I. Didron, Annales archéolof^iqueSy i. XX] II
maladroits, incapables. Il y en avait de savants qui pensaient à bien faire ; d'autres, ayant peu ou mal appris, ne devaient réussir à rien. Ensuite, souvent paroisses et donateurs commandaient au hasard, sans plan décoratif, surtout n'étaient pas toujours en mesure de mettre le prix à des ouvrages supérieurs. Peu importait la qualité alors, pourvu que la place fût occupée. La dépense étant moindre, le résultat suivait à proportion, généralement. Et on alla vite, parfois, bien trop vite, dût-on compromettre, danscette précipitation inconsidérée, le résultat final. Ce fut le cas de certaines verrières de la Sainte-Chapelle, il faut le supposer, car Targent ne faisait point défaut, ni les hommes instruits de leur métier ne manquaient non plus.
Au temps où nous sommes, on voit les mêmes causes déterminer les mêmes effets : les cartons ne sont pas toujours confiés à des artistes d'assez de mérite, et des peintres ignares les utilisent comme ils peuvent, ce qui est tout dire. Un mauvais pinceau tirant fatalement du meilleur carton un méchant vitrail, — pas de carton, si bien entendu soit-il, qui résiste à un traducteur sans capacité, — on comprend ce qui peut sortir d'une association disposant, comme savoir, d'un nul capital. Aussi, un peintre préparé par de fortes études, et instruit en sa partie, est-il indispensable à la réussite d'un vitrail.
Nous avons eu les doléances d'un vénérable prêtre, dignitaire ecclésiastique, grand amateur de verrières, et connaisseur, qu'affligeait l'obligation de mettre parfois aux fenêtres de son église des vitraux de valeur infime. Cela qui n'avait pas coûté gros, il est vrai, déconsidérait
le temple. Le moyen de repousser Toffrande de fidèles zéle's pour leur paroisse et économes à la fois? Le'prétre, notre interlocuteur, homme d'expérience et de droite raison, reconnaissait ingénument les dangers des dons pieux et leur résistait, disait-il, dans la mesure du possible. Combien d'autres, ailleurs, les provoquent à Tenvi, et s'en applaudissent, insoucieux du résultat, ignorant tout des exigences décoratives ! Uœuvre du verrier est objet de luxe, de grand luxe, comme celle du sculpteur ou du peintre. C'est dire qu'elle n'est pas de nécessité rigoureuse. Maison peut goûter les joies qu'on s'en promet si l'on a l'intelligence et la sagesse de mesurer son ambition à ses ressources. Car mieux vaut une fenêtre modestement ornée, avec un sentiment juste et délicat de l'art, que vitrée d'une audacieuse enluminure de pacotille.
Fi,'. 124..
la danse des fiançailles
(fragment.) carton l'ar l.-o. merson.
le vitrail l'ar oudinot.
Toutefois, la condition première, essentielle, le facteur inéluctable d'une bonne verrière, c'est un bon carton. Le style du carton et son ensemble dépendent de la place que la verrière occupera, « selon qu'elle est destinée à un édifice religieux ou civil ; à une grande église, à une petite, ou à une simple chapelle; selon que cette église est déjà garnie de nombreux vitraux, ou qu'elle n'en a pas encore; selon que la verrière à exécuter doit orner isolément un point de l'édifice, ou faire partie d'une série complète », — afin d'emprunter à un petit livre plusieurs des réflexions sensées dont il est rempli ^ Ces convenances de lieu satisfaites, par l'agencement et l'ajustement des figures, par la disposition des fonds d'architecture ou de paysage, par le choix et l'emploi des accessoires, le carton doit offrir au coloris un riche programme, tout en mettant personnes et choses chacune à sa place, tout en rendant facile la lecture du sujet. Il doit donner, en outre, un tracé intelligent et justifié de la mise en plomb, point très important. Devons-nous ajouter que la correction du dessin est de toute nécessité? Il ne faut pas entendre par dessin correct seulement l'exactitude du contour extérieur. Ce serait un tort de le circonscrire de la sorte. Il a plus d'exigences, celles-ci, par exemple : l'équilibre des mouvements sans lequel il n'y a pas de geste nettement expressif, le rapport des proportions sans quoi le caractère, la beauté pondérée d'une attitude sont impossibles. Le dessin comprend encore le
