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Fig. 9$. VITRERIE BLANCHE > X V I l<^ s/i

2j8 LES VITRAUX.

le début du siècle, le diamant avait été mis en emploi pour la taille des verres. On s'en était tenu jusqu'alors au fer rougi au feu. D'après le précepte du moine Théophile, « selon que vous voudrez couper, promenez le fer et la fissure suivra w. On régularisait ensuite la coupe avec le «grésoir». Le diamant fut certes un progrès. Seulement, le « grésoir » laissait la tranche du verre hérissée de petites dents aiguës, irrégulières, qui, mordant le plomb, s'y incrustaient fortement, d'où un assemblage plus rigide des pièces entre elles. Et puis, de cinq à six millièmes d'épaisseur aux premières époques, le verre n'en eut pas plus de deux, en moyenne. On le divisa aussi en morceaux de surface plus étendue aux dépens de la force de résistance. De plus, l'action des années a souvent endommagé le modelé des vitraux duxvi® siècle, modelé à fleur de vitre, trop léger, insuffisamment identifié au verre.

Malgré ces conditions défavorables, beaucoup de verrières de ce temps-là existent encore, sans doute. Mieux fabriquées, nous en posséderions davantage, et, il est au moins permis de le supposer, en un état plus satisfaisant de conservation. Dès le commencement de la période suivante, on fut obligé à de nombreuses réparations. Ces réparations furent faites parfois par des gens sans éducation technique, sans intelligence. A l'église du Grand-Andely, des maçons, apparemment, restaurèrent les verrières : du mortier assujettit des brisures en divers endroits, grossièrement.

En définitive, le xvn« siècle trouve l'art du vitrail en pleine décadence. Il y a des verriers encore, mais aucun ne semble plus connaître les règles particulières

LE XVII'' SIECLE. ajp

à la peinture décorative sur verre. Assurément, les artistes de la belle époque du xvf siècle s'en étaient souvent affranchis ; toutefois, le sentiment du beau qu^ils avaient, la recherche de Pélégance, les affinements de l'esprit et leur supériorité manuelle les faisaient capables d'accomplir des chefs-d'œuvre. Moins bien armés, leurs successeurs devaient tomber dans la médiocrité. Ils n'y manquèrent pas.

Dans les belles vitres du xvi^, il n'est pas rare de rencontrer des architectures, — fabriques, arcs de triomphe, portiques, tem.ples, galeries, — exagérées si l'on veut, mais bien assises, et, sauf quelques parties inévitablement fuyantes, toujours offertes de face. Or on imagina de les présenter plutôt obliquement, dût-on ébranler au regard, par ces continuels enfoncements de lignes, toute l'assiette de la composition. Et les personnages prirent des attitudes enflées, les draperies des jets excessifs, et le style de l'architecture, de l'ornementation s'imposa lourd et massif, lui svelte et si souple auparavant.

En même temps, la mise en plomb subit de grandes simplifications. Modifiant son emploi, ou mieux annulant son rôle, elles furent très dommageables à la puissance décorative des verrières. Au lieu de ce réseau qui cerne d'un trait robuste les têtes, même les traits du visage, les mains, les plis d'une draperie, qui donne de l'énergie aux contours et aux tons qu'ils appuient, les plombs servirent simplement à unir des vitres carrées, de dimensions égales ; autrement dit, après avoir strictement obéi au dessin et à la peinture, ils cessèrent, en supprimant tout obstacle, d'avoir une signification,

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d'être un élément pittoresque. Ici, une remarque contradictoire : tandis que l'ancienne mise en plomb, si utile à l'accent du décor, est partout délaissée dans les vitres peintes, on étudie pour les vitraux incolores, et Ton trouve des coupes géométriques compliquées, des combinaisons d'assemblage par les plombs très ingénieuses, dont il serait difficile de méconnaître Tintérêt relatif. Le fait est que Tusage des verrières blanches, déjà fréquent dès le xvi« siècle aux fenêtres des logis, aux grandes et petites baies des églises, se répandit au suivant et finit par régner sans partage, surtout quand les « coureurs de losanges « se mirent à battre la campagne, à camper dans les villes ^

