‹ Les vitrauxChapitre 56 sur 67 · Jules Labarte, Id · texte numérisé non relu

Jules Labarte, Id

lection Dubruge-Duménil a possédé une Beth^abée au bain, fort jolie vitre peinte pour le bailli de Haffzun-

Fig. 104. VITRAIL SUJSSE.

(Musée de Cluny.)

geren, par Hegli, un des seuls verriers suisses du xv!!*" siècle dont le nom ait été retenu. On cite aussi les Lindmeyer comme ayant travaillé sur les cartons

LE XV lie SIECLE.

de TobiasStimmer. Nous donnons (fig. 104 et io5)deux vitraux suisses caractéristiques du genre. Ils sont de 1602. Dans Pun, soldat en armure tenant un étendard;

Fig. lOJ. VITRAIL SUISSE.

(Musée de Cluny.)

l'autre est aux armes du canton d'Uri. Les Suisses ne firent pas seulement des sujets et des types contemporains. — Pour le caractère et l'esprit, on dirait les figures de cette Adoration des Bergers (fig. 106) d'un vitrail

suisse d'appartement bien plutôt que d'une fenêtre de cathédrale.

On faisait en Allemagne, et aussi en Hollande, de ces petites vitres. Notre gravure 107 reproduit un vitrail allemand de 1678, les Vierges folles et les Vierges

Fig. 106. ADORATION DES BERGERS.

(Troyes, à la cathédrale.)

sages, à cette devise : Omnia cum Deo et nil sine eo^ et un écusson d^armoiries de forme ovale; quatorze écussons forment bordure, avec noms, titres, devises. Sur un autre de même origine, de 161 2, un écusson portant une herse et un trèfle, dans un ovale ajusté sur un cartouche contourné. (Fig. 108.) De fabrique hollandaise, la vitre que nous donnons sous le n'' 109 fait partie d'une suite de cinq pièces concernant Phis-

toire biblique de Tobie. Celle-ci représente le retour du jeune Tobie avec l'ange; on y lit en le'gende a Jacob Dingens et Leen sa femme 1619 ».

Un mot avant de laisser ce sujet. Nous voyons les

Fig. IC7. VITRAIL ALLEMAND

(Musée de Cluny.)

vitraux de la bibliothèque de Troyes, d'allures si françaises, range's dans la catégorie des « vitraux suisses ». L'extension paraît bien forcée. Pour ceux de l'abbaye de Molsheim, avant leur destruction, ils pouvaient, au contraire, accepter l'étiquette sans protester : les verriers suisses avaient gardé, indéniables, les signes de leur origine et de leur éducation germaines.

Avec les « vitraux suisses » s^achève la partie de ce

Fig. I08. VITRAIL ALLEMAND.

(Musée de Cluny.)

travail réserve'e au xvii* siècle. Au xviii% ils sont encore à leur place chronologique, puisque le succès s'en pro-

LE XVIII'' SIECLE. 26s

longea pendant le premier quart de la nouvelle période; avant d'entrer dans une longue éclipse, Part du verre peint jeta avec eux ses dernières lueurs honora-

Fig. 109. VITRAIL HOLLANDAIS.

( Musée de Cluny.)

bles. Car il fut totalement abandonné chez nous, où il avait accompli ses plus nobles progrès, atteint une perfection nulle part dépassée sous le rapport des grands ensembles, nulle pari égalée, à considérer les efîigies

échappées aux naufrages. Que sont, en effet, comparées aux exemples de force et de grâce, d'invention et de facture, que nous avons fréquemment signalés, des vitres comme celles de la chapelle du château de Versailles, glaces blanches, le chiffre royal au centre, encadrées d'une frise, composées par Lemoyne et Fontenay, peintes par Guillaume Levieil,père de Pécrivain verrier cité fréquemment en cette étude? On venait d'en faire de mêmes dispositions à la chapelle de la Sorbonne, à Saint-Paul-Saint-Louis, aux armes du cardinal-duc; on en fit encore d'un aussi misérable effet décoratif à la chapelle des Invalides, à Saint-Sulpice, à Saint-Merry, — aux Carmes-Déchaux, où Jean-François Dor peignit, de 1717 a 1738, en outre des frises, des chiffres, des armoiries accoutumés, en camaïeux assez bien traités, paraît-il, des actes de la Vierge et de sainte Thérèse; — aux Feuillants, à Tabbaye Sainte-Geneviève, — aux Blancs-Manteaux, — dans la nef, à droite, ItChrist en ct^oixj grisaille de Guillaume Levieil; — à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, les plus anciennes suivant des modèles fournis par Jouvenet, les plus récentes au millésime de 1777, sans doute de Pierre Levieil, ces dernières. Il s'en fit encore dans les provinces; mais on ne songe pas à les énumérer. Disons seulement qu'on en trouve à l'église de Saint-Nicolas-de-la-Treille, arrondissement du Havre, exécutés et mis en place de 1754 à 1759, à Auch, à Orléans, à Gaudebec (fig. 1 10), en d'autres lieux, et sur la plupart domine la couleur jaune, qui est un des signes distinctifs du vitrail à cette époque ^.

\. Il est juste de dire qu'au xiv^ siècle des fenêtres de verres

Le vitrail acheva bientôt de disparaître. Devenu simple article de commerce, il tomba dans la vitrerie à combinaisons géométriques. Levieil donne en son livre le dessin de trente combinaisons différentes, chacune désignée sous un nom barbare * ; les quelques peintres sur verre que notre pays eût pu utiliser allèrent, faute d'emploi chez nous, en Angleterre, en Hollande, en Suisse, où le goût des vitraux s'était le mieux maintenu, et Pauteur de VAri de la peinture sur verre put écrire d'une plume mélancolique : c( On aura peine à croire que dans la capitale du

royaume, au temps où j'écris, 1768, il ne se trouve qu'un artiste de ce talent, dans lequel il élève son fils

Fig. 110. VITRERIE BLANCHE

AVEC BORDURE COLOREE.

(Caudebec.)

blancs ont eu pour tout ornement coloré une bordure peinte. L'église de Mussy-sur-Seine en offre un exemple; ce n'est pas le seul.

I. Suivant leurs formes, ces combinaisons s'appellent : bornes, tranchoirs pointus, ou miramondes, ou à la table d'attente ; moulinets en tranchoirs simples ou évidés; bâtons rompus, du dé, de la façon de la reine, de la façon du Val-de-Grdce, etc., etc., et bien d'autres dont les compartiments se sont combinés sous le compas et l'equerrc des inventeurs.

âgé de dix-neuf à vingt ans, et que ce seul artiste soit assez peu occupé autour de quelques armoiries et de quelques frises, que son art ne pourrait suffire à ses besoins, s'il ne joignait un commerce de vitrerie plus étendu à ses entreprises de peinture sur verre. »

Pierre Levieil, vitrier au moins autant que verrier, vit aussi, avant de mourir (1772), la mode finir des fenêtres à compartiments multiformes. A leur tour, les « bornes )>, les « tringlettes en tranchoirs », les « dés à la table d'attente », en un mot les petits morceaux géométriques de verre blanc sertis de plomb, avaient rempli leur destinée. Les vitres carrées et régulières régnèrent absolument, sans partage.

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