I. F. de Lasteyrie, Quelques mots sur la théorie de la peinture sur verre.
modelé. Polir n'est pas modeler. Le muscle, le pli d'étoffe qui soulèvent un contour se prolongent au de-
Fig. 125. LES AIGLES. CARTON DE
Musée des arts décoratifs. )
dans chacun suivant ses lois d'attaches et d'enveloppements qu'il importe d'accuser; ils se poursuivent aussi au dehors, sur la face qu'on ne voit pas, et le modelé fera sentir leur direction à partir du moment où ils
cessent d'être visibles. Il y a donc là des apparences de relief, de creux, et des méplats, accents de la réalité et de la vie, quUl ne faut ni oublier, ni enfreindre. Le metteur sur verre ne les aperçoit pas toujours. Souvent il applique tout son zèle à la propreté sans tache de son exécution, le souci de ses scrupules à égaliser, à parfaire à petits coups du putois ou blaireau, le passage des nuances, des valeurs de Tune à l'autre, quitte à contredire la justesse de ce passage ; trop volontiers il donne pour modelé les mollesses et les énervements d'un fondu monotone. L'éducation ne Ta pas assez préparé à rendre l'exacte expression de son modèle, à surmonter ses difficultés diverses.
De ce qui précède, on ne doit pourtant pas tirer une conclusion défavorable à la généralité des peintres sur verre actuels. On aurait tort. On en connaît d'un savoir mûr et sûr, auxquels se peuvent confier, sans incertitude, les plus importants travaux. De même, de nos « cartonniers », qu'il en soit qui demeurent audessous de leur tâche, c'est certain; mais plus d'un, tout à fait digne de la sienne, l'entreprend, la poursuit, l'achève de façon à décider les suffrages difficiles. Nous donnons la gravure de cartons récents qui diffèrent par le style, le goût, la destination (Fig. 1 1 1 , 1 1 3 et suivantes). Ils sont fort remarquables; encore eût-il été facile d'en introduire ici un plus grand nombre. Victorieusement, ils manifestent ce qu'on peut attendre de vrais artistes, armés, nourris d'études, épris des belles traditions, même indépendants. Quels services de tels collaborateurs, quand on fait appel à leur talent, à leur imagination, savent rendre à la verrière contempo-
raine! Eux, les auteurs de ces cartons, ont Térudition indispensable, la pleine et haute compréhension des sujets, la clarté de l'énoncé, la force ou la grâce de la formule, le charme, Tesprit. la nouveauté; ils ontPidée et Tenveloppe de leur idée, la pensée qui découvre et l'instrument qui réalise, et, on doit s'empresser d'ajouter, ceux qui ont transporté leurs œuvres sur verre l'ont fait ordinairement avec une maîtrise de travail, avec un éclat, un charme de coloration capables de soutenir les plus écrasantes comparaisons.
Nous n'avons pas tout dit. Pour être complet, on devrait poursuivre encore. Nul, mieux que nous, ne sait de quels développements il eût fallu augmenter ce travail. Enfermé dans les étroites limites d'un cercle imposé et consenti, nous avons dû être brefs et beaucoup élaguer. Cependant la conscience nous reste de n'avoir omis ou négligé rien de positivement essentiel, de caractéristique. Ce qu'on avait à mettre en relief, ce sont les commencements, les progrès, l'apogée, le déclin, le sommeil et le renouveau du vitrail. Ce programme, assez large après tout, nous croyons l'avoir à peu près rempli.
En définitive, après une profonde décadence suivie d'une éclipse totale; après de persévérantes et courageuses tentatives, répondant à l'effort des érudits, des savants et des peintres, le grand art du vitrail n'a-t-il pas recouvré la supériorité de ses merveilleuses périodes? La question ne peut être de bonne foi contredite, ne donne lieu à aucune réticence loyale.
Certes, il s'en faut que ses manifestations actuelles soient souvent de premier rang. Il en est de médiocres;
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il en est d'une faiblesse invraisemblable, ine'galite's, on l'a dit, communes à tous les siècles. D'autres atteignent la perfection, comparables à les bien regarder, et sans rien dire de trop, aux plus belles des riches époques. Les curieux de l'avenir les reconnaîtront à leur vision particulière du style et de la vérité, à d'ingénieuses recherches, à d'heureuses trouvailles, à leur originalité, malgré, pour quelques-unes, des analogies voulues de caractère et de manière avec les exemples d'un autre âge. Ils sauront, en même temps, démêler nos progrès matériels, la souplesse de nos moyens techniques et les prestiges qui sont nos conquêtes.