Enfin, malgré la richesse de leurs ressources, les verres doublés étaient tombés en un complet discrédit. Des verriers du xvi^ siècle avaient trouvé plus commode et plus économique de modifier les teintes, d'obtenir les tons intermédiaires, par l'intervention d'émaux qui mettaient à leur portée, en apparence du moins, toutes les notes de la palette. C'était un avantage pour le fabricant, nullement pour l'objet fabriqué, car l'éclat limpide du coloris souffrit beaucoup à cet usage et les vitres y laissèrent une part de leur translucidité. On prodigua sans mesure les émaux au xvii« siècle ; le

I. On appelait ainsi des verriers, venus de Suisse pour la plupart, qui voyageaient avec les outils et l'approvisionnement nécessaires. Où ils s'arrêtaient, ils fabriquaient sur place, très rapidement, des verres blancs à compartiments losanges qu'ils substituaient à des vitraux devenus obscurs ou en mauvais état. Il est juste d'attribuer aux « coureurs de losanges » la disparition d'un bon nombre de vieilles vitres peintes.

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vitrail devint alors, en quelque sorte, travail d'émailleur plutôt que de peintre sur verre.

Les plus importantes fenêtres vitrées en couleur du XVII® siècle sont à Sainte-Gudule de Bruxelles, à la chapelle Notre-Dame. Cette chapelle borde le choeur à droite, comme celle du Saint-Sacrement l'accompagne à gauche. Là, quatre très grandes verrières qu'on attribua, quant aux cartons, tantôt à Rubens, tantôt à Diepenbeeck. Elles sont, trois de van Thulden, la Présentation de la Vierge, le Mariage de la Vierge. VAn- ?îonciation; la quatrième, la Visitation^ par Jean de la Baer. Les sujets sont figurés au-dessus de donateurs fastueux, à genoux, escortés de leurs patrons. C'est aussi à Jean de la Baer qu'est dû le report sur verre de ces vastes ensembles, exécutés au commencement de la seconde moitié du siècle. — Un des vitraux, le dernier, proche l'autel, la Présentation^, porte la date de i656.

Maintenant, si les ordonnances de van Thulden, élève de Rubens, son collaborateur à la galerie Médicis, s'accordent fort peu avec les conditions du vitrail, même les moins sévères, on ne saurait s'en dire surpris. La manière de haute race, de grand spectacle, déclamatoire et triomphante du puissant maître anversois, n'est point à sa place partout, principalement quand l'occasion réclame une calme harmonie dans les lignes, dans les gestes, les attitudes, du goût dans le choix des formes et des types. Non, ne cherchons pas ici le sentiment pas plus que la réserve indispensables. Mais, chose très singulière, assurément, qui surprend, par quoi pèchent au moins autant ces verrières, c'est par le

coloris : au lieu de la magie, du fluide éblouissement qu^on devait espérer d'un disciple aussi fidèle de Rubens, nous avons seulement des teintes fausses, dépourvues d'éclat, qui alourdissent Tespace et rendent les compositions péniblement assoupies, voire obscures.

C'est la conséquence de Tabus que le verrier Jean de la Baer fit des émaux, abus duquel il se défia, du reste, au vitrail dont il avait fourni lui-même le modèle, — le premier en entrant dans la chapelle. — Aussi estce sensiblement le plus brillant des quatre. Pour celuilà, de la Baer était revenu à l'emploi des verres doublés négligé dans les autres.

Quoi qu'il en soit, abstraction faite du goût qui en a déterminé l'agencement et le style, ces fenêtres de Sainte-Gudule sont d'un réel intérêt; l'exécution s'y montre un peu turbulente, mais hardie, pleine de dextérité et de force. Certainement le xvii^ siècle ne nous en a point légué de plus estimables. On ne saurait leur comparer celles qu'on voit à la cathédrale de Troyes, dans la quatrième chapelle, à gauche, la légende du Pressoir, mutilée, laissant reconnaître pourtant une belle adresse de facture (i625), et dans une des fenêtres supérieures du transept sud, Saint Pierre, Saint Paul, un Pape, Saint Jean, deux donateurs, du même temps peut-être.

