Saint-Pouange, Valentigny, Montangon, Saint-Germain-de-Linçon (i5i4), Saint- Léger-lès-Troyes (i523, i525, i558), Saint-Parre-les- Tertres (i520, iS^S) ; à Vendeuvre, à Thieffrain, à Torvilliers.

L'art champenois se reconnaît à des signes particuliers; plus aisément encore Tart bourguignon.

En cette province de Bourgogne, on persévérait dans le style roman, déjà délaissé ailleurs, en France, sauf dans le Midi, et au xii^ siècle, même au xiii% on empruntait fréquemment des éléments d'ornementation à l'antiquité : pilastres cannelés, rinceaux, rosaces, palmettes, perles, tout cela soutenu d'une végétation robuste, de fort relief. La partie est de notre pays

devait, en effet, longtemps subir la double influence des traditions romaines ravivées par Charlemagne et des nombreux monuments antiques qui, de Trêves, la vieille cité impériale, jusqu'à Lyon, en passant par Besançon et Autun, s'élevaient et se voient encore en partie dans les vallées de la Moselle, du Doubs et de la Saône. Suivant une loi constante, surtout au moyen âge, la sculpture ne manqua pas de s'inspirer, de s'empreindre de l'énergie des formes architectoniques, et dans la seconde moitié du xiv siècle, en plein règne ogival, se fortifia de l'intervention d'artistes venus des Flandres, presque tous sujets de la puissante et fastueuse maison de Bourgogne. C'est alors que se forma cette école dont Claux Sluter est le chef. On lui est redevable des beaux travaux de la Chartreuse de Champmol-lez-Dijon, du Puits de Moïse, du tombeau de Philippe le Hardi, des admirables retables du musée de Dijon. Une intensité d'expression qui va jusqu'au pathétique forcé, la recherche approfondie de la physionomie vivante, des types et de la race, — ce que nous appelons à présent le réalisme, — des corps trapus savamment construits, un excès d'ampleur dans les draperies travaillées avec une singulière souplesse d'outil, — une virilité générale, tels sont les caractères les plus saillants de cette école dont les produits concilient la patiente observation du Nord avec la sève, l'entrain de l'active et généreuse Bourgogne. L'influence flamande ne fut pas moins prépondérante dans la peinture bourguignonne. Les enluminures d'antiphonaires et de missels, les verrières parlent le même langage que la sculpture. Voyez notre fragment de l'Arbre de

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