Nous avons reçu du passé des œuvres qu'on admire. Cela ne se discute pas. Le présent en laissera d'une éloquence aussi persuasive, en tout cas d'un art non moins sincère, également souverain. Alors, si, avec toute raison, des verrières d'autrefois, dont chacun pénètre et proclame les beautés, sont élevées jusqu'aux nues, pourquoi certaines d'aujourd'hui ne deviendraient-elles pas légitimement célèbres à leur tour?
Au début de ce livre, il a été dit que la technique de Part de peindre sur verre n'y serait point démontrée. Il semble, cependant, au moment de le clore, que des indications brèves, mais précises, ne paraîtront pas superflues, réunies à part en un court appendice. Sans envisager les difficultés ni les surprises de la fabrication, — Pétude et l'expérience apprennent à vaincre les unes, à tirer parti des autres, — cet appendice, d'une façon très générale, mettra ceux que la question intéresse au fait de la marche suivie dans l'exécution du vitrail. C'est la marche courante. Elle remonte aux premiers verriers. Les plus habiles n'en connaissent pas d'autres, sauf que dans la pratique plusieurs en modifient à leur usage quelques détails de plus ou moins d'importance.
Cela posé, à quoi s'applique d'abord le verrier auquel est confiée la mise sur verre d'un carton quelconque? Il en fait sur papier mince mais résistant un calque auquel il donne sa scrupuleuse attention, parce que sur ce calque il va tracer, suivant le contour et la couleur indiqués au modèle, la coupe exacte de tous les verres.
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Naturellement, le carton a été agencé de manière à faciliter cette première opération. Ainsi, l'auteur aura évité les formes trop aiguës, à cause des inconvénients de leur taille dans le verre, offrant trop de chances de brisures. Il se sera inquiété aussi des barres horizontales et perpendiculaires en fer, dont aucune verrière n'est affranchie, et des meneaux lorsque la baie a plusieurs lancettes; en d'autres termes, pas une partie de sa composition, comme une attitude caractéristique, un visage, un geste, un accessoire significatif, ne sera gâtée par la rencontre de ces traverses opaques, inévitables. D'autre part, si le carton est un dessin, — et c'est le cas le plus fréquent aujourd'hui, — non une aquarelle ou une peinture à l'huile, Tartiste aura fourni à son verrier une esquisse où la couleur des draperies, des nus, des objets, etc., sera marquée, pour que le verrier puisse assortir en conséquence les verres colorés dont il dispose.
Du reste, si leur réseau est entendu avec intelligence, les plombs sont un précieux auxiliaire décoratif. Ils appuient le dessin, donnent de l'énergie au modelé, affirment les tons, et leur fréquence ne choque jamais le regard. Plus ils sertiront de morceaux, plus les couleurs seront exaltées, plus, surtout, la verrière gagnera de garanties de durée matérielle. A telles enseignes que si une pièce devait mesurer une surface trop haute et trop large, la prudence commande qu'on la divise : elle gardera son unité malgré les plombs qui en assujettiront les parties.
Donc, le calque est fait, la coupe des verres déterminée. Alors, on décalque le tout sur un papier
épais. On découpe ensuite ce décalque pièce à pièce. Chacune de celles-ci devient le calibre ou patron que le diamant devra contourner sur la feuille de verre, en tenant compte du plomb d'assemblage. — On sait que le plomb est un double ruban, souple, d'une largeur moyenne de 7 millimètres, dont les faces intérieures sont unies par une petite bande longitudinale et centrale appelée cœur, sur laquelle vient s'appuyer le verre. Le cœur a 2 millimètres d'épaisseur, environ. C'est de cette épaisseur qu'il importe de s'inquiéter quand on couple le verre. L'espace compris entre le cœur et les bords du ruban, c'est îa chambre. Les bords flexibles qui s'aplatissent sur le verre et qu'on soudera plus tard, ce sont les ailes.
On peut aussi couper les verres à main levée, c'està-dire sans patrons, en faisant le premier calque avec une forte plume. Le diamant suivra ce large trait, donnant exactement l'épaisseur du cœur du plomb.
Le morceau de verre détaché on en gruge^ s'il le faut, les bords en vue de les égaliser ou pour une plus grande exactitude de la forme, avec une pince, ou un outil appelé égrisoir.