Ne les comparons pas davantage aux vitres basses et hautes du chœur, des transepts, de la nef de Saint- Martin-ès-Vignes, église de la même ville, quelquesunes datées de 1606, de 1607, de i636. La deuxième à gauche, — quatre sujets de la vie de Jacob ^ — a, cependant, au bas, deux panneaux de donateurs en vête-

ments noirs, d'un accent physionomique intense, très fins d'exécution, bien dessine's, effigies où se révèle

Fig. Ç6. DONATEURS d'une VERRIÈRE.

(Saint-Martin-€s- Vignes, Troyes.)

encore, sans déchoir, la tradition des portraitistes du xvi^ siècle, si souvent excellents et parfois admirables. (Fig. 96.) Il y a aussi de jolies parties dans la verrière consacrée à Sainte Julie de Troyes (au chœur, la pre-

mière fenêtre basse, à gauche). Quant aux autres,

colorées ou en grisaille, déclaronsles à peu près également nulles comme effet, nulles comme art, y compris celle fondée en i562 par testament, suivant la signature, maisexécutée plus tard; y compris celle où saint Jean écrit TApocalypseau milieu de jaunes effroyables, — elle est de 1606; — y compris une autre de 1607, dans laquelle plusieurs saints; y compris, malgré leur coloris parfois agréable, les grandes figures du chœur, le Calvaire, la Salutation angélique^, Saint Pierre j etc., trop

contournées, brutales, vulgairement ronflantes. On ne saurait non plus trouver l'équivalent des

Fig- 97- I-ES SAINTS THOMAS ET SIMON.

(Saint-Eustache, Paris.)

wâ^^m^

vitraux de van Thulden dans les dix-sept lancettes absidales de Saint-Eustache, à Paris, — un colossal personnage coloré dans chaque, sur un fond d'architecture, lourde galerie en perspective très fuyante, exécutées en i63i, d'après des cartons de Philippe de Champaigne, par un nommé Soulignac (fig. 97); — ni dans les sept baies plein cintre du chœur de Saint-Sulpice (1672- [674), par Le Clerc :

une bordure mesquine et pâle encadre un champ de verres blancs, à compartiments, où flotte un médaillon occupé par une figure, vitrerie d'une entière insignifiance décorative.

(Fig. 98).

Du reste, comme à Saint-Martin de Troycs, de grandes fenêtres de la nef centrale, du chœur et des chapelles de Saint-Étienne-du-Mont, à Paris, attestent que, dès le commencement du siècle, le sentiment de Part

Fig. 98.

ASCENSION DE jÉSUS-CHRIST.

(^Saint-Su'.pice, Paris.)

était fort ébranlé déjà, à considérer, du moins, ses rapports avec la peinture des verrières d'église. Les deux plus voisines du jubé, à gauche, VArbre de Jessé, les Litanies de la Vierge^ assurément confuses, sont, il est vrai, d'une impression bleuâtre qui n'est pas à dédaigner; en face, au transept à droite, la fenêtre ou deux saints et deux saintes de très haute stature assistent deux donatrices et deux donateurs de proportions bien moindres, dénotent par leur ordonnance un reste de volonté décorative. — Cette vitre fut donnée en 1614 par un sieur Juge, marguillier et marchand de vin. Il paraît que la corporation insista pour qu'il choisît plutôt comme programme le Pressoir mystique. — Des autres, mieux vaut ne point parler. Au sujet, donc, de Jésus en croix^ du Lavement des piedS; de la Résurrection^ du Couronnement de la Vierge; de ILicrédulité de saint Thoînas^ des Disciples à EmmaiiS; afin de citer quelques verrières de la série, il suffira de dire que ce sont autant de preuves de profonde décadence, que le lâché du style, la négligence du dessin et de l'exécution s'y manifestent en toute évidence. — Suivant Levieil, Nicolas, Jean et Louis Pinaigrier, Desangives, Porcher, Jean Monnier, fils et petit-fils des Monnier, de Blois, peintres estimés, Levasseur, Perrier auraient peint ces vitres qui, à tout prendre, leur font peu d'honneur. — Il est vrai que des fenêtres du chœur, un peu antérieures , soit de la fin de l'autre siècle, par exemple, la Pentecôte, la sixième à gauche, de Claude Henriet, ne dissimulent rien déjà du trop complet désarroi où la peinture des grands vitraux ne tardera guère à disparaître. N'avons-

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nous pas vu, ailleurs, à Ecouen, à Montfort-rAmaury, des vitres du dernier quart du xvi^ siècle annoncer à ne s'y méprendre la chute prochaine du genre?

A Saint-Gervais, des verrières du xvii® siècle, à la nef centrale^, sont d'autres témoignages de franche décadence; — la Pentecôte^ Abrahaîu et Melchissédech, Fondation de V Abbaye de Poissy, etc.; au transept sud, la Transfiguration; à la chapelle des Fonts, le Baptême de Jésus ^ avec la date de 1620, d'une accablante médiocrité. L'église paroissiale de Saint-Paul, démolie à la Révolution, où Ton voyait le vitrail de Jeanne d'Arc dont nous avons parlé au chapitre du XV® siècle, en avait beaucoup du xvii®. Sauvai et Levieil s'y sont intéressés. Exécutés de 1608 à i635, par les mêmes peintres que nous avons jugés à Saint-Etiennedu-Mont, peut-être n'y-a-t-il pas lieu de s'atBiger amèrement de leur disparition. Plusieurs étaient signés J.-M., initiales de Jean Monnier. Levasseur avait exécuté, d'après des cartons de Vignon, ceux de la chapelle de la Communion, et quelques-uns des charniers, ces charniers réputés les plus beaux de Paris ; de Perrier, V Histoire du premier concile qx V Ombre de saint Pierre guérissant un malade; de Desangives, plusieurs actes de l'apôtre saint Paul. Les verrières de Desangives étaient, paraît-il, supérieures aux autres. « On y remarque, dit Levieil, une intelligence admirable dans la distribution et la coupe des contours des membres et des draperies de ses tigures. Leur jointure parle plomb est si délicate et si peu sensible que, loin d'appesantir Tensemble d'un panneau, elle n'y marque que le trait nécessaire pour former les contours. " Les verriers de

répoque n'ont pas toujours eu ces précautions et, en général, apportèrent peu de soin à leurs ouvrages.

Pourtant, Péglise Saint-Gervais possède un vitrail dont Lenoir attribue le carton à Lesueur, ce qu'il faudrait vérifier, des plus remarquables à tous égards. Il est à droite, à la chapelle Saint-Pierre. L'auteur du transport sur verre est même connu; il s'appelle Perrin. On y voit Protais et Gervais, frères jumeaux, devant le juge Astasius, qui les condamne, et une foule, très pressée, menaçant les prochains martyrs. Cette belle vitre serait alors du milieu du siècle. Quand des hommes de ferme savoir et de foi en leur art associent leurs efforts, ils savent, malgré le désordre qui règne autour d'eux, malgré l'indifférence générale, réaliser des ouvrages qu'on peut toujours offrir et prendre pour exemples.

Bourges, si riche en vitraux de toutes les époques, depuis le xii® siècle, en possède un du temps du roi Louis XIII. Il est daté de 1619. On le voit à la fenêtre de la chapelle des Montigny, la première à gauche. La Vierge, dans une gloire, occupe le sommet de l'ogive, dont un chœur d'anges remplit les ouvertures inférieures, et, au-dessous, les apôtres, dans des attitudes de surprise, entourent la tombe laissée vide de la mère de Jésus. Au bas du vitrail, le maréchal de Montigny, en grand costume de chevalier du Saint-Esprit, et Gabrielle de Crevant, sa femme, agenouillés, qu'on dirait au premier abord, tant les visages ont de rapport, Henri IV et Marie de Médicis. Surtout, en raison du moment où elle fut peinte, cette vitre est remarquable. Le jet des draperies est un peu maniéré, leur exécution

a quelque mollesse; mais Tagencement des groupes paraît bien entendu, et pour le choix des tons, Téclat de la couleur, où Ton croit saisir comme un souvenir de Rubens, le peintre s^est joué très honorablement des obstacles rencontrés.