On ne doit pas omettre ceci : les verres sont coupés dans des feuilles tantôt colorées dans la masse, tantôt plaquées ou doublées, choisies inégalement dressées, c'est-à-dire par endroits plus épaisses ou plus minces. Les anciens verriers ne manquaient jamais de faire entrer utilement ces inégalités dans leur travail; ceux d'à présent les utilisent aussi, réservant comme leurs ancêtres les portions épaisses du verre pour les ombres, les autres pour les lumières, ce qui donne
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déjà un commencement de modelé. Suivant son goût et le degré d^expérience acquise, notre verrier se ménage dans le choix des verres à employer, en outre des verres doublés qui assurent la ressource des enlevages, Toccasion des verres ondes, réticulés, opalins, etc., qui jettent tant d^accent dans les vibrations du décor.
Les verres coupés, on les assemble dans une mise en plomb provisoire. Par la mise en plomb, maintenant les pièces de verre juxtaposées les unes aux autres, on forme des panneaux réguliers de 60 à 80 centimètres de côté, lesquels panneaux constitueront la totalité de la verrière qui en comprend plusieurs, ordinairement. Ainsi ajusté, le panneau est couché sur le carton et l'on calque celui-ci sur le verre à l'aide d'un pinceau effilé trempé dans la grisaille^ couleur d'un ton brun broyée à l'essence ou au vinaigre.
Indépendamment de la pince^ de Végrisoir notés ci-dessus, du pinceau à tracer dont on vient de parler, Toutillage du peintre-verrier se compose des objets suivants : le pinceau à peindre ^ pareil à ceux des aquarellistes; — la brosse à poils de porc, comme celles des peintres à l'huile; — le putois^ coupé carrément au bout, de manière à offrir une surface plane perpendiculaire à la longueur; — la brosse dure; — le blaireauj plat, large et long; — la queue de morue .^ assez semblable au blaireau ; — Yébouriffoir; — les hampes de pinceau; — la plume d'oie ou de fer ; — des aiguilleSj même, en prévision d'enlevages délicats. Enfin le chevalet. Il est d'une structure spéciale. Son principal organe est un châssis vitré sur lequel le verrier ajuste le panneau quMl place entre la lumière directe
et lui, d'où la facilité de juger son travail à tous le degrés d'avancement, au fur et à mesure qu'il le poursuit, qu'il Tachève.
Le panneau sur le chevalet, le peintre commence par Yétendage^ sur toute la surface, d'un ton monochrome de grisaille, de valeur légère, cela avec le blaireau ou la queue de morue; les sillons laissés par ces outils sont ensuite atténués, fondus avec le putois manié à petits coups, heurtant le verre, non le traînant comme on fait avec les autres pinceaux. La queue de morue, le blaireau étalent la couleur, le putois l'égalise. Ce mince à-plat séché, le peintre l'attaque dans les parties qui doivent, d'après le carton, être éclaircies, le caressant à peine avec la brosse dure si le modelé veut de la douceur, l'entamant, si le cas Texige, avec la hampe du pinceau, ou par grattages, pour arriver peu à peu, ou d'un seul coup, au nu du verre. Dans cette première partie de l'exécution proprement dite s'annoncent son goût et son savoir.
Et il continue à faire oeuvre d'artiste. En effet, ce qui reste de l'étendage, ce qui n'a été ni adouci ni enlevé, donne une demi-teinte intermédiaire, suffisante ici, là bien trop pâle. Il s'agit de la renforcer aux endroits nécessaires, de l'amener brusquement ou graduellement jusqu'à Tombre parfaite. C'est à quoi on arrive avec le pinceau plein de grisaille d'un ton plus monté que celle de l'étendage, en travaillant cette fois par hachures régulières reliées ensuite au putois ou au blaireau. Il ne faut pourtant pas abuser du blaireau ni du putois. Ce sont des agents recommandables sans doute; mais trop souvent on a le tort d'en généraliser
remploi, d^en faire tout dépendre, car, au lieu d^être expressive et originale, l'exécution s^énerve alors dans une égalité froide et monotone. — Enfin, le peintre donne les dernières vigueurs, les derniers accents. Il a soin, dans cette autre application de couleur, d'aborder seulement les parties sèches, autrement Pouvrage précédemment accompli risquerait d'être altéré.
Cependant, il est des exécutants qui ne s'attardent guère à cette précaution. Ceux-là travaillent dans la grisaille humide, ajoutent de la pâte aux endroits convenus, en retranchent en d'autres, modèlent, en définitive, librement, avec justesse et réussite, par un procédé tout à fait opposé au précédent. Mais ce sont praticiens habiles, très experts et hardis. Leur façon de s'y prendre n'est pas à la portée du plus grand nombre.
Le rôle du peintre n'est pas fini encore. Il y a à s'occuper à présent du revers de la vitre, de l'autre côté du panneau. On y étendra, en teintes plates, le ton de chair, de grandes parties d'ombre, une légère couche d'émail blanc, pour dépolir la surface lisse (plus d'un verrier n'utilise pas le dépolissage, jugeant qu'il défraîchit la couleur, ou ne s'en sert que partiellement); on placera d'autres émaux, s'il y a lieu, et le jaune d'argent dont l'emploi fréquent s'impose dans les ornements, dans les détails d'architecture, etc. Le jaune d'argent peut servir aussi à modifier, à compléter des colorations.
Voici maintenant le panneau arrivé à une épreuve suprême, la cuisson. Elle a de curieux mystères, explicables après coup; elle est fertile en surprises. Toute-
APPENDICE. jij
fois, les praticiens expérimentés et de sang-froid ne s'en laissent point intimider.
Or, avant de les mettre dans le moufle, où ils subiront une température telle que la grisaille et les couleurs d^application dont on les a revêtus devant et derrière, en se fondant, s'incorporeront en eux, les verres ont été dégagés de leur mise en plomb provisoire. Mais comme ils ne sauraient être superposés en contact immédiat, on les range morceau à morceau, proche à proche, et sans qu'ils se touchent, sur une plaque en terre réfractaire, ou en fonte de fer, au préalable bien saupoudrée de plâtre ; sur cette première rangée de verres, recouverte à son tour d'une nouvelle couche de plâtre égalisée avec soin, est placée une deuxième, une troisième, et davantage, et la plaque suffisamment chargée on passe, en procédant dans le même ordre, avec la même attention méthodique, au chargement d'une autre plaque, de plusieurs autres, d'autant que le moufle en doit contenir. Ensuite, on ferme le moufle hermétiquement, lutant sa porte au moyen d'argile réfractaire, la murant de briques, devant. On chauffe au bois, ou au charbon, de préférence au bois. La température qu'il faut atteindre, non dépasser, est celle du ronge cei'ise^ qu'on surveille par un regard ménagé dans une paroi du moufle, qui permet d'inspecter l'intérieur, de savoir s'il importe d'activer la flamme ou bien de la ralentir.
La cuisson opérée, le moufle refroidi, — le refroidissement exige quinze heures, quelquefois plus, — le verrier sait à quoi s'en tenir sur son travail. Toutes les couleurs n'ont peut-être pas tenu également
3t^ LES VITRAUX.
au feu, ne se sont pas développées au même degré. Plusieurs sont tombées au-dessous de la valeur utile. Plusieurs donnent des teintes qu'on n^avait pas prévues; quelques-unes se sont totalement évanouies, sans parler des autres mécomptes qui ont pu survenir, par exemple le grippage, sorte de tressaillement particulier à la couleur. Bref, pour mettre un vitrail à son point définitif, fréquemment, après le premier feu, peu d'efforts suffisent : un ton à soutenir, un modelé à reprendre, quelques repiquages par-ci par-là. En revanche, que de pièces à recommencer, parfois !
A ce qui précède, si l'on avait ajouté les détails infinis, tant de choses observées, tant d'analyses, de dosages que le sujet comporte, si Ton avait indiqué les procédés divers de nos praticiens les meilleurs, c'est tout un manuel qu'on eût entrepris. Notre projeta eu moins d'ambition. Nous avons, simplement, voulu donner une idée approximative de la fabrication du vitrail. Mais au cas où le lecteur aimerait à explorer à fond une question aussi complexe, dans laquelle le hasard joue un rôle, qui autorise bien des artifices et réclame beaucoup de réflexions, nous l'avons dit déjà, il ne manque pas d'ouvrages spéciaux capables d'éclairer sa curiosité, de le guider en ses tentatives.
A tout considérer, qui sait? quelques heures attentives dans l'atelier d"un professionnel habile enseigneront, peut-être, mieux et plus sûrement le nécessaire que n'importe quel volume didactique.