L'examen des petites verrières, — en hauteur, 2 mètres à i"%65 centimètres, i'°,38 à i"',25 en largeur, — qui ferment à Saint-Etienne-du-Mont la galerie de la chapelle du Catéchisme, jadis le charnier, a de Pintérêt. Le caractère ou inexactitude du contour, pas plus que le style, ne les recommandent; mais Tintelligence de la mise en plomb, la qualité, Pemploi mesuré des émaux, et, pâteuse, pesante aux premiers plans, l'exécution des deuxièmes et des lointains a souvent beaucoup de finesse et de légèreté. Elles sont au nombre de douze, sans que la série soit au complet, puisque, s'en occupant, Levieil parle avec chaleur d'une Fin du monde, d'après Tempesta ; d'un Jugement dernier, d'après Jean Cousin, qu'on ne recontre point ici, et d'autres panneaux également disparus, la Nativité^ la Résurrection^ VAscension de Jésus-Christ, où l'art du peintre était « presque incompréhensible ^ »

Le quatrième vitrail, le Serpent d'airain^ aurait eu pour modèle une composition de Jean Cousin. Malheureusement, la peinture en est bien altérée. Dans

I. Au charnier, il y avait des verrières aux vingt-deux fenêtres de trois des galeries du cloître. On a pu en reconstituer la moitié. Les registres de la paroisse conservent les noms de quelques donateurs : Lejuge, marchand de vin, et la présidente de Viole, déjà nommés; M™« Sourtet-Verd, Renaud, bourgeois de Paris; Chauvelin, avocat; Germain, procureur; Boucher, boucher, etc.

VInstitution de VEiichaj'istie. le suivant, des donateurs recevant la communion sont présentés d'une façon très pittoresque et imprévue. Le Pressoir mystique^ de Nicolas Pinaigrier, dont il a été question au précédent chapitre, clôt la dixième baie. A la neuvième se voit la Parabole des conviés : « Tous les détails en sont de la plus grande délicatesse; la salle du festin y paraît éclairée par des vitraux, dont les plus grands portent neuf pouces de haut sur un pouce et demi de large; on y distingue sans confusion des frises ornées de fleurs au pourtour d'un fond de vitres blanches, dont la façon paraît la plus exactement conduite, et sert elle-même de cadre à des panneaux de verre historiés et coloriés dans la précision de la miniature la plus délicate. « Vraiment, Pierre Levieil ne dit là rien de trop, ce nous semble.

11 est certain que tout à fait détournée de sa voie, lorsqu'il s'agit de grandes surfaces, et pour ainsi dire éteinte, la peinture du vitrail, au xvii« siècle, se montre encore sur les verres de courtes dimensions, maîtresse de facultés incontestables, pour l'esprit de l'arrangement, pour l'adresse de l'exécution, et, l'œil aime alors à s'y complaire. On vient de parler de parties secondaires sur les vitres du charnier de Saint-Étienne-du- Mont, de la plus gracieuse réussite; aussi, dans les vitraux d'appartement, à en juger par ceux qui nous restent, les peintres-verriers de l'époque durent recueillir plus d'un succès justifié encore. Avant le bombardement de 1870, auquel est due leur destruction, on en voyait de charmants à la bibliothèque de Strasbourg, peints pour le cloître de l'abbaye de Malsheim, par les

LE XVII e SIECLE.

frères Linck. qui avaient pris leurs sujets dans la vie des Pères de TÉglise. (Fig. 99.) « Il y avait dans le siècle dernier, dit Langlois, peu de maisons dans Beauvais où Ton ne trouvât des vitres peintes d'une bonne manière et d'une grande vivacité de coloris, représentant des

Fig. 99.

ITRAIL d'appartement. (Abbaye de Malsheim.)

portraits, des paysages, des armoiries; on citait principalement rhôtel des Arquebusiers et plusieurs autres édifices. » Tout cela a disparu. Mais à Troyes, la salle principale de la bibliothèque est ornée de panneaux provenant de Tancien hôtel de l'Arquebuse, en la même ville. Ils sont presque tous de Linard. ou Léonard, Gontier. Plusieurs conservent leur date d'exécution, 162 1. Sur les uns sont représentés de grandes actions

de Henri IV, comme la bataille d'Ivry vue à vol d^oiseau, ou des faits relatifs à la localité et au roi : Pentrée

Fig. lOO. ENTRÉE DE HENRI IV, A TROYES.

(Bibliothèque de Troyes.)

de Henri IV en sa bonne ville de Troyes : le maire et les échevins, à genoux, lui offrent les clefs de la porte de Belfroy ; à droite, au deuxième plan, le fort de Che-

vreuse, plus loin, vers la gauche (lig. loo); ou bien « quant on Tamène à la grande église de Saint- Pierre »,

Fig. lOl. — LOUIS XIII, (Bibliothèque de Troyes.)

OU '( quant on lui faict le présent à la maison de ville >', etc.; — sur d'autres, les elHgies de Henri IV ou de Louis XIII. (Fig. loi.)

Dans chacune des compositions historiques entre un nombre infini de personnages minuscules fort bien agencés et ajustés, peints avec une perfection de détails surprenante; les sites, paysages, édifices, logis, ne laissent rien à souhaiter non plus. L'encadrement des sujets est lui-même un décor charmant. Il est ordonné comme suit : un nielle sur les quatre côtés de la composition, interrompu au sommet par un cartouche où se lit l'inscription explicative du sujet; une bande blanche, un cadre relativement épais, fait de trophées d'armes à la romaine, ou du temps, enfin une autre bande de verres blancs plus large que la première. Le tout est des mieux entendu, des mieux pondéré. Dans certaines de ses parties se retrouvent la grâce ingénieuse et le souffle spirituel des beaux temps de la Renaissance, généralement oubliés lorsque fîorissait Linard Gontier. N'omettons pas le vitrail si robustement composé, au chiffre de Louis XIII, sous les écus de France et de Navarre, surmontés d'une belle couronne, entourés des colliers des ordres royaux de Saint- Michel et du Saint-Esprit. Peut-être est-ce le fragment d'une verrière plus considérable. Gomme exécution, il est parfait. (Fig. 102.)

Toutes les vitres delà bibliothèque de Troyes n'ont pas la même disposition. En quelques-unes, l'ornementation accessoire est absente ; les personnages ont plus de taille, et l'annonce du sujet, plus étendue, est au bas, en vers. Nous ne voyons pas celles-ci de la même main que les autres, auxquelles, du reste, elles sont inférieures. La collection est incomplète. Gertains cabinets d'amateurs possèdent aujourd'hui des pièces

LE XVIU SIECLE.

qui, sans doute, en ont fait primitivement partie. A Troyes encore, dans la sacristie de Téglise Saint-

Fig. I02. CHIFFRE DE LOUIS XIII.

(Bibliotlièque de Troyes.)

Nizier, une suite de petits vitraux de la même époque, fort intéressants. Ce sont des portraits, celui de

as<5 LES VITRAUX.

Henri IV entre autres, et des sujets de style assez peu religieux, qui rappellent Pallure de Callot.

A l'une de ses fenêtres, le Musée d'antiquités de Rouen a groupé neuf petits médaillons ovales, jadis aux environs, à Tabbaye de Montigny, où sont très agréablement représentés les travaux et les récréations de la campagne aux divers mois de Tannée, — Juillet^ Novembre^ Décembre manquent, — encadrés d'attributs, de figurines, d'accessoires. Les signes zodiacaux correspondants n'ont point été omis dans les entourages, et sous un des plombs de Septembre on a relevé la date de 1609. Langlois, qui en parle dans son Essai^ y voyait des souvenirs de gravures de Sadeler. Il se trompait. La suite des Doii:{e mois d'Etienne Delaune a, en général, servi de modèle à celle-ci, sauf pour les encadrements agencés d'autre manière. (Fig. io3.) Quant au transport sur verre, nous l'attribuons à une main hollandaise \ — Trois autres vitres du même genre, sinon d'égal mérite, dans le même musée, sujets empruntés à la Parabole de V Enfant prodigue ^.

1. La Revue des Sociétés savantes (t. VII, 6' sér., 1878) a publié une intéressante étude sur « le Zodiaque de l'e'glise de Montigny », par M. G. Le Breton , actuellement conservateur du Musée des antiquités de Rouen. Sous un autre titre : « Médaillons des mois du musée de Rouen », la même notice a paru dans le Bulletin monumental (n» i, de 1881), augmentée de nouveaux éclaircissements et de gravures.

2. Parfaitement organisé et installé, fort riche d'ailleurs, ce musée conserve plus de fragments de vitres anciiennes, d'un vif intérêt souvent, que Cluny et le Louvre. Il y en a là des différentes périodes. Signalons seulement le panneau provenant de l'église Saint-Godard, sujet de la vie de saint Nicolas, où l'influence de Raphaël est manifeste.

LE XVII « SIÈCLE. aS7

Ces vitraux exécutés, hormis ceux de Montigny *, pour des établissements privés, font certainement regretter qu^il en ait été sauvé de cet ordre en nombre aussi restreint. Les verriers, ayant totalement perdu la tradi-

Fig. lOJ. VITRAIL DE MONTIGNY.

(Musée des antiquités de Rouen.)

tion des grandes ententes décoratives, n^avaient plus de penchant pour les hautes lancettes d'église, qui ne leur promettaient point le succès; mais les vitres de peu de surface et de destination familière les trou-

I. Ils étaient placés au chœur de l'église; mais par le caractère, U dimension, la facture, ils sont de la catégorie des vitres d'appartement, cela n'est pas contestable.

valent munis de facultés d'esprit et d'un talent technique capables d'assurer légitimement encore du prix à leurs ouvrages : ils étaient ingénieux, ils se plaisaient aux détails, ils avaient beaucoup de légèreté de pinceau, d'à-propos, de précision manuelle, dans l'emploi des émaux une habileté consommée, assemblage de conditions assurément suffisantes pour réussir en un genre moyen ou secondaire.

On vient de parler de vitraux d'appartement, à coup sûr remarquables, exécutés au xvii® siècle. La période antérieure nous avait fourni déjà des exemples qui touchent de bien près au grand art, et si rien ne subsiste plus de ce qui a été fait chez nous auparavant en ce genre, on sait que, dès le xiv* siècle, nos rois, les grands seigneurs et les riches représentants de la bourgeoisie aimaient à clore de verrières peintes, et à figures, les fenêtres de leurs palais, de leurs habitations. Au dire de M. Jules Labarte *, ce goût se serait surtout propagé en Allemagne et en Suisse. Nuremberg, Ulm, Fribourg-en-Brisgau possédaient, à la fin du xv^ siècle et au commencement du suivant, des maîtres verriers de premier mérite; de leurs ateliers sortirent des élèves qui, s'étant établis dans la Suisse allemande, exécutèrent, eux et leurs successeurs, quantité de petites vitres d'un caractère si particulier que le premier coup d'oeil détermine leur origine. En Allemagne, en Suisse, les châteaux, les hôtels de ville, les maisons conventuelles, les habitations de

I. Description des objets qui composent la collection Dubruge- Duménilf précédée d'une introduction.

riches bourgeois s'ornèrent toutes de ces petits vitraux qui « reproduisaient, pour les nobles, les armes de la famille encadrées de décorations architecturales; pour les maisons communes, les armoiries de la ville ou du canton, soutenues par des porteurs de bannières, revêtus des costumes et des armures du temps ; pour les abbayes, la figure en pied du fondateur de l'ordre. Les bourgeois, les artisans y faisaient placer dans un écu les insignes de leur profession. Souvent, enfin, nobles, bourgeois, artisans, s'y faisaient représenter dans leur costume avec leurs femmes et leurs enfants * ». On comprend sans qu'il faille insister l'intérêt qui ressort de ces images de types et de costumes d^un autre âge, dues à des mains contemporaines. Leur style est loin d'être naïf; il se déhanche d'habitude en galbes fanfarons; l'attitude du corps, l'expression du geste et du visage, les ajustements sentent bien plus l'outrance que le naturel ; malgré cela, l'amusement spirituel de la facture et des détails, ajouté à leurs titres archéologiques, justifie, artistiquement, la faveur qu'ils rencontrent auprès des curieux.

Les c( vitraux suisses », quel qu^ait été, durant un siècle et demi environ, l'entrain des verriers à les multiplier, sont rares aujourd'hui dans leur pays d'origine On en rencontre seulement à Coire, en des logis privés, et à Zurich, maison de l'Arquebuse. Les musées, les cabinets d'amateurs, heureusement, en ont recueilli un bon nombre. Les spécimens réunis au Louvre et à Cluny sont en général de la meilleure qualité. La col